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  <title>Croisade</title>
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  <description>Le site catholique de référence sur les croisades (1095-1291) : chronologie, chevaliers, Templiers, États latins, batailles et héritage, avec les sources.</description>
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  <lastBuildDate>Wed, 14 Oct 2026 10:15:17 +0000</lastBuildDate>
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    <title>Les grands chefs musulmans face aux croisés (1095-1291)</title>
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    <pubDate>Wed, 14 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Sultans et émirs</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/adversaires-des-croises-grands-chefs-musulmans.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Kilij Arslan, Zengi, Nour ad-Din, Saladin, al-Kamil, Baybars, al-Ashraf Khalil : les sultans et émirs qui ont combattu les croisés, de Nicée à Acre.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>Période</strong> : 1096-1291. <strong>Trois âges</strong> : les Turcs seldjoukides et leurs émirs (1096-1127) ; les unificateurs Zengi, Nour ad-Din et Saladin (1127-1193) ; les Ayyoubides puis les Mamelouks d'Égypte (1193-1291). <strong>Grandes victoires sur les croisés</strong> : Ager Sanguinis (1119), Édesse (1144), Hattin et Jérusalem (1187), La Forbie (1244), Mansourah (1250), Antioche (1268), Tripoli (1289), Acre (1291). <strong>Clé de l'histoire</strong> : divisés, les musulmans perdent ; unis de l'Égypte à la Syrie, ils l'emportent. <strong>Ce qui demeure</strong> : des princes dont les croisés eux-mêmes ont dit la grandeur, et des chroniqueurs qui donnent l'autre récit.</p>
</div>
<p>Les <strong>grands chefs musulmans</strong> qui ont combattu les croisés sont, de 1096 à 1291, une trentaine de sultans, d'atabegs et d'émirs : le Seldjoukide <strong>Kilij Arslan Ier</strong> à Nicée, <strong>Zengi</strong> à Édesse, <strong>Nour ad-Din</strong> en Syrie, <strong><a href="https://croisades.fr/posts/saladin/">Saladin</a></strong> à Hattin et à Jérusalem, <strong>Al-Kamil</strong> face à Frédéric II, puis les Mamelouks <strong>Baybars</strong>, <strong>Qalawun</strong> et <strong>Al-Ashraf Khalil</strong>, qui prit Acre en 1291. Cette page les présente dans l'ordre, du premier choc au dernier siège ; le cadre général des expéditions se lit dans notre <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a>.</p>
<h2 id="les-adversaires-des-croises-en-cinq-lignes">Les adversaires des croisés en cinq lignes<a class="headerlink" href="#les-adversaires-des-croises-en-cinq-lignes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>En 1097, les croisés trouvent un Orient musulman morcelé : Turcs d'Anatolie, émirs rivaux d'Alep et de Damas, califat chiite du Caire. Ils le battent par morceaux. À partir de 1127, des atabegs turcs, Zengi puis son fils Nour ad-Din, réunissent la Syrie autour d'une idée renaissante, le <em>jihad</em> ; Saladin y ajoute l'Égypte et reprend Jérusalem en 1187. Ses héritiers ayyoubides préfèrent souvent traiter. En 1250, leurs esclaves-soldats, les Mamelouks, prennent le pouvoir au Caire ; en quarante ans, ils effacent les États latins. Tout se joue sur une seule question : l'unité du camp adverse.</p>
<h2 id="contexte-lorient-musulman-en-1095">Contexte : l'Orient musulman en 1095<a class="headerlink" href="#contexte-lorient-musulman-en-1095" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'islam de la fin du XIe siècle n'a plus d'unité politique. Au Caire règne le <strong>califat fatimide</strong>, chiite ismaélien, qui tient la côte palestinienne et, de nouveau en 1098, Jérusalem. À Bagdad, le calife abbasside sunnite n'est plus qu'une autorité religieuse, protégée par les sultans turcs <strong>Seldjoukides</strong>, vainqueurs des Byzantins à Mantzikert en 1071. Mais le grand sultan Malik Shah meurt en 1092 : ses fils et ses généraux se partagent l'empire. Chaque ville de Syrie — Alep, Damas, Mossoul, Homs — obéit à un émir ou à un <strong>atabeg</strong>, tuteur militaire d'un prince enfant devenu maître réel, et chacun se méfie du voisin plus que des Francs.</p>
<p>Ces hommes sont pour la plupart des <strong>Turcs</strong>, cavaliers-archers venus d'Asie centrale, convertis à l'islam sunnite, qui gouvernent des populations arabes, kurdes, arméniennes et syriaques. Les chroniqueurs arabes appellent les croisés <em>al-Ifranj</em>, les Francs : on le lit dans <a href="https://croisades.fr/posts/comment-les-musulmans-appelaient-les-croises/">comment les musulmans appelaient les croisés</a>. Ils mettront plusieurs décennies à comprendre que ces Francs ne sont pas des mercenaires byzantins mais des pèlerins venus pour rester.</p>
<h2 id="le-premier-choc-turcs-et-fatimides-face-a-la-premiere-croisade-1096-1105">Le premier choc : Turcs et Fatimides face à la première croisade (1096-1105)<a class="headerlink" href="#le-premier-choc-turcs-et-fatimides-face-a-la-premiere-croisade-1096-1105" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<h3 id="kilij-arslan-ier-le-sultan-de-nicee">Kilij Arslan Ier, le sultan de Nicée<a class="headerlink" href="#kilij-arslan-ier-le-sultan-de-nicee" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Sultan seldjoukide d'Anatolie (le futur sultanat de Roum), <strong>Kilij Arslan Ier</strong> écrase la croisade populaire de Pierre l'Ermite à Civetot en octobre 1096 — le récit est dans <a href="https://croisades.fr/posts/croisades-populaires/">les croisades populaires</a> — et croit l'affaire réglée. L'année suivante, il perd sa capitale, Nicée, rendue aux Byzantins le 19 juin 1097, puis la bataille de Dorylée le 1er juillet. Il prend sa revanche en 1101 en détruisant les armées de la <a href="https://croisades.fr/posts/croisades-oubliees-expeditions-mineures/">croisade de 1101</a> en Anatolie, et meurt noyé dans le Khabur en 1107, en guerre contre d'autres Turcs.</p>
<h3 id="kerbogha-latabeg-de-mossoul-devant-antioche">Kerbogha, l'atabeg de Mossoul devant Antioche<a class="headerlink" href="#kerbogha-latabeg-de-mossoul-devant-antioche" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p><strong>Kerbogha</strong>, atabeg de Mossoul, conduit en 1098 la grande armée de secours turque vers Antioche, que les croisés viennent de prendre le 3 juin. Les assiégeants deviennent assiégés ; mais le 28 juin 1098, l'armée chrétienne affamée, portant la Sainte Lance retrouvée, sort en procession et met en fuite une coalition que divisent les jalousies des émirs. Kerbogha rentre à Mossoul, où il meurt en 1102. Le récit de cette journée est dans <a href="https://croisades.fr/posts/premiere-croisade/">la première croisade</a>.</p>
<h3 id="ridwan-dalep-et-duqaq-de-damas-les-freres-ennemis">Ridwan d'Alep et Duqaq de Damas, les frères ennemis<a class="headerlink" href="#ridwan-dalep-et-duqaq-de-damas-les-freres-ennemis" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Fils du Seldjoukide Tutush, <strong>Ridwan</strong> tient Alep et <strong>Duqaq</strong> Damas : deux frères qui se haïssent et qui, en 1097-1098, viennent chacun de leur côté secourir Antioche, et chacun de leur côté se font battre. Ridwan, tolérant envers la secte des Assassins, finit par payer tribut à Tancrède ; Duqaq meurt en 1104, laissant Damas à son atabeg. Leur rivalité est la meilleure explication du succès franc des premières années.</p>
<h3 id="al-afdal-le-vizir-fatimide-vaincu-a-ascalon">Al-Afdal, le vizir fatimide vaincu à Ascalon<a class="headerlink" href="#al-afdal-le-vizir-fatimide-vaincu-a-ascalon" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Maître réel de l'Égypte fatimide, le vizir <strong>Al-Afdal</strong> reprend Jérusalem aux Turcs en août 1098 et croit pouvoir traiter avec les Francs, ennemis de ses ennemis. Les croisés refusent tout partage et prennent la ville le 15 juillet 1099 — <a href="https://croisades.fr/posts/prise-de-jerusalem-1099/">la prise de Jérusalem</a>. Al-Afdal accourt avec une armée ; Godefroy de Bouillon la surprend et la disperse devant Ascalon le 12 août 1099. Ses offensives de Ramla (1101-1105) échouent aussi. Il est assassiné au Caire en 1121.</p>
<h2 id="les-emirs-de-syrie-tenir-les-francs-en-echec-1104-1127">Les émirs de Syrie : tenir les Francs en échec (1104-1127)<a class="headerlink" href="#les-emirs-de-syrie-tenir-les-francs-en-echec-1104-1127" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<h3 id="tughtekin-latabeg-de-damas">Tughtekin, l'atabeg de Damas<a class="headerlink" href="#tughtekin-latabeg-de-damas" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Tuteur du fils de Duqaq puis maître de Damas de 1104 à 1128, <strong>Tughtekin</strong> est un réaliste : il combat Baudouin Ier, s'allie avec lui quand Mossoul le menace, se joint à Ilghazi contre Antioche, et repousse en 1126 l'offensive de Baudouin II à Marj al-Saffar. Il fonde la dynastie des Bourides, qui gardera Damas indépendante jusqu'en 1154.</p>
<h3 id="ilghazi-le-vainqueur-de-lager-sanguinis">Ilghazi, le vainqueur de l'Ager Sanguinis<a class="headerlink" href="#ilghazi-le-vainqueur-de-lager-sanguinis" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Prince turc de la famille des Artuqides, maître de Mardin puis d'Alep, <strong>Ilghazi</strong> inflige à la principauté d'Antioche son pire désastre : le 28 juin 1119, au « Champ du sang » (<em>Ager Sanguinis</em>), le prince Roger de Salerne est tué et son armée anéantie. Baudouin II accourt et sauve Antioche à Hab en août. Ilghazi ne sait pas exploiter sa victoire ; il meurt en 1122.</p>
<h3 id="mawdud-de-mossoul-assassine-a-damas">Mawdud de Mossoul, assassiné à Damas<a class="headerlink" href="#mawdud-de-mossoul-assassine-a-damas" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Atabeg de Mossoul envoyé par le sultan seldjoukide, <strong>Mawdud</strong> mène de 1110 à 1113 plusieurs campagnes contre Édesse et contre le royaume, et bat Baudouin Ier près de Tibériade en 1113. Quelques mois plus tard, en 1113, il est poignardé dans la Grande Mosquée de Damas, sans doute par un Assassin. Le meurtre dit tout de l'époque : l'émir qui menaçait les Francs était encore plus menacé par les siens.</p>
<h3 id="muin-ad-din-unur-lemir-de-damas-allie-des-francs">Mu'in ad-Din Unur, l'émir de Damas allié des Francs<a class="headerlink" href="#muin-ad-din-unur-lemir-de-damas-allie-des-francs" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Régent de Damas sous les derniers Bourides, <strong>Mu'in ad-Din Unur</strong> craint davantage Zengi que les Francs : en 1140, il s'allie au royaume de Jérusalem pour reprendre Banias, et son envoyé, le lettré <strong>Oussama Ibn Munqidh</strong>, se lie avec des chevaliers francs. Le siège de Damas par la <a href="https://croisades.fr/posts/deuxieme-croisade/">deuxième croisade</a>, en juillet 1148, le force à appeler Nour ad-Din ; il meurt en 1149, et Damas tombera cinq ans plus tard.</p>
<h2 id="les-unificateurs-zengi-nour-ad-din-saladin-1127-1193">Les unificateurs : Zengi, Nour ad-Din, Saladin (1127-1193)<a class="headerlink" href="#les-unificateurs-zengi-nour-ad-din-saladin-1127-1193" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<h3 id="zengi-le-premier-grand-unificateur">Zengi, le premier grand unificateur<a class="headerlink" href="#zengi-le-premier-grand-unificateur" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Atabeg de Mossoul en 1127, maître d'Alep en 1128, <strong>Zengi</strong> est un soldat brutal et efficace qui commence à rassembler sous une seule main la Haute-Mésopotamie et la Syrie du Nord. Le 24 décembre 1144, il prend <strong>Édesse</strong>, la première des capitales franques : la nouvelle déclenche en Occident la deuxième croisade. Il est assassiné par un de ses esclaves en septembre 1146, pendant le siège de Qal'at Ja'bar. Les chroniqueurs musulmans en font l'homme qui a ouvert la voie.</p>
<h3 id="nour-ad-din-lunificateur-avant-saladin">Nour ad-Din, l'unificateur avant Saladin<a class="headerlink" href="#nour-ad-din-lunificateur-avant-saladin" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Fils de Zengi, <strong>Nour ad-Din</strong> (1118-1174) reçoit Alep et en fait la capitale d'un prince austère et pieux. Il bat et tue Raymond d'Antioche à Inab le 29 juin 1149, entre à Damas en 1154, défait les Francs à Harim en 1164 et fait du <strong>jihad</strong> le programme de son règne : écoles, mosquées, prédication, et une chaire de bois sculpté destinée à la mosquée al-Aqsa de Jérusalem, qu'il ne verra jamais. Il envoie trois fois ses troupes en Égypte. À sa mort, le 15 mai 1174, la Syrie musulmane est unie autour de Jérusalem comme but.</p>
<h3 id="chirkuh-loncle-de-saladin">Chirkuh, l'oncle de Saladin<a class="headerlink" href="#chirkuh-loncle-de-saladin" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Général kurde de Nour ad-Din, <strong>Chirkuh</strong> dispute l'Égypte fatimide au roi de Jérusalem Amaury Ier au cours de trois campagnes (1164, 1167, 1168-1169). Il l'emporte en janvier 1169 et devient vizir du dernier calife fatimide, mais meurt deux mois plus tard, en mars 1169, laissant la place à son neveu. Sans lui, pas de Saladin : c'est Chirkuh qui a fait passer l'Égypte dans le camp de la Syrie.</p>
<h3 id="saladin-ladversaire-respecte">Saladin, l'adversaire respecté<a class="headerlink" href="#saladin-ladversaire-respecte" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Kurde né à Tikrit vers 1137-1138, <strong>Saladin</strong> succède à son oncle comme vizir d'Égypte, abolit le califat fatimide en 1171 et, après 1174, réunit en douze ans Damas, Alep et Mossoul. Le 4 juillet 1187, il anéantit l'armée franque aux Cornes de <a href="https://croisades.fr/posts/hattin-1187/">Hattin</a> ; le 2 octobre, Jérusalem capitule, et il épargne la population contre rançon. La <a href="https://croisades.fr/posts/troisieme-croisade/">troisième croisade</a> lui reprend Acre et le bat à <a href="https://croisades.fr/posts/arsouf-1191/">Arsouf</a>, mais Jérusalem lui reste. Il meurt à Damas le 4 mars 1193. Les Latins eux-mêmes ont loué sa générosité et sa parole tenue : son portrait est dans <a href="https://croisades.fr/posts/saladin/">Saladin, l'adversaire respecté</a>.</p>
<h3 id="taqi-ad-din-le-neveu-de-saladin">Taqi ad-Din, le neveu de Saladin<a class="headerlink" href="#taqi-ad-din-le-neveu-de-saladin" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Neveu et l'un des meilleurs généraux de Saladin, <strong>Taqi ad-Din Umar</strong> commande une aile de l'armée à Hattin, gouverne l'Égypte en son nom puis combat devant Acre, où il est l'un des piliers de la défense. Il meurt en 1191, en campagne en Haute-Mésopotamie. Il incarne ce qui fit la force de Saladin : une famille entière mise au service d'un seul projet.</p>
<h2 id="les-heritiers-ayyoubides-guerre-et-traites-1193-1250">Les héritiers ayyoubides : guerre et traités (1193-1250)<a class="headerlink" href="#les-heritiers-ayyoubides-guerre-et-traites-1193-1250" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<h3 id="al-adil-saphadin-le-frere-de-saladin">Al-Adil « Saphadin », le frère de Saladin<a class="headerlink" href="#al-adil-saphadin-le-frere-de-saladin" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Frère cadet de Saladin, <strong>Al-Adil</strong>, que les Latins appellent <em>Saphadin</em>, est le négociateur de la troisième croisade : il échange des présents avec Richard Cœur de Lion, et le roi va jusqu'à proposer de lui donner sa sœur Jeanne en mariage pour partager le royaume. À la mort de Saladin, il évince peu à peu ses neveux et devient sultan d'Égypte et de Syrie vers 1200. Il préfère les trêves aux batailles, et meurt en 1218, pendant que la <a href="https://croisades.fr/posts/cinquieme-croisade/">cinquième croisade</a> assiège Damiette.</p>
<h3 id="al-kamil-le-sultan-de-frederic-ii-et-de-saint-francois">Al-Kamil, le sultan de Frédéric II et de saint François<a class="headerlink" href="#al-kamil-le-sultan-de-frederic-ii-et-de-saint-francois" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Fils d'al-Adil, sultan d'Égypte de 1218 à 1238, <strong>Al-Kamil</strong> perd Damiette en novembre 1219 et offre aux croisés Jérusalem en échange ; le légat Pélage refuse, et l'armée chrétienne se perd en 1221 dans la crue du Nil. Pendant le siège, il reçoit dans son camp <strong>saint François d'Assise</strong>, venu lui annoncer le Christ, et le laisse repartir libre. En 1229, il cède Jérusalem à l'empereur Frédéric II par le traité de Jaffa, sans combat : c'est la <a href="https://croisades.fr/posts/sixieme-croisade/">sixième croisade</a>. Prince lettré et politique, il fut, des deux côtés, accusé d'avoir trop donné.</p>
<h3 id="al-muazzam-de-damas-ladversaire-de-la-cinquieme-croisade">Al-Mu'azzam de Damas, l'adversaire de la cinquième croisade<a class="headerlink" href="#al-muazzam-de-damas-ladversaire-de-la-cinquieme-croisade" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Frère d'al-Kamil et maître de Damas, <strong>Al-Mu'azzam</strong> fait raser en 1219 les murailles de Jérusalem, de peur que les croisés ne la reprennent fortifiée — ce qui fit de la ville rendue en 1229 une cité ouverte. Il combat la cinquième croisade en Palestine, puis se brouille avec son frère et cherche l'alliance des Khwarezmiens. Sa mort, en 1227, ôte à Frédéric II son adversaire le plus dur.</p>
<h3 id="fakhr-ad-din-lemir-de-frederic-ii-et-de-saint-louis">Fakhr ad-Din, l'émir de Frédéric II et de Saint Louis<a class="headerlink" href="#fakhr-ad-din-lemir-de-frederic-ii-et-de-saint-louis" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Émir de confiance d'al-Kamil, <strong>Fakhr ad-Din</strong> négocie avec Frédéric II le traité de 1229 : l'empereur, raconte-t-on, l'arme chevalier. Vingt ans plus tard, il commande l'armée égyptienne face à Saint Louis. Le 8 février 1250, surpris au bain lors de l'attaque de Robert d'Artois sur Mansourah, il est tué en sortant combattre. Sa vie tient entre deux croisades et deux visages de l'Occident.</p>
<h3 id="as-salih-ayyoub-le-dernier-grand-ayyoubide">As-Salih Ayyoub, le dernier grand Ayyoubide<a class="headerlink" href="#as-salih-ayyoub-le-dernier-grand-ayyoubide" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Fils d'al-Kamil, sultan d'Égypte de 1240 à 1249, <strong>As-Salih Ayyoub</strong> appelle à son aide les cavaliers khwarezmiens, qui saccagent Jérusalem le 23 août 1244 ; ses troupes et ses alliés écrasent l'armée franque à La Forbie le 17 octobre 1244. Pour assurer son pouvoir, il achète en masse des esclaves turcs, les <strong>Mamelouks</strong> bahrites, casernés sur une île du Nil. Il meurt en novembre 1249 pendant la croisade de <a href="https://croisades.fr/posts/saint-louis-septieme-croisade/">Saint Louis</a> ; sa veuve, Chajar ad-Durr, cache sa mort pour tenir l'armée.</p>
<h3 id="turanshah-le-sultan-assassine-1250">Turanshah, le sultan assassiné (1250)<a class="headerlink" href="#turanshah-le-sultan-assassine-1250" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Fils d'as-Salih, <strong>Turanshah</strong> arrive d'Orient pour régner et recueille la victoire : en avril 1250, l'armée de Saint Louis est prise à Fariskur et le roi capturé. Mais le nouveau sultan écarte les Mamelouks de son père ; le 2 mai 1250, ils l'assassinent sous les yeux des captifs francs — Joinville en fut témoin. Avec lui finit la dynastie de Saladin en Égypte, et commence celle de ses soldats.</p>
<h2 id="les-mamelouks-la-fin-doutremer-1250-1291">Les Mamelouks : la fin d'Outremer (1250-1291)<a class="headerlink" href="#les-mamelouks-la-fin-doutremer-1250-1291" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<h3 id="qutuz-le-vainqueur-dain-djalout">Qutuz, le vainqueur d'Aïn Djalout<a class="headerlink" href="#qutuz-le-vainqueur-dain-djalout" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Sultan mamelouk en 1259, <strong>Qutuz</strong> affronte un adversaire plus redoutable que les Francs : les <strong>Mongols</strong>, qui viennent de prendre Bagdad (1258) et Damas. Le 3 septembre 1260, il les écrase à Aïn Djalout, en Galilée — les Francs d'Acre l'ont laissé traverser leur territoire. Il ne profite pas de sa gloire : en octobre 1260, sur le chemin du retour, il est tué par ses propres émirs, dont Baybars.</p>
<h3 id="baybars-le-sultan-qui-demantela-les-etats-latins">Baybars, le sultan qui démantela les États latins<a class="headerlink" href="#baybars-le-sultan-qui-demantela-les-etats-latins" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Esclave turc devenu sultan, <strong>Baybars</strong> (règne 1260-1277) est le plus redoutable adversaire que les croisés aient connu. Méthodique, il prend Césarée et Arsouf (1265), Safed (1266), où il fait massacrer la garnison templière qui s'était rendue, Jaffa et <strong>Antioche</strong> (1268), puis le <a href="https://croisades.fr/posts/krak-des-chevaliers/">Krak des Chevaliers</a> en avril 1271. Il rase les places côtières pour qu'aucune croisade ne puisse y reprendre pied, et meurt à Damas en 1277. Son œuvre est racontée dans <a href="https://croisades.fr/posts/fin-des-etats-latins/">la fin des États latins</a>.</p>
<h3 id="qalawun-le-sultan-qui-prit-tripoli">Qalawun, le sultan qui prit Tripoli<a class="headerlink" href="#qalawun-le-sultan-qui-prit-tripoli" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Émir mamelouk de la génération de Baybars, <strong>Qalawun</strong> devient sultan en 1279, bat les Mongols à Homs en 1281, prend aux Hospitaliers la forteresse de Margat en 1285, puis <strong>Tripoli</strong> le 26 avril 1289, mettant fin au comté fondé par les fils de Raymond de Saint-Gilles. Il prépare le siège d'Acre, malgré la trêve signée avec la ville, et meurt en novembre 1290 au moment de partir.</p>
<h3 id="al-ashraf-khalil-le-vainqueur-dacre">Al-Ashraf Khalil, le vainqueur d'Acre<a class="headerlink" href="#al-ashraf-khalil-le-vainqueur-dacre" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Fils de Qalawun, <strong>Al-Ashraf Khalil</strong> reprend le projet de son père. Il met le siège devant Acre le 5 avril 1291 avec une armée immense ; le 18 mai, l'assaut emporte la ville, où le grand maître du Temple Guillaume de Beaujeu meurt sur la brèche. Tyr, Sidon, Beyrouth et Athlit sont évacués dans l'été. Le récit est dans <a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">la chute d'Acre</a>. Le vainqueur ne règne que deux ans : ses émirs le tuent en décembre 1293.</p>
<h2 id="au-nord-kilij-arslan-ii-et-myriokephalon">Au nord : Kilij Arslan II et Myriokephalon<a class="headerlink" href="#au-nord-kilij-arslan-ii-et-myriokephalon" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Petit-fils du sultan de Nicée, <strong>Kilij Arslan II</strong> (règne 1156-1192) fait du sultanat de Roum, autour de Konya, une puissance stable. Le 17 septembre 1176, il écrase à Myriokephalon l'armée de l'empereur byzantin Manuel Comnène, ce qui ruine pour toujours l'espoir byzantin de reprendre l'Anatolie — et ferme la route terrestre des croisades. Vieilli et contesté par ses fils, il voit Frédéric Barberousse traverser ses terres et prendre Konya en mai 1190.</p>
<h2 id="seldjoukides-fatimides-ayyoubides-mamelouks-quatre-pouvoirs">Seldjoukides, Fatimides, Ayyoubides, Mamelouks : quatre pouvoirs<a class="headerlink" href="#seldjoukides-fatimides-ayyoubides-mamelouks-quatre-pouvoirs" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Derrière les hommes, quatre pouvoirs se succèdent. Les <strong>Seldjoukides</strong>, Turcs sunnites, dominent l'Orient au moment de Clermont mais se morcellent. Les <strong>Fatimides</strong>, califes chiites du Caire depuis 969, perdent Jérusalem puis s'effacent en 1171. Les <strong>Ayyoubides</strong>, la famille de Saladin, gouvernent l'Égypte et la Syrie de 1171 à 1250 comme une <strong>confédération familiale</strong> : frères, fils et neveux se partagent les villes et se disputent souvent, ce qui laisse aux Francs le temps de survivre. Les <strong>Mamelouks</strong>, enfin, esclaves-soldats achetés enfants, convertis et formés au combat, prennent le pouvoir en 1250 : un État militaire, sans dynastie stable, mais tout entier tourné vers la guerre — et c'est lui qui gagne.</p>
<h2 id="le-jihad-une-idee-qui-renait">Le jihad, une idée qui renaît<a class="headerlink" href="#le-jihad-une-idee-qui-renait" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>En 1099, la chute de Jérusalem émeut peu les cours musulmanes. En 1105, à Damas, le juriste <strong>Ali ibn Tahir al-Sulami</strong> écrit un <em>Livre du jihad</em> qui appelle à l'union contre les Francs : il prêche dans le désert. Il faut attendre Zengi, et surtout Nour ad-Din, pour que l'idée devienne politique — un programme de prédication, de poésie et de piété qui donne aux unificateurs leur légitimité, et fait de Jérusalem, <em>al-Quds</em>, la sainte, le but proclamé. C'est la réponse à la croisade, nourrie par elle ; on en mesure les ressorts dans <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guerre-de-religion/">les croisades étaient-elles une guerre de religion ?</a></p>
<h2 id="les-croisades-vues-par-les-arabes">Les croisades vues par les Arabes<a class="headerlink" href="#les-croisades-vues-par-les-arabes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Nous connaissons ces princes par leurs propres chroniqueurs : <strong>Ibn al-Qalanisi</strong> à Damas, <strong>Ibn al-Athir</strong> à Mossoul, historien des Zengides, <strong>Imad ad-Din al-Isfahani</strong> et <strong>Baha ad-Din Ibn Shaddad</strong>, secrétaires de Saladin, <strong>Ibn Wasil</strong> pour les Ayyoubides, <strong>Ibn Abd az-Zahir</strong> pour Baybars, et le précieux <strong>Oussama Ibn Munqidh</strong>, dont les mémoires peignent les Francs de près, avec curiosité et ironie. Ce regard arabe, popularisé en France par Amin Maalouf, ne contredit pas toujours les chroniques latines : il les complète, et dit souvent la même chose — que les Francs étaient braves, que les musulmans perdaient quand ils étaient divisés.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Ces adversaires ont fait la grandeur des croisés autant que leur malheur. On n'honore pas un chevalier qui a vaincu des ombres : Godefroy à Ascalon, Baudouin IV à Montgisard, Richard à Arsouf, Saint Louis à Mansourah ont affronté des princes de premier rang, et les chroniqueurs latins l'ont su et dit. Guillaume de Tyr loue la justice de Nour ad-Din ; l'Occident a fait de Saladin un modèle de magnanimité, et Dante l'a placé parmi les esprits magnanimes de l'Antiquité. Al-Kamil a reçu saint François et l'a laissé repartir.</p>
<p>Leur histoire enseigne aussi une leçon que les Francs ont apprise trop tard : la Terre sainte chrétienne a vécu tant que ses ennemis étaient divisés, et elle est tombée quand ils se sont unis alors que l'Occident, lui, se divisait. Nous savons de quel côté nous nous tenons ; c'est une raison de plus pour regarder en face, avec respect, ceux qui se tenaient de l'autre. Toutes les figures de cette page sont aussi présentes dans <a href="https://croisades.fr/posts/20-personnages-des-croisades/">les 20 personnages à connaître</a> et dans la rubrique <a href="https://croisades.fr/categories/figures/sultans-et-emirs/">sultans et émirs</a>.</p>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/saladin/">Saladin, l'adversaire respecté</a> — le sultan de Hattin et de Jérusalem, admiré par l'Occident.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/chefs-des-croisades/">Les chefs des croisades : qui a commandé quoi</a> — l'autre camp, expédition par expédition.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/fin-des-etats-latins/">La fin des États latins (1260-1291)</a> — Baybars, Qalawun et al-Ashraf Khalil, place par place.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/batailles-des-croisades-liste/">Toutes les batailles des croisades</a> — de Dorylée à La Forbie, les rencontres en rase campagne.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/sieges-des-croisades-liste/">Tous les sièges des croisades</a> — de Nicée à Acre, les villes prises et perdues.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/comment-les-musulmans-appelaient-les-croises/">Comment les musulmans appelaient-ils les croisés ?</a> — les Francs vus et nommés par leurs adversaires.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">Le guide complet des croisades</a> — le cadre général, de Clermont à Acre.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Chroniqueurs musulmans</strong> : Ibn al-Qalanisi, <em>Continuation de l'histoire de Damas</em> (années 1097-1154) ; Ibn al-Athir, <em>Al-Kamil fi al-tarikh</em> (« L'Histoire parfaite ») et <em>Histoire des atabegs de Mossoul</em> ; Baha ad-Din Ibn Shaddad, <em>Vie de Saladin</em> ; Imad ad-Din al-Isfahani, <em>La Conquête de la Syrie et de la Palestine par Saladin</em> ; Oussama Ibn Munqidh, <em>Des enseignements de la vie</em> (trad. A. Miquel, 1983) ; Ibn Abd az-Zahir, <em>Vie de Baybars</em>. <strong>Chroniqueurs latins</strong> : Guillaume de Tyr, <em>Chronique</em>, livres XIV-XX (Zengi, Nour ad-Din) ; Jean de Joinville, <em>Vie de Saint Louis</em>, § 340-360 (meurtre de Turanshah). <strong>Recueil</strong> : Francesco Gabrieli, <em>Chroniques arabes des croisades</em>, Sindbad, 1977. <strong>Historiens</strong> : Anne-Marie Eddé, <em>Saladin</em>, Flammarion, 2008 ; Nikita Elisséeff, <em>Nūr ad-Dīn, un grand prince musulman de Syrie au temps des croisades</em>, IFD, 1967 ; Carole Hillenbrand, <em>The Crusades: Islamic Perspectives</em>, Edinburgh University Press, 1999 ; <a href="https://www.persee.fr/" rel="nofollow noopener">Persée — revues d'histoire médiévale</a>.</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Les papes et les croisades, de Grégoire VII à Boniface VIII</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/papes-et-croisades/</link>
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    <pubDate>Wed, 14 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Papes et clercs</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/papes-et-croisades.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>D'Urbain II à Clermont (1095) à Nicolas IV après Acre (1291) : les papes qui ont appelé, organisé et jugé les croisades, avec leurs légats et prédicateurs.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>Période</strong> : du projet de Grégoire VII (1074) à la mort de Boniface VIII (1303). <strong>Les papes décisifs</strong> : Urbain II (Clermont, 1095), Eugène III (<em>Quantum praedecessores</em>, 1145), Grégoire VIII (<em>Audita tremendi</em>, 1187), Innocent III (quatrième et cinquième croisades, Latran IV, 1215), Grégoire IX et Innocent IV (face à Frédéric II), Grégoire X (concile de Lyon, 1274), Nicolas IV (après Acre, 1291). <strong>Leurs instruments</strong> : la bulle, l'indulgence, le légat, le prédicateur, la décime sur le clergé. <strong>Les clercs de terrain</strong> : Adhémar de Monteil, Pierre l'Ermite, saint Bernard, Foulques de Neuilly, le cardinal Pélage, Jacques de Vitry, Eudes de Châteauroux, saint François d'Assise. <strong>Ce qui demeure</strong> : les Franciscains, gardiens du Saint-Sépulcre depuis le XIVe siècle.</p>
</div>
<p>Les <strong>papes</strong> sont à l'origine de toutes les croisades : c'est <strong>Urbain II</strong> qui appelle la chevalerie à Clermont le 27 novembre 1095, et ce sont ses successeurs qui relancent chaque expédition par une bulle, accordent l'indulgence, nomment les légats et taxent le clergé pour la payer. De <strong>Grégoire VII</strong>, qui rêva d'une expédition dès 1074, à <strong>Boniface VIII</strong>, mort en 1303, une douzaine de pontifes ont pensé, porté et jugé l'entreprise. Cette page les présente dans l'ordre, avec les légats, patriarches et prédicateurs qui ont servi la croisade sur le terrain ; le cadre général se lit dans notre <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a>.</p>
<h2 id="les-papes-et-les-croisades-en-cinq-lignes">Les papes et les croisades en cinq lignes<a class="headerlink" href="#les-papes-et-les-croisades-en-cinq-lignes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La croisade est une invention pontificale : un pèlerinage armé vers Jérusalem, promis comme pénitence, que seul le successeur de Pierre peut proclamer. Urbain II la lance en 1095 ; Eugène III en fixe le modèle juridique en 1145 ; Innocent III en fait, au début du XIIIe siècle, une institution de toute l'Église, avec ses impôts, ses prédicateurs et ses conciles. Les papes l'ont dirigée sans jamais commander une armée, par leurs légats, et ils l'ont aussi jugée : ils ont condamné le sac de Constantinople et excommunié un empereur. Après la chute d'Acre en 1291, ils n'ont jamais cessé d'appeler à reprendre la route.</p>
<h2 id="pourquoi-le-pape-reforme-gregorienne-idee-de-croisade-indulgence">Pourquoi le pape ? Réforme grégorienne, idée de croisade, indulgence<a class="headerlink" href="#pourquoi-le-pape-reforme-gregorienne-idee-de-croisade-indulgence" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La croisade naît de la <strong>réforme grégorienne</strong>, ce grand mouvement du XIe siècle qui libère l'Église de la tutelle des princes et donne au pape une autorité sur toute la chrétienté latine. Une papauté qui déposait des empereurs pouvait appeler les chevaliers à servir le Christ ; une Église qui s'efforçait, par la paix de Dieu, de détourner la violence des chevaliers contre les faibles pouvait leur offrir une guerre juste et sainte, tournée vers la défense des chrétiens d'Orient et des lieux saints.</p>
<p>L'<strong>idée de croisade</strong> tient en trois éléments, tous pontificaux. Le <strong>vœu</strong>, prononcé publiquement, marqué par la croix cousue sur l'habit. L'<strong>indulgence</strong> : le canon 2 du concile de Clermont promet que le voyage de Jérusalem, accompli « par dévotion seulement », tiendra lieu de toute pénitence. La <strong>protection</strong> de l'Église sur les biens et la famille du croisé pendant son absence. Les <strong>bulles de croisade</strong> — <em>Quantum praedecessores</em> en 1145, <em>Audita tremendi</em> en 1187, <em>Post miserabile</em> en 1198, <em>Quia maior</em> en 1213, <em>Ad liberandam</em> en 1215 — reprennent, précisent et étendent ces privilèges. Ce qui fait qu'une guerre est une croisade, on le lit dans <a href="https://croisades.fr/posts/qu-est-ce-qu-une-croisade/">qu'est-ce qu'une croisade ?</a></p>
<h2 id="les-papes-de-la-croisade-de-gregoire-vii-a-boniface-viii">Les papes de la croisade, de Grégoire VII à Boniface VIII<a class="headerlink" href="#les-papes-de-la-croisade-de-gregoire-vii-a-boniface-viii" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<h3 id="gregoire-vii-et-le-projet-de-1074">Grégoire VII et le projet de 1074<a class="headerlink" href="#gregoire-vii-et-le-projet-de-1074" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Après le désastre byzantin de Mantzikert (1071), <strong>Grégoire VII</strong>, le pape de la réforme, appelle en 1074 les fidèles de saint Pierre à secourir les chrétiens d'Orient. En décembre 1074, il écrit au roi Henri IV qu'une armée de cinquante mille hommes est prête et qu'il veut la conduire lui-même jusqu'au Sépulcre du Seigneur, en confiant l'Église au roi pendant son absence. La querelle des Investitures, qui éclate l'année suivante, ruine le projet. Mais tout y est déjà : l'Orient chrétien menacé, l'armée conduite au nom de Pierre, Jérusalem comme horizon.</p>
<h3 id="urbain-ii-le-pape-de-clermont">Urbain II, le pape de Clermont<a class="headerlink" href="#urbain-ii-le-pape-de-clermont" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Ancien prieur de Cluny, disciple de Grégoire VII, <strong>Urbain II</strong> (1088-1099) reçoit à Plaisance, en mars 1095, les envoyés de l'empereur Alexis Comnène. Le 27 novembre 1095, au concile de <a href="https://croisades.fr/posts/clermont-1095/">Clermont</a>, il appelle la chevalerie à délivrer Jérusalem ; la foule répond <em>Deus le volt</em>. Il prêche ensuite neuf mois à travers la France, nomme Adhémar de Monteil légat et fixe le départ au 15 août 1096. Il meurt à Rome le 29 juillet 1099, quatorze jours après la prise de Jérusalem, avant d'en avoir appris la nouvelle. L'Église l'a béatifié en 1881. Qui appelle, qui demande, qui relaie : <a href="https://croisades.fr/posts/qui-a-lance-les-croisades/">qui a lancé les croisades ?</a></p>
<h3 id="pascal-ii-et-la-croisade-de-1101">Pascal II et la croisade de 1101<a class="headerlink" href="#pascal-ii-et-la-croisade-de-1101" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Successeur d'Urbain, <strong>Pascal II</strong> (1099-1118) relance l'appel pour secourir les vainqueurs de 1099, menace d'excommunication ceux qui ont abandonné leur vœu — Étienne de Blois repart — et suscite les armées de la <a href="https://croisades.fr/posts/croisades-oubliees-expeditions-mineures/">croisade de 1101</a>, anéanties en Anatolie. Le 15 février 1113, sa bulle <em>Pie postulatio voluntatis</em> place sous la protection du Saint-Siège l'hôpital de Jérusalem : c'est l'acte de naissance des <a href="https://croisades.fr/posts/hospitaliers-histoire-complete/">Hospitaliers</a>. Il eut aussi la faiblesse de bénir en 1105-1106 l'expédition de Bohémond contre Byzance, qui se perdit devant Durazzo.</p>
<p>Ses successeurs immédiats achèvent l'édifice : <strong>Calixte II</strong> confirme en 1123, au premier concile du Latran, les privilèges des croisés et les étend à ceux qui combattent en Espagne ; le concile de Troyes (1129) approuve la règle des Templiers, et <strong>Innocent II</strong> leur donne en 1139, par la bulle <em>Omne datum optimum</em>, l'indépendance qui fera leur force — leur histoire est dans <a href="https://croisades.fr/posts/templiers-histoire-complete/">les Templiers</a>.</p>
<h3 id="eugene-iii-le-pape-de-la-deuxieme-croisade">Eugène III, le pape de la deuxième croisade<a class="headerlink" href="#eugene-iii-le-pape-de-la-deuxieme-croisade" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Moine cistercien, disciple de saint Bernard, <strong>Eugène III</strong> (1145-1153) apprend la chute d'Édesse et publie le 1er décembre 1145, puis de nouveau le 1er mars 1146, la bulle <em>Quantum praedecessores</em>, adressée au roi Louis VII : la première bulle de croisade dont le texte nous soit parvenu, et le modèle de toutes les suivantes. Chassé de Rome par la commune, il confie la prédication à son ancien abbé et remet lui-même à Louis VII, à Saint-Denis en juin 1147, l'écharpe et le bâton de pèlerin. L'échec devant Damas, en juillet 1148, l'atteint profondément. Le récit : <a href="https://croisades.fr/posts/deuxieme-croisade/">la deuxième croisade</a>.</p>
<h3 id="gregoire-viii-deux-mois-de-pontificat-et-une-croisade">Grégoire VIII, deux mois de pontificat et une croisade<a class="headerlink" href="#gregoire-viii-deux-mois-de-pontificat-et-une-croisade" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>À la nouvelle de <a href="https://croisades.fr/posts/hattin-1187/">Hattin</a>, le pape Urbain III meurt, dit-on, de chagrin. Son successeur, <strong>Grégoire VIII</strong>, élu le 21 octobre 1187, publie le 29 octobre la bulle <em>Audita tremendi</em> : la Croix perdue, le roi captif, Jérusalem menacée sont le châtiment des péchés de la chrétienté, qui doit faire pénitence avant de reprendre les armes. Il meurt à Pise le 17 décembre 1187, après moins de deux mois de règne, en tentant de réconcilier Pise et Gênes pour la flotte. Sa bulle a suffi : elle met en marche la <a href="https://croisades.fr/posts/troisieme-croisade/">troisième croisade</a>.</p>
<h3 id="innocent-iii-le-pape-des-croisades">Innocent III, le pape des croisades<a class="headerlink" href="#innocent-iii-le-pape-des-croisades" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Élu à trente-sept ans, <strong>Innocent III</strong> (1198-1216) fait de la croisade l'œuvre de sa vie. Il lance dès le 15 août 1198, par <em>Post miserabile</em>, la <a href="https://croisades.fr/posts/quatrieme-croisade/">quatrième croisade</a>, interdit d'attaquer des chrétiens, excommunie les croisés qui prennent Zara en 1202 et condamne le sac de Constantinople de 1204 avec une dureté sans égale. Il appelle à la croisade contre les albigeois après le meurtre de son légat Pierre de Castelnau (1208), salue la ferveur de la croisade des enfants (1212), puis, par <em>Quia maior</em> (1213) et le concile de Latran IV (1215), refonde l'institution : prédication dans toute la chrétienté, vœu ouvert à tous, impôt d'un vingtième sur les revenus du clergé. Il meurt le 16 juillet 1216, avant le départ de la <a href="https://croisades.fr/posts/cinquieme-croisade/">cinquième croisade</a> qu'il avait préparée.</p>
<h3 id="honorius-iii-et-frederic-ii">Honorius III et Frédéric II<a class="headerlink" href="#honorius-iii-et-frederic-ii" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Ancien précepteur du jeune Frédéric II, <strong>Honorius III</strong> (1216-1227) envoie la cinquième croisade en Égypte, confiée à son légat Pélage, et attend l'empereur qui ne vient pas. Il le couronne à Rome le 22 novembre 1220 contre une nouvelle promesse de départ, puis accepte à San Germano, en 1225, un dernier délai jusqu'à l'été 1227, sous peine d'excommunication. Honnête et patient, il meurt le 18 mars 1227 sans avoir vu partir Frédéric.</p>
<h3 id="gregoire-ix-lexcommunicateur">Grégoire IX, l'excommunicateur<a class="headerlink" href="#gregoire-ix-lexcommunicateur" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Neveu d'Innocent III, <strong>Grégoire IX</strong> (1227-1241) n'a pas la patience de son prédécesseur. Quand Frédéric II, malade, renonce à Brindisi en septembre 1227, il l'excommunie ; quand l'empereur part en 1228 sans être réconcilié, il l'excommunie encore et fait envahir ses terres d'Italie. La <a href="https://croisades.fr/posts/sixieme-croisade/">sixième croisade</a> rend Jérusalem aux chrétiens en 1229 par traité, mais sous l'interdit. Réconcilié avec Frédéric en 1230, Grégoire IX lance en 1234 la bulle <em>Rachel suum videns</em>, d'où sort la croisade des barons de 1239 — l'année où il excommunie l'empereur une troisième fois. C'est aussi lui qui canonise saint François (1228) et saint Dominique (1234).</p>
<h3 id="innocent-iv-du-concile-de-lyon-a-saint-louis">Innocent IV, du concile de Lyon à Saint Louis<a class="headerlink" href="#innocent-iv-du-concile-de-lyon-a-saint-louis" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Réfugié à Lyon, <strong>Innocent IV</strong> (1243-1254) y réunit en 1245 un concile qui dépose Frédéric II et appelle à secourir la Terre sainte, perdue en 1244. Saint Louis a déjà pris la croix ; le pape lui donne pour légat le cardinal Eudes de Châteauroux et pour financement une décime. Mais Innocent IV détourne aussi la croisade contre les Hohenstaufen, ce que bien des contemporains lui ont reproché. Il envoie enfin les premiers frères, dont Jean de Plan Carpin, chez les Mongols. La croisade du roi : <a href="https://croisades.fr/posts/saint-louis-septieme-croisade/">Saint Louis en Égypte</a>.</p>
<h3 id="gregoire-x-le-pape-elu-a-acre">Grégoire X, le pape élu à Acre<a class="headerlink" href="#gregoire-x-le-pape-elu-a-acre" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Le 1er septembre 1271, après près de trois ans de vacance, les cardinaux réunis à Viterbe élisent un archidiacre de Liège qui n'est pas même prêtre : <strong>Tedaldo Visconti</strong>, alors en pèlerinage à Acre avec le prince Édouard d'Angleterre. Devenu <strong>Grégoire X</strong> (1271-1276), il consacre son règne à la Terre sainte : le deuxième concile de Lyon (1274) décrète une décime de six ans pour la croisade et proclame l'union avec l'Église grecque. Il meurt à Arezzo le 10 janvier 1276, et la croisade avec lui. L'Église l'honore comme bienheureux. Son élection est racontée dans <a href="https://croisades.fr/posts/huitieme-croisade/">la huitième croisade</a>.</p>
<h3 id="nicolas-iv-le-pape-de-la-chute-dacre">Nicolas IV, le pape de la chute d'Acre<a class="headerlink" href="#nicolas-iv-le-pape-de-la-chute-dacre" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Premier franciscain élu pape, <strong>Nicolas IV</strong> (1288-1292) apprend la chute de Tripoli en 1289 et fait armer une vingtaine de galères pour Acre. Après la <a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">chute d'Acre</a>, le 18 mai 1291, il appelle toute la chrétienté à la croisade, réunit des conciles provinciaux pour en débattre et arme lui-même des navires. Personne ne bouge. Il meurt le 4 avril 1292 : avec lui s'achève l'âge où un appel du pape suffisait à mettre l'Occident en route.</p>
<h3 id="boniface-viii-la-fin-dun-age">Boniface VIII, la fin d'un âge<a class="headerlink" href="#boniface-viii-la-fin-dun-age" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p><strong>Boniface VIII</strong> (1294-1303) parle encore de croisade, mais il emploie ce nom contre ses ennemis romains, les Colonna, et s'épuise dans le conflit avec Philippe le Bel, qui s'achève par l'attentat d'Anagni et sa mort en octobre 1303. Deux gestes le relient pourtant à la grande époque : il canonise Saint Louis en 1297, le roi croisé mort devant Tunis, et proclame en 1300 le premier jubilé, qui fait de Rome le grand pèlerinage de la chrétienté quand Jérusalem n'est plus accessible. Quelques années plus tard, Clément V supprimera l'ordre du Temple au concile de Vienne (1312).</p>
<h2 id="bulles-indulgence-union-des-eglises-les-instruments-du-pape">Bulles, indulgence, union des Églises : les instruments du pape<a class="headerlink" href="#bulles-indulgence-union-des-eglises-les-instruments-du-pape" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le pape ne commande pas d'armée ; il dispose de quatre instruments. La <strong>bulle de croisade</strong> dit pourquoi partir, ce que l'on gagne et ce que l'on doit. L'<strong>indulgence de croisade</strong> remet la peine due aux péchés confessés : elle est la raison spirituelle du départ, prise au premier degré par les croisés eux-mêmes, et non le « prétexte » qu'en ont fait les manuels. Le <strong>légat</strong> représente le pape dans l'armée, prêche, réconcilie et juge. La <strong>décime</strong> enfin, instituée au XIIIe siècle, fait payer la croisade par le clergé de toute la chrétienté.</p>
<p>Le cinquième enjeu fut l'<strong>union des Églises</strong>. L'appel d'Alexis Comnène en 1095 était aussi une main tendue à travers le schisme de 1054 ; le sac de 1204 la brisa pour des siècles, malgré la condamnation d'Innocent III. Grégoire X crut la renouer au concile de Lyon, le 6 juillet 1274, mais le clergé grec refusa l'union signée par son empereur. Sur la manière dont l'Église a jugé les croisades et leurs excès, on lira <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-etaient-elles-justes/">les croisades étaient-elles justes ?</a></p>
<h2 id="legats-patriarches-et-predicateurs-les-clercs-de-la-croisade">Légats, patriarches et prédicateurs : les clercs de la croisade<a class="headerlink" href="#legats-patriarches-et-predicateurs-les-clercs-de-la-croisade" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<h3 id="adhemar-de-monteil-le-legat-de-la-premiere-croisade">Adhémar de Monteil, le légat de la première croisade<a class="headerlink" href="#adhemar-de-monteil-le-legat-de-la-premiere-croisade" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Évêque du Puy, <strong>Adhémar de Monteil</strong> est le premier à prendre la croix à Clermont, et Urbain II en fait son légat. Ancien chevalier, il marche avec Raymond de Saint-Gilles, combat à Dorylée, apaise les querelles des princes, ordonne jeûnes et processions devant Antioche. Il meurt de l'épidémie le 1er août 1098 ; l'armée, privée de son père, se divise. Il est l'âme de <a href="https://croisades.fr/posts/premiere-croisade/">la première croisade</a>.</p>
<h3 id="pierre-lermite-le-predicateur-des-foules">Pierre l'Ermite, le prédicateur des foules<a class="headerlink" href="#pierre-lermite-le-predicateur-des-foules" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Ermite picard monté sur un âne, <strong>Pierre l'Ermite</strong> prêche en 1096 dans le Berry, la Champagne et la Rhénanie, et soulève des milliers de pauvres qu'il conduit vers Constantinople avant les princes. Son armée est détruite à Civetot ; lui survit, suit la grande armée et entre à Jérusalem. Il meurt en 1115 prieur d'un monastère qu'il a fondé près de Huy. Le récit : <a href="https://croisades.fr/posts/croisades-populaires/">les croisades populaires</a>.</p>
<h3 id="daimbert-de-pise-contre-godefroy">Daimbert de Pise contre Godefroy<a class="headerlink" href="#daimbert-de-pise-contre-godefroy" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Archevêque de Pise, légat après Adhémar, <strong>Daimbert</strong> arrive en 1099 avec la flotte pisane, se fait élire patriarche de Jérusalem à Noël et reçoit l'hommage de Godefroy de Bouillon et de Bohémond. Il rêve d'une Jérusalem gouvernée par l'Église ; Baudouin Ier, roi en 1100, ne l'entend pas ainsi. Déposé en 1102, il obtient de Rome sa restauration mais meurt en Sicile en 1105 sur le chemin du retour. Le conflit est raconté dans <a href="https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem-guide/">le royaume de Jérusalem</a>.</p>
<h3 id="arnoul-de-chocques-patriarche-controverse">Arnoul de Chocques, patriarche controversé<a class="headerlink" href="#arnoul-de-chocques-patriarche-controverse" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Chapelain de Robert de Normandie, <strong>Arnoul de Chocques</strong> est élu patriarche en août 1099 et retrouve, le 5 août, une relique de la Vraie Croix cachée par les chrétiens de la ville ; elle sera l'étendard du royaume jusqu'à Hattin. Écarté au profit de Daimbert, il redevient patriarche en 1112, est déposé par un légat puis rétabli par Pascal II, à condition de faire annuler le mariage bigame de Baudouin Ier. Habile, contesté, il meurt en 1118.</p>
<h3 id="saint-bernard-de-clairvaux-et-la-croisade">Saint Bernard de Clairvaux et la croisade<a class="headerlink" href="#saint-bernard-de-clairvaux-et-la-croisade" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Abbé de Clairvaux, la plus grande voix de son siècle, <strong>saint Bernard</strong> écrit pour les Templiers l'<em>Éloge de la nouvelle chevalerie</em> et prêche la deuxième croisade à Vézelay le 31 mars 1146 : on taille des croix dans son manteau pour suffire à la foule. À Mayence, il fait taire un moine qui excitait les foules contre les Juifs et protège ceux-ci, comme l'a reconnu le chroniqueur juif Éphraïm de Bonn. Après l'échec, il écrit que Dieu a jugé les péchés des croisés. Sur 1096 et 1146 : <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-et-les-juifs/">les croisades et les Juifs</a>.</p>
<h3 id="heraclius-le-patriarche-de-jerusalem-en-1187">Héraclius, le patriarche de Jérusalem en 1187<a class="headerlink" href="#heraclius-le-patriarche-de-jerusalem-en-1187" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Patriarche de 1180 à sa mort, <strong>Héraclius</strong> vient en Occident en 1184-1185 demander du secours ; à Londres, il consacre l'église du Temple et offre en vain à Henri II les clés de Jérusalem et du Saint-Sépulcre. En 1186, il couronne Sibylle, qui couronne Guy de Lusignan. En 1187, il défend Jérusalem avec Balian d'Ibelin et négocie avec lui la reddition. Le chroniqueur Ernoul, hostile, l'a peint en prélat mondain. Il meurt au siège d'Acre, vers 1190-1191.</p>
<h3 id="foulques-de-neuilly-predicateur-de-la-quatrieme-croisade">Foulques de Neuilly, prédicateur de la quatrième croisade<a class="headerlink" href="#foulques-de-neuilly-predicateur-de-la-quatrieme-croisade" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Curé de Neuilly-sur-Marne, prédicateur de conversion dont la parole dure fait pleurer les foules, <strong>Foulques de Neuilly</strong> reçoit d'Innocent III en 1198 la mission de prêcher la croisade. Il croise, dit Villehardouin, une multitude de petites gens ; les barons, eux, prennent la croix au tournoi d'Écry, en novembre 1199. Il meurt en mai 1202, avant le départ, et ne voit pas la croisade se perdre à Constantinople.</p>
<h3 id="le-cardinal-pelage">Le cardinal Pélage<a class="headerlink" href="#le-cardinal-pelage" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Cardinal-évêque d'Albano, légat d'Honorius III, <strong>Pélage</strong> arrive devant Damiette en 1218 et prend peu à peu la direction de la cinquième croisade. Il refuse les offres d'al-Kamil, qui proposait de rendre Jérusalem contre Damiette, et pousse en juillet 1221 l'armée vers Le Caire, où la crue du Nil la piège : capitulation le 30 août 1221. Intransigeant par fidélité au but — Jérusalem rendue sans murailles lui semblait un piège —, il a été accablé par l'histoire. Il meurt en 1230.</p>
<h3 id="jacques-de-vitry-eveque-dacre">Jacques de Vitry, évêque d'Acre<a class="headerlink" href="#jacques-de-vitry-eveque-dacre" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Prédicateur célèbre, <strong>Jacques de Vitry</strong> est élu évêque d'Acre en 1216 et vit la cinquième croisade de l'intérieur. Ses <em>Lettres</em> et son <em>Histoire orientale</em> décrivent la société d'Outremer, ses chrétiens d'Orient, ses ordres militaires, et donnent le premier récit de la visite de saint François au sultan. Devenu cardinal, il meurt à Rome en 1240. Sur le monde qu'il a décrit : <a href="https://croisades.fr/posts/vivre-en-outremer-societe-des-etats-latins/">vivre en Outremer</a>.</p>
<h3 id="saint-francois-dassise-et-les-croisades">Saint François d'Assise et les croisades<a class="headerlink" href="#saint-francois-dassise-et-les-croisades" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>En septembre 1219, devant Damiette, <strong>saint François d'Assise</strong> franchit les lignes avec un compagnon et demande à voir le sultan <strong>al-Kamil</strong>, à qui il annonce le Christ ; le sultan l'écoute et le laisse repartir. François n'est pas venu condamner la croisade : il est venu au camp des croisés, et il en a partagé la fin, la conversion des cœurs. De lui sortira la présence franciscaine en Terre sainte. Le sultan qu'il a rencontré est présenté dans <a href="https://croisades.fr/posts/adversaires-des-croises-grands-chefs-musulmans/">les grands chefs musulmans face aux croisés</a>.</p>
<h3 id="eudes-de-chateauroux-legat-de-saint-louis">Eudes de Châteauroux, légat de Saint Louis<a class="headerlink" href="#eudes-de-chateauroux-legat-de-saint-louis" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Cardinal-évêque de Tusculum, <strong>Eudes de Châteauroux</strong> prêche en France la croisade de Saint Louis à partir de 1245 et l'accompagne en Égypte. Il est à Damiette, partage la défaite de Mansourah et la captivité de l'armée, puis reste avec le roi en Terre sainte jusqu'en 1254. Ses sermons de croisade, conservés en grand nombre, sont parmi les plus beaux textes que la croisade ait inspirés. Il meurt en 1273.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les papes ont échoué à garder Jérusalem ; ils ont réussi à faire de sa garde l'affaire de toute la chrétienté. Pendant deux siècles, un appel venu de Rome a suffi à jeter sur les routes des rois, des barons et des foules de pauvres, parce qu'ils croyaient que le tombeau vide du Christ valait leur vie. L'Église a aussi jugé ce qu'elle avait suscité : Innocent III devant Constantinople, saint Bernard devant les foules de Mayence, Grégoire VIII qui voyait dans la défaite d'abord un appel à la pénitence.</p>
<p>Et quelque chose est resté sur place. Les frères de saint François, présents en Terre sainte dès les années 1220, ont reçu en 1342 du pape Clément VI la garde des lieux saints au nom de l'Église latine. La <strong>Custodie de Terre sainte</strong> veille encore aujourd'hui, avec les Grecs et les Arméniens, sur le Saint-Sépulcre. Ce que les croisés avaient pris par l'épée et perdu, les fils du Poverello l'ont gardé par la prière : on lira pourquoi ce tombeau comptait tant dans <a href="https://croisades.fr/posts/pourquoi-le-saint-sepulcre-comptait-tant/">pourquoi le Saint-Sépulcre comptait tant</a>. Tous les papes et clercs de cette page sont réunis dans la rubrique <a href="https://croisades.fr/categories/figures/papes-et-clercs/">papes et clercs</a>.</p>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/clermont-1095/">Clermont, 27 novembre 1095 : l'appel d'Urbain II</a> — le discours, l'indulgence, les neuf mois de prédication.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/qui-a-lance-les-croisades/">Qui a lancé les croisades ?</a> — Urbain II, Alexis Comnène, Grégoire VII.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/qu-est-ce-qu-une-croisade/">Qu'est-ce qu'une croisade ?</a> — vœu, indulgence, autorité pontificale : la définition.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/quatrieme-croisade/">La quatrième croisade</a> — la croisade détournée et le jugement d'Innocent III.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/sixieme-croisade/">La sixième croisade</a> — Frédéric II, l'empereur excommunié qui reprit Jérusalem.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/chefs-des-croisades/">Les chefs des croisades</a> — les princes qui ont répondu à l'appel des papes.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">Le guide complet des croisades</a> — le cadre général, de Clermont à Acre.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Textes pontificaux</strong> : Grégoire VII, <em>Registre</em>, II, 31 (lettre à Henri IV, décembre 1074) ; concile de Clermont, canon 2 ; Eugène III, <em>Quantum praedecessores</em> (1145-1146) ; Grégoire VIII, <em>Audita tremendi</em> (1187) ; Innocent III, <em>Post miserabile</em> (1198), <em>Quia maior</em> (1213), <em>Ad liberandam</em> (Latran IV, 1215) ; II<sup>e</sup> concile de Lyon, <em>Constitutiones pro zelo fidei</em> (1274). <strong>Chroniqueurs</strong> : Foucher de Chartres, <em>Historia Hierosolymitana</em>, I ; Raymond d'Aguilers, <em>Historia Francorum</em> (Adhémar) ; Odon de Deuil, <em>De profectione Ludovici VII</em> ; Geoffroy de Villehardouin, <em>La Conquête de Constantinople</em>, § 1-2 (Foulques de Neuilly) ; Jacques de Vitry, <em>Lettres</em> (VI, 1220) ; Jean de Joinville, <em>Vie de Saint Louis</em>. <strong>Historiens</strong> : Jonathan Riley-Smith, <em>What Were the Crusades?</em>, 4e éd., Palgrave, 2009 ; Christopher Tyerman, <em>God's War. A New History of the Crusades</em>, Penguin, 2006 ; Jean Richard, <em>Histoire des croisades</em>, Fayard, 1996 ; <a href="https://sourcebooks.web.fordham.edu/Halsall/source/g7-cde1078.asp" rel="nofollow noopener">Fordham Medieval Sourcebook — Grégoire VII, appel de 1074</a>.</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Tous les sièges des croisades (1096-1291)</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/sieges-des-croisades-liste/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://croisades.fr/posts/sieges-des-croisades-liste/</guid>
    <pubDate>Tue, 13 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Sièges</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/sieges-des-croisades-liste.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>De Xerigordon (1096) à Acre (1291) : les 31 grands sièges des croisades en Orient, dans l'ordre, avec dates, assiégeants, issue et conséquence de chacun.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>Période</strong> : de <strong>Xerigordon</strong> (automne 1096) à <strong>Acre</strong> (18 mai 1291). <strong>Combien</strong> : 31 grands sièges en Orient, retenus parmi des centaines de blocus et d'assauts. <strong>Trois âges</strong> : les sièges de conquête (1097-1153, de Nicée à Ascalon), la guerre d'Égypte et la reconquête de Saladin (1167-1191), les sièges mamelouks (1244-1291). <strong>Plus long</strong> : Tripoli, 1102-1109. <strong>Plus décisifs</strong> : Antioche (1098), Jérusalem (1099), Jérusalem (1187), Acre (1191), Acre (1291). <strong>Armes</strong> : blocus, engins de jet, <strong>trébuchet</strong> à contrepoids à partir de la fin du XIIe siècle, <strong>tour de siège</strong>, <strong>sape et mine</strong>. <strong>Bilan</strong> : les Francs prennent la côte au XIIe siècle et la perdent au XIIIe ; leurs ports tombent un à un, avec Acre le dernier.</p>
</div>
<p>Entre 1096 et 1291, la guerre des croisades a été d'abord une <strong>guerre de sièges</strong> : voici la liste des 31 grands sièges d'Orient, dans l'ordre, de la soif de Xerigordon à la chute d'Acre. Chacun tient en un paragraphe — dates, assiégeants, issue, ce qu'il change — et renverra à son article détaillé au fil de leur publication. Pour situer chaque siège dans son expédition, gardez sous la main notre <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a> et la <a href="https://croisades.fr/posts/batailles-des-croisades-liste/">liste des batailles</a>, qui en est le pendant.</p>
<h2 id="les-sieges-des-croisades-en-cinq-lignes">Les sièges des croisades en cinq lignes<a class="headerlink" href="#les-sieges-des-croisades-en-cinq-lignes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><strong>Combien ?</strong> Des centaines de blocus et d'assauts ; 31 ont changé le cours des choses.</li>
<li><strong>Qui assiège ?</strong> Les Francs jusqu'en 1153, puis les deux camps tour à tour jusqu'en 1191 ; au XIIIe siècle, ce sont presque toujours les Mamelouks.</li>
<li><strong>Le plus long ?</strong> <strong>Tripoli</strong>, sept ans (1102-1109) ; puis Acre, près de deux ans (1189-1191).</li>
<li><strong>Le plus célèbre ?</strong> <strong>Jérusalem</strong>, 15 juillet 1099.</li>
<li><strong>Le dernier ?</strong> <strong>Acre</strong>, 18 mai 1291.</li>
</ul>
<h2 id="pourquoi-tant-de-sieges">Pourquoi tant de sièges ?<a class="headerlink" href="#pourquoi-tant-de-sieges" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>On l'a dit pour les batailles : une armée franque détruite ne se remplaçait qu'avec la croisade suivante, et l'on évitait de risquer en un jour ce qu'on avait mis vingt ans à bâtir. Le pays, lui, se tenait par ses villes et ses châteaux. Prendre la côte, c'était recevoir les flottes d'Occident ; tenir les forteresses de l'intérieur, c'était fermer les routes de Damas et du Caire. D'où une guerre de murailles, que l'historien R. C. Smail a décrite le premier : quelques batailles décisives, et autour d'elles des dizaines de sièges, de blocus et de raids contre les récoltes.</p>
<p>Les moyens ont peu changé en deux siècles, mais ils se sont perfectionnés. On affame d'abord : la plupart des places tombent par la faim ou par la soif, ou sur une capitulation négociée. On bat ensuite le mur à coups de pierres, avec des pierrières à traction humaine puis, à partir de la fin du XIIe siècle, avec le <strong>trébuchet</strong> à contrepoids, capable de lancer des boulets de plus de cent kilos. On roule contre la muraille une <strong>tour de siège</strong>, plus haute que le rempart, couverte de peaux fraîches contre le feu ; on bat les portes au bélier. On creuse enfin sous les tours : c'est la <strong>sape et la mine</strong>, galeries étayées de bois qu'on incendie pour faire s'effondrer la maçonnerie. Et toujours, en dernier recours, la ruse ou la trahison : une porte ouverte la nuit, une fausse lettre, une promesse de vie sauve.</p>
<h2 id="le-tableau-des-31-sieges">Le tableau des 31 sièges<a class="headerlink" href="#le-tableau-des-31-sieges" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<table>
<thead>
<tr>
<th>#</th>
<th>Siège</th>
<th>Dates</th>
<th>Assiégeant</th>
<th>Issue</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr>
<td>1</td>
<td>Xerigordon</td>
<td>fin sept.-oct. 1096</td>
<td>Turcs de Kilij Arslan</td>
<td>Croisés populaires vaincus par la soif</td>
</tr>
<tr>
<td>2</td>
<td>Nicée</td>
<td>14 mai-19 juin 1097</td>
<td>Croisés et Byzantins</td>
<td>Ville rendue à Byzance</td>
</tr>
<tr>
<td>3</td>
<td>Antioche</td>
<td>20 oct. 1097-3 juin 1098</td>
<td>Croisés</td>
<td>Prise par trahison d'une tour</td>
</tr>
<tr>
<td>4</td>
<td>Maarat al-Nouman</td>
<td>27 nov.-12 déc. 1098</td>
<td>Croisés</td>
<td>Prise d'assaut, famine</td>
</tr>
<tr>
<td>5</td>
<td>Arqa</td>
<td>14 févr.-13 mai 1099</td>
<td>Croisés</td>
<td>Siège levé</td>
</tr>
<tr>
<td>6</td>
<td>Jérusalem</td>
<td>7 juin-15 juill. 1099</td>
<td>Croisés</td>
<td>Prise d'assaut</td>
</tr>
<tr>
<td>7</td>
<td>Césarée</td>
<td>mai 1101</td>
<td>Baudouin Ier et Génois</td>
<td>Prise d'assaut</td>
</tr>
<tr>
<td>8</td>
<td>Tripoli</td>
<td>1102-12 juill. 1109</td>
<td>Comtes de Toulouse</td>
<td>Prise, naissance du comté</td>
</tr>
<tr>
<td>9</td>
<td>Beyrouth et Sidon</td>
<td>mai et déc. 1110</td>
<td>Baudouin Ier</td>
<td>Deux ports pris</td>
</tr>
<tr>
<td>10</td>
<td>Tyr</td>
<td>févr.-7 juill. 1124</td>
<td>Francs et Vénitiens</td>
<td>Capitulation</td>
</tr>
<tr>
<td>11</td>
<td>Édesse</td>
<td>28 nov.-24 déc. 1144</td>
<td>Zengi</td>
<td>Ville perdue</td>
</tr>
<tr>
<td>12</td>
<td>Damas</td>
<td>24-28 juill. 1148</td>
<td>Deuxième croisade</td>
<td>Échec</td>
</tr>
<tr>
<td>13</td>
<td>Ascalon</td>
<td>25 janv.-22 août 1153</td>
<td>Baudouin III</td>
<td>Capitulation</td>
</tr>
<tr>
<td>14</td>
<td>Alexandrie</td>
<td>avril-août 1167</td>
<td>Amaury Ier</td>
<td>Saladin tient, trêve</td>
</tr>
<tr>
<td>15</td>
<td>Damiette</td>
<td>25 oct.-19 déc. 1169</td>
<td>Francs et Byzantins</td>
<td>Échec</td>
</tr>
<tr>
<td>16</td>
<td>Gué de Jacob</td>
<td>fin août 1179</td>
<td>Saladin</td>
<td>Château rasé</td>
</tr>
<tr>
<td>17</td>
<td>Kérak</td>
<td>nov.-déc. 1183</td>
<td>Saladin</td>
<td>Secours royal, siège levé</td>
</tr>
<tr>
<td>18</td>
<td>Tibériade</td>
<td>2-5 juill. 1187</td>
<td>Saladin</td>
<td>Capitulation après Hattin</td>
</tr>
<tr>
<td>19</td>
<td>Jérusalem</td>
<td>20 sept.-2 oct. 1187</td>
<td>Saladin</td>
<td>Reddition contre rançon</td>
</tr>
<tr>
<td>20</td>
<td>Tyr</td>
<td>nov. 1187-1er janv. 1188</td>
<td>Saladin</td>
<td>Échec devant Conrad</td>
</tr>
<tr>
<td>21</td>
<td>Belvoir</td>
<td>1187-5 janv. 1189</td>
<td>Saladin</td>
<td>Capitulation honorable</td>
</tr>
<tr>
<td>22</td>
<td>Acre</td>
<td>28 août 1189-12 juill. 1191</td>
<td>Troisième croisade</td>
<td>Capitulation</td>
</tr>
<tr>
<td>23</td>
<td>Constantinople</td>
<td>juill. 1203-13 avril 1204</td>
<td>Quatrième croisade</td>
<td>Prise et sac</td>
</tr>
<tr>
<td>24</td>
<td>Damiette</td>
<td>mai 1218-5 nov. 1219</td>
<td>Cinquième croisade</td>
<td>Prise</td>
</tr>
<tr>
<td>25</td>
<td>Jérusalem</td>
<td>11 juill.-23 août 1244</td>
<td>Khwarezmiens</td>
<td>Ville saccagée</td>
</tr>
<tr>
<td>26</td>
<td>Damiette</td>
<td>5-6 juin 1249</td>
<td>Saint Louis</td>
<td>Ville abandonnée</td>
</tr>
<tr>
<td>27</td>
<td>Safed</td>
<td>13 juin-23 juill. 1266</td>
<td>Baybars</td>
<td>Garnison massacrée</td>
</tr>
<tr>
<td>28</td>
<td>Antioche</td>
<td>14-18 mai 1268</td>
<td>Baybars</td>
<td>Ville détruite</td>
</tr>
<tr>
<td>29</td>
<td>Krak des Chevaliers</td>
<td>3 mars-8 avril 1271</td>
<td>Baybars</td>
<td>Capitulation</td>
</tr>
<tr>
<td>30</td>
<td>Tripoli</td>
<td>25 mars-26 avril 1289</td>
<td>Qalawun</td>
<td>Ville prise d'assaut</td>
</tr>
<tr>
<td>31</td>
<td>Acre</td>
<td>5 avril-18 mai 1291</td>
<td>Al-Ashraf Khalil</td>
<td>Fin du royaume</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>Le chapitre de Damiette 1218-1219 a deux articles dans notre plan, l'un sur l'ensemble du siège, l'autre en récit ; et trois chapitres techniques — le trébuchet, la tour de siège et le bélier, la sape et la mine — accompagnent la liste.</p>
<h2 id="1096-1099-les-sieges-de-la-premiere-croisade">1096-1099 : les sièges de la première croisade<a class="headerlink" href="#1096-1099-les-sieges-de-la-premiere-croisade" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Siège de Xerigordon (automne 1096).</strong> Une bande de croisés allemands de la croisade populaire s'empare de ce fort au nord-est de Nicée. Les Turcs du sultan Kilij Arslan l'encerclent vers la Saint-Michel : le fort n'a pas de source. Après huit jours de soif, rapportent les <em>Gesta Francorum</em>, le chef Renaud se rend ; ceux qui refusent d'apostasier sont tués. Quelques semaines plus tard vient Civetot — voir <a href="https://croisades.fr/posts/croisades-populaires/">les croisades populaires</a>.</p>
<p><strong>Siège de Nicée (14 mai-19 juin 1097).</strong> Premier siège des barons, devant la capitale du sultan seldjoukide. Les croisés repoussent l'armée de secours de Kilij Arslan, mais la ville est ravitaillée par le lac Ascanius ; l'empereur Alexis Comnène fait transporter des bateaux par voie de terre pour le fermer. Nicée se rend secrètement aux Byzantins, au grand dépit des croisés privés de pillage. Récit d'ensemble : <a href="https://croisades.fr/posts/premiere-croisade/">la première croisade</a>.</p>
<p><strong>Siège d'Antioche (20 octobre 1097-3 juin 1098).</strong> Huit mois devant des murailles de plus de dix kilomètres, un hiver de famine et de désertions. Bohémond de Tarente obtient d'un officier de la garnison, Firouz, l'ouverture d'une tour : la ville est prise dans la nuit du 3 juin. Les croisés y sont assiégés à leur tour par Kerbogha de Mossoul jusqu'à la sortie victorieuse du 28 juin.</p>
<p><strong>Siège de Maarat al-Nouman (27 novembre-12 décembre 1098).</strong> Raymond de Saint-Gilles et Bohémond prennent d'assaut cette ville de Syrie à l'aide d'une tour de siège. La famine qui suit a laissé l'une des pages les plus sombres de la croisade : Raoul de Caen et Foucher de Chartres rapportent que des croisés affamés mangèrent des cadavres. Les chroniqueurs latins le disent eux-mêmes, avec horreur.</p>
<p><strong>Siège d'Arqa (14 février-13 mai 1099).</strong> Raymond de Saint-Gilles s'obstine trois mois devant cette place du futur comté de Tripoli, qu'il voudrait pour lui ; Anselme de Ribemont y est tué, Pierre Barthélemy y subit l'ordalie du feu pour prouver l'authenticité de la Sainte Lance. Le siège est levé : les pèlerins veulent Jérusalem.</p>
<p><strong>Siège de Jérusalem (7 juin-15 juillet 1099).</strong> Moins de quinze mille hommes devant une ville fatimide bien gardée. Le bois des tours de siège vient en partie des navires génois de Jaffa ; après une procession pieds nus autour des murs, l'assaut est donné le 13 juillet et la tour de Godefroy de Bouillon touche le rempart le vendredi 15 juillet, vers l'heure de la Passion selon les chroniqueurs. Le massacre qui suit est rapporté par les deux camps. Récit complet : <a href="https://croisades.fr/posts/prise-de-jerusalem-1099/">la prise de Jérusalem en 1099</a>.</p>
<h2 id="1100-1153-prendre-la-cote">1100-1153 : prendre la côte<a class="headerlink" href="#1100-1153-prendre-la-cote" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Siège de Césarée (mai 1101).</strong> Le roi <strong>Baudouin Ier</strong> et une flotte génoise prennent d'assaut le port en quelques semaines. Les Génois emportent dans leur part de butin un vase de verre vert, vénéré à Gênes comme le <em>Sacro Catino</em>, plat de la Cène selon la tradition.</p>
<p><strong>Siège de Tripoli (1102-1109).</strong> Le plus long siège des croisades. Raymond de Saint-Gilles élève devant la ville le château du Mont-Pèlerin et y meurt en 1105 sans l'avoir prise ; son fils Bertrand, arrivé avec une flotte génoise, obtient la capitulation le 12 juillet 1109. Le comté de Tripoli est né, quatrième État latin.</p>
<p><strong>Sièges de Beyrouth et Sidon (1110).</strong> Beyrouth tombe le 13 mai 1110 après deux mois et demi de siège. À l'automne, le roi Sigurd de Norvège, arrivé en pèlerin avec sa flotte, aide Baudouin Ier à prendre Sidon, qui capitule le 4 décembre. Il ne reste aux musulmans, sur la côte, que Tyr et Ascalon.</p>
<p><strong>Siège de Tyr (février-7 juillet 1124).</strong> Le roi Baudouin II est captif ; le royaume assiège quand même, sous la conduite du patriarche Gormond, avec une grande flotte vénitienne qui a d'abord détruit l'escadre égyptienne. Après cinq mois, la ville affamée capitule, et les habitants qui le veulent partent avec leurs biens. Venise y gagne un tiers de la ville.</p>
<p><strong>Siège d'Édesse (28 novembre-24 décembre 1144).</strong> <strong>Zengi</strong>, atabeg de Mossoul, profite de l'absence du comte Josselin II pour attaquer la capitale du premier État latin. Ses sapeurs ouvrent une brèche par la mine ; la ville tombe la veille de Noël, l'archevêque latin Hugues est tué dans la foule. La chute d'Édesse provoque la <a href="https://croisades.fr/posts/deuxieme-croisade/">deuxième croisade</a>.</p>
<p><strong>Siège de Damas (24-28 juillet 1148).</strong> Louis VII, Conrad III et Baudouin III attaquent par les vergers de l'ouest, puis se déplacent vers la plaine de l'est, sans eau ni abri. Quatre jours plus tard, l'armée se retire. L'échec le plus amer du siècle, qui laisse aux Francs une méfiance durable envers leurs alliés de Syrie.</p>
<p><strong>Siège d'Ascalon (25 janvier-22 août 1153).</strong> La dernière place fatimide de la côte, « fiancée de la Syrie », tient la route de l'Égypte. Le jeune <strong>Baudouin III</strong> l'assiège sept mois avec toute la force du royaume. Le 16 août, une brèche s'ouvre : le maître du Temple Bernard de Tremelay s'y jette avec une quarantaine de frères, qui sont tués. La ville capitule quelques jours plus tard. Le royaume est complet ; la côte est franque d'Antioche à Gaza.</p>
<h2 id="1167-1191-legypte-saladin-et-acre">1167-1191 : l'Égypte, Saladin et Acre<a class="headerlink" href="#1167-1191-legypte-saladin-et-acre" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Siège d'Alexandrie (avril-août 1167).</strong> Pendant la course pour l'Égypte, le roi <strong>Amaury Ier</strong> et le vizir fatimide Chawar assiègent Alexandrie, tenue par un jeune émir kurde : <strong>Saladin</strong>, neveu de Chirkuh. Avec un millier d'hommes, il tient trois mois, jusqu'à la trêve conclue au début d'août. Le futur sultan s'est fait connaître des Francs.</p>
<p><strong>Siège de Damiette (25 octobre-19 décembre 1169).</strong> Grande entreprise commune d'Amaury et de l'empereur Manuel Comnène, dont la flotte apporte vivres et engins. La ville, renforcée par Saladin devenu vizir, résiste ; pluies, disette et mésentente entre Grecs et Latins font lever le siège. L'Égypte ne sera plus jamais menacée par les deux chrétientés réunies.</p>
<p><strong>Le Gué de Jacob (fin août 1179).</strong> Les Templiers élèvent depuis 1178 un château sur le Jourdain, à une journée de Damas. Saladin l'attaque avant qu'il soit achevé ; ses mineurs creusent sous le mur, qui s'effondre en quelques jours. La garnison est tuée ou emmenée captive, le château rasé ; l'armée royale arrive trop tard. Voir <a href="https://croisades.fr/posts/chateaux-des-croises-guide/">les châteaux des croisés</a>.</p>
<p><strong>Siège de Kérak (novembre-décembre 1183).</strong> Saladin assiège la forteresse de Renaud de Châtillon pendant les noces d'Onfroy de Toron et d'Isabelle de Jérusalem ; selon Ernoul, la mère du marié envoie au sultan des plats du festin, et il fait épargner la tour des époux. Le roi Baudouin IV, porté en litière, vient délivrer la place : Saladin lève le siège.</p>
<p><strong>Siège de Tibériade (2-5 juillet 1187).</strong> Saladin prend la ville basse ; la comtesse Eschive, femme de Raymond III de Tripoli, s'enferme dans la citadelle. C'est pour la secourir que l'armée royale quitte Séphorie et marche vers <a href="https://croisades.fr/posts/hattin-1187/">Hattin</a>. Après le désastre, Eschive se rend et Saladin la laisse partir avec les siens.</p>
<p><strong>Siège de Jérusalem (20 septembre-2 octobre 1187).</strong> Balian d'Ibelin, qui n'était entré dans la ville que pour en ramener sa femme, en prend la défense à la prière des habitants, arme les bourgeois et adoube des écuyers. Quand la brèche est ouverte, il négocie : les habitants rachètent leur liberté, les pauvres sans rançon sont en partie libérés par Saladin et son frère al-Adil, les autres réduits en servitude. La ville se rend le 2 octobre, anniversaire du voyage nocturne du Prophète. Sur ce qui s'est joué là, voir <a href="https://croisades.fr/posts/pourquoi-le-saint-sepulcre-comptait-tant/">pourquoi le Saint-Sépulcre comptait tant</a>.</p>
<p><strong>Siège de Tyr (novembre 1187-1er janvier 1188).</strong> Seule grande ville franque à résister : Conrad de Montferrat, débarqué par hasard en juillet, en organise la défense. Saladin l'assiège sept semaines ; sa flotte est battue dans le port le 30 décembre, et il lève le siège au premier jour de l'an. Tyr sera la tête de pont de la troisième croisade.</p>
<p><strong>Siège de Belvoir (1187-5 janvier 1189).</strong> Le château hospitalier qui domine le Jourdain tient un an et demi de blocus après Hattin. Les frères ne se rendent qu'au cœur de l'hiver 1189, avec les honneurs : Saladin les laisse partir pour Tyr.</p>
<p><strong>Siège d'Acre (28 août 1189-12 juillet 1191).</strong> Le roi Guy de Lusignan, libéré, vient avec une petite troupe assiéger Acre ; Saladin l'assiège à son tour. Deux ans de siège double, de famine et d'épidémies, où meurent le patriarche, la reine Sibylle et des milliers de croisés. Les trébuchets de Philippe Auguste — dont la « Malvoisine » — et de Richard Cœur de Lion abattent enfin les murs ; la ville capitule le 12 juillet 1191. Voir <a href="https://croisades.fr/posts/troisieme-croisade/">la troisième croisade</a>.</p>
<h2 id="1203-1249-constantinople-et-legypte">1203-1249 : Constantinople et l'Égypte<a class="headerlink" href="#1203-1249-constantinople-et-legypte" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Siège de Constantinople (juillet 1203-13 avril 1204).</strong> La <a href="https://croisades.fr/posts/quatrieme-croisade/">quatrième croisade</a>, détournée, assiège deux fois la capitale chrétienne de l'Orient : en juillet 1203 pour y rétablir Alexis IV, puis en avril 1204 contre l'usurpateur Murzuphle. Le 12 avril, les ponts volants des nefs vénitiennes atteignent les tours de la Corne d'Or ; le lendemain, la ville est livrée à un sac de trois jours. Innocent III l'a condamné dans les termes les plus durs.</p>
<p><strong>Siège de Damiette (mai 1218-5 novembre 1219).</strong> La <a href="https://croisades.fr/posts/cinquieme-croisade/">cinquième croisade</a> assiège le port du Nil. Le 24 août 1218, une tour de siège flottante conçue par l'écolâtre Olivier de Cologne, dressée sur deux navires liés, enlève la tour de la Chaîne. La ville, décimée par la maladie, est prise le 5 novembre 1219 ; entre-temps, en septembre, saint François d'Assise a traversé les lignes pour prêcher au sultan al-Kamil.</p>
<p><strong>Sac de Jérusalem (11 juillet-23 août 1244).</strong> Rendue aux chrétiens par traité en 1229 puis en 1241, la ville n'a pas de vraies murailles. Les cavaliers khwarezmiens, alliés du sultan d'Égypte, y entrent en juillet ; la tour de David capitule le 23 août. Les chrétiens qui partent pour Jaffa sont rattrapés et massacrés en grand nombre, le Saint-Sépulcre profané. Jérusalem ne sera plus chrétienne avant 1917.</p>
<p><strong>Damiette (5-6 juin 1249).</strong> Le siège attendu n'a pas lieu. Saint Louis débarque de vive force le 5 juin, saute le premier dans l'eau, l'oriflamme devant lui ; la garnison s'enfuit dans la nuit et les croisés entrent le lendemain dans une ville vide. Damiette sera rendue en 1250 pour la rançon du roi. Voir <a href="https://croisades.fr/posts/saint-louis-septieme-croisade/">Saint Louis et la septième croisade</a>.</p>
<h2 id="1266-1291-les-sieges-mamelouks">1266-1291 : les sièges mamelouks<a class="headerlink" href="#1266-1291-les-sieges-mamelouks" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Siège de Safed (13 juin-23 juillet 1266).</strong> Le grand château templier de Haute-Galilée résiste aux assauts et aux mines de <strong>Baybars</strong>, qui sème la discorde entre frères et soldats syriens de la garnison. Les Templiers se rendent sur promesse de vie sauve ; le sultan les fait décapiter sur une colline voisine. Selon la tradition latine, les frères ont préféré la mort à l'apostasie.</p>
<p><strong>Siège d'Antioche (14-18 mai 1268).</strong> Le prince Bohémond VI est à Tripoli ; la ville, mal gardée, est prise d'assaut en quatre jours. Massacre et captivité en masse : la plus grande ville de l'Orient franc, qui avait coûté huit mois aux croisés de 1098, n'existe plus. Baybars en fait part au prince dans une lettre restée célèbre pour sa cruauté.</p>
<p><strong>Siège du Krak des Chevaliers (3 mars-8 avril 1271).</strong> Les Hospitaliers tiennent un mois. Les mineurs ouvrent la tour d'angle sud-ouest, l'enceinte extérieure tombe ; les frères réfugiés dans la citadelle capitulent, selon la tradition, sur une fausse lettre du grand maître leur ordonnant de se rendre. Ils obtiennent la vie sauve et gagnent Tripoli. Voir <a href="https://croisades.fr/posts/krak-des-chevaliers/">le Krak des Chevaliers</a>.</p>
<p><strong>Siège de Tripoli (25 mars-26 avril 1289).</strong> Le sultan <strong>Qalawun</strong> assiège la ville de Raymond de Saint-Gilles avec une puissante artillerie. Les Vénitiens et les Génois s'embarquent les premiers ; la ville est prise d'assaut et rasée, et une nouvelle Tripoli est rebâtie plus loin de la mer.</p>
<p><strong>Siège d'Acre (5 avril-18 mai 1291).</strong> Le sultan al-Ashraf Khalil, fils de Qalawun, conduit devant la capitale du royaume la plus grande armée de siège de l'époque ; les chroniqueurs musulmans parlent de plusieurs dizaines d'engins. Les mineurs font tomber la tour du Roi et la tour Maudite ; l'assaut général du 18 mai emporte la ville. Le maître du Temple Guillaume de Beaujeu meurt sur la brèche ; la maison du Temple tient jusqu'au 28 mai. Récit complet : <a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">la chute d'Acre en 1291</a>, et pour la suite <a href="https://croisades.fr/posts/fin-des-etats-latins/">la fin des États latins</a>.</p>
<h2 id="les-armes-du-siege">Les armes du siège<a class="headerlink" href="#les-armes-du-siege" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Le trébuchet.</strong> Les croisés de 1097 n'ont que des pierrières à traction, tirées par des équipes d'hommes. Le trébuchet à contrepoids apparaît dans les deux camps à la fin du XIIe siècle : à Acre en 1191, il abat les murs ; à Acre en 1291, il se retourne contre les Francs. Il fait de la guerre de siège une affaire d'ingénieurs et de charpentiers.</p>
<p><strong>La tour de siège et le bélier.</strong> Maarat, Jérusalem, Ascalon, Damiette : la tour roulante, plus haute que le rempart, permet de jeter un pont sur la muraille. Il faut du bois — rare en Palestine, souvent apporté par les flottes italiennes —, des peaux trempées contre le feu grégeois et des jours de comblement du fossé.</p>
<p><strong>La sape et la mine.</strong> C'est l'arme des musulmans, plus que celle des Francs : à Édesse, au Gué de Jacob, à Safed, au Krak, à Acre, une galerie étayée de bois est creusée sous une tour, puis incendiée ; la tour s'effondre dans la brèche. Les défenseurs y répondent par la contre-mine, et l'on se bat sous la terre.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La liste raconte un renversement. Au XIIe siècle, les Francs prennent des villes que les géographes croyaient imprenables, avec une poignée d'hommes et l'aide des flottes d'Italie et de Norvège ; au XIIIe, ils perdent leurs places une à une devant un adversaire plus nombreux, mieux équipé, maître de l'intérieur. Mais le renversement n'efface pas la manière : les assiégés de Jérusalem en 1187, de Belvoir, du Krak et d'Acre ont tenu jusqu'au bout sans espoir de secours, parce qu'ils gardaient ce qui leur avait été confié.</p>
<p>Il demeure des hommes et des pierres. Balian armant les bourgeois de Jérusalem pour obtenir la vie des habitants ; Bernard de Tremelay et ses frères sur la brèche d'Ascalon ; les Templiers de Safed refusant d'abjurer ; Guillaume de Beaujeu à la tour Maudite. Il demeure aussi les murailles : le Krak, Belvoir, la citadelle de Jérusalem, les remparts d'Acre se visitent encore, et l'on y voit, mieux que dans les livres, ce qu'il a coûté de garder la route du <a href="https://croisades.fr/posts/pourquoi-le-saint-sepulcre-comptait-tant/">Saint-Sépulcre</a> pendant deux siècles.</p>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/batailles-des-croisades-liste/">Toutes les batailles des croisades</a> — le pendant de cette liste, en rase campagne.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/chateaux-des-croises-guide/">Les châteaux des croisés : le guide complet</a> — les places qu'on assiégeait, et leur histoire.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/prise-de-jerusalem-1099/">La prise de Jérusalem en 1099</a> — le siège qui a fondé le royaume.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">La chute d'Acre en 1291</a> — le dernier siège.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/krak-des-chevaliers/">Le Krak des Chevaliers</a> — la forteresse parfaite, et sa chute en 1271.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/chronologie-complete-des-croisades/">La chronologie complète des croisades</a> — pour replacer chaque siège dans son temps.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/carte-des-croisades/">La carte des croisades</a> — pour situer chaque ville.</li>
<li>Toute la catégorie <a href="https://croisades.fr/categories/batailles-et-sieges/">Batailles et sièges</a>.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Chroniqueurs.</strong> <em>Gesta Francorum</em>, I-X, pour Xerigordon, Nicée, Antioche et Jérusalem ; Raymond d'Aguilers, <em>Historia Francorum</em>, pour Arqa et Jérusalem ; Foucher de Chartres, <em>Historia Hierosolymitana</em>, I-II, pour Maarat, Césarée et les ports de 1110 ; Raoul de Caen, <em>Gesta Tancredi</em> ; Guillaume de Tyr, <em>Chronicon</em>, XI-XXII, de Tripoli au Gué de Jacob ; <em>Chronique d'Ernoul</em> pour Kérak et Jérusalem en 1187 ; Ambroise, <em>L'Estoire de la guerre sainte</em>, pour Acre ; Geoffroi de Villehardouin et Robert de Clari pour Constantinople ; Olivier de Cologne (de Paderborn), <em>Historia Damiatina</em> ; Jean de Joinville, <em>Vie de saint Louis</em> ; le Templier de Tyr, <em>Gestes des Chiprois</em>, pour Tripoli et Acre. Côté musulman : Ibn al-Qalanisi ; Ibn al-Athir, <em>Al-Kamil fi-l-ta'rikh</em> ; Baha ad-Din Ibn Chaddad et Imad ad-Din al-Isfahani pour Saladin ; Ibn Abd al-Zahir, Abu l-Fida et al-Maqrizi pour Baybars, Qalawun et al-Ashraf.
<strong>Historiens.</strong> R. C. Smail, <em>Crusading Warfare 1097-1193</em> (Cambridge, 1956) ; Randall Rogers, <em>Latin Siege Warfare in the Twelfth Century</em> (Oxford, 1992) ; Christopher Marshall, <em>Warfare in the Latin East 1192-1291</em> (Cambridge, 1992) ; Jean Richard, <em>Histoire des croisades</em> (Fayard, 1996) ; Hugh Kennedy, <em>Crusader Castles</em> (Cambridge, 1994).</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Vivre en Outremer : la société des États latins</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/vivre-en-outremer-societe-des-etats-latins/</link>
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    <pubDate>Tue, 13 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Société et vie quotidienne</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/vivre-en-outremer-societe-des-etats-latins.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Francs, Poulains, chrétiens d'Orient, musulmans, juifs et marchands italiens : comment on vivait dans les États latins d'Orient de 1099 à 1291.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>Où</strong> : le royaume de Jérusalem, la principauté d'Antioche, les comtés d'Édesse et de Tripoli, puis Chypre. <strong>Quand</strong> : de 1099 à 1291. <strong>Qui</strong> : une minorité franque — chevaliers, bourgeois, clercs, Poulains nés sur place —, les communes marchandes de <strong>Venise</strong>, <strong>Gênes</strong> et <strong>Pise</strong>, et une majorité indigène de chrétiens orientaux, de musulmans et de juifs. <strong>Comment</strong> : chacun sous sa loi, ses tribunaux et ses prêtres ; les Francs gouvernent, possèdent les fiefs et tiennent les villes. <strong>Témoins</strong> : Foucher de Chartres, Guillaume de Tyr, Jacques de Vitry, l'émir <strong>Oussama Ibn Munqidh</strong>, le voyageur andalou <strong>Ibn Jubayr</strong>. <strong>Capitale</strong> : Jérusalem jusqu'en 1187, puis Acre jusqu'en 1291.</p>
</div>
<p>On a longtemps imaginé les États latins comme un camp retranché de chevaliers. Ce fut aussi une société : des Francs installés pour deux siècles, mariés en Orient, entourés de chrétiens syriaques et arméniens, de paysans musulmans, de marchands italiens et de pèlerins, chacun vivant selon sa loi sous des seigneurs latins. Cet article la parcourt sujet par sujet ; pour les institutions et les rois, voir le <a href="https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem-guide/">royaume de Jérusalem</a>, et pour l'ensemble des expéditions, notre <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a>.</p>
<h2 id="la-societe-doutremer-en-cinq-lignes">La société d'Outremer en cinq lignes<a class="headerlink" href="#la-societe-doutremer-en-cinq-lignes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><strong>Qui gouverne ?</strong> Une aristocratie franque, ses bourgeois et son Église latine, minoritaires dans le pays.</li>
<li><strong>Qui travaille la terre ?</strong> Des paysans indigènes, chrétiens ou musulmans, sous leur chef de village.</li>
<li><strong>Qui fait la richesse ?</strong> Les ports, le commerce italien, le sucre et les pèlerins.</li>
<li><strong>Comment coexistait-on ?</strong> Chacun sous sa loi et sa religion ; une coexistence réelle, mais hiérarchisée et sans mélange de foi.</li>
<li><strong>Ce qui la tue ?</strong> Moins ses divisions que le nombre : elle ne s'est jamais assez peuplée de Latins.</li>
</ul>
<h2 id="contexte-une-minorite-franque-en-terre-dorient">Contexte : une minorité franque en terre d'Orient<a class="headerlink" href="#contexte-une-minorite-franque-en-terre-dorient" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les croisés de 1099 étaient quelques milliers ; la plupart rentrent chez eux. Ceux qui restent, rejoints au fil des passages de pèlerins, forment une population que l'on ne peut chiffrer précisément : les historiens l'estiment, pour le royaume de Jérusalem, à un peu plus de cent mille personnes à son apogée, vers 1180, quand le pays en compte plusieurs fois plus. Longtemps on a cru ces Francs enfermés dans les villes et les châteaux ; les fouilles et les chartes étudiées par Ronnie Ellenblum ont montré qu'ils s'étaient aussi établis à la campagne, dans des villages neufs, surtout là où la population était chrétienne. Foucher de Chartres l'écrit vers 1124, en substance : « Nous qui étions Occidentaux, nous sommes devenus Orientaux ; celui qui était Romain ou Franc est devenu Galiléen ou Palestinien. »</p>
<h2 id="les-poulains-francs-nes-en-orient">Les Poulains, Francs nés en Orient<a class="headerlink" href="#les-poulains-francs-nes-en-orient" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Dès la deuxième génération, on appelle <strong>Poulains</strong> les Francs nés outre-mer, parfois de mère arménienne ou syrienne. Le mot, d'abord neutre, devient sous la plume des nouveaux venus un reproche : Jacques de Vitry, évêque d'Acre à partir de 1216, les décrit amollis par le luxe et trop accommodants avec les infidèles. Mais ce sont des Poulains — Guillaume de Tyr, les Ibelin, Raymond III de Tripoli — qui connaissent le pays, sa langue et ses adversaires, et qui donnent au royaume ses meilleurs juristes et ses meilleurs historiens.</p>
<h2 id="vivre-a-acre-en-1250">Vivre à Acre en 1250<a class="headerlink" href="#vivre-a-acre-en-1250" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Après 1191, <strong>Acre</strong> est la capitale de fait du royaume : quelques dizaines de milliers d'habitants, un port fermé par une chaîne, le palais du roi, le patriarche, les couvents des Templiers, des Hospitaliers et des Teutoniques, des dizaines d'églises, des communes étrangères ayant chacune son quartier. Quand Saint Louis y séjourne de 1250 à 1254, la ville est la plus grande place commerciale de la Méditerranée orientale latine : soieries, épices, sucre, pèlerins. C'est aussi une ville divisée, où chaque ordre et chaque commune a ses tours, ce que sa <a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">chute en 1291</a> fera payer cher.</p>
<h2 id="les-quartiers-marchands-venise-genes-pise">Les quartiers marchands : Venise, Gênes, Pise<a class="headerlink" href="#les-quartiers-marchands-venise-genes-pise" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Sans les flottes italiennes, pas de ports conquis : en échange, les villes maritimes reçoivent des <strong>quartiers</strong> avec églises, fours, bains, marchés et tribunaux propres. Par le pacte de 1123, Venise obtient le tiers de Tyr avant même sa prise ; à Acre, Vénitiens, Génois et Pisans ont chacun leur rue fortifiée. Ces communes apportent le commerce, les bateaux de pèlerins et l'argent ; elles apportent aussi leurs rivalités, qui finiront en guerre ouverte.</p>
<h2 id="les-chretiens-orientaux-sous-les-francs">Les chrétiens orientaux sous les Francs<a class="headerlink" href="#les-chretiens-orientaux-sous-les-francs" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La majorité des habitants des campagnes de Palestine et de Syrie du Nord sont chrétiens : <strong>Syriens</strong> melkites de rite grec mais de langue arabe, jacobites, <strong>Arméniens</strong>, <strong>Maronites</strong> du Liban, qui reconnaissent l'autorité de Rome vers 1182 selon Guillaume de Tyr. Les Francs les ont trouvés là, et souvent délivrés d'une domination musulmane ; ils les laissent à leurs évêques et à leurs rites, tout en installant une hiérarchie latine au-dessus. Les Arméniens donnent au royaume deux de ses reines, et les Syriens ses médecins, ses scribes et ses interprètes.</p>
<h2 id="les-musulmans-sous-les-francs">Les musulmans sous les Francs<a class="headerlink" href="#les-musulmans-sous-les-francs" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Dans les campagnes de la côte, beaucoup de villages restent musulmans. <strong>Ibn Jubayr</strong>, qui traverse le pays en 1184, en témoigne : les paysans livrent la moitié de leur récolte et paient une capitation d'un dinar et cinq qirats, mais gardent leurs maisons et leurs biens. Il s'en inquiète, car ces musulmans, dit-il en substance, vivent mieux sous les Francs que leurs frères sous certains princes musulmans. Les mosquées des villes conquises sont en général changées en églises ; la prière musulmane reste tolérée dans quelques lieux, comme en témoigne Oussama.</p>
<h2 id="les-juifs-des-etats-latins">Les juifs des États latins<a class="headerlink" href="#les-juifs-des-etats-latins" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les communautés juives ont beaucoup souffert de la prise de Jérusalem en 1099, et la ville leur est ensuite fermée comme lieu de résidence. Elles subsistent à Tyr, à Acre, à Tibériade ; Benjamin de Tudela, vers 1170, signale quelques familles de teinturiers à Jérusalem. Au XIIIe siècle, Acre accueille des rabbins venus de France et d'Angleterre, puis le grand Nahmanide en 1267. Sur l'ensemble des relations entre croisades et juifs, voir <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-et-les-juifs/">les croisades et les juifs</a>.</p>
<h2 id="lesclavage-en-outremer">L'esclavage en Outremer<a class="headerlink" href="#lesclavage-en-outremer" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Comme dans tout l'Orient médiéval, chrétien ou musulman, la guerre produit des captifs, et les captifs deviennent esclaves : prisonniers musulmans employés aux travaux des ordres et des seigneurs, chrétiens vendus sur les marchés d'Alep et du Caire. Les Assises distinguent l'esclave du serf ; l'Église pousse au baptême, qui ne vaut pas toujours affranchissement, et les rachats de captifs sont une œuvre de piété.</p>
<h2 id="mariages-mixtes-et-metissage">Mariages mixtes et métissage<a class="headerlink" href="#mariages-mixtes-et-metissage" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Foucher de Chartres rapporte que certains Francs ont épousé des Syriennes, des Arméniennes, voire des Sarrasines reçues au baptême. Les rois donnent l'exemple : Baudouin Ier épouse l'Arménienne Arda, Baudouin II l'Arménienne Morphia de Mélitène, mère de la reine Mélisende. Le mariage avec une non-chrétienne non baptisée reste impossible ; c'est la foi, non l'origine, qui fait la frontière.</p>
<h2 id="les-langues-doutremer">Les langues d'Outremer<a class="headerlink" href="#les-langues-doutremer" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le français est la langue des barons, des cours et des lois ; le latin celle de l'Église et des chartes ; l'italien celle des quartiers marchands. Autour d'eux on parle l'arabe, le grec, l'arménien, le syriaque. Quelques Francs apprennent l'arabe, comme Renaud de Sidon ; les autres passent par des <strong>drogmans</strong>, interprètes professionnels. Détails dans <a href="https://croisades.fr/posts/quelle-langue-parlaient-les-croises/">quelle langue parlaient les croisés en Orient ?</a></p>
<h2 id="la-cuisine-doutremer">La cuisine d'Outremer<a class="headerlink" href="#la-cuisine-doutremer" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les Francs gardent leur pain, leur vin et leur porc, mais découvrent l'huile d'olive en abondance, le riz, les agrumes, les dattes, les épices et le sucre. Les marchés d'Acre et de Jérusalem vendent aussi des plats cuits, vendus dans la rue comme dans toute ville d'Orient. Voir <a href="https://croisades.fr/posts/que-mangeaient-les-croises/">que mangeaient les croisés ?</a></p>
<h2 id="le-sucre-or-blanc-des-etats-latins">Le sucre, or blanc des États latins<a class="headerlink" href="#le-sucre-or-blanc-des-etats-latins" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Autour de Tyr, d'Acre, de Jéricho, les Francs développent les plantations de canne et les moulins à sucre ; les ordres militaires et les seigneurs en tirent de grands revenus. Le sucre de Tyr est réputé dans tout l'Occident : c'est par les États latins que l'Europe en prend le goût, longtemps avant les îles atlantiques.</p>
<h2 id="la-medecine-en-outremer">La médecine en Outremer<a class="headerlink" href="#la-medecine-en-outremer" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les Francs consultent volontiers les médecins syriens, juifs ou musulmans, et ont aussi les leurs. <strong>Oussama Ibn Munqidh</strong> raconte, pour s'en moquer, un médecin franc qui fait trancher à la hache la jambe d'un chevalier et lui cause la mort ; mais il rapporte aussi un remède franc efficace contre les écrouelles. La grande œuvre médicale du royaume est l'hôpital des <a href="https://croisades.fr/posts/hospitaliers-histoire-complete/">Hospitaliers</a>.</p>
<h2 id="les-campagnes-casaux-rais-et-paysans">Les campagnes : casaux, raïs et paysans<a class="headerlink" href="#les-campagnes-casaux-rais-et-paysans" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La terre est organisée en <strong>casaux</strong>, villages dont les revenus sont attribués à un seigneur, une église ou un ordre. Chaque village garde son chef indigène, le <strong>raïs</strong>, qui répartit les charges et rend la justice courante. Blé, orge, olives, vignes, fruits : les Francs ne changent guère l'agriculture, mais fondent des villages neufs, comme Magna Mahomeria près de Jérusalem, peuplés de colons latins attirés par des franchises.</p>
<h2 id="le-pelerin-en-terre-sainte">Le pèlerin en Terre sainte<a class="headerlink" href="#le-pelerin-en-terre-sainte" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Chaque printemps et chaque fin d'été, les « passages » amènent par mer des milliers de pèlerins à Jaffa ou à Acre. Des guides écrits — l'higoumène russe Daniel vers 1106, Jean de Wurtzbourg et Théodoric dans les années 1160-1170 — décrivent les lieux saints, les distances, les dangers. Sur la route elle-même, voir <a href="https://croisades.fr/posts/duree-du-voyage-vers-jerusalem/">combien de temps durait le voyage vers Jérusalem</a>.</p>
<h2 id="hotelleries-et-hopitaux">Hôtelleries et hôpitaux<a class="headerlink" href="#hotelleries-et-hopitaux" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Pour recevoir ces foules, le royaume se couvre d'hospices. Le plus grand, celui de Saint-Jean à Jérusalem, accueille vers 1170, selon Jean de Wurtzbourg, quelque deux mille malades, hommes et femmes, soignés « à très grands frais » ; Théodoric y compte plus de mille lits. Les malades y sont reçus comme les « seigneurs » des frères, selon la règle de l'ordre, quelle que soit leur origine.</p>
<h2 id="la-justice-en-outremer">La justice en Outremer<a class="headerlink" href="#la-justice-en-outremer" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Chacun est jugé selon son état. Les nobles relèvent de la <strong>Haute Cour</strong> ; les bourgeois latins de la <strong>cour des bourgeois</strong>, dont les coutumes sont rédigées dans le <em>Livre des Assises des bourgeois</em> ; les marchés ont la <strong>cour de la fonde</strong>, où siègent des jurés syriens et latins ; la <strong>cour de la chaîne</strong> juge les affaires de mer. Les communautés indigènes gardent leurs propres juges pour les affaires internes.</p>
<h2 id="le-vetement-en-outremer">Le vêtement en Outremer<a class="headerlink" href="#le-vetement-en-outremer" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le climat impose sa loi : étoffes légères, soieries, turbans et voiles contre le soleil, que les chroniqueurs d'Occident trouvent trop orientaux. Les chevaliers portent sur la cotte de mailles la cotte d'armes de toile, qui protège du soleil autant qu'elle porte les couleurs. Ibn Jubayr, à Tyr en 1184, décrit une mariée franque vêtue de soie brodée d'or, couronnée et voilée, menée en cortège jusqu'à l'église.</p>
<h2 id="les-bains-un-heritage-oriental-adopte">Les bains, un héritage oriental adopté<a class="headerlink" href="#les-bains-un-heritage-oriental-adopte" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les Francs reprennent les bains publics des villes conquises et en construisent. Oussama en a laissé l'anecdote la plus célèbre : un chevalier franc entré au bain de Maarat avec sa femme, aussi surpris des usages que le baigneur l'est des siens. Les bains restent l'un des lieux où les communautés se croisent au quotidien.</p>
<h2 id="lenluminure-dacre">L'enluminure d'Acre<a class="headerlink" href="#lenluminure-dacre" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Jérusalem a son chef-d'œuvre, le psautier de la reine Mélisende (vers 1135), où travaillent ensemble des artistes latins, byzantins et arméniens. Au XIIIe siècle, Acre devient un centre d'enluminure : la Bible dite de l'Arsenal, réalisée vers 1250-1254, sans doute pour Saint Louis, unit la manière française et l'art byzantin. C'est l'un des plus beaux fruits de cette société.</p>
<h2 id="larchitecture-religieuse-des-croises">L'architecture religieuse des croisés<a class="headerlink" href="#larchitecture-religieuse-des-croises" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les Francs rebâtissent le <strong>Saint-Sépulcre</strong>, consacré le 15 juillet 1149, cinquante ans jour pour jour après la prise de la ville ; ils élèvent Sainte-Anne de Jérusalem, encore intacte, la cathédrale de Tortose, et des dizaines d'églises romanes. À Bethléem, la basilique de la Nativité reçoit en 1169 des mosaïques financées en commun par le roi Amaury Ier et l'empereur Manuel Comnène : Latins et Grecs y signent ensemble.</p>
<h2 id="la-guerre-de-saint-sabas-1256-1270">La guerre de Saint-Sabas (1256-1270)<a class="headerlink" href="#la-guerre-de-saint-sabas-1256-1270" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>À Acre, un litige sur une propriété du monastère de Saint-Sabas, entre quartiers vénitien et génois, tourne à la guerre civile : barricades, machines de siège dans la ville, batailles navales. Les Génois, chassés en 1258, se replient sur Tyr. Ordres, barons et communes prennent parti ; le royaume s'épuise dans cette querelle au moment où Baybars commence ses conquêtes.</p>
<h2 id="les-femmes-dans-la-societe-franque">Les femmes dans la société franque<a class="headerlink" href="#les-femmes-dans-la-societe-franque" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le droit d'Outremer laisse les filles hériter des fiefs et des couronnes, faute de fils ; de là le poids des reines — Mélisende, Sibylle, Isabelle — et des grandes héritières, souvent remariées plusieurs fois parce qu'un fief devait être servi. Les femmes défendent des places, comme Eschive à Tibériade en 1187, et tiennent les maisons pendant que les hommes sont à l'ost ou en captivité.</p>
<h2 id="seismes-famines-et-epidemies">Séismes, famines et épidémies<a class="headerlink" href="#seismes-famines-et-epidemies" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La terre tremble souvent en Orient : en 1114, en 1157, le 29 juin 1170, le 20 mai 1202, des séismes ruinent villes et châteaux, que les Francs rebâtissent à grands frais. Les famines suivent les mauvaises années et les ravages de la guerre. Les épidémies frappent surtout les armées et les nouveaux venus, peu faits au climat : le siège d'Acre en 1189-1191 en est la pire mémoire.</p>
<h2 id="les-grands-temoins-oussama-et-ibn-jubayr">Les grands témoins : Oussama et Ibn Jubayr<a class="headerlink" href="#les-grands-temoins-oussama-et-ibn-jubayr" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Oussama Ibn Munqidh</strong> (1095-1188), émir de Chayzar, a fréquenté les Francs toute sa vie. Dans son <em>Livre de l'enseignement par l'exemple</em>, il raconte avec humour les médecins, les bains, les ordalies, et cette scène : priant à al-Aqsa, il est bousculé par un Franc nouveau venu, et ce sont les Templiers, ses « amis », qui le protègent et s'excusent. <strong>Ibn Jubayr</strong>, pèlerin andalou, passe en 1184 par Acre et Tyr ; il y décrit les impôts, les marchés et même une noce franque à Tyr, avec une précision d'observateur. Les deux disent, de leur côté, ce que fut cette société ; on lit aussi <a href="https://croisades.fr/posts/comment-les-musulmans-appelaient-les-croises/">comment les musulmans appelaient les croisés</a>.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Cette société n'était pas un modèle de « vivre-ensemble » avant la lettre, ni un apartheid : c'était une chrétienté de frontière, qui savait de quelle foi elle vivait et laissait chacun prier selon la sienne. Elle a soigné les malades de toutes origines à Saint-Jean, rebâti le tombeau du Christ, uni dans une même église les mosaïstes grecs et les rois latins, et donné à l'Occident le sucre, les étoffes et quelques livres admirables.</p>
<p>Il en demeure des pierres et des noms. Sainte-Anne de Jérusalem chante encore la messe sous ses voûtes du XIIe siècle ; la Nativité garde ses mosaïques de 1169 ; Acre montre sous ses rues les salles des Hospitaliers. Il demeure surtout cette leçon des Poulains : on peut aimer une terre étrangère au point d'y vivre et d'y mourir, sans rien renier de ce que l'on est.</p>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem-guide/">Le royaume de Jérusalem (1099-1291) : le guide complet</a> — les rois, les institutions et l'Église de cette société.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/hospitaliers-histoire-complete/">Les Hospitaliers : histoire complète</a> — l'ordre de l'hôpital de Saint-Jean.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/chateaux-des-croises-guide/">Les châteaux des croisés</a> — les forteresses qui protégeaient villes et casaux.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/croises-francs-sarrasins-origine-des-mots/">Croisés, Francs, Sarrasins : l'origine des mots</a> — le vocabulaire de l'Outremer.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/fin-des-etats-latins/">La fin des États latins</a> — comment cette société a disparu.</li>
<li>Toute la catégorie <a href="https://croisades.fr/categories/etats-latins/">États latins</a>.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Chroniqueurs et témoins.</strong> Foucher de Chartres, <em>Historia Hierosolymitana</em>, III, 37, sur les Francs devenus Orientaux ; Guillaume de Tyr, <em>Chronicon</em>, XXII, sur les Maronites ; Jacques de Vitry, <em>Historia orientalis</em>, sur les Poulains et Acre ; <em>Livre des Assises des bourgeois</em> ; Jean de Wurtzbourg et Théodoric, descriptions des lieux saints (vers 1165-1172) ; Benjamin de Tudela, <em>Itinéraire</em> ; Oussama Ibn Munqidh, <em>Kitab al-I'tibar</em> (trad. André Miquel, <em>Des enseignements de la vie</em>, 1983) ; Ibn Jubayr, <em>Rihla</em> (trad. Maurice Gaudefroy-Demombynes, <em>Voyages</em>).
<strong>Historiens.</strong> Joshua Prawer, <em>Histoire du royaume latin de Jérusalem</em> (CNRS, 1969-1970) ; Ronnie Ellenblum, <em>Frankish Rural Settlement in the Latin Kingdom of Jerusalem</em> (Cambridge, 1998) ; Jean Richard, <em>Le Royaume latin de Jérusalem</em> (PUF, 1953) ; Christopher MacEvitt, <em>The Crusades and the Christian World of the East</em> (2008) ; Jaroslav Folda, <em>Crusader Art in the Holy Land</em> (Cambridge, 2005).</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Comment fonctionnait un ordre militaire ? Le guide</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/comment-fonctionnait-un-ordre-militaire/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://croisades.fr/posts/comment-fonctionnait-un-ordre-militaire/</guid>
    <pubDate>Mon, 12 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Organisation</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/comment-fonctionnait-un-ordre-militaire.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Vœux, recrutement, commanderies, responsions, chapitre, discipline, flottes, finances : le fonctionnement des Templiers, Hospitaliers et Teutoniques.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>Quoi</strong> : des religieux voués à la guerre sainte, sous une règle approuvée par le pape. <strong>Quand</strong> : de la fondation du Temple (vers 1120) au XIVe siècle pour l'âge d'or ; certains vivent encore. <strong>Les trois grands</strong> : Templiers, Hospitaliers, Teutoniques ; à côté, une vingtaine d'ordres ibériques, baltes et de Terre sainte. <strong>Les vœux</strong> : pauvreté, chasteté, obéissance, à vie. <strong>Les frères</strong> : chevaliers (nobles), sergents (roturiers, les plus nombreux), chapelains (prêtres). <strong>Le gouvernement</strong> : un maître élu à vie, un chapitre général, des dignitaires (sénéchal, maréchal, commandeur, drapier, turcopolier). <strong>L'économie</strong> : des centaines de commanderies en Occident, qui envoient en Orient les <em>responsions</em>. <strong>Le ressort</strong> : la discipline du chapitre, où chaque frère s'accuse de ses fautes.</p>
</div>
<p>Un ordre militaire fonctionnait comme un monastère qui aurait une armée au bout : des religieux liés par les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, vivant sous une règle, priant les heures, s'accusant de leurs fautes au chapitre — et partant à la guerre en Terre sainte, en Espagne ou sur la Baltique. Derrière quelques centaines de chevaliers en Orient, des milliers de frères et de serviteurs faisaient tourner, dans toute l'Europe, les fermes et les comptes qui les nourrissaient. Ce guide explique cette machine, qui fut l'une des plus belles inventions de la chrétienté médiévale ; le cadre général des croisades se lit dans notre <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet</a>.</p>
<h2 id="un-ordre-militaire-en-cinq-lignes">Un ordre militaire en cinq lignes<a class="headerlink" href="#un-ordre-militaire-en-cinq-lignes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Un frère entre à vie, par une profession solennelle, et ne possède plus rien. Il prie comme un moine, mange au réfectoire, dort au dortoir, obéit à son commandeur comme au Christ. S'il est noble et adoubé, il est chevalier et combat à cheval ; sinon il est sergent, soldat ou fermier ; s'il est prêtre, il est chapelain. Sa maison d'Occident produit l'argent, les chevaux et les hommes ; sa maison d'Orient fait la guerre et garde les pèlerins. Le tout est tenu par une règle, un maître et un chapitre — et par une discipline que les armées laïques n'ont jamais égalée.</p>
<h2 id="dou-vient-cette-idee-le-contexte">D'où vient cette idée ? Le contexte<a class="headerlink" href="#dou-vient-cette-idee-le-contexte" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>En 1099, Jérusalem est prise, mais les routes ne sont pas sûres et les croisés rentrent chez eux. Vers 1120, quelques chevaliers autour d'Hugues de Payns décident de rester, de vivre en religieux et de protéger les pèlerins : ce sont les <a href="https://croisades.fr/posts/templiers-histoire-complete/">Templiers</a>. Le concile de Troyes leur donne une règle en 1129, saint Bernard écrit pour eux l'<em>Éloge de la nouvelle chevalerie</em>, et l'idée paraît alors inouïe : réunir dans le même homme le moine, qui renonce à tout, et le chevalier, qui porte l'épée.</p>
<p>L'idée prend. Les <a href="https://croisades.fr/posts/hospitaliers-histoire-complete/">Hospitaliers</a>, qui soignaient les pèlerins à Jérusalem, prennent les armes au milieu du XIIe siècle ; les <a href="https://croisades.fr/posts/teutoniques-histoire-complete/">Teutoniques</a> naissent au siège d'Acre en 1190 et deviennent ordre militaire en 1198 ; la péninsule Ibérique voit naître Calatrava, Santiago, Alcántara, Avis, et la Baltique les Porte-Glaive — tous présentés dans notre <a href="https://croisades.fr/posts/ordres-militaires-meconnus-panorama/">panorama des ordres militaires méconnus</a>. Tous fonctionnent, à quelques variantes près, sur le modèle du Temple.</p>
<h2 id="les-trois-vux-et-le-quatrieme-combattre">Les trois vœux, et le quatrième : combattre<a class="headerlink" href="#les-trois-vux-et-le-quatrieme-combattre" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le frère prononce les <strong>Trois vœux</strong> des moines. La pauvreté : il ne possède rien en propre, pas même ses armes, qui appartiennent à la maison ; un frère trouvé mort avec de l'argent sur lui est privé de sépulture chrétienne, selon la règle du Temple. La chasteté : il renonce au mariage — sauf à Santiago, qui reçoit des chevaliers mariés, liés par la chasteté conjugale. L'obéissance : il ne fait rien, pas même un voyage ou l'achat d'un cheval, sans l'ordre de son supérieur.</p>
<p>Le « quatrième vœu » n'en est pas un au sens du droit : aucune règle des grands ordres ne fait jurer de combattre. Mais la défense de la Terre sainte et des chrétiens est la raison d'être de l'ordre, et la profession l'engage tout entier à cette fin. Chez les Hospitaliers, le frère se promet d'ailleurs à un autre service : être le serviteur des « seigneurs malades ». Les vœux sont perpétuels : on ne quitte un ordre que pour un ordre plus strict, et le fugitif est un apostat.</p>
<h2 id="le-recrutement-qui-entrait-et-pourquoi">Le recrutement : qui entrait, et pourquoi ?<a class="headerlink" href="#le-recrutement-qui-entrait-et-pourquoi" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le <strong>Recrutement des ordres</strong> se fait presque tout entier en Occident. La plupart des frères viennent de la petite et moyenne noblesse, du monde des villes et des campagnes ; les fils de grandes familles sont l'exception. On entre adulte, souvent après une vie dans le siècle ; certains veufs, d'anciens croisés, des chevaliers qui veulent finir leurs jours en servant Dieu. La règle du Temple demande qu'on n'admette pas d'enfants : il faut pouvoir porter les armes.</p>
<p>La réception se fait de nuit, en chapitre. Selon les statuts du Temple, on interroge le postulant : est-il marié, fiancé, endetté, serf, membre d'un autre ordre, malade ? Puis on le prévient, en substance : vous voyez nos beaux chevaux et nos beaux habits, mais vous ne voyez pas les durs commandements ; quand vous voudrez être ici, vous serez outre-mer, et quand vous voudrez dormir, il faudra veiller. Pourquoi entrait-on ? Pour son salut d'abord — c'est ce que disent les actes d'entrée —, puis pour la sécurité d'une maison, l'honneur d'un habit, et parfois pour expier une faute.</p>
<h2 id="freres-chevaliers-sergents-chapelains-turcopoles">Frères chevaliers, sergents, chapelains, turcopoles<a class="headerlink" href="#freres-chevaliers-sergents-chapelains-turcopoles" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les <strong>Frères chevaliers sergents chapelains</strong> forment trois classes. Les chevaliers, nobles et déjà adoubés, portent le manteau blanc au Temple et chez les Teutoniques ; ils ont droit à plusieurs chevaux et à un écuyer. Les sergents, roturiers, portent un manteau sombre ; ils sont de loin les plus nombreux : cavaliers plus légers, fantassins, mais aussi maréchaux-ferrants, maçons, bergers, intendants. Les chapelains, prêtres de l'ordre, confessent les frères et disent l'office ; au Temple, ils existent depuis la bulle <em>Omne datum optimum</em> de 1139.</p>
<p>Autour d'eux, une foule d'associés : frères engagés pour un temps (<em>ad terminum</em>), donats et confrères laïques qui se donnent à l'ordre en gardant leurs biens jusqu'à leur mort, serviteurs, esclaves parfois en Orient. Et en Orient, les <strong>turcopoles</strong> : cavaliers légers recrutés sur place, souvent chrétiens orientaux ou fils de convertis, armés à la turque, commandés par un frère, le <strong>turcopolier</strong>. C'est grâce à eux que l'ordre peut répondre aux archers montés de l'adversaire.</p>
<h2 id="le-maitre-les-dignitaires-et-le-chapitre-general">Le maître, les dignitaires et le chapitre général<a class="headerlink" href="#le-maitre-les-dignitaires-et-le-chapitre-general" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>À la tête de chaque ordre, un <strong>maître</strong> élu à vie — on ne dit « grand maître » que plus tard. Il n'est pas un monarque : il gouverne avec le chapitre et ne peut seul ni déclarer la guerre, ni aliéner un bien, ni recevoir un frère dans les cas graves. Autour de lui, des dignitaires aux noms qui se retrouvent d'un ordre à l'autre : le <strong>sénéchal</strong> ou grand commandeur, son second ; le <strong>maréchal</strong>, chef de guerre ; le <strong>drapier</strong>, qui distribue habits et équipements ; le trésorier ; chez les Hospitaliers, l'<strong>hospitalier</strong>, maître de l'hôpital ; chez les Teutoniques, le <em>Spittler</em> et le <em>Tressler</em>.</p>
<p>Le <strong>Chapitre général</strong>, assemblée des grands dignitaires et des maîtres de province, élit le maître, vote les statuts, juge les fautes graves, fixe les responsions. Il se réunit en Orient, puis à Chypre, à Rhodes, à Marienbourg, avec plus ou moins de régularité. En dessous, chaque maison tient son chapitre ordinaire, chaque semaine ou presque : c'est là que se règle la vie quotidienne, et que les frères s'accusent de leurs fautes.</p>
<h2 id="la-commanderie-la-ferme-de-lordre">La commanderie : la ferme de l'ordre<a class="headerlink" href="#la-commanderie-la-ferme-de-lordre" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La <strong>Commanderie</strong> est la cellule de l'ordre en Occident : un domaine rural ou une maison en ville, avec une chapelle, un logis, une grange, des écuries, souvent un moulin, tenu par un commandeur et quelques frères — parfois un seul —, avec des serviteurs et des paysans. Les terres viennent des donations : un seigneur qui part en croisade, un mourant qui veut des prières, une veuve, une ville. Les commanderies se groupent en baillies et en provinces (prieurés chez les Hospitaliers).</p>
<p>Elles cultivent, élèvent des chevaux, encaissent des loyers, des dîmes, des droits de péage, entretiennent les pauvres et les voyageurs. Leurs bâtiments sont sobres et solides ; beaucoup sont encore debout. Les granges de Cressing Temple, en Essex, datées du XIIIe siècle, comptent parmi les plus anciennes charpentes d'Europe ; en France, Coulommiers, Sainte-Eulalie-de-Cernon sur le Larzac, Avalleur ou Arville gardent leur chapelle. Le Temple compte près d'un millier de maisons dans la chrétienté au début du XIVe siècle.</p>
<h2 id="les-responsions-financer-lorient-depuis-loccident">Les responsions : financer l'Orient depuis l'Occident<a class="headerlink" href="#les-responsions-financer-lorient-depuis-loccident" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les <strong>Responsions</strong> sont le lien entre les deux mondes. Chaque année, chaque province d'Occident doit envoyer au couvent d'Orient une part de ses revenus — en principe le tiers, chez les Hospitaliers comme au Temple, avec des variations selon les époques et les malheurs. Elles partent en argent, mais aussi en chevaux, en armes, en draps, en blé, en salaisons, par les ports de Marseille, de Brindisi ou de Messine, au passage de printemps et à celui d'automne.</p>
<p>Ce système fait la force des ordres : une armée permanente en Orient, payée par une économie européenne. Il coûte cher. La reconstruction du château de Safed par le Temple, à partir de 1240, aurait coûté 1 100 000 besants en deux ans et demi, puis 40 000 besants chaque année, selon le récit de l'évêque Benoît de Marseille, <em>De constructione castri Saphet</em>. Quand l'Occident se lasse ou se ruine, les responsions baissent, et la garnison d'Acre le sent. Sur le coût d'une expédition, voir <a href="https://croisades.fr/posts/combien-coutait-une-croisade/">combien coûtait une croisade ?</a></p>
<h2 id="les-rivalites-temple-hopital">Les rivalités Temple-Hôpital<a class="headerlink" href="#les-rivalites-temple-hopital" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les <strong>Rivalités Temple-Hôpital</strong> sont réelles, et les contemporains s'en plaignaient. Deux ordres riches, exempts, jaloux de leurs droits, se disputent des donations, des préséances, des alliances. En 1243-1244, le Temple pousse à l'alliance avec Damas, l'Hôpital à celle avec l'Égypte ; pendant la guerre de Saint-Sabas, à Acre, à partir de 1256, le Temple soutient Venise et l'Hôpital Gênes. Matthieu Paris, moine anglais, accuse les deux ordres de faire durer la guerre pour garder leurs biens.</p>
<p>Il faut dire aussi l'autre face. Sur le champ de bataille, les deux ordres se partagent l'avant-garde et l'arrière-garde, et la règle du Temple ordonne au frère qui a perdu sa bannière de rallier celle de l'Hôpital. À <a href="https://croisades.fr/posts/arsouf-1191/">Arsouf</a>, ils encadrent l'armée de Richard ; à Acre en 1291, ils meurent sur la même muraille. L'idée de les fondre en un seul ordre est discutée au concile de Lyon en 1274, puis à nouveau vers 1306 ; Jacques de Molay s'y oppose. Le procès du Temple tranchera autrement.</p>
<h2 id="les-ordres-diplomates-et-banquiers-des-rois">Les ordres, diplomates et banquiers des rois<a class="headerlink" href="#les-ordres-diplomates-et-banquiers-des-rois" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Des religieux qui ne possèdent rien en propre, tiennent des maisons fortes de l'Écosse à Acre et savent compter : les rois en font leurs trésoriers et leurs ambassadeurs. Au Temple de Paris, pendant plus d'un siècle, le trésorier de l'ordre garde de fait le trésor du roi de France. Un pèlerin dépose son argent dans une commanderie et le retire en Orient contre un écrit ; l'ordre avance à Louis VII de quoi poursuivre la deuxième croisade, et en 1250 c'est dans le coffre de la galère du Temple qu'on complète la rançon de Saint Louis — l'histoire est racontée dans <a href="https://croisades.fr/posts/templiers-histoire-complete/">les Templiers : histoire complète</a> et dans <a href="https://croisades.fr/posts/saint-louis-septieme-croisade/">Saint Louis en Égypte</a>.</p>
<p>Les <strong>Ordres diplomates et banquiers</strong> servent aussi la paix. Hermann von Salza, grand maître des Teutoniques, est pendant vingt ans l'intermédiaire entre le pape et Frédéric II ; des frères du Temple et de l'Hôpital portent les lettres des rois, négocient les trêves avec les sultans, servent d'aumôniers et de conseillers. Cette confiance était un capital ; elle fut aussi, pour le Temple, la cause de jalousies mortelles.</p>
<h2 id="les-flottes-des-ordres">Les flottes des ordres<a class="headerlink" href="#les-flottes-des-ordres" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La <strong>Flotte des ordres</strong> naît d'une nécessité : tout passe par la mer, les hommes, les chevaux, les responsions, les pèlerins. Dès le XIIe siècle, le Temple et l'Hôpital affrètent puis possèdent des navires ; au XIIIe siècle, ils embarquent chaque année des pèlerins à Marseille, au point que la ville, inquiète pour ses propres armateurs, limite en 1233-1234 le nombre de navires qu'ils peuvent y charger. Le commandeur de la terre de Jérusalem, au Temple, est le maître de ses navires.</p>
<p>Après la chute d'Acre en 1291, la mer devient le champ de bataille des Hospitaliers. À Rhodes puis à Malte, leurs galères escortent, patrouillent, combattent ; chaque jeune chevalier doit faire ses « caravanes », des campagnes en mer, avant de recevoir une commanderie. L'ordre devient une marine de guerre, et ses galères sont à Lépante en 1571. Les Teutoniques, eux, tiennent la Baltique par leurs villes hanséatiques.</p>
<h2 id="la-discipline-fautes-et-penitences">La discipline : fautes et pénitences<a class="headerlink" href="#la-discipline-fautes-et-penitences" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La <strong>Discipline des ordres</strong> est leur arme secrète. Au chapitre, chaque frère s'accuse de ses fautes, ou est « proclamé » par un autre ; le chapitre juge. Les <em>Retraits</em> du Temple fixent un barème. Les fautes les plus graves font perdre la maison, c'est-à-dire l'expulsion : simonie, révélation des secrets du chapitre, meurtre d'un chrétien, vol, désertion, conspiration, passage à l'ennemi, hérésie, fuite du champ de bataille tant que flotte la bannière. Viennent ensuite la perte de l'habit, pour un an et un jour, puis les « jours » de pénitence : jeûne au pain et à l'eau, repas pris à terre, hors de la table des frères, travaux avec les esclaves.</p>
<p>Le but n'est pas la peine, mais l'unité. Au combat, nul ne charge sans l'ordre du maréchal, nul ne quitte son rang, et l'escadron tient autour du gonfanon. C'est cette obéissance, plus que la vaillance, qui faisait des frères les meilleurs soldats d'Orient ; les chroniqueurs musulmans le savaient, et Saladin fit exécuter les frères pris à Hattin parce qu'il les tenait pour les plus redoutables de ses adversaires.</p>
<h2 id="les-ordres-militaires-et-les-femmes">Les ordres militaires et les femmes<a class="headerlink" href="#les-ordres-militaires-et-les-femmes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La règle du Temple se méfie : « c'est chose périlleuse que compagnie de femmes », dit-elle en substance, et elle interdit de recevoir des sœurs. Elle n'a pas toujours été suivie. Les autres ordres ont fait place aux <strong>Femmes et ordres militaires</strong> : les Hospitaliers ont eu des couvents de sœurs, dont le monastère royal de Sigena, en Aragon, fondé en 1188 par la reine Sancha de Castille ; Santiago avait ses commanderesses ; les Teutoniques avaient des sœurs, et en ont encore aujourd'hui quelque deux cents.</p>
<p>Les femmes sont surtout des <strong>bienfaitrices</strong> : reines, comtesses, veuves qui donnent des terres, des églises, leur fortune ; consœurs et donates qui se placent sous la protection de l'ordre et reçoivent ses prières. Sans elles, beaucoup de commanderies n'auraient jamais existé.</p>
<h2 id="les-ordres-militaires-etaient-ils-riches">Les ordres militaires étaient-ils riches ?<a class="headerlink" href="#les-ordres-militaires-etaient-ils-riches" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Oui, comme institutions — et non, comme hommes. La <strong>Richesse des ordres</strong> était immense à l'échelle de l'Europe : Matthieu Paris prête au Temple neuf mille manoirs et à l'Hôpital dix-neuf mille, chiffres de moine en colère, à prendre avec prudence. Mais cette richesse était faite de terres, de moulins, de loyers et de dépôts, et presque tout repartait en Orient sous forme de châteaux, de garnisons, de chevaux et d'hôpitaux. Un château comme Safed ou le <a href="https://croisades.fr/posts/krak-des-chevaliers/">Krak des Chevaliers</a> coûtait plus qu'un royaume ne pouvait payer ; les ordres, eux, le pouvaient.</p>
<p>Les frères, eux, ne possédaient rien. Les inventaires des maisons du Temple dressés en 1307 décrivent des chapelles, du bétail, des outils, quelques livres — rien de prodigieux. Le mythe du trésor caché vient des siècles suivants.</p>
<h2 id="pourquoi-tant-de-faux-ordres-de-chevalerie-aujourdhui">Pourquoi tant de « faux » ordres de chevalerie aujourd'hui ?<a class="headerlink" href="#pourquoi-tant-de-faux-ordres-de-chevalerie-aujourdhui" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le prestige des grands ordres a fait naître, du XVIIIe siècle à nos jours, des centaines d'imitations : « Templiers » restaurés, ordres de Saint-Jean concurrents de Malte, ordres « dynastiques » sans dynastie, qui vendent titres, décorations et manteaux. Les <strong>Faux ordres de chevalerie</strong> n'ont aucun lien de droit ni de continuité avec les ordres médiévaux. Le Saint-Siège l'a rappelé à plusieurs reprises, encore en octobre 2012 : il ne reconnaît, outre ses propres ordres pontificaux, que l'Ordre souverain militaire de Malte et l'ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem.</p>
<p>Des trois grands ordres médiévaux, deux vivent encore, chacun à sa manière : l'Ordre de Malte, qui soigne sur cinq continents, et l'Ordre teutonique, redevenu ordre religieux à Vienne. Le Temple, lui, a été supprimé en 1312 et n'a pas d'héritier ; ce qu'on en voit aujourd'hui est du costume.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Il demeure une invention : celle d'hommes qui ont su être à la fois moines et soldats, et qui ont prouvé que la force peut être mise au service de la charité sans se perdre. Ce fut l'idéal de saint Bernard ; ce fut, des centaines de fois, une réalité — au chevet des malades de Jérusalem, sur les murailles d'Acre, sur les galères de Malte. Il demeure une méthode, que bien des institutions ont copiée sans le savoir : une règle écrite, un chapitre qui délibère, des comptes tenus, une discipline consentie, et un but plus grand que soi.</p>
<p>Il demeure des maisons : des centaines de commanderies dans nos campagnes, avec leur chapelle et leur grange, souvent devenues fermes ou mairies, qu'on peut visiter sans savoir qu'elles ont nourri la Terre sainte. Et il demeure deux ordres vivants, l'Hôpital et les Teutoniques, qui continuent le service sous le même habit. Ce qu'il reste ailleurs des croisades est raconté dans <a href="https://croisades.fr/posts/que-reste-t-il-des-croisades/">que reste-t-il des croisades aujourd'hui ?</a></p>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/templiers-histoire-complete/">Les Templiers : histoire complète de l'ordre</a> — le modèle de tous les ordres militaires, de Troyes à 1312.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/hospitaliers-histoire-complete/">Les Hospitaliers : histoire complète</a> — de l'hôpital de Jérusalem à l'Ordre de Malte.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/teutoniques-histoire-complete/">Les Teutoniques : histoire complète</a> — d'Acre à la Prusse, et à Vienne aujourd'hui.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/ordres-militaires-meconnus-panorama/">Les ordres militaires méconnus</a> — Saint-Lazare, Calatrava, Santiago, Avis, Porte-Glaive.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-templiers/">Les Templiers, moines et soldats</a> — la présentation courte du Temple.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-hospitaliers/">Les Hospitaliers, de Jérusalem à Malte</a> — la présentation courte de l'Hôpital.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/chateaux-des-croises-guide/">Les châteaux des croisés : le guide complet</a> — les forteresses que les ordres ont bâties et tenues.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/combien-coutait-une-croisade/">Combien coûtait une croisade ?</a> — l'argent de la guerre sainte.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">Les croisades (1095-1291) : le guide complet</a> — le pilier du site.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Textes.</strong> <em>La Règle du Temple</em> et ses <em>Retraits</em>, éd. Henri de Curzon (1886), trad. anglaise J. M. Upton-Ward (1992) ; saint Bernard, <em>De laude novae militiae</em> (vers 1130) ; Innocent II, <em>Omne datum optimum</em> (29 mars 1139) ; la règle de Raymond du Puy et les statuts de l'Hôpital dans le <em>Cartulaire général de l'ordre des Hospitaliers</em>, éd. J. Delaville Le Roulx (1894-1906) ; les <em>Statuts de l'ordre Teutonique</em>, éd. Max Perlbach (1890) ; <em>De constructione castri Saphet</em> (vers 1260), éd. R. B. C. Huygens ; Matthieu Paris, <em>Chronica majora</em>, année 1244 ; Joinville, <em>Vie de Saint Louis</em>, § 381-383.
<strong>Historiens.</strong> Alain Demurger, <em>Chevaliers du Christ. Les ordres religieux-militaires au Moyen Âge</em> (Seuil, 2002) ; Alan Forey, <em>The Military Orders from the Twelfth to the Early Fourteenth Centuries</em> (Macmillan, 1992) ; Malcolm Barber, <em>The New Knighthood. A History of the Order of the Temple</em> (1994) ; Nicole Bériou et Philippe Josserand (dir.), <em>Prier et combattre. Dictionnaire européen des ordres militaires au Moyen Âge</em> (Fayard, 2009) ; Damien Carraz, <em>L'Ordre du Temple dans la basse vallée du Rhône (1124-1312)</em> (2005), pour les commanderies.</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Les Teutoniques (1190-aujourd'hui) : histoire complète</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/teutoniques-histoire-complete/</link>
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    <pubDate>Mon, 12 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Teutoniques</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/teutoniques-histoire-complete.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Hôpital allemand du siège d'Acre en 1190, ordre militaire en 1198, maître de la Prusse, vaincu à Grunwald en 1410, ordre religieux à Vienne aujourd'hui.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>Nom</strong> : ordre de la Maison Sainte-Marie des Teutoniques de Jérusalem (<em>Ordo domus Sanctae Mariae Theutonicorum Ierosolimitanorum</em>), en allemand <em>Deutscher Orden</em>. <strong>Origine</strong> : un hôpital de campagne au siège d'Acre, 1190. <strong>Ordre militaire</strong> : 5 mars 1198, à Acre ; confirmation d'Innocent III, 19 février 1199. <strong>Insigne</strong> : croix noire sur manteau blanc. <strong>Grand maître décisif</strong> : Hermann von Salza (vers 1209-1239), ami de Frédéric II. <strong>Sièges successifs</strong> : Acre (1191-1291), Montfort en Galilée, Venise (1291), Marienbourg (1309-1457), Königsberg (1457-1525), Mergentheim (1527-1809), Vienne. <strong>Fronts</strong> : Terre sainte, Hongrie (1211-1225), Prusse (1230-1283), Livonie (1237-1561), Lituanie (XIVe siècle). <strong>Grandes journées</strong> : lac Peïpous (1242, défaite), Grunwald (15 juillet 1410, défaite). <strong>Fin de l'État</strong> : sécularisation de la Prusse, 1525. <strong>Aujourd'hui</strong> : ordre religieux, environ 1 000 membres, siège à Vienne.</p>
</div>
<p>Les <strong>Teutoniques</strong> sont le troisième des grands ordres militaires nés des croisades : un hôpital ouvert par des marchands allemands au siège d'Acre en 1190, devenu ordre de chevalerie en 1198, puis maître d'un État sur la Baltique — la Prusse — jusqu'en 1525. Ils ont commencé en Terre sainte et l'ont défendue jusqu'à la <a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">chute d'Acre en 1291</a> ; ils ont fini sur la Vistule, en croisade contre les derniers païens d'Europe. Ce guide raconte leurs huit siècles et résume chacun des grands moments de leur histoire ; le cadre général se lit dans notre <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a>.</p>
<h2 id="les-teutoniques-en-cinq-lignes">Les Teutoniques en cinq lignes<a class="headerlink" href="#les-teutoniques-en-cinq-lignes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Un hôpital sous une voile de navire, où des bourgeois de Brême et de Lübeck soignent les croisés allemands mourants. Un ordre de frères voués à la pauvreté, à la chasteté et à l'obéissance, qui prend la règle du Temple pour la guerre et celle de l'Hôpital pour les malades. Un grand maître, Hermann von Salza, qui fait de cette petite maison l'arbitre entre le pape et l'empereur. Une croisade de deux siècles sur la Baltique, d'où sortent la Prusse, des villes hanséatiques et la plus grande forteresse de brique du monde. Puis la défaite, la Réforme, et un ordre qui survit en redevenant ce qu'il était au premier jour : des religieux au service des malades.</p>
<h2 id="dou-viennent-ils-les-allemands-a-la-croisade">D'où viennent-ils ? Les Allemands à la croisade<a class="headerlink" href="#dou-viennent-ils-les-allemands-a-la-croisade" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les Allemands sont partis tôt pour la Terre sainte. Un hôpital pour pèlerins de langue allemande a existé à Jérusalem dès les années 1120-1140, placé en 1143 sous l'autorité des Hospitaliers ; l'ordre teutonique s'en dira l'héritier, sans qu'on puisse prouver une continuité. Mais le vrai départ est la <a href="https://croisades.fr/posts/troisieme-croisade/">troisième croisade</a>. En 1189, l'empereur <strong>Frédéric Barberousse</strong> quitte Ratisbonne à la tête de la plus grande armée de l'époque ; il se noie dans le Saleph, en Cilicie, le 10 juin 1190, et son armée se défait. Ce qu'il en reste arrive devant Acre, que les Francs assiègent depuis l'été 1189, dans un camp ravagé par la faim et les épidémies.</p>
<p>Le <strong>siège d'Acre</strong> (1189-1191) est la matrice de l'ordre. Deux ans de tranchées, trois rois, des milliers de morts de maladie : c'est là que des hommes décident de soigner leurs compatriotes, faute de quoi personne ne le ferait. L'histoire de cette armée sans empereur est racontée dans <a href="https://croisades.fr/posts/croisades-oubliees-expeditions-mineures/">les croisades oubliées</a>, avec celle du duc Frédéric de Souabe, qui prit l'hôpital sous sa protection avant de mourir devant la ville le 20 janvier 1191.</p>
<h2 id="la-fondation-a-acre-1190-1198">La fondation à Acre (1190-1198)<a class="headerlink" href="#la-fondation-a-acre-1190-1198" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>À l'automne 1190, des bourgeois de <strong>Brême et de Lübeck</strong>, venus par mer, dressent un hôpital de campagne pour les Allemands malades ; la tradition veut qu'ils l'aient abrité sous la voile d'un de leurs navires. Le 6 février 1191, le pape Clément III prend la fondation sous sa protection. Quand Acre tombe, en juillet 1191, l'hôpital s'installe dans la ville et prend le nom d'hôpital Sainte-Marie des Allemands de Jérusalem — Jérusalem, parce que c'est elle qu'on veut reprendre.</p>
<p>La <strong>Fondation des Teutoniques</strong> comme ordre militaire date du 5 mars 1198. Les princes de la croisade allemande de 1197, sur le point de rentrer en Europe après la mort de l'empereur Henri VI, se réunissent dans la maison du Temple à Acre, en présence du roi Amaury de Lusignan, du patriarche et des maîtres du Temple et de l'Hôpital. Ils érigent l'hôpital en ordre de chevalerie. Le 19 février 1199, le pape Innocent III confirme : pour les malades, les frères suivront la règle des Hospitaliers ; pour le reste, la vie militaire et le manteau blanc, celle des Templiers. Une croix noire les distinguera du Temple.</p>
<h2 id="hermann-von-salza-le-grand-maitre-diplomate">Hermann von Salza, le grand maître diplomate<a class="headerlink" href="#hermann-von-salza-le-grand-maitre-diplomate" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'ordre aurait pu rester une petite maison allemande d'Acre. Il devient une puissance européenne grâce à son quatrième grand maître, <strong>Hermann von Salza</strong>, élu vers 1209-1210, mort à Salerne le 20 mars 1239. Thuringien de petite noblesse, il n'est pas d'abord un guerrier : c'est un négociateur, que le pape et l'empereur écoutent tous deux. Sous son magistère, l'ordre passe de quelques dizaines de frères à plusieurs centaines, reçoit des commanderies dans tout l'Empire, en Italie, en Sicile, en Grèce, et obtient des papes les mêmes privilèges que le Temple et l'Hôpital.</p>
<p>Il tente un premier établissement en Europe : en 1211, le roi André II de Hongrie confie aux Teutoniques le <strong>Burzenland</strong>, en Transylvanie, pour arrêter les Coumans. Ils y bâtissent des châteaux de bois et de pierre ; mais quand ils demandent à relever directement du pape, le roi les chasse, en 1225. La leçon servira : la terre suivante, l'ordre la voudra à lui.</p>
<h2 id="frederic-ii-lordre-de-lempereur">Frédéric II : l'ordre de l'empereur<a class="headerlink" href="#frederic-ii-lordre-de-lempereur" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le destin d'Hermann est lié à celui de <strong>Frédéric II</strong>, petit-fils de Barberousse, roi de Sicile et empereur, l'homme le plus brillant et le plus controversé de son temps. Le grand maître est son conseiller, son ambassadeur, son ami, et il reste en même temps fidèle au pape — ce qui, entre ces deux-là, relève de l'acrobatie. Quand Frédéric part enfin pour la <a href="https://croisades.fr/posts/sixieme-croisade/">sixième croisade</a> en 1228, excommunié pour avoir trop tardé, les Templiers et les Hospitaliers refusent de lui obéir ; les Teutoniques, eux, le suivent.</p>
<p>Le traité de Jaffa, le 18 février 1229, rend Jérusalem aux chrétiens sans combat. Le 18 mars 1229, au Saint-Sépulcre, Frédéric pose lui-même la couronne sur sa tête, aucun prêtre ne voulant officier pour un excommunié ; c'est Hermann von Salza qui lit ensuite à l'assistance la déclaration de l'empereur. L'année suivante, il négocie la paix de San Germano (juillet 1230), qui réconcilie pour un temps Frédéric et le pape Grégoire IX. L'ordre en tire des biens immenses en Sicile et en Allemagne, et une protection impériale qui va décider de son avenir.</p>
<h2 id="montfort-starkenberg-le-chateau-de-galilee">Montfort (Starkenberg), le château de Galilée<a class="headerlink" href="#montfort-starkenberg-le-chateau-de-galilee" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>En Terre sainte, l'ordre veut sa propre forteresse. En 1220, il achète la seigneurie de Joscelin de Courtenay, au nord-est d'Acre, et à partir de 1226-1227, avec l'aide des croisés de l'avant-garde impériale, il bâtit <strong>Montfort</strong> — en allemand <em>Starkenberg</em> — sur un éperon rocheux qui domine le ravin du Kziv. Le château n'est pas sur une route : c'est une maison-mère, le dépôt du trésor et des archives de l'ordre, la résidence des grands maîtres quand ils sont en Orient.</p>
<p><strong>Baybars</strong> l'assiège en juin 1271, deux mois après la chute du <a href="https://croisades.fr/posts/krak-des-chevaliers/">Krak des Chevaliers</a> ; après une quinzaine de jours de combats, ses mines ayant emporté le faubourg puis l'enceinte, la garnison capitule et reçoit la vie sauve, sans armes ni bagages, et part pour Acre. Le sultan fait démanteler la place. Ses ruines sont encore là, dans la forêt de Galilée ; des clés de voûte sculptées, rapportées par une fouille américaine en 1926, sont exposées au Metropolitan Museum de New York. Le château figure dans notre <a href="https://croisades.fr/posts/chateaux-des-croises-guide/">guide des châteaux des croisés</a>.</p>
<h2 id="les-teutoniques-en-terre-sainte-jusquen-1291">Les Teutoniques en Terre sainte jusqu'en 1291<a class="headerlink" href="#les-teutoniques-en-terre-sainte-jusquen-1291" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'ordre est le plus petit des trois en Orient, et l'un des plus fidèles. Ses frères combattent à Damiette pendant la cinquième croisade, et à <strong>La Forbie</strong>, le 17 octobre 1244, où l'armée franque est anéantie par les Égyptiens et leurs alliés khwarezmiens : selon une lettre écrite au lendemain du désastre, presque tous les frères teutoniques présents y périssent. Ils tiennent leur quartier d'Acre, près de la porte Saint-Nicolas, et des châteaux en Petite-Arménie.</p>
<p>Au dernier siège d'Acre, au printemps 1291, ils défendent leur secteur de la muraille avec le Temple et l'Hôpital ; les survivants s'embarquent quand la ville tombe, le 18 mai. Le récit de ces dernières semaines est dans <a href="https://croisades.fr/posts/fin-des-etats-latins/">la fin des États latins</a>. Le grand maître s'établit à Venise. Mais depuis soixante ans déjà, l'avenir de l'ordre se joue ailleurs.</p>
<h2 id="la-bulle-de-rimini-1226-le-passage-en-prusse">La bulle de Rimini (1226) : le passage en Prusse<a class="headerlink" href="#la-bulle-de-rimini-1226-le-passage-en-prusse" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Sur la basse Vistule vivent les <strong>Prussiens</strong>, peuple balte resté païen, qui ravagent la Mazovie polonaise. Les missionnaires échouent, la petite milice de Dobrin aussi. En 1225-1226, le duc <strong>Conrad de Mazovie</strong> appelle les Teutoniques et leur offre le pays de Chełmno (Kulm). Hermann von Salza, échaudé par la Hongrie, prend ses garanties : en mars 1226, Frédéric II lui accorde la <strong>Bulle de Rimini</strong>, une bulle d'or qui donne à l'ordre, avec les droits d'un prince d'Empire, toute la terre qu'il conquerra sur les païens.</p>
<p>Le pape suit. Par la bulle de Rieti, le 3 août 1234, Grégoire IX prend la Prusse sous la protection du Saint-Siège et la confie à l'ordre en fief de saint Pierre. La croisade prussienne a désormais son cadre : une guerre sainte prêchée comme celle de Terre sainte, avec les mêmes indulgences, et un ordre qui en tient la terre au nom de l'Église.</p>
<h2 id="la-conquete-de-la-prusse-1230-1283">La conquête de la Prusse (1230-1283)<a class="headerlink" href="#la-conquete-de-la-prusse-1230-1283" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>En 1230, un petit groupe de frères conduit par le maître provincial <strong>Hermann Balk</strong> passe la Vistule. La <strong>Conquête de la Prusse</strong> se fait château par château : Thorn (Toruń) en 1231, Kulm (Chełmno) en 1232-1233, Marienwerder, Elbing (Elbląg) en 1237, Königsberg en 1255, nommée en l'honneur du roi Ottokar II de Bohême venu en croisade. Chaque hiver, des chevaliers d'Allemagne, de Bohême ou de Pologne viennent prêter main-forte.</p>
<p>Ce fut une guerre dure, des deux côtés. Les Prussiens défendaient leurs dieux et leurs terres avec acharnement ; la grande révolte de 1260-1274, menée par Herkus Monte, faillit tout emporter. Mais il faut dire aussi la paix : par le traité de Christburg, le 7 février 1249, négocié par le légat Jacques Pantaléon — le futur pape Urbain IV —, les Prussiens baptisés gardent leur liberté personnelle, leurs biens, le droit de devenir prêtres ou chevaliers. La conquête s'achève en 1283. Des Prussiens convertis entrent au service de l'ordre ; leur langue s'éteindra lentement, mais leur nom restera celui du pays.</p>
<h2 id="les-porte-glaive-absorbes-1237-naissance-de-la-branche-livonienne">Les Porte-Glaive absorbés (1237) : naissance de la branche livonienne<a class="headerlink" href="#les-porte-glaive-absorbes-1237-naissance-de-la-branche-livonienne" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Plus au nord, en Livonie — l'actuelle Lettonie et le sud de l'Estonie —, l'évêque Albert de Riga avait fondé vers 1202 les <strong>Porte-Glaive</strong>, un ordre militaire local sous la règle du Temple. Le 22 septembre 1236, à Saule, les Lituaniens et les Sémigaliens les écrasent ; leur maître Volquin est tué avec une cinquantaine de frères. Les survivants demandent à rejoindre les Teutoniques, qui hésitent : l'ordre de Livonie avait mauvaise réputation à Rome. Le pape Grégoire IX prononce l'union en mai 1237.</p>
<p>Les Teutoniques ont désormais deux branches : la Prusse, gouvernée directement par le grand maître, et la Livonie, sous un maître provincial presque autonome. Le portrait des Porte-Glaive est dans notre <a href="https://croisades.fr/posts/ordres-militaires-meconnus-panorama/">panorama des ordres militaires méconnus</a>.</p>
<h2 id="la-bataille-du-lac-peipous-1242">La bataille du lac Peïpous (1242)<a class="headerlink" href="#la-bataille-du-lac-peipous-1242" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>C'est la branche livonienne qui livre la bataille la plus célèbre de l'ordre, et l'une de ses défaites. En 1240-1241, des frères livoniens et les hommes de l'évêque de Dorpat poussent vers Pskov, terre de Novgorod. Le prince <strong>Alexandre Nevski</strong> reprend Pskov puis attire l'ennemi sur la glace du lac Peïpous. La <strong>Bataille du lac Peïpous</strong>, le 5 avril 1242, est une victoire nette de Novgorod. La <em>Chronique rimée de Livonie</em> compte vingt frères tués et six pris ; la chronique de Novgorod parle de quatre cents Allemands tués et de cinquante prisonniers, en comptant sans doute tous les combattants latins.</p>
<p>La légende de chevaliers engloutis dans le lac qui cède sous leur poids vient de chroniques plus tardives et surtout du film d'Eisenstein (1938). Alexandre Nevski, lui, est un saint de l'Église orthodoxe russe, canonisé en 1547 : un adversaire qui défendait sa terre et sa foi, et qu'on doit respecter. L'ordre en tira une frontière durable avec les Russes, qu'il ne franchira plus guère.</p>
<h2 id="marienbourg-malbork-la-forteresse-de-brique">Marienbourg (Malbork), la forteresse de brique<a class="headerlink" href="#marienbourg-malbork-la-forteresse-de-brique" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>En 1309, le grand maître <strong>Siegfried von Feuchtwangen</strong> quitte Venise pour la Prusse et s'installe à <strong>Marienbourg</strong>, le « château de Marie », sur la Nogat. Commencé vers 1274-1280 comme simple couvent fortifié, le château est agrandi pendant tout le XIVe siècle : château haut (le couvent), château moyen (le palais du grand maître, sa grande salle aux voûtes en palmier), château bas, enceintes successives. Le résultat est la plus grande forteresse de brique du monde, et l'un des plus grands châteaux d'Europe par la surface.</p>
<p>Tout y dit ce qu'était l'ordre : une communauté religieuse avant d'être une armée. Au cœur du château haut, l'église Sainte-Marie, avec sur son chevet une Vierge à l'Enfant de huit mètres en mosaïque ; dessous, la chapelle Sainte-Anne, où sont enterrés les grands maîtres. Détruit à moitié en 1945, Malbork a été restauré par les Polonais et inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1997.</p>
<h2 id="letat-teutonique-economie-villes-hanse">L'État teutonique : économie, villes, hanse<a class="headerlink" href="#letat-teutonique-economie-villes-hanse" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'<strong>État teutonique</strong> du XIVe siècle est l'un des mieux administrés d'Europe. Le pays est quadrillé de commanderies, chacune avec son couvent de douze frères et son château ; les comptes sont tenus avec une précision que les rois envient. L'ordre fait venir des colons d'Allemagne, de Pologne, des Pays-Bas, défriche, fonde près de cent villes et plus de mille villages selon le droit de Kulm. Il vend le grain et l'ambre de la Baltique dans toute l'Europe ; il est le seul prince souverain à siéger parmi les villes de la <strong>Hanse</strong>, dont Dantzig, Elbing, Thorn et Königsberg sont membres.</p>
<p>Il y a aussi une page sombre : en novembre 1308, en s'emparant de Dantzig, alors polonaise, l'ordre fait tuer une partie des défenseurs et des habitants ; la Pologne l'accusera devant le pape, et le procès durera des décennies. L'âge d'or vient ensuite, sous <strong>Winrich von Kniprode</strong> (1351-1382) : écoles, hôpitaux, cathédrales et églises de brique, dont beaucoup sont encore debout de Gdańsk à Toruń.</p>
<h2 id="les-croisades-baltes-et-la-lituanie">Les croisades baltes et la Lituanie<a class="headerlink" href="#les-croisades-baltes-et-la-lituanie" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Après la Prusse, l'ennemi est la <strong>Lituanie</strong>, dernier grand État païen d'Europe, aussi puissant qu'insaisissable. Pendant tout le XIVe siècle, l'ordre mène contre elle des <em>Reisen</em>, des expéditions d'hiver ou d'été auxquelles accourt la noblesse de toute la chrétienté : le maréchal Boucicaut y va plusieurs fois, Henri de Lancastre, futur Henri IV d'Angleterre, en 1390-1392, et le chevalier de Chaucer, dans les <em>Contes de Canterbury</em>, « a guerroyé en Lituanie ». Les plus braves sont invités à la « table d'honneur » du grand maître. Les <strong>Croisades baltes</strong> dans leur ensemble — Wendes, Livonie, Estonie, Finlande — auront leur propre guide.</p>
<p>Elles finissent par une conversion qui ne doit rien à l'ordre. En 1386, le grand-duc Jogaila épouse la jeune reine <strong>Hedwige</strong> de Pologne — sainte Hedwige, canonisée en 1997 —, reçoit le baptême sous le nom de Ladislas et devient roi de Pologne ; la Lituanie est baptisée en 1387, la Samogitie en 1413-1417. La croisade n'a plus d'objet, et l'ordre a désormais pour voisin un royaume chrétien uni contre lui.</p>
<h2 id="tannenberg-grunwald-1410">Tannenberg-Grunwald (1410)<a class="headerlink" href="#tannenberg-grunwald-1410" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le choc vient le 15 juillet 1410, entre les villages de Grunwald et de Tannenberg. Le grand maître <strong>Ulrich von Jungingen</strong> affronte l'armée de Ladislas II Jagellon et de son cousin <strong>Vytautas</strong>, grand-duc de Lituanie : quelques dizaines de milliers d'hommes de chaque côté, l'avantage du nombre aux Polonais et aux Lituaniens, avec des contingents ruthènes, tatars, tchèques. Au soir, l'armée de l'ordre est détruite, le grand maître tué avec la plupart des dignitaires et, selon les estimations courantes, environ deux cents frères chevaliers. La <strong>Bataille de Grunwald</strong> est l'une des plus grandes de l'Europe médiévale.</p>
<p>Pourtant l'ordre ne tombe pas. Heinrich von Plauen s'enferme dans Marienbourg et la tient deux mois, jusqu'à ce que l'assiégeant se retire, le 19 septembre. La paix de Thorn, le 1er février 1411, ne coûte presque aucune terre. Mais l'argent, les hommes et le prestige sont partis. Au concile de Constance (1414-1418), le recteur de Cracovie Paul Wladimiri conteste le droit de convertir par l'épée ; le libelle d'un dominicain allemand, Jean Falkenberg, qui appelait à anéantir les Polonais, est condamné, et son auteur emprisonné. L'Église a tranché : la croisade du Nord est finie.</p>
<h2 id="la-secularisation-de-1525-et-la-survie-de-lordre">La sécularisation de 1525 et la survie de l'ordre<a class="headerlink" href="#la-secularisation-de-1525-et-la-survie-de-lordre" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le déclin est rapide. Les villes et la noblesse de Prusse, lasses des impôts de guerre, forment en 1440 une Confédération prussienne et se donnent en 1454 au roi de Pologne. La guerre de Treize Ans ruine le pays ; en 1457, des mercenaires impayés vendent Marienbourg aux Polonais, et le grand maître part pour Königsberg. Par la seconde paix de Thorn, le 19 octobre 1466, l'ordre cède la Prusse occidentale et tient le reste en fief de la couronne de Pologne.</p>
<p>La <strong>Sécularisation de 1525</strong> achève l'histoire de l'État. Le grand maître <strong>Albert de Brandebourg</strong>, gagné à la Réforme sur le conseil de Luther lui-même, quitte l'habit, fait de la Prusse un duché héréditaire luthérien et prête hommage au roi Sigismond Ier sur la grand-place de Cracovie, le 10 avril 1525. La branche de Livonie suit en 1561. Mais l'ordre, lui, ne meurt pas : la branche d'Allemagne, restée catholique, élit un nouveau maître et s'établit à <strong>Mergentheim</strong>, en Franconie, jusqu'à ce que Napoléon la supprime dans les États de la Confédération du Rhin en 1809. Il survit en Autriche, sous des archiducs de Habsbourg ; en 1929, il redevient un ordre purement religieux de prêtres et de religieuses, gouverné par un grand maître prêtre. Supprimé par les nazis en Autriche en 1938 — qui pillaient ses symboles tout en détruisant l'ordre réel —, il est rétabli après la guerre.</p>
<h2 id="lordre-teutonique-aujourdhui">L'ordre Teutonique aujourd'hui<a class="headerlink" href="#lordre-teutonique-aujourdhui" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'Ordre teutonique — <em>Deutscher Orden</em>, Ordre des Frères de la Maison allemande Sainte-Marie de Jérusalem — siège à Vienne, près de la cathédrale Saint-Étienne, dans la maison qu'il y occupe depuis le XIIIe siècle. Il compte environ 100 prêtres et frères, 200 religieuses et 700 familiers laïcs, en Autriche, en Allemagne, en Italie, en Slovénie, en République tchèque et en Slovaquie. Il tient des paroisses, des maisons pour personnes âgées et handicapées, des centres de soins pour les dépendances. Son grand maître depuis 2018, le père Frank Bayard, est le 66e grand maître depuis Heinrich Walpot, premier maître en 1198. La croix noire sur fond blanc est restée la même.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Il demeure un hôpital. L'ordre est né d'une voile tendue au-dessus de croisés mourants devant Acre ; il a été maître d'un État, il a perdu des batailles et des provinces, il a vu son grand maître changer de foi ; et il est aujourd'hui revenu, par un long détour, à son premier geste : soigner. Aucun de ses frères ne porte plus l'épée, mais leurs maisons de Vienne, de Bolzano ou de Bavière accueillent les vieillards et les malades au nom de la même Vierge que les bourgeois de Lübeck.</p>
<p>Il demeure des pierres : les ruines de Montfort dans les chênes de Galilée, Marienbourg sur la Nogat, les églises de brique et les vieilles villes de Toruń et de Gdańsk, l'église Sainte-Élisabeth de Marbourg, que l'ordre bâtit sur le tombeau de sainte Élisabeth de Hongrie, sa patronne. Il demeure des noms : Hermann von Salza, qui fit la paix entre le pape et l'empereur ; Heinrich von Plauen, sur les remparts de Marienbourg ; et, sur les terres de l'ordre, sainte Dorothée de Montau, recluse de la cathédrale de Marienwerder, patronne de la Prusse. Et il demeure une leçon que l'ordre a apprise à ses dépens : une croisade vaut par sa fin — le Sépulcre, le pèlerin, le pauvre — et se perd quand elle devient une fin en soi.</p>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/templiers-histoire-complete/">Les Templiers : histoire complète de l'ordre</a> — l'ordre dont les Teutoniques ont pris la règle et le manteau blanc.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/hospitaliers-histoire-complete/">Les Hospitaliers : histoire complète</a> — l'ordre dont ils ont suivi la règle pour les malades, et qui vit encore à Malte.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/comment-fonctionnait-un-ordre-militaire/">Comment fonctionnait un ordre militaire ?</a> — ce que les Teutoniques avaient en commun avec le Temple et l'Hôpital.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/ordres-militaires-meconnus-panorama/">Les ordres militaires méconnus</a> — Porte-Glaive, chevaliers de Dobrin et ordres ibériques.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/troisieme-croisade/">La troisième croisade (1189-1192)</a> — le siège d'Acre où l'hôpital allemand est né.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/croisades-oubliees-expeditions-mineures/">Les croisades oubliées</a> — Frédéric de Souabe devant Acre et la croisade allemande de 1197.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/sixieme-croisade/">La sixième croisade (1228-1229)</a> — Frédéric II, Hermann von Salza et Jérusalem rendue sans combat.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/chateaux-des-croises-guide/">Les châteaux des croisés : le guide complet</a> — Montfort et les forteresses des ordres.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/fin-des-etats-latins/">La fin des États latins (1260-1291)</a> — Montfort, le Krak et Acre perdus.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">La chute d'Acre, 1291</a> — le dernier combat des trois ordres en Terre sainte.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/croisades-et-reconquista-difference/">Croisades et Reconquista : quelle différence ?</a> — l'autre front de la croisade hors de Terre sainte.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/que-reste-t-il-des-croisades/">Que reste-t-il des croisades aujourd'hui ?</a> — lieux, ordres et mémoire.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">Les croisades (1095-1291) : le guide complet</a> — le pilier du site.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Sources médiévales.</strong> <em>De primordiis ordinis Theutonici narratio</em> (récit de la fondation, vers 1204-1211) ; bulle de Clément III (6 février 1191) et bulle d'Innocent III (19 février 1199), dans les <em>Tabulae ordinis Theutonici</em>, éd. Ernst Strehlke (1869) ; la bulle d'or de Rimini (1226) et la bulle de Rieti (1234) ; Pierre de Dusbourg, <em>Chronica terre Prussie</em> (1326), chronique officielle de l'ordre ; la <em>Chronique rimée de Livonie</em> (fin du XIIIe siècle) et la Première chronique de Novgorod pour 1242 ; Jan Długosz, <em>Annales seu cronicae incliti Regni Poloniae</em>, livre XI, pour Grunwald.
<strong>Historiens.</strong> Sylvain Gouguenheim, <em>Les Chevaliers teutoniques</em> (Tallandier, 2007) ; Alain Demurger, <em>Chevaliers du Christ. Les ordres religieux-militaires au Moyen Âge</em> (Seuil, 2002) ; William Urban, <em>The Teutonic Knights: A Military History</em> (2003) ; Eric Christiansen, <em>The Northern Crusades</em> (Penguin, 1997) ; Hartmut Boockmann, <em>Der Deutsche Orden. Zwölf Kapitel aus seiner Geschichte</em> (Beck, 1981) ; Nicholas Morton, <em>The Teutonic Knights in the Holy Land, 1190-1291</em> (Boydell, 2009). Site officiel : <a href="https://www.deutscher-orden.at/" rel="nofollow noopener">Deutscher Orden</a>.</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Les ordres militaires méconnus : panorama complet</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/ordres-militaires-meconnus-panorama/</link>
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    <pubDate>Sun, 11 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Autres ordres</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/ordres-militaires-meconnus-panorama.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Saint-Lazare, Saint-Thomas d'Acre, Calatrava, Santiago, Avis, l'ordre du Christ, les Porte-Glaive : les ordres militaires nés à côté du Temple et de l'Hôpital.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>Période</strong> : vers 1130 (Saint-Lazare) – 1319 (ordre du Christ). <strong>Trois fronts</strong> : la Terre sainte (Saint-Lazare, Saint-Thomas d'Acre, Montjoie), la péninsule Ibérique (Calatrava, Santiago, Alcántara, Avis, Montesa, ordre du Christ), la Baltique (Porte-Glaive, Dobrin). <strong>Modèles</strong> : la règle du Temple, la règle de saint Augustin ou l'affiliation à Cîteaux. <strong>Acteurs</strong> : les rois de Castille, de León, d'Aragon et de Portugal, les évêques de Riga et de Prusse, les papes Alexandre III, Innocent III et Jean XXII. <strong>Issue</strong> : en Orient, absorption ou repli en Occident après 1291 ; dans la Baltique, fusion avec les Teutoniques (1235-1237) ; en Espagne et au Portugal, des ordres puissants jusqu'au XVe siècle, passés ensuite sous la main des rois, et qui existent encore.</p>
</div>
<p>À côté des <strong>Templiers</strong>, des <strong>Hospitaliers</strong> et des <strong>Teutoniques</strong>, une vingtaine d'<strong>ordres militaires</strong> sont nés entre le XIIe et le XIVe siècle : des chevaliers lépreux à Jérusalem, des chanoines anglais à Acre, des moines cisterciens en armes sur la frontière de Castille, des frères à l'épée rouge en Livonie. Ce panorama les présente tous, un paragraphe par ordre, et renvoie aux grands récits du <a href="https://croisades.fr/posts/templiers-histoire-complete/">Temple</a> et de l'<a href="https://croisades.fr/posts/hospitaliers-histoire-complete/">Hôpital</a> ; leur place dans l'ensemble des expéditions se lit dans notre <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a>.</p>
<h2 id="les-ordres-militaires-meconnus-en-cinq-lignes">Les ordres militaires méconnus en cinq lignes<a class="headerlink" href="#les-ordres-militaires-meconnus-en-cinq-lignes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Un ordre militaire, c'est une communauté de religieux qui prononcent les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance et qui font la guerre pour défendre la chrétienté. L'idée naît à Jérusalem avec le Temple, vers 1120, et saint Bernard lui donne sa théologie. Elle est aussitôt imitée partout où des chrétiens tiennent une frontière : en Terre sainte, des fondations plus petites et plus spécialisées ; en Espagne et au Portugal, des ordres nationaux qui font la Reconquista ; sur la Baltique, des ordres missionnaires bientôt absorbés par les Teutoniques. Au XIVe siècle, les biens du Temple supprimé fondent encore deux ordres ibériques. Plusieurs de ces ordres existent toujours, sous une forme religieuse ou honorifique.</p>
<h2 id="pourquoi-tant-dordres-militaires-le-contexte">Pourquoi tant d'ordres militaires ? Le contexte<a class="headerlink" href="#pourquoi-tant-dordres-militaires-le-contexte" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le succès des Templiers, approuvés au concile de Troyes en 1129, a montré qu'un moine pouvait garder une frontière mieux qu'un vassal : il ne rentre pas chez lui au bout de quarante jours, il ne transmet pas de fief, il obéit. Les princes et les évêques qui avaient une frontière à tenir ont donc voulu leur propre ordre. Le Temple et l'Hôpital, ordres internationaux, servaient d'abord l'Orient ; un roi de Castille ou un évêque de Riga préférait des frères attachés à sa terre, recrutés chez lui et dont les revenus ne partaient pas pour Acre.</p>
<p>Ces ordres ont emprunté leurs règles là où elles existaient. Certains ont pris celle du Temple (les Porte-Glaive) ; d'autres celle de saint Augustin (Santiago, Saint-Lazare) ; d'autres encore se sont affiliés à l'ordre de Cîteaux, dont l'abbé de Morimond devenait le supérieur spirituel (Calatrava et sa famille : Alcántara, Avis, Montesa). La papauté les a reconnus un à un, d'Alexandre III, le grand pape des ordres ibériques, à Jean XXII, qui fonde les héritiers du Temple.</p>
<h2 id="lordre-de-saint-lazare-les-chevaliers-lepreux">L'ordre de Saint-Lazare, les chevaliers lépreux<a class="headerlink" href="#lordre-de-saint-lazare-les-chevaliers-lepreux" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'<strong>ordre de Saint-Lazare</strong> naît d'une léproserie établie hors des murs de Jérusalem, près de la porte qui prendra le nom de Saint-Lazare ; elle est attestée dès les années 1130. Elle accueille des lépreux de toute condition, et parmi eux des chevaliers : les Templiers et les Hospitaliers atteints du mal y étaient envoyés, et l'usage du Temple voulait qu'un frère lépreux rejoigne Saint-Lazare. Ainsi se forme une communauté de malades qui continue de porter les armes — dans un royaume dont un roi, <a href="https://croisades.fr/posts/rois-de-jerusalem-liste-complete/">Baudouin IV</a>, gouvernait lui-même rongé par la lèpre.</p>
<p>Ses frères combattent à La Forbie, le 17 octobre 1244, où ils sont tous tués, et à Mansourah en 1250, pendant la <a href="https://croisades.fr/posts/septieme-croisade/">septième croisade</a> de Saint Louis. Repliés à Acre, ils perdent leur maison en 1291 et se retirent à Boigny, près d'Orléans, fief que le roi Louis VII leur avait donné en 1154. L'ordre survit en France sous la protection des rois, uni en 1608 à l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel.</p>
<h2 id="saint-thomas-dacre-lordre-anglais">Saint-Thomas d'Acre, l'ordre anglais<a class="headerlink" href="#saint-thomas-dacre-lordre-anglais" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Saint-Thomas d'Acre</strong> est le seul ordre militaire anglais. Pendant le grand siège d'Acre de la <a href="https://croisades.fr/posts/troisieme-croisade/">troisième croisade</a>, un chapelain du doyen de Saint-Paul de Londres, Guillaume, fait vœu de fonder une maison s'il entre dans la ville ; en 1191, il établit à Acre un petit hôpital de chanoines dédié à saint Thomas Becket, l'archevêque de Cantorbéry martyrisé en 1170. L'évêque de Winchester <strong>Pierre des Roches</strong>, venu en Terre sainte avec la croisade de Frédéric II, le transforme vers 1228 en ordre militaire sur le modèle des Teutoniques.</p>
<p>Petit — quelques dizaines de frères —, l'ordre combat jusqu'à la <a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">chute d'Acre</a> en 1291, se replie à Chypre, puis se recentre sur sa maison de Londres, Cheapside, à l'endroit de la naissance de Becket. Henri VIII le supprime en 1538 ; la compagnie des Merciers rachète la maison, et sa chapelle porte encore le souvenir des frères.</p>
<h2 id="lordre-de-montjoie">L'ordre de Montjoie<a class="headerlink" href="#lordre-de-montjoie" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'<strong>ordre de Montjoie</strong> doit son nom au <em>Mons Gaudii</em>, la colline au nord-ouest de Jérusalem d'où les pèlerins apercevaient pour la première fois la Ville sainte et où ils poussaient un cri de joie. Il est fondé vers 1173 par un noble galicien, le comte <strong>Rodrigo Álvarez de Sarria</strong>, ancien chevalier de Santiago, qui le dote de biens en Aragon autour d'Alfambra ; le pape Alexandre III le confirme en mai 1180. Il tient une tour en Terre sainte, près d'Ascalon, mais son véritable champ de bataille est la frontière aragonaise.</p>
<p>Trop petit, divisé dès 1188, l'ordre ne survit pas aux défaites de la fin du siècle : une partie de ses frères est unie au Temple en Aragon en 1196, l'autre, établie en Castille, est fondue dans Calatrava le 23 mai 1221. Il reste de lui un nom qui dit l'essentiel de l'esprit des croisades : la joie du pèlerin devant Jérusalem.</p>
<h2 id="calatrava-les-moines-cisterciens-en-armes">Calatrava, les moines cisterciens en armes<a class="headerlink" href="#calatrava-les-moines-cisterciens-en-armes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>En 1147, le roi de Castille Alphonse VII prend aux Almohades la forteresse de <strong>Calatrava</strong>, sur le Guadiana, et la confie aux Templiers. Dix ans plus tard, ceux-ci, s'estimant incapables de la tenir contre la grande offensive annoncée, la rendent au roi Sanche III. Nul baron ne veut la défendre. En janvier 1158, un abbé cistercien de Navarre, <strong>Raymond de Fitero</strong>, poussé par un de ses moines, ancien chevalier, Diego Velázquez, accepte la place et y lève une troupe de frères : l'<strong>ordre de Calatrava</strong> est né. Le pape Alexandre III l'approuve en 1164 et le rattache à Cîteaux.</p>
<p>Calatrava perd sa forteresse après le désastre d'Alarcos (1195), combat à <strong>Las Navas de Tolosa</strong> le 16 juillet 1212 et s'installe en 1217 à Calatrava la Nueva, nid d'aigle encore debout dans la sierra. Il devient la tête d'une famille d'ordres affiliés : Alcántara, Avis, Montesa. Les rois Catholiques en prennent l'administration en 1489.</p>
<h2 id="santiago-lordre-de-saint-jacques">Santiago, l'ordre de saint Jacques<a class="headerlink" href="#santiago-lordre-de-saint-jacques" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'<strong>ordre de Santiago</strong> naît en 1170 à Cáceres, dans le royaume de León, d'une confrérie de chevaliers menée par <strong>Pedro Fernández</strong>, qui se placent sous la protection de saint Jacques, patron de l'Espagne. Le pape Alexandre III l'approuve le 5 juillet 1175 sous la règle de saint Augustin. Particularité rare : les chevaliers peuvent être mariés et vivre en famille, la chasteté consistant pour eux en la fidélité conjugale.</p>
<p>Son siège est le couvent d'Uclés, en Castille ; son signe, une croix rouge en forme d'épée. Il devient le plus riche et le plus puissant des ordres espagnols, présent à toutes les grandes campagnes de la Reconquista, de Las Navas à la prise de Séville (1248). Sur cette guerre et ses liens avec les croisades, voir <a href="https://croisades.fr/posts/croisades-et-reconquista-difference/">croisades et Reconquista : quelle différence ?</a></p>
<h2 id="alcantara-la-frontiere-de-lestremadure">Alcántara, la frontière de l'Estrémadure<a class="headerlink" href="#alcantara-la-frontiere-de-lestremadure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'<strong>ordre d'Alcántara</strong> commence sous un autre nom : une confrérie de chevaliers établie à San Julián del Pereiro, aux confins du León et du Portugal, que le pape Alexandre III approuve en 1176. En 1218, l'ordre de Calatrava lui cède la ville d'Alcántara et son pont romain sur le Tage, à condition qu'il reconnaisse la tutelle de Calatrava : les frères de San Julián en prennent le nom.</p>
<p>Ordre de la frontière occidentale, il garde l'Estrémadure contre les Almohades puis le royaume de Grenade. Comme ses voisins, il passe sous l'administration de la couronne en 1494.</p>
<h2 id="avis-lordre-des-rois-de-portugal">Avis, l'ordre des rois de Portugal<a class="headerlink" href="#avis-lordre-des-rois-de-portugal" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Au Portugal, une confrérie de chevaliers d'Évora, attestée dans les années 1170, reçoit en 1211 du roi Alphonse II la place d'<strong>Avis</strong>, dont elle prend le nom. Affilié à Calatrava, l'<strong>ordre d'Avis</strong> garde l'Alentejo et participe à la conquête de l'Algarve.</p>
<p>Son destin le plus étonnant vient deux siècles plus tard. En 1385, le maître d'Avis, Jean, fils naturel du roi Pierre Ier, est proclamé roi de Portugal et confirme sa couronne par la victoire d'Aljubarrota contre la Castille. La <strong>dynastie d'Avis</strong>, celle d'Henri le Navigateur et des grandes découvertes, porte le nom d'un ordre militaire.</p>
<h2 id="lordre-du-christ-heritier-portugais-des-templiers">L'ordre du Christ, héritier portugais des Templiers<a class="headerlink" href="#lordre-du-christ-heritier-portugais-des-templiers" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Quand le pape Clément V supprime le Temple en 1312, le roi Denis de Portugal refuse de laisser ses biens à l'Hôpital : il obtient de Jean XXII, par la bulle <em>Ad ea ex quibus</em> du 14 mars 1319, la fondation d'un ordre nouveau, l'<strong>ordre du Christ</strong>, qui reçoit les commanderies du Temple et accueille d'anciens Templiers. Installé d'abord à Castro Marim, face aux musulmans de l'autre rive, il revient en 1357 à <strong>Tomar</strong>, la forteresse des Templiers portugais.</p>
<p>Gouverné à partir de 1420 par <strong>Henri le Navigateur</strong>, l'ordre finance les premières expéditions atlantiques ; sa croix rouge, celle du Temple, est peinte sur les voiles des caravelles qui ouvrent la route des Indes. Il est aujourd'hui un ordre honorifique de la République portugaise.</p>
<h2 id="montesa-heritier-aragonais-des-templiers">Montesa, héritier aragonais des Templiers<a class="headerlink" href="#montesa-heritier-aragonais-des-templiers" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>En Aragon, le roi Jacques II obtient la même chose que son voisin. Par une bulle de Jean XXII du 10 juin 1317, les biens du Temple et de l'Hôpital dans le royaume de Valence sont attribués à un ordre nouveau, établi au château de <strong>Montesa</strong>, près de Xàtiva, et rattaché à Calatrava. L'<strong>ordre de Montesa</strong> garde la côte et la frontière méridionale de Valence.</p>
<p>En 1400, il absorbe l'ordre de Saint-Georges d'Alfama, autre petit ordre catalan fondé en 1201. Philippe II en devient maître en 1587. Le château de Montesa, ruiné par un tremblement de terre en 1748, domine encore la plaine.</p>
<h2 id="les-freres-porte-glaive-de-livonie">Les frères Porte-Glaive de Livonie<a class="headerlink" href="#les-freres-porte-glaive-de-livonie" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Sur la Baltique, l'évêque <strong>Albert de Riga</strong> fonde vers 1202, avec le cistercien Théodoric, la Milice du Christ de Livonie, que les chroniqueurs appellent les <strong>Porte-Glaive</strong> à cause de l'épée rouge cousue sous la croix de leur manteau blanc. Approuvés par Innocent III sous la règle du Temple, ils doivent protéger la mission et les colons allemands de Livonie face à des peuples restés païens.</p>
<p>Ils bâtissent les châteaux de Wenden (Cēsis) et de Fellin, soumettent la Livonie et l'Estonie du Sud, mais leur dureté envers les néophytes leur vaut les reproches de Rome. Le 22 septembre 1236, à <strong>Saule</strong>, les Lituaniens et les Sémigaliens les écrasent ; leur maître Volquin est tué. L'année suivante, le pape Grégoire IX les unit aux <a href="https://croisades.fr/posts/teutoniques-histoire-complete/">Teutoniques</a>, dont ils forment la branche de Livonie.</p>
<h2 id="les-chevaliers-de-dobrin">Les chevaliers de Dobrin<a class="headerlink" href="#les-chevaliers-de-dobrin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>En Pologne, le duc <strong>Conrad de Mazovie</strong> et l'évêque cistercien <strong>Christian</strong>, premier évêque de Prusse, fondent vers 1228 les frères de Dobrin, du nom de la place de Dobrzyń sur la Vistule, pour défendre la Mazovie contre les raids des Prussiens païens. L'ordre, qui n'a jamais compté plus de quelques dizaines de chevaliers, ne peut rien seul.</p>
<p>Le même duc avait appelé en 1226 les <strong>Teutoniques</strong>, qui s'installent dans le pays de Chełmno. En 1235, la plupart des frères de Dobrin leur sont incorporés ; un dernier groupe, établi à Drohiczyn, disparaît en 1238. Avec eux s'achève l'histoire des petits ordres baltes : la croisade du Nord appartient désormais aux Teutoniques.</p>
<h2 id="lordre-du-saint-sepulcre-mythe-et-realite">L'ordre du Saint-Sépulcre : mythe et réalité<a class="headerlink" href="#lordre-du-saint-sepulcre-mythe-et-realite" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'<strong>ordre du Saint-Sépulcre</strong> se dit souvent fondé par <a href="https://croisades.fr/posts/godefroy-de-bouillon/">Godefroy de Bouillon</a> en 1099. La réalité est autre, et belle aussi. Ce qui naît en 1099, et prend forme en 1114, c'est le chapitre de chanoines réguliers qui dessert le tombeau du Christ ; il n'est pas un ordre militaire. L'usage d'adouber des pèlerins nobles chevaliers du Saint-Sépulcre, devant le tombeau même, n'est attesté qu'à partir du XIVe siècle, quand les franciscains de la Custodie gardent le sanctuaire.</p>
<p>En 1847, le pape Pie IX rétablit le patriarcat latin de Jérusalem et réorganise l'ordre, qui devient l'<strong>ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem</strong>. Sa mission est de soutenir l'Église et les chrétiens de Terre sainte — écoles, paroisses, séminaire. Pourquoi ce tombeau valait qu'on lui consacre sa vie, nous l'avons dit dans <a href="https://croisades.fr/posts/pourquoi-le-saint-sepulcre-comptait-tant/">pourquoi le Saint-Sépulcre comptait tant</a>.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Il demeure d'abord des ordres vivants. Calatrava, Santiago, Alcántara et Montesa existent toujours en Espagne, sous la protection du roi ; l'ordre du Christ et celui d'Avis sont des ordres du Portugal ; l'ordre de Saint-Lazare a survécu sous plusieurs formes, et l'ordre équestre du Saint-Sépulcre compte des dizaines de milliers de membres qui soutiennent les chrétiens de Terre sainte. Il demeure des pierres : Calatrava la Nueva sur sa crête, Tomar et sa rotonde, Uclés, le pont d'Alcántara, les châteaux de Livonie.</p>
<p>Il demeure surtout une idée, plus large que le Temple et l'Hôpital : partout où des chrétiens ont tenu une frontière, des hommes ont voulu donner leur vie à Dieu en la défendant. Le lépreux de Saint-Lazare qui chargeait à La Forbie, l'abbé de Fitero qui prit Calatrava que nul ne voulait tenir, le pèlerin de Montjoie criant sa joie devant Jérusalem : ils n'ont pas la gloire des grands ordres, mais ils sont de la même famille, et c'est elle qui a fait la chevalerie chrétienne.</p>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/templiers-histoire-complete/">Les Templiers : histoire complète de l'ordre (1119-1314)</a> — le modèle de tous les ordres militaires.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/hospitaliers-histoire-complete/">Les Hospitaliers : histoire complète de l'ordre</a> — l'autre grand ordre, toujours vivant à Malte.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/teutoniques-histoire-complete/">Les Teutoniques : histoire complète</a> — le troisième grand ordre, d'Acre à la Prusse, qui absorba Porte-Glaive et Dobrin.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/comment-fonctionnait-un-ordre-militaire/">Comment fonctionnait un ordre militaire ?</a> — vœux, recrutement, commanderies, discipline : le modèle commun à tous ces ordres.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/croisades-et-reconquista-difference/">Croisades et Reconquista : quelle différence ?</a> — le front ibérique où naissent Calatrava, Santiago et Avis.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/pourquoi-le-saint-sepulcre-comptait-tant/">Pourquoi le Saint-Sépulcre comptait tant</a> — le tombeau que gardent les chanoines et les chevaliers du Sépulcre.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/rois-de-jerusalem-liste-complete/">Les rois de Jérusalem : la liste complète</a> — les souverains dont ces ordres furent les soutiens.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/que-reste-t-il-des-croisades/">Que reste-t-il des croisades aujourd'hui ?</a> — lieux, ordres et mémoire.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">Les croisades (1095-1291) : le guide complet</a> — le pilier du site.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Textes.</strong> Saint Bernard, <em>Éloge de la nouvelle chevalerie</em> (<em>De laude novae militiae</em>, vers 1130) ; la <em>Règle du Temple</em> (éd. Henri de Curzon, 1886), qui prévoit le passage des frères lépreux à Saint-Lazare ; les bulles d'Alexandre III pour Calatrava (1164) et Santiago (5 juillet 1175) ; la bulle <em>Ad ea ex quibus</em> de Jean XXII (14 mars 1319) ; Henri de Livonie, <em>Chronique de Livonie</em> (vers 1227), pour les Porte-Glaive ; la <em>Chronique rimée de Livonie</em> pour la bataille de Saule.
<strong>Historiens.</strong> Alan Forey, <em>The Military Orders from the Twelfth to the Early Fourteenth Centuries</em> (Macmillan, 1992) ; Alain Demurger, <em>Chevaliers du Christ. Les ordres religieux-militaires au Moyen Âge</em> (Seuil, 2002) ; Philippe Josserand, <em>Église et pouvoir dans la péninsule Ibérique. Les ordres militaires dans le royaume de Castille (1252-1369)</em> (Casa de Velázquez, 2004) ; Nicole Bériou et Philippe Josserand (dir.), <em>Prier et combattre. Dictionnaire européen des ordres militaires au Moyen Âge</em> (Fayard, 2009) ; David Marcombe, <em>Leper Knights. The Order of St Lazarus of Jerusalem in England</em> (Boydell, 2003). Sur l'ordre actuel : <a href="https://www.oessh.va/" rel="nofollow noopener">Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem</a>.</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Les rois de Jérusalem : la liste complète (1099-1291)</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/rois-de-jerusalem-liste-complete/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://croisades.fr/posts/rois-de-jerusalem-liste-complete/</guid>
    <pubDate>Sun, 11 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Rois et barons d'Outremer</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/rois-de-jerusalem-liste-complete.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>De Godefroy de Bouillon (1099) à Henri II de Chypre (1291) : les rois et reines de Jérusalem dans l'ordre, avec leurs dates de règne et ce qu'ils ont fait.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>Période</strong> : 22 juillet 1099 (élection de Godefroy) – 18 mai 1291 (chute d'Acre). <strong>Nombre</strong> : 24 souverains, dont 5 reines régnantes et 7 rois par mariage. <strong>Dynasties</strong> : maison de Boulogne (1099-1118), maison de Rethel (1118-1131), maison d'Anjou (1131-1186), puis les maris des héritières (Lusignan, Montferrat, Champagne, Brienne, Hohenstaufen) et enfin les Lusignan de Chypre (1269-1291). <strong>Capitales</strong> : Jérusalem (1099-1187), Tyr (1187-1191), Acre (1191-1291). <strong>Premier roi</strong> : Baudouin Ier (couronné le 25 décembre 1100). <strong>Dernier roi</strong> : Henri II de Chypre (couronné le 15 août 1286). <strong>Le plus célèbre</strong> : Baudouin IV le Lépreux (1174-1185).</p>
</div>
<p>Le royaume de Jérusalem a connu <strong>vingt-quatre souverains</strong> en cent quatre-vingt-douze ans, de <strong><a href="https://croisades.fr/posts/godefroy-de-bouillon/">Godefroy de Bouillon</a></strong>, élu le 22 juillet 1099, à <strong>Henri II de Chypre</strong>, roi quand Acre tomba le 18 mai 1291. Cette page donne la liste complète, dans l'ordre et avec les dates de règne, puis un paragraphe par souverain ; l'histoire des institutions qu'ils gouvernaient se lit dans notre <a href="https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem-guide/">guide du royaume de Jérusalem</a>, et la place du royaume parmi les expéditions dans le <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a>.</p>
<h2 id="les-rois-de-jerusalem-en-cinq-lignes">Les rois de Jérusalem en cinq lignes<a class="headerlink" href="#les-rois-de-jerusalem-en-cinq-lignes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Un fondateur qui refuse la couronne, puis trois générations de rois guerriers qui donnent au royaume ses côtes et ses forteresses (1100-1174). Un roi lépreux qui tient tête à Saladin, un enfant-roi, puis la crise de 1186 qui mène à Hattin. Après 1187, la couronne passe par les femmes : cinq reines et leurs maris venus d'Occident, choisis pour leur épée autant que pour leur sang. Au XIIIe siècle, des rois souvent absents — un empereur, deux enfants Hohenstaufen — et un royaume gouverné par des régents. Enfin les Lusignan de Chypre, derniers rois couronnés sur la terre ferme, jusqu'à la chute d'Acre.</p>
<h2 id="la-liste-complete-des-rois-de-jerusalem">La liste complète des rois de Jérusalem<a class="headerlink" href="#la-liste-complete-des-rois-de-jerusalem" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<table>
<thead>
<tr>
<th>#</th>
<th>Souverain</th>
<th>Règne</th>
<th>Titre</th>
<th>Ce qu'il faut retenir</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr>
<td>1</td>
<td>Godefroy de Bouillon</td>
<td>1099-1100</td>
<td>Avoué du Saint-Sépulcre</td>
<td>Refuse la couronne ; vainqueur à Ascalon</td>
</tr>
<tr>
<td>2</td>
<td>Baudouin Ier</td>
<td>1100-1118</td>
<td>Roi</td>
<td>Premier roi couronné ; conquiert la côte</td>
</tr>
<tr>
<td>3</td>
<td>Baudouin II du Bourg</td>
<td>1118-1131</td>
<td>Roi</td>
<td>Tyr prise (1124) ; naissance du Temple</td>
</tr>
<tr>
<td>4</td>
<td>Mélisende</td>
<td>1131-1153</td>
<td>Reine</td>
<td>Première reine régnante ; bâtisseuse</td>
</tr>
<tr>
<td>5</td>
<td>Foulques d'Anjou</td>
<td>1131-1143</td>
<td>Roi par mariage</td>
<td>Fortifie la frontière d'Ascalon</td>
</tr>
<tr>
<td>6</td>
<td>Baudouin III</td>
<td>1143-1163</td>
<td>Roi</td>
<td>Prend Ascalon (1153)</td>
</tr>
<tr>
<td>7</td>
<td>Amaury Ier</td>
<td>1163-1174</td>
<td>Roi</td>
<td>Cinq campagnes en Égypte</td>
</tr>
<tr>
<td>8</td>
<td>Baudouin IV</td>
<td>1174-1185</td>
<td>Roi</td>
<td>Le roi lépreux, vainqueur à Montgisard</td>
</tr>
<tr>
<td>9</td>
<td>Baudouin V</td>
<td>1183/1185-1186</td>
<td>Roi</td>
<td>L'enfant-roi, mort à huit ans</td>
</tr>
<tr>
<td>10</td>
<td>Sibylle</td>
<td>1186-1190</td>
<td>Reine</td>
<td>Couronne Guy contre l'avis des barons</td>
</tr>
<tr>
<td>11</td>
<td>Guy de Lusignan</td>
<td>1186-1192</td>
<td>Roi par mariage</td>
<td>Vaincu à Hattin ; seigneur de Chypre</td>
</tr>
<tr>
<td>12</td>
<td>Isabelle Ire</td>
<td>1190-1205</td>
<td>Reine</td>
<td>Quatre fois mariée, trois rois</td>
</tr>
<tr>
<td>13</td>
<td>Conrad de Montferrat</td>
<td>1190/1192</td>
<td>Roi élu, non couronné</td>
<td>Sauveur de Tyr ; assassiné en 1192</td>
</tr>
<tr>
<td>14</td>
<td>Henri de Champagne</td>
<td>1192-1197</td>
<td>Seigneur du royaume</td>
<td>Neveu de Richard et de Philippe Auguste</td>
</tr>
<tr>
<td>15</td>
<td>Amaury II de Lusignan</td>
<td>1198-1205</td>
<td>Roi par mariage</td>
<td>Unit les couronnes de Chypre et de Jérusalem</td>
</tr>
<tr>
<td>16</td>
<td>Marie de Montferrat</td>
<td>1205-1212</td>
<td>Reine</td>
<td>Héritière à treize ans</td>
</tr>
<tr>
<td>17</td>
<td>Jean de Brienne</td>
<td>1210-1225</td>
<td>Roi par mariage, puis régent</td>
<td>Chef de la cinquième croisade</td>
</tr>
<tr>
<td>18</td>
<td>Isabelle II (Yolande)</td>
<td>1212-1228</td>
<td>Reine</td>
<td>Épouse Frédéric II à quatorze ans</td>
</tr>
<tr>
<td>19</td>
<td>Frédéric II</td>
<td>1225-1228</td>
<td>Roi par mariage, puis régent</td>
<td>Récupère Jérusalem sans combat (1229)</td>
</tr>
<tr>
<td>20</td>
<td>Conrad II (Conrad IV d'Allemagne)</td>
<td>1228-1254</td>
<td>Roi absent</td>
<td>Jamais venu en Orient</td>
</tr>
<tr>
<td>21</td>
<td>Conradin (Conrad III)</td>
<td>1254-1268</td>
<td>Roi absent</td>
<td>Décapité à Naples à seize ans</td>
</tr>
<tr>
<td>22</td>
<td>Hugues III de Chypre</td>
<td>1268-1284</td>
<td>Roi</td>
<td>Quitte Acre en 1276 ; droits contestés</td>
</tr>
<tr>
<td>23</td>
<td>Jean Ier de Chypre</td>
<td>1284-1285</td>
<td>Roi</td>
<td>Règne d'un an</td>
</tr>
<tr>
<td>24</td>
<td>Henri II de Chypre</td>
<td>1285-1291</td>
<td>Roi</td>
<td>Dernier roi ; perd Acre en 1291</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>Le décompte varie d'un livre à l'autre selon qu'on retient ou non Godefroy, Conrad de Montferrat et Henri de Champagne, qui ne portèrent jamais la couronne : on lit ainsi vingt et un, vingt-deux ou vingt-quatre souverains, mais la suite est la même. Au XIIIe siècle s'y ajoutent des <strong>prétendants</strong> — Marie d'Antioche, qui vend ses droits en 1277 à <strong>Charles d'Anjou</strong> ; celui-ci se dit roi de Jérusalem et fait tenir Acre par son bailli jusqu'en 1286.</p>
<h2 id="comment-devenait-on-roi-de-jerusalem">Comment devenait-on roi de Jérusalem ?<a class="headerlink" href="#comment-devenait-on-roi-de-jerusalem" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La <strong>succession au trône de Jérusalem</strong> associe l'hérédité et l'accord des barons. Le royaume se transmet dans la descendance de Baudouin II ; à défaut de fils, les filles héritent et apportent la couronne à leur mari. C'est la <strong>Haute Cour</strong>, l'assemblée des vassaux du roi, qui reconnaît l'héritier, approuve l'époux de l'héritière et désigne le régent (le <em>bail</em>) quand le roi est mineur ou absent. Le roi est sacré au Saint-Sépulcre par le patriarche latin — à Bethléem pour le premier, à Tyr et à Acre après 1187.</p>
<p>Ce système avait un mérite : le trône n'était jamais vacant. Il avait un défaut : chaque mariage royal devenait une partie d'échecs entre barons, ordres militaires et puissances d'Occident. Les grandes crises du royaume — 1186, 1192, 1229-1243 — sont des crises de succession.</p>
<h2 id="godefroy-de-bouillon-lavoue-du-saint-sepulcre-1099-1100">Godefroy de Bouillon, l'avoué du Saint-Sépulcre (1099-1100)<a class="headerlink" href="#godefroy-de-bouillon-lavoue-du-saint-sepulcre-1099-1100" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Élu par les chefs de la <a href="https://croisades.fr/posts/premiere-croisade/">première croisade</a> le 22 juillet 1099, une semaine après la <a href="https://croisades.fr/posts/prise-de-jerusalem-1099/">prise de Jérusalem</a>, <strong>Godefroy de Bouillon</strong> refuse, dit la tradition, de porter une couronne d'or là où le Christ a porté une couronne d'épines. Il se contente du titre d'<em>avoué du Saint-Sépulcre</em>, défenseur laïc du tombeau. Il bat l'armée égyptienne à Ascalon le 12 août 1099 et meurt le 18 juillet 1100, un an presque jour pour jour après la prise de la ville. Il est enseveli au pied du Calvaire, où reposeront tous ses successeurs jusqu'en 1187.</p>
<h2 id="baudouin-ier-le-fondateur-du-royaume-1100-1118">Baudouin Ier, le fondateur du royaume (1100-1118)<a class="headerlink" href="#baudouin-ier-le-fondateur-du-royaume-1100-1118" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Frère cadet de Godefroy et premier comte d'Édesse, <strong>Baudouin Ier</strong> n'a pas les scrupules de son aîné : il est couronné roi à Bethléem le jour de Noël 1100. Pendant dix-huit ans, il donne au royaume ses ports avec l'aide des flottes italiennes — Arsouf et Césarée (1101), Acre (1104), Beyrouth et Sidon (1110) — et pousse jusqu'à la mer Rouge, où il atteint Aila en 1116. Il bâtit Montréal (Shawbak) au-delà du Jourdain en 1115. Il meurt le 2 avril 1118 au retour d'une expédition en Égypte, et son corps est rapporté au Saint-Sépulcre.</p>
<h2 id="baudouin-ii-du-bourg-1118-1131">Baudouin II du Bourg (1118-1131)<a class="headerlink" href="#baudouin-ii-du-bourg-1118-1131" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Cousin du précédent, <strong>Baudouin II</strong> lui succède comme il lui avait succédé à Édesse. Son règne voit la catastrophe de l'Ager Sanguinis (1119) dans la principauté d'Antioche, qu'il doit gouverner en plus du royaume, sa propre captivité chez les Turcs (1123-1124) et, pendant celle-ci, la prise de Tyr par les Vénitiens le 7 juillet 1124. C'est lui qui accueille en 1120 Hugues de Payns et ses compagnons et leur donne une aile de son palais : ainsi naissent les <strong><a href="https://croisades.fr/posts/templiers-histoire-complete/">Templiers</a></strong>. Sans fils, il fait de sa fille aînée l'héritière du royaume ; il meurt le 21 août 1131.</p>
<h2 id="melisende-et-foulques-danjou-1131-1143">Mélisende et Foulques d'Anjou (1131-1143)<a class="headerlink" href="#melisende-et-foulques-danjou-1131-1143" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Mélisende</strong>, fille de Baudouin II et d'une princesse arménienne, est la première reine régnante de Jérusalem. Son père l'a mariée en 1129 à <strong>Foulques d'Anjou</strong>, comte puissant et ancien pèlerin, et a voulu qu'ils règnent ensemble avec leur fils. Foulques tente d'abord de gouverner seul ; la révolte d'Hugues du Puiset, comte de Jaffa, en 1132, l'oblige à compter avec sa femme et ses partisans. Il fortifie la frontière face à Ascalon (Ibelin, Blanchegarde) et meurt le 10 novembre 1143 d'une chute de cheval près d'Acre. Mélisende règne alors avec son fils ; elle restera dans la mémoire du royaume comme une reine pieuse et bâtisseuse, à qui l'on doit en particulier l'abbaye de Béthanie. Elle meurt le 11 septembre 1161.</p>
<h2 id="baudouin-iii-le-roi-qui-prit-ascalon-1143-1163">Baudouin III, le roi qui prit Ascalon (1143-1163)<a class="headerlink" href="#baudouin-iii-le-roi-qui-prit-ascalon-1143-1163" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Couronné enfant, <strong>Baudouin III</strong> gouverne d'abord sous la tutelle de sa mère. Il assiste à la <a href="https://croisades.fr/posts/deuxieme-croisade/">deuxième croisade</a> et à l'échec devant Damas en 1148, puis, en 1152, dispute le pouvoir à Mélisende et l'emporte après un bref affrontement. Sa grande œuvre est la prise d'<strong>Ascalon</strong>, la dernière place égyptienne de la côte, le 22 août 1153 après sept mois de siège. Allié par mariage à l'empereur byzantin Manuel Comnène, il tient tête à Nour ad-Din. Il meurt sans enfant le 10 février 1163, à trente-trois ans ; Guillaume de Tyr le décrit comme un prince lettré et aimé.</p>
<h2 id="amaury-ier-et-le-reve-egyptien-1163-1174">Amaury Ier et le rêve égyptien (1163-1174)<a class="headerlink" href="#amaury-ier-et-le-reve-egyptien-1163-1174" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Frère du précédent, <strong>Amaury Ier</strong> comprend qu'un royaume si étroit ne survivra qu'en tenant l'Égypte fatimide, riche et affaiblie. Entre 1163 et 1169, il y mène cinq campagnes, assiège Alexandrie en 1167 et Damiette en 1169 avec la flotte byzantine. Il échoue : Chirkuh, puis son neveu <strong><a href="https://croisades.fr/posts/saladin/">Saladin</a></strong>, prennent l'Égypte pour Nour ad-Din. Législateur, Amaury promulgue l'<em>Assise sur la ligece</em> qui lie tous les arrière-vassaux au roi ; protecteur des lettres, il commande à Guillaume de Tyr la grande histoire du royaume. Il meurt le 11 juillet 1174 de dysenterie.</p>
<h2 id="baudouin-iv-le-roi-lepreux-1174-1185">Baudouin IV, le roi lépreux (1174-1185)<a class="headerlink" href="#baudouin-iv-le-roi-lepreux-1174-1185" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Fils d'Amaury, <strong>Baudouin IV</strong> est couronné à treize ans, le 15 juillet 1174, alors que la lèpre s'est déjà déclarée — son précepteur Guillaume de Tyr l'a découverte en le voyant ne pas sentir les griffures de ses camarades de jeu. À seize ans, le 25 novembre 1177, il met en déroute l'armée de Saladin à <strong>Montgisard</strong> avec quelques centaines de chevaliers. Rongé par la maladie, aveugle à la fin, il se fait porter en litière à la tête de ses troupes et sauve encore Kérak en 1183. Il meurt au printemps 1185, sans avoir jamais cédé. Il est, de tous les rois de Jérusalem, celui que la postérité a le plus admiré.</p>
<h2 id="baudouin-v-lenfant-roi-11831185-1186">Baudouin V, l'enfant-roi (1183/1185-1186)<a class="headerlink" href="#baudouin-v-lenfant-roi-11831185-1186" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Fils de Sibylle, sœur de Baudouin IV, et de son premier mari Guillaume de Montferrat, <strong>Baudouin V</strong> est couronné co-roi par son oncle le 20 novembre 1183, à cinq ans, pour écarter Guy de Lusignan, son beau-père. Le comte Raymond III de Tripoli gouverne en son nom après 1185. L'enfant meurt à Acre en 1186, probablement à la fin de l'été, à huit ans ; sa mort ouvre la crise qui conduit à Hattin.</p>
<h2 id="sibylle-et-guy-de-lusignan-le-roi-de-hattin-1186-1192">Sibylle et Guy de Lusignan, le roi de Hattin (1186-1192)<a class="headerlink" href="#sibylle-et-guy-de-lusignan-le-roi-de-hattin-1186-1192" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>À la mort de son fils, <strong>Sibylle</strong> se fait couronner au Saint-Sépulcre en 1186, avec l'appui du patriarche Héraclius, de Renaud de Châtillon et du maître du Temple, pendant que les barons hostiles sont réunis à Naplouse ; elle pose aussitôt la couronne sur la tête de son mari, <strong>Guy de Lusignan</strong>. Le royaume, divisé, entre en guerre contre Saladin l'année suivante : le 4 juillet 1187, l'armée est anéantie à <strong><a href="https://croisades.fr/posts/hattin-1187/">Hattin</a></strong>, Guy est capturé et la Vraie Croix perdue ; Jérusalem se rend le 2 octobre. Libéré en 1188, Guy met le siège devant Acre en août 1189 ; Sibylle et leurs deux filles y meurent d'une épidémie dans le camp, à l'été 1190. Son droit au trône contesté, Guy reçoit en 1192 de Richard Cœur de Lion la seigneurie de Chypre, où il meurt en 1194.</p>
<h2 id="isabelle-ire-et-ses-trois-rois-1190-1205">Isabelle Ire et ses trois rois (1190-1205)<a class="headerlink" href="#isabelle-ire-et-ses-trois-rois-1190-1205" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Demi-sœur de Sibylle, <strong>Isabelle Ire</strong> devient l'héritière en 1190. Elle est séparée de son premier mari, Onfroy de Toron, pour épouser en novembre 1190 <strong>Conrad de Montferrat</strong>, le défenseur de Tyr, seul homme à avoir tenu une ville face à Saladin après Hattin. Élu roi en avril 1192, Conrad est assassiné à Tyr le 28 avril, avant son sacre, par deux hommes de la secte des Assassins. Huit jours plus tard, Isabelle épouse <strong>Henri de Champagne</strong>, neveu à la fois de Richard Cœur de Lion et de Philippe Auguste, qui gouverne depuis Acre pendant la <a href="https://croisades.fr/posts/troisieme-croisade/">troisième croisade</a> et après elle sans jamais prendre le titre de roi ; il meurt le 10 septembre 1197, tombé d'une fenêtre de son palais d'Acre. Isabelle épouse enfin <strong>Amaury de Lusignan</strong>, frère de Guy, déjà roi de Chypre : Amaury II unit les deux couronnes, signe une trêve avec al-Adil et fait mettre par écrit le <em>Livre au roi</em>. Il meurt le 1er avril 1205, Isabelle peu après.</p>
<h2 id="marie-de-montferrat-et-jean-de-brienne-1205-1225">Marie de Montferrat et Jean de Brienne (1205-1225)<a class="headerlink" href="#marie-de-montferrat-et-jean-de-brienne-1205-1225" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Fille d'Isabelle et de Conrad, <strong>Marie de Montferrat</strong> hérite du royaume à treize ans ; son oncle Jean d'Ibelin gouverne en régent. Le roi de France Philippe Auguste choisit pour elle un époux : <strong>Jean de Brienne</strong>, chevalier champenois éprouvé, qui l'épouse le 14 septembre 1210 et est couronné avec elle à Tyr le 3 octobre. Marie meurt en 1212 après avoir donné naissance à une fille ; Jean gouverne alors au nom de l'enfant. Il est l'un des chefs de la <a href="https://croisades.fr/posts/cinquieme-croisade/">cinquième croisade</a> et de la prise de Damiette en 1219. Il finira empereur latin de Constantinople et mourra en 1237 sous l'habit franciscain.</p>
<h2 id="isabelle-ii-frederic-ii-et-les-rois-absents-1212-1268">Isabelle II, Frédéric II et les rois absents (1212-1268)<a class="headerlink" href="#isabelle-ii-frederic-ii-et-les-rois-absents-1212-1268" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Isabelle II</strong>, que l'on appelle aussi <strong>Yolande de Brienne</strong>, épouse à quatorze ans, le 9 novembre 1225 à Brindisi, l'empereur <strong>Frédéric II</strong>, qui prend aussitôt le titre de roi et écarte son beau-père. Elle meurt le 25 avril 1228 en donnant naissance à un fils, Conrad. Frédéric, désormais régent pour son fils, part en Orient excommunié ; lors de la <a href="https://croisades.fr/posts/sixieme-croisade/">sixième croisade</a>, il obtient par traité, en février 1229, la restitution de Jérusalem et s'y couronne lui-même au Saint-Sépulcre le 18 mars, sans prélat. Son autoritarisme dresse contre lui les barons menés par les Ibelin : c'est la guerre des Lombards (1229-1243). En 1243, la Haute Cour cesse de reconnaître son autorité.</p>
<p><strong>Conrad II</strong> (l'empereur Conrad IV), puis son fils <strong>Conradin</strong>, sont rois de Jérusalem sans jamais venir en Orient. Le royaume est gouverné par des régents — la reine Alix de Champagne, puis les rois de Chypre — tandis que Jérusalem est perdue pour toujours en août 1244 et que Saint Louis séjourne quatre ans en Terre sainte (1250-1254) pour fortifier la côte. Conradin, vaincu par Charles d'Anjou, est décapité à Naples le 29 octobre 1268 : la lignée de Frédéric II s'éteint.</p>
<h2 id="les-lusignan-de-chypre-derniers-rois-1268-1291">Les Lusignan de Chypre, derniers rois (1268-1291)<a class="headerlink" href="#les-lusignan-de-chypre-derniers-rois-1268-1291" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>À la mort de Conradin, la Haute Cour reconnaît roi le plus proche héritier présent, <strong>Hugues III de Chypre</strong>, petit-fils d'une fille d'Isabelle Ire ; il est couronné le 24 septembre 1269. Roi d'un royaume réduit à quelques villes face à Baybars, contesté par les ordres militaires, les Vénitiens et sa tante Marie d'Antioche, il quitte Acre en 1276 ; Marie vend l'année suivante ses droits à Charles d'Anjou, dont le bailli gouverne Acre. Hugues meurt à Tyr en 1284 ; son fils <strong>Jean Ier</strong> règne un an. Son second fils, <strong>Henri II</strong>, se fait couronner roi de Jérusalem à Tyr le 15 août 1286 : il est le dernier. Quand le sultan al-Ashraf Khalil assiège Acre au printemps 1291, Henri y vient avec des renforts de Chypre, puis se rembarque avant l'assaut final du 18 mai ; le récit en est dans <a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">la chute d'Acre en 1291</a>. Il règne encore trente-trois ans sur Chypre et meurt en 1324.</p>
<h2 id="les-ibelin-barons-faiseurs-de-rois">Les Ibelin, barons faiseurs de rois<a class="headerlink" href="#les-ibelin-barons-faiseurs-de-rois" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Aucune liste des rois de Jérusalem ne serait complète sans les <strong>Ibelin</strong>, qui ne portèrent jamais la couronne mais la donnèrent souvent. Balian d'Ibelin défend Jérusalem en 1187 et négocie avec Saladin la vie sauve de ses habitants ; ses descendants sont plusieurs fois régents du royaume : son fils Jean d'Ibelin, le « vieux sire de Beyrouth », gouverne au nom de Marie de Montferrat, puis tient tête à Frédéric II ; son neveu Jean, comte de Jaffa, écrit le grand traité de droit du royaume. Ils incarnent la fidélité à la coutume quand les rois étaient loin.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Il demeure d'abord un geste : celui de Godefroy refusant une couronne d'or dans la ville de la couronne d'épines. Tous ses successeurs ont été sacrés à proximité du tombeau du Christ ou en son nom, et le premier de leurs titres n'était pas « roi » mais gardien : <em>rex Latinorum Hierusalem</em>, le roi des Latins à Jérusalem, au service du Saint-Sépulcre. Il demeure des figures que l'on peut encore proposer aux jeunes gens : Baudouin IV, qui chargeait en tête quand la lèpre lui rongeait les mains ; Mélisende, reine d'une terre en guerre qui bâtissait des monastères ; Jean de Brienne, roi par mariage, mort en frère mineur.</p>
<p>Il demeure enfin un titre. Après 1291, la couronne de Jérusalem n'a plus de royaume, mais elle n'a jamais été abandonnée : les rois de Chypre, puis ceux de Naples, de Sicile, d'Aragon et d'autres maisons d'Europe l'ont portée dans leur titulature comme une promesse. Les rois qui l'avaient réellement portée reposaient au pied du Calvaire ; leurs tombeaux ont disparu au début du XIXe siècle, mais la basilique qu'ils ont rebâtie et gardée accueille toujours les pèlerins.</p>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem-guide/">Le royaume de Jérusalem (1099-1291) : le guide complet</a> — les institutions, l'Église, l'armée du royaume que ces rois gouvernaient.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem/">Le royaume de Jérusalem, un État franc en Orient</a> — la présentation courte.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/godefroy-de-bouillon/">Godefroy de Bouillon</a> — le fondateur qui refusa la couronne.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/hattin-1187/">Hattin, 4 juillet 1187</a> — la défaite de Guy de Lusignan et la fin du premier royaume.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/saladin/">Saladin</a> — l'adversaire de Baudouin IV, de Guy et de Richard.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">La chute d'Acre en 1291</a> — la fin du règne du dernier roi.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/20-personnages-des-croisades/">20 personnages des croisades</a> — les grandes figures, rois et adversaires.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">Les croisades (1095-1291) : le guide complet</a> — le pilier du site.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Chroniqueurs.</strong> Foucher de Chartres, <em>Historia Hierosolymitana</em>, livres II-III (Godefroy, Baudouin Ier, Baudouin II) ; Guillaume de Tyr, <em>Chronicon</em>, livres IX-XXIII (de Godefroy à Baudouin IV, dont le portrait de son élève lépreux au livre XXI) ; <em>Chronique d'Ernoul</em> et <em>L'Estoire de Eracles empereur</em> (la crise de 1186, Hattin, les rois du XIIIe siècle) ; Philippe de Novare, <em>Estoire de la guerre qui fu entre l'empereor Frederic et Johan d'Ibelin</em> ; le Templier de Tyr, <em>Gestes des Chiprois</em> (Hugues III, Henri II, la chute d'Acre). Côté musulman : Ibn al-Athir, <em>Al-Kamil fi-l-ta'rikh</em> ; Baha ad-Din Ibn Chaddad, <em>Vie de Saladin</em>.
<strong>Historiens.</strong> Jean Richard, <em>Le Royaume latin de Jérusalem</em> (PUF, 1953) ; Joshua Prawer, <em>Histoire du royaume latin de Jérusalem</em> (CNRS, 2 vol.) ; Bernard Hamilton, <em>The Leper King and his Heirs</em> (Cambridge, 2000) ; Peter Edbury, <em>The Kingdom of Cyprus and the Crusades, 1191-1374</em> (Cambridge, 1991). Sur la dédicace et les tombeaux du Saint-Sépulcre : <a href="https://www.custodia.org/en/news/basilica-holy-sepulchre-origin-faith/" rel="nofollow noopener">Custodie de Terre sainte</a>.</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Toutes les batailles des croisades (1096-1291)</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/batailles-des-croisades-liste/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://croisades.fr/posts/batailles-des-croisades-liste/</guid>
    <pubDate>Sat, 10 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Batailles rangées</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/batailles-des-croisades-liste.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>De Civetot (1096) à Homs (1281) : les 33 batailles rangées des croisades en Orient, dans l'ordre, avec date, vainqueur et conséquence de chacune.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>Période</strong> : de <strong>Civetot</strong> (21 octobre 1096) à <strong>Homs</strong> (29 octobre 1281). <strong>Combien</strong> : 33 batailles rangées en Orient, hors sièges. <strong>Théâtres</strong> : Anatolie, Syrie du Nord (Antioche, Édesse, Alep), Palestine, Égypte, Thrace. <strong>Adversaires</strong> : Turcs seldjoukides et danichmendides, Fatimides d'Égypte, Zengides, Ayyoubides, Mamelouks ; et, en arrière-plan, Byzantins et Mongols. <strong>Grandes victoires franques</strong> : Dorylée (1097), Antioche (1098), Ascalon (1099), Montgisard (1177), Arsouf (1191). <strong>Grands désastres</strong> : Harran (1104), l'Ager Sanguinis (1119), Hattin (1187), La Forbie (1244). <strong>Bilan</strong> : une quinzaine de victoires, à peu près autant de défaites — les Francs perdent l'Orient par manque d'hommes, non par infériorité au combat.</p>
</div>
<p>Entre 1096 et 1291, les croisés ont livré en Orient <strong>une trentaine de batailles rangées</strong> : en voici la liste complète, dans l'ordre, de la déroute de la croisade populaire à Civetot jusqu'au choc de Homs, dernier grand affrontement avant la chute d'Acre. Chaque bataille tient en un paragraphe — date, adversaires, issue, conséquence — et renverra à son article détaillé au fil de leur publication. Pour situer chaque combat dans son expédition, gardez sous la main notre <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a> et la <a href="https://croisades.fr/posts/chronologie-complete-des-croisades/">chronologie complète</a>.</p>
<h2 id="les-batailles-des-croisades-en-cinq-lignes">Les batailles des croisades en cinq lignes<a class="headerlink" href="#les-batailles-des-croisades-en-cinq-lignes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><strong>Combien ?</strong> Trente-trois batailles rangées en deux siècles, quand les sièges se comptent par centaines (voir <a href="https://croisades.fr/posts/sieges-des-croisades-liste/">la liste des sièges</a>) : la bataille était un risque que les deux camps évitaient.</li>
<li><strong>Qui gagne ?</strong> Les Francs remportent les batailles de conquête (1097-1105), tiennent tête jusqu'en 1182, puis s'effondrent à Hattin ; le XIIIe siècle n'est plus qu'une suite de sursis.</li>
<li><strong>La plus décisive ?</strong> <strong>Hattin</strong>, 4 juillet 1187.</li>
<li><strong>La plus belle ?</strong> <strong>Montgisard</strong>, 25 novembre 1177, le roi lépreux contre Saladin.</li>
<li><strong>La dernière ?</strong> <strong>Homs</strong>, 29 octobre 1281, où les Francs ne sont plus que des auxiliaires.</li>
</ul>
<h2 id="pourquoi-si-peu-de-batailles">Pourquoi si peu de batailles ?<a class="headerlink" href="#pourquoi-si-peu-de-batailles" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Au Moyen Âge, une bataille rangée est un jugement de Dieu qu'on ne sollicite pas à la légère : en une journée, un prince peut tout perdre. Les États latins en savaient le prix mieux que personne. Le royaume de Jérusalem alignait au mieux, dans les années 1180, quelque 1 200 chevaliers (fiefs, ordres militaires et mercenaires compris) et une quinzaine de milliers de fantassins ; une armée détruite ne se remplaçait qu'avec la croisade suivante. D'où la règle, dégagée par l'historien R. C. Smail : la guerre franque est d'abord une guerre de châteaux, de sièges et de marches défensives, et la bataille n'est livrée que lorsqu'on ne peut pas l'éviter ou qu'on surprend l'ennemi.</p>
<p>Face à eux, deux manières de combattre. La <strong>charge de la cavalerie franque</strong>, lance couchée, était irrésistible quand elle frappait au bon moment ; les <strong>archers montés</strong> turcs harcelaient, se dérobaient et attendaient que la colonne se désunisse. Presque toutes les batailles de cette liste se jouent sur ce seul point : qui force l'autre à combattre à sa façon. Pour les dix qui ont changé le cours des choses, voir <a href="https://croisades.fr/posts/10-batailles-decisives-des-croisades/">les 10 batailles décisives des croisades</a>.</p>
<h2 id="le-tableau-des-33-batailles">Le tableau des 33 batailles<a class="headerlink" href="#le-tableau-des-33-batailles" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<table>
<thead>
<tr>
<th>#</th>
<th>Bataille</th>
<th>Date</th>
<th>Vainqueur</th>
<th>Ce qu'elle change</th>
</tr>
</thead>
<tbody>
<tr>
<td>1</td>
<td>Civetot</td>
<td>21 octobre 1096</td>
<td>Kilij Arslan</td>
<td>Fin de la croisade populaire</td>
</tr>
<tr>
<td>2</td>
<td>Dorylée</td>
<td>1er juillet 1097</td>
<td>Croisés</td>
<td>La route de la Syrie s'ouvre</td>
</tr>
<tr>
<td>3</td>
<td>Lac d'Antioche</td>
<td>9 février 1098</td>
<td>Croisés</td>
<td>Le secours d'Alep repoussé</td>
</tr>
<tr>
<td>4</td>
<td>Antioche</td>
<td>28 juin 1098</td>
<td>Croisés</td>
<td>L'armée encerclée est sauvée</td>
</tr>
<tr>
<td>5</td>
<td>Ascalon</td>
<td>12 août 1099</td>
<td>Croisés</td>
<td>La conquête de Jérusalem tient</td>
</tr>
<tr>
<td>6</td>
<td>Mélitène</td>
<td>août 1100</td>
<td>Danichmendides</td>
<td>Bohémond captif</td>
</tr>
<tr>
<td>7</td>
<td>Ramla I</td>
<td>7 septembre 1101</td>
<td>Baudouin Ier</td>
<td>Les Fatimides repoussés</td>
</tr>
<tr>
<td>8</td>
<td>Ramla II</td>
<td>17 mai 1102</td>
<td>Fatimides</td>
<td>Le roi échappe de justesse</td>
</tr>
<tr>
<td>9</td>
<td>Harran</td>
<td>7 mai 1104</td>
<td>Turcs de Mossoul</td>
<td>Fin de l'expansion vers l'est</td>
</tr>
<tr>
<td>10</td>
<td>Artah</td>
<td>20 avril 1105</td>
<td>Tancrède</td>
<td>Antioche sauvée</td>
</tr>
<tr>
<td>11</td>
<td>Ramla III</td>
<td>27 août 1105</td>
<td>Baudouin Ier</td>
<td>Dernière offensive fatimide brisée</td>
</tr>
<tr>
<td>12</td>
<td>Tell Danith</td>
<td>14 septembre 1115</td>
<td>Roger d'Antioche</td>
<td>Bursuq vaincu</td>
</tr>
<tr>
<td>13</td>
<td>Ager Sanguinis</td>
<td>28 juin 1119</td>
<td>Ilghazi</td>
<td>L'armée d'Antioche anéantie</td>
</tr>
<tr>
<td>14</td>
<td>Hab</td>
<td>14 août 1119</td>
<td>Indécise (Baudouin II)</td>
<td>Antioche conservée</td>
</tr>
<tr>
<td>15</td>
<td>Azaz</td>
<td>11 juin 1125</td>
<td>Baudouin II</td>
<td>Le nord tient</td>
</tr>
<tr>
<td>16</td>
<td>Marj al-Saffar</td>
<td>25 janvier 1126</td>
<td>Baudouin II</td>
<td>Victoire sans prise de Damas</td>
</tr>
<tr>
<td>17</td>
<td>Barin (Montferrand)</td>
<td>juillet 1137</td>
<td>Zengi</td>
<td>Le roi Foulques capitule</td>
</tr>
<tr>
<td>18</td>
<td>Inab</td>
<td>29 juin 1149</td>
<td>Nour ad-Din</td>
<td>Raymond de Poitiers tué</td>
</tr>
<tr>
<td>19</td>
<td>Al-Buqaia</td>
<td>1163</td>
<td>Croisés</td>
<td>Nour ad-Din surpris et défait</td>
</tr>
<tr>
<td>20</td>
<td>Harim</td>
<td>12 août 1164</td>
<td>Nour ad-Din</td>
<td>Les princes du Nord captifs</td>
</tr>
<tr>
<td>21</td>
<td>Al-Babein</td>
<td>18 mars 1167</td>
<td>Indécise</td>
<td>L'Égypte reste disputée</td>
</tr>
<tr>
<td>22</td>
<td>Myriokephalon</td>
<td>17 septembre 1176</td>
<td>Kilij Arslan II</td>
<td>Byzance renonce à l'Anatolie</td>
</tr>
<tr>
<td>23</td>
<td>Montgisard</td>
<td>25 novembre 1177</td>
<td>Baudouin IV</td>
<td>Saladin en déroute</td>
</tr>
<tr>
<td>24</td>
<td>Marj Ayyun</td>
<td>10 juin 1179</td>
<td>Saladin</td>
<td>Le maître du Temple captif</td>
</tr>
<tr>
<td>25</td>
<td>Forbelet</td>
<td>juillet 1182</td>
<td>Indécise</td>
<td>Saladin contenu</td>
</tr>
<tr>
<td>26</td>
<td>Source de Cresson</td>
<td>1er mai 1187</td>
<td>Musulmans</td>
<td>Prélude de Hattin</td>
</tr>
<tr>
<td>27</td>
<td>Hattin</td>
<td>4 juillet 1187</td>
<td>Saladin</td>
<td>Le royaume perdu</td>
</tr>
<tr>
<td>28</td>
<td>Arsouf</td>
<td>7 septembre 1191</td>
<td>Richard Cœur de Lion</td>
<td>La côte reconquise</td>
</tr>
<tr>
<td>29</td>
<td>Jaffa</td>
<td>5 août 1192</td>
<td>Richard Cœur de Lion</td>
<td>Prélude à la trêve de 1192</td>
</tr>
<tr>
<td>30</td>
<td>Adrianople</td>
<td>14 avril 1205</td>
<td>Bulgares</td>
<td>L'empereur latin captif</td>
</tr>
<tr>
<td>31</td>
<td>La Forbie</td>
<td>17-18 octobre 1244</td>
<td>Égypte et Khwarezmiens</td>
<td>Fin de l'armée franque</td>
</tr>
<tr>
<td>32</td>
<td>Mansourah</td>
<td>8 février 1250</td>
<td>Indécise</td>
<td>Saint Louis bloqué</td>
</tr>
<tr>
<td>33</td>
<td>Fariskur</td>
<td>6 avril 1250</td>
<td>Égyptiens</td>
<td>Saint Louis prisonnier</td>
</tr>
<tr>
<td>34</td>
<td>Aïn Djalout</td>
<td>3 septembre 1260</td>
<td>Mamelouks</td>
<td>Les Mongols arrêtés</td>
</tr>
<tr>
<td>35</td>
<td>Homs</td>
<td>29 octobre 1281</td>
<td>Mamelouks</td>
<td>Dernière grande bataille</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>Le tableau compte 35 lignes parce que les trois batailles de <strong>Ramla</strong> forment un seul chapitre de notre plan : 33 articles, 35 journées de combat.</p>
<h2 id="1096-1099-les-batailles-de-la-premiere-croisade">1096-1099 : les batailles de la première croisade<a class="headerlink" href="#1096-1099-les-batailles-de-la-premiere-croisade" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Bataille de Civetot (21 octobre 1096).</strong> La croisade populaire de Pierre l'Ermite, passée en Asie sans attendre les barons, est attirée hors de son camp de Civetot par une fausse nouvelle — Nicée serait tombée — et massacrée par les Turcs du sultan Kilij Arslan. Quelques milliers de survivants regagnent Constantinople. Le récit complet de cette expédition est dans <a href="https://croisades.fr/posts/croisades-populaires/">les croisades populaires</a>.</p>
<p><strong>Bataille de Dorylée (1er juillet 1097).</strong> Première rencontre des barons avec les archers montés turcs : l'avant-garde de Bohémond, surprise, tient le camp jusqu'à l'arrivée de <strong>Godefroy de Bouillon</strong> et de Raymond de Saint-Gilles. Kilij Arslan s'enfuit ; l'Anatolie est ouverte. Voir <a href="https://croisades.fr/posts/premiere-croisade/">la première croisade</a>.</p>
<p><strong>Bataille du lac d'Antioche (9 février 1098).</strong> Pendant le siège d'Antioche, Bohémond de Tarente, avec à peine sept cents chevaliers, attend dans un étroit passage entre le lac et l'Oronte l'armée de secours de Ridwan d'Alep et la met en fuite : le terrain annule le nombre.</p>
<p><strong>Bataille d'Antioche (28 juin 1098).</strong> Maîtres de la ville mais assiégés à leur tour par Kerbogha de Mossoul, les croisés affamés sortent en six corps après l'invention de la Sainte Lance et dispersent une coalition minée par ses rivalités. La croisade peut repartir vers Jérusalem.</p>
<p><strong>Bataille d'Ascalon (12 août 1099).</strong> Un mois après la <a href="https://croisades.fr/posts/prise-de-jerusalem-1099/">prise de Jérusalem</a>, Godefroy surprend à l'aube le camp du vizir fatimide al-Afdal devant Ascalon. La conquête est sauvée ; la ville, elle, restera égyptienne jusqu'en 1153.</p>
<h2 id="1100-1149-defendre-les-etats-latins">1100-1149 : défendre les États latins<a class="headerlink" href="#1100-1149-defendre-les-etats-latins" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Bataille de Mélitène (août 1100).</strong> Bohémond, devenu prince d'Antioche, marche au secours de l'Arménien Gabriel de Mélitène ; il tombe dans une embuscade des Turcs danichmendides et passe trois ans en captivité.</p>
<p><strong>Les trois batailles de Ramla (1101, 1102, 1105).</strong> Dans la plaine qui sépare Jérusalem de la mer, le roi <strong>Baudouin Ier</strong> affronte trois fois les armées fatimides venues d'Ascalon. Il gagne en 1101, échappe de justesse au désastre en 1102 — Étienne de Blois, revenu racheter sa fuite d'Antioche, y meurt —, puis brise en 1105 la dernière grande offensive égyptienne. Le royaume ne craindra plus l'Égypte avant Saladin.</p>
<p><strong>Bataille de Harran (7 mai 1104).</strong> Premier grand désastre des Francs : marchant sur Harran, l'armée d'Édesse et d'Antioche est écrasée près du fleuve Balikh par les Turcs de Mossoul et de Mardin ; Baudouin du Bourg et Josselin de Courtenay sont capturés. L'expansion vers la Mésopotamie s'arrête là.</p>
<p><strong>Bataille d'Artah (20 avril 1105).</strong> Tancrède, régent d'Antioche, bat Ridwan d'Alep en feignant la retraite puis en chargeant l'ennemi débandé : la principauté se relève de Harran en un an.</p>
<p><strong>Bataille de Tell Danith (14 septembre 1115).</strong> Roger de Salerne, prince d'Antioche, surprend au campement l'armée du sultan seldjoukide conduite par Bursuq. C'est l'une des victoires les plus nettes du siècle — et la dernière avant l'orage.</p>
<p><strong>Bataille de l'Ager Sanguinis (28 juin 1119).</strong> Roger campe trop en avant sans attendre le roi ; Ilghazi l'enveloppe à l'aube et détruit son armée : le prince meurt au pied de sa croix. Les Latins nomment le lieu le « champ du sang ».</p>
<p><strong>Bataille de Hab (14 août 1119).</strong> Six semaines plus tard, le roi <strong>Baudouin II</strong> accourt avec la Vraie Croix et livre à Ilghazi une bataille confuse dont chacun se dit vainqueur ; mais Antioche est conservée et le roi en prend la régence.</p>
<p><strong>Bataille d'Azaz (11 juin 1125).</strong> Baudouin II, libéré de captivité, débloque la forteresse d'Azaz assiégée par Aq Sunqur al-Bursuqi, atabeg de Mossoul, au prix d'une des batailles les plus sanglantes de l'époque. Le nord franc respire.</p>
<p><strong>Bataille de Marj al-Saffar (25 janvier 1126).</strong> Le roi pousse jusqu'aux portes de Damas et bat Tughtekin dans la plaine de Marj al-Saffar, mais n'a pas les moyens d'assiéger la ville : victoire sans lendemain, qui préfigure les échecs de 1129 et de 1148 devant Damas.</p>
<p><strong>Bataille de Barin (juillet 1137).</strong> Le roi Foulques, battu par <strong>Zengi</strong> sous le château de Barin — Montferrand pour les Francs —, s'y laisse enfermer ; il obtient de sortir libre contre la reddition de la place, la veille de l'arrivée des secours. Le premier grand unificateur musulman est entré en scène ; il prendra Édesse en 1144.</p>
<p><strong>Bataille d'Inab (29 juin 1149).</strong> Au lendemain de l'échec de la <a href="https://croisades.fr/posts/deuxieme-croisade/">deuxième croisade</a>, <strong>Nour ad-Din</strong> encercle près d'Inab l'armée de Raymond de Poitiers, prince d'Antioche, qui y est tué ; sa tête est envoyée au calife de Bagdad. Antioche perd ses terres à l'est de l'Oronte.</p>
<h2 id="1150-1187-du-roi-lepreux-a-hattin">1150-1187 : du roi lépreux à Hattin<a class="headerlink" href="#1150-1187-du-roi-lepreux-a-hattin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Bataille d'Al-Buqaia (1163).</strong> Dans la plaine de la Bocquée, au pied du futur Krak des Chevaliers, une troupe de croisés de passage — Hugues de Lusignan, Geoffroy Martel — conduite par le templier Gilbert de Lacy surprend le camp de Nour ad-Din, qui s'enfuit, dit-on, à demi chaussé. C'est l'une des très rares défaites en rase campagne du grand émir.</p>
<p><strong>Bataille de Harim (12 août 1164).</strong> L'année suivante, Nour ad-Din prend sa revanche : Bohémond III d'Antioche, Raymond III de Tripoli et Josselin III, lancés à sa poursuite, sont pris dans une fausse retraite et capturés. Raymond restera huit ans prisonnier.</p>
<p><strong>Bataille d'Al-Babein (18 mars 1167).</strong> En Haute-Égypte, le roi <strong>Amaury Ier</strong> affronte Chirkuh, l'oncle de Saladin, qui commande le centre. Combat indécis : Chirkuh tient, mais ne peut garder l'Égypte cette année-là. La course pour Le Caire est lancée.</p>
<p><strong>Bataille de Myriokephalon (17 septembre 1176).</strong> L'empereur Manuel Comnène, qui voulait rouvrir la route de la Terre sainte, est pris en embuscade dans un défilé par le sultan seldjoukide Kilij Arslan II. Il compare lui-même sa défaite à celle de Manzikert : Byzance ne reconquerra plus l'Anatolie.</p>
<p><strong>Bataille de Montgisard (25 novembre 1177).</strong> Le roi <strong>Baudouin IV</strong>, seize ans et lépreux, sort d'Ascalon avec quelque trois cent soixante-quinze chevaliers et les Templiers de Gaza, et surprend près de Ramla l'armée de Saladin dispersée pour le pillage ; la Vraie Croix est portée devant la ligne. Saladin regagne l'Égypte à grand-peine. La plus belle victoire du royaume.</p>
<p><strong>Bataille de Marj Ayyun (10 juin 1179).</strong> Saladin prend sa revanche dans la plaine de Marj Ayyun, au nord de la Galilée : les Francs, dispersés à la poursuite de pillards, sont battus ; le maître du Temple Eudes de Saint-Amand, capturé, mourra en prison plutôt que d'être échangé. Deux mois plus tard, Saladin rase le château du Gué de Jacob.</p>
<p><strong>Bataille de Forbelet (juillet 1182).</strong> Près du château hospitalier de Belvoir, l'armée royale, Baudouin IV présent malgré sa maladie, soutient sous une chaleur écrasante les assauts de Saladin et le contraint à se retirer. Journée indécise, mais le royaume a tenu.</p>
<p><strong>Bataille de la source de Cresson (1er mai 1187).</strong> Près de Nazareth, le maître du Temple Gérard de Ridefort charge avec quelque cent quarante chevaliers un corps de reconnaissance de plusieurs milliers de cavaliers : le maître de l'Hôpital Roger des Moulins est tué, presque tous les frères avec lui. C'est le prélude du désastre.</p>
<p><strong>Bataille de Hattin (4 juillet 1187).</strong> L'armée du royaume, partie de Séphorie pour secourir Tibériade, marche un jour sans eau, est encerclée sur les Cornes de Hattin et anéantie : Guy de Lusignan captif, la Vraie Croix perdue, Jérusalem rendue le 2 octobre. Récit complet : <a href="https://croisades.fr/posts/hattin-1187/">Hattin, 4 juillet 1187 : le désastre</a>.</p>
<h2 id="1191-1205-richard-puis-constantinople">1191-1205 : Richard, puis Constantinople<a class="headerlink" href="#1191-1205-richard-puis-constantinople" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Bataille d'Arsouf (7 septembre 1191).</strong> Pendant la <a href="https://croisades.fr/posts/troisieme-croisade/">troisième croisade</a>, <strong>Richard Cœur de Lion</strong> longe la côte d'Acre vers Jaffa en colonne serrée, infanterie à l'extérieur, flotte au flanc. Quand Saladin attaque, la charge, partie un peu tôt des rangs hospitaliers, est généralisée puis rappelée à temps : <a href="https://croisades.fr/posts/arsouf-1191/">Arsouf, 7 septembre 1191</a>, première défaite de <strong>Saladin</strong> en rase campagne depuis Montgisard.</p>
<p><strong><a href="https://croisades.fr/posts/troisieme-croisade/">Bataille de Jaffa</a> (5 août 1192).</strong> Dernier fait d'armes de la troisième croisade : Saladin vient d'enlever la ville basse de Jaffa ; la citadelle tient encore. Richard débarque avec quelques galères, une poignée de chevaliers et des arbalétriers, reprend la ville, puis repousse quelques jours plus tard, derrière un mur de lances fichées en terre, l'assaut de l'armée entière. La trêve signée le 2 septembre 1192 laisse la côte aux Francs et rouvre Jérusalem aux pèlerins.</p>
<p><strong>Bataille d'Adrianople (14 avril 1205).</strong> Un an après la prise de Constantinople par la <a href="https://croisades.fr/posts/quatrieme-croisade/">quatrième croisade</a>, l'empereur latin Baudouin de Flandre est battu en Thrace par le tsar bulgare Kalojan et ses cavaliers coumans ; il meurt captif. Villehardouin, qui sauve les restes de l'armée, raconte la journée.</p>
<h2 id="1244-1281-le-siecle-des-mamelouks">1244-1281 : le siècle des Mamelouks<a class="headerlink" href="#1244-1281-le-siecle-des-mamelouks" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Bataille de La Forbie (17-18 octobre 1244).</strong> Après le sac de Jérusalem par les Khwarezmiens, les Francs s'allient aux princes de Damas et de Homs contre l'Égypte ; près de Gaza, les alliés cèdent et l'armée chrétienne est détruite. Le Temple y perd l'immense majorité de ses frères présents. La « seconde Hattin » décide saint Louis à prendre la croix.</p>
<p><strong>Bataille de Mansourah (8 février 1250).</strong> En Égypte, Robert d'Artois, frère du roi, poursuit les fuyards dans les ruelles de Mansourah, où les mamelouks de <strong>Baybars</strong> le tuent avec la plupart des Templiers présents. Saint Louis tient le champ, mais son armée est désormais bloquée. Voir <a href="https://croisades.fr/posts/saint-louis-septieme-croisade/">Saint Louis et la septième croisade</a>.</p>
<p><strong>Bataille de Fariskur (6 avril 1250).</strong> Retraite d'une armée affamée et malade vers Damiette : à Fariskur, elle est rattrapée et capitule ; le roi, malade, est fait prisonnier. Sa rançon et la reddition de Damiette lui rendent la liberté un mois plus tard.</p>
<p><strong>Bataille d'Aïn Djalout (3 septembre 1260).</strong> Les Francs n'y sont pas, mais ils laissent passer l'armée égyptienne de Qutuz, qui écrase les Mongols de Kitbuga près de Nazareth. Baybars, devenu sultan, démantèlera ensuite les places franques une à une.</p>
<p><strong>Bataille de Homs (29 octobre 1281).</strong> Dernier grand choc : le sultan <strong>Qalawun</strong> arrête à Homs une nouvelle invasion mongole, à laquelle se sont joints des Arméniens, des Géorgiens et des Hospitaliers de Marqab. Les Francs ne sont plus que des auxiliaires ; dix ans plus tard, Acre tombe — voir <a href="https://croisades.fr/posts/fin-des-etats-latins/">la fin des États latins</a>.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le tableau dément d'abord une légende : celle d'une chevalerie lourde et brutale, toujours dominée par un Orient plus habile. Les Francs ont gagné à peu près autant de batailles qu'ils en ont perdu, et souvent contre des armées bien plus nombreuses. Ce qui leur a manqué, c'est le nombre et le temps — une défaite comme Harran, l'Ager Sanguinis ou Hattin coûtait une génération de chevaliers —, comme le montre <a href="https://croisades.fr/posts/pourquoi-les-croisades-ont-echoue/">pourquoi les croisades ont-elles échoué ?</a></p>
<p>Il demeure surtout des hommes. Roger de Salerne tombant au pied de la croix qu'il avait fait porter devant lui ; le roi lépreux à cheval à Montgisard ; les frères du <a href="https://croisades.fr/posts/templiers-histoire-complete/">Temple</a> et de l'<a href="https://croisades.fr/posts/hospitaliers-histoire-complete/">Hôpital</a> qui meurent à Cresson, à Hattin, à La Forbie et à Mansourah parce que leur règle leur interdisait de fuir ; Richard tenant sa ligne à Arsouf et à Jaffa. La Vraie Croix était portée dans les batailles du royaume : on ne se battait pas d'abord pour une terre, mais pour le tombeau qu'elle gardait. Ces champs de bataille — la plaine de Ramla, les Cornes de Hattin, la plage d'Arsouf — se visitent encore ; on peut y lire, mieux que dans les livres, ce que ces hommes ont donné.</p>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/sieges-des-croisades-liste/">Tous les sièges des croisades (1096-1291)</a> — le pendant de cette liste : les 31 grands sièges, de Xerigordon à Acre.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/10-batailles-decisives-des-croisades/">Les 10 batailles décisives des croisades</a> — la sélection commentée des batailles qui ont fait et défait l'Orient latin.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/hattin-1187/">Hattin, 4 juillet 1187</a> — le récit complet du désastre qui coûta Jérusalem.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/arsouf-1191/">Arsouf, 7 septembre 1191</a> — la marche en formation de Richard Cœur de Lion.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem-guide/">Le royaume de Jérusalem (1099-1291)</a> — l'État que ces batailles ont fondé puis défendu.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/chefs-des-croisades/">Les chefs des croisades</a> — qui commandait, croisade par croisade.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/carte-des-croisades/">La carte des croisades</a> — pour situer chaque champ de bataille.</li>
<li>Toute la catégorie <a href="https://croisades.fr/categories/batailles-et-sieges/">Batailles et sièges</a>.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Chroniqueurs.</strong> <em>Gesta Francorum</em> et Albert d'Aix, <em>Historia Hierosolymitana</em>, I, pour Civetot ; Raymond d'Aguilers et Foucher de Chartres, <em>Historia Hierosolymitana</em>, I-II, pour la première croisade et Ramla ; Gautier le Chancelier, <em>Bella Antiochena</em>, pour Tell Danith, l'Ager Sanguinis et Hab ; Guillaume de Tyr, <em>Chronicon</em>, XI-XXII, de Harran à Forbelet ; Ambroise, <em>L'Estoire de la guerre sainte</em>, pour Arsouf et Jaffa ; Geoffroi de Villehardouin, <em>La Conquête de Constantinople</em>, § 350-365, pour Adrianople ; Jean de Joinville, <em>Vie de saint Louis</em>, pour Mansourah et Fariskur. Côté musulman : Ibn al-Qalanisi, <em>Chronique de Damas</em> ; Ibn al-Athir, <em>Al-Kamil fi-l-ta'rikh</em> ; Baha ad-Din Ibn Chaddad, <em>Vie de Saladin</em> ; al-Maqrizi pour Aïn Djalout et Homs.
<strong>Historiens.</strong> R. C. Smail, <em>Crusading Warfare 1097-1193</em> (Cambridge, 1956) ; Christopher Marshall, <em>Warfare in the Latin East 1192-1291</em> (Cambridge, 1992) ; Thomas Asbridge, <em>The Creation of the Principality of Antioch</em> (2000) ; Jean Richard, <em>Histoire des croisades</em> (Fayard, 1996) ; Reuven Amitai-Preiss, <em>Mongols and Mamluks</em> (Cambridge, 1995).</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Les châteaux des croisés : le guide complet</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/chateaux-des-croises-guide/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://croisades.fr/posts/chateaux-des-croises-guide/</guid>
    <pubDate>Sat, 10 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Châteaux et villes</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/chateaux-des-croises-guide.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Krak des Chevaliers, Kérak, Saône, Marqab, Château-Pèlerin, Safed : les forteresses franques d'Orient (1099-1291), qui les a bâties, comment elles sont tombées.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>Période</strong> : 1099-1291, de la prise de Jérusalem à l'évacuation de Château-Pèlerin. <strong>Où</strong> : de la Cilicie au golfe d'Aqaba, sur la côte, les routes et les frontières des quatre États latins. <strong>Bâtisseurs</strong> : les rois et les barons au XIIe siècle, puis surtout les ordres militaires — Hospitaliers (Krak, Marqab, Belvoir), Templiers (Tortose, Chastel Blanc, Safed, Château-Pèlerin), Teutoniques (Montfort). <strong>Les plus célèbres</strong> : Krak des Chevaliers, Kérak, Montréal, Saône, Marqab, Château-Pèlerin, Beaufort. <strong>Adversaires</strong> : Nour ad-Din, Saladin (1187-1189), puis les sultans mamelouks Baybars et Qalawun (1263-1291). <strong>Fin</strong> : Château-Pèlerin et Tortose évacués en août 1291 ; l'îlot de Rouad, dernier poste, tombe en 1302.</p>
</div>
<p>Les <strong>châteaux des croisés</strong> sont les forteresses que les Francs ont bâties, reprises ou agrandies en Orient entre 1099 et 1291 pour tenir une terre qu'ils n'avaient pas les hommes de garder autrement. Ce guide en est le pilier : il dit pourquoi on les a construits, comment, et ce que fut chacune des grandes places, du <a href="https://croisades.fr/posts/krak-des-chevaliers/">Krak des Chevaliers</a> à Château-Pèlerin ; les articles détaillés s'y ajouteront au fil de leur publication. Pour l'histoire des États qu'ils défendaient, lisez le <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a> et celui du <a href="https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem-guide/">royaume de Jérusalem</a>.</p>
<h2 id="les-chateaux-des-croises-en-cinq-lignes">Les châteaux des croisés en cinq lignes<a class="headerlink" href="#les-chateaux-des-croises-en-cinq-lignes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><strong>Pourquoi ?</strong> Le manque d'hommes : une garnison de quelques dizaines de chevaliers derrière de bons murs vaut une armée en rase campagne.</li>
<li><strong>Combien ?</strong> Plusieurs centaines de sites fortifiés, dont une cinquantaine de grandes places.</li>
<li><strong>Qui ?</strong> Les rois et barons au XIIe siècle ; les ordres militaires, seuls assez riches pour les entretenir, au XIIIe.</li>
<li><strong>Les sommets</strong> : le Krak des Chevaliers, Marqab, Château-Pèlerin — l'art militaire le plus avancé de son temps.</li>
<li><strong>La fin</strong> : Saladin en prend la plupart en 1187-1189 ; les Mamelouks emportent le reste de 1265 à 1291.</li>
</ul>
<h2 id="pourquoi-tant-de-chateaux">Pourquoi tant de châteaux ?<a class="headerlink" href="#pourquoi-tant-de-chateaux" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Au lendemain de la <a href="https://croisades.fr/posts/prise-de-jerusalem-1099/">prise de Jérusalem</a>, la plupart des croisés rentrent chez eux : Godefroy de Bouillon garde, selon Foucher de Chartres, à peine trois cents chevaliers. Le royaume naît avec une poignée de défenseurs au milieu de populations nombreuses et de voisins hostiles. Le château est la réponse à cette disproportion. Il tient une route de pèlerinage, verrouille un gué ou un col, surveille une ville musulmane restée insoumise — Ascalon jusqu'en 1153 —, abrite les paysans en cas de raid et sert de centre à une seigneurie qui lève les impôts et rend la justice.</p>
<p>Il ne faut pas imaginer une ligne Maginot. L'historien R. C. Smail l'a montré : les châteaux n'arrêtaient pas une armée d'invasion, ils l'obligeaient à s'arrêter, à assiéger et à s'user pendant que l'armée de campagne se rassemblait. Tout repose sur ce couple. Tant qu'existe une armée de secours, les châteaux tiennent ; quand elle disparaît, à <a href="https://croisades.fr/posts/hattin-1187/">Hattin</a> en 1187, ils tombent les uns après les autres, faute d'espoir plus que de pierres.</p>
<h2 id="comment-on-construisait-un-chateau-croise">Comment on construisait un château croisé<a class="headerlink" href="#comment-on-construisait-un-chateau-croise" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les Francs ont d'abord repris ce qui existait : forts byzantins de Syrie du Nord (Saône, Bourzey), citadelles arabes des villes côtières, tours romaines. Puis ils ont bâti, souvent sur le modèle du <em>castrum</em> rectangulaire à tours d'angle, hérité de Byzance, avant d'inventer à la fin du XIIe siècle les grandes forteresses <strong>concentriques</strong> : deux enceintes emboîtées, la seconde plus haute que la première, de sorte que les défenseurs tirent par-dessus leurs propres camarades. Le <strong>glacis</strong>, talus maçonné au pied des murs, empêche la sape et fait ricocher les projectiles ; les fossés sont taillés dans le roc, les citernes calculées pour des années.</p>
<p>Les chantiers employaient des maçons venus d'Occident, des ouvriers syriens et des prisonniers. Le récit de la reconstruction de <strong>Safed</strong> par les Templiers, le <em>De constructione castri Saphet</em>, donne la mesure de ces machines : une garnison de 1 700 hommes en temps de paix, 2 200 en temps de guerre, des dépenses qui engloutissent les revenus de l'ordre. Le futur article sur la construction d'un château croisé détaillera ces techniques.</p>
<h2 id="defense-colonisation-ou-domination">Défense, colonisation ou domination ?<a class="headerlink" href="#defense-colonisation-ou-domination" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>T. E. Lawrence, qui parcourut ces ruines à pied en 1909 pour sa thèse d'Oxford, voyait dans les châteaux francs l'œuvre d'architectes occidentaux ; d'autres y ont vu la copie de modèles byzantins et arabes. La recherche récente — Ronnie Ellenblum, Hugh Kennedy, Denys Pringle — a déplacé la question : beaucoup de châteaux ne gardent pas une frontière mais un territoire rural, à côté de villages francs où des colons vivaient, cultivaient et priaient. Le château croisé est à la fois un rempart, un centre de seigneurie et l'abri d'une population chrétienne, latine et orientale. Ce débat aura son article.</p>
<h2 id="le-krak-des-chevaliers-et-la-trouee-de-homs">Le Krak des Chevaliers et la trouée de Homs<a class="headerlink" href="#le-krak-des-chevaliers-et-la-trouee-de-homs" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le <strong>Krak des Chevaliers</strong> est le plus célèbre des châteaux d'Orient. Donné aux <strong>Hospitaliers</strong> en 1142 par le comte de Tripoli, reconstruit après le séisme de 1170, il garde la <strong>trouée de Homs</strong>, seul passage entre la côte et la vallée de l'Oronte. Saladin passe devant en 1188 sans l'attaquer. Il ne tombe que le 8 avril 1271, devant Baybars, après un mois de siège et, selon la tradition, une fausse lettre du grand maître ordonnant la reddition. Tout est raconté dans <a href="https://croisades.fr/posts/krak-des-chevaliers/">Le Krak des Chevaliers, la forteresse parfaite</a>.</p>
<p>Le Krak n'est pas seul : il commande un réseau de places qui ferment la trouée — Chastel Blanc, Arima, Akkar, Tortose sur la côte —, réparties entre Hôpital et Temple. Un futur article sur cette frontière fortifiée montrera comment ces châteaux se voyaient et s'appelaient par signaux.</p>
<h2 id="outre-jourdain-kerak-et-montreal">Outre-Jourdain : Kérak et Montréal<a class="headerlink" href="#outre-jourdain-kerak-et-montreal" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Au-delà de la mer Morte, la seigneurie d'Outre-Jourdain tient la route des caravanes entre Damas et l'Égypte et celle du pèlerinage de La Mecque. <strong>Montréal</strong> (Shawbak) est fondé en 1115 par le roi Baudouin Ier, premier grand château franc au sud. <strong>Kérak</strong> de Moab est élevé à partir de 1142 par Payen le Bouteiller ; il devient le repaire de Renaud de Châtillon, dont les raids sur les caravanes et jusqu'en mer Rouge exaspèrent Saladin. Le sultan l'assiège en 1183 pendant les noces d'Onfroy de Toron et d'Isabelle, et, raconte Ernoul, épargne la tour des jeunes mariés. Après Hattin, les deux places résistent plus d'un an, isolées : Kérak capitule en novembre 1188, Montréal en mai 1189, au terme d'une famine.</p>
<h2 id="saone-et-bourzey-la-syrie-du-nord">Saône et Bourzey : la Syrie du Nord<a class="headerlink" href="#saone-et-bourzey-la-syrie-du-nord" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Dans les montagnes au-dessus de Lattaquié, <strong>Saône</strong> (Sahyoun, aujourd'hui Qal'at Salah ad-Din) est une ancienne place byzantine agrandie par les seigneurs francs de la principauté d'Antioche. Son fossé, taillé à main d'homme dans le roc sur près de trente mètres de profondeur, laisse debout une aiguille de pierre qui portait le pont. Elle tombe pourtant en trois jours devant Saladin, le 29 juillet 1188, sous le feu de ses mangonneaux. <strong>Bourzey</strong>, nid d'aigle au-dessus de l'Oronte, cède le mois suivant. Ces chutes rapides disent l'effondrement moral qui suit Hattin.</p>
<h2 id="marqab-belvoir-les-forteresses-hospitalieres">Marqab, Belvoir : les forteresses hospitalières<a class="headerlink" href="#marqab-belvoir-les-forteresses-hospitalieres" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Sur un cône volcanique dominant la mer, <strong>Marqab</strong> passe aux Hospitaliers en 1186 ; ils en font l'une des plus grandes forteresses d'Orient, qui résiste à Saladin en 1188 puis aux raids de Baybars. Il faut à Qalawun, en 1285, une mine sous la tour de l'Éperon pour obtenir la reddition, le 25 mai : la garnison sort libre avec ses armes. <strong>Belvoir</strong>, perché à cinq cents mètres au-dessus du Jourdain, acheté par l'Hôpital en 1168, est le premier château concentrique parfaitement régulier du royaume ; il tient dix-huit mois après Hattin et capitule le 5 janvier 1189, ses défenseurs étant laissés libres de gagner Tyr. L'histoire de l'ordre qui les bâtit est dans <a href="https://croisades.fr/posts/hospitaliers-histoire-complete/">les Hospitaliers, histoire complète</a>.</p>
<h2 id="les-chateaux-du-temple-tortose-chastel-blanc-safed-chateau-pelerin-beaufort">Les châteaux du Temple : Tortose, Chastel Blanc, Safed, Château-Pèlerin, Beaufort<a class="headerlink" href="#les-chateaux-du-temple-tortose-chastel-blanc-safed-chateau-pelerin-beaufort" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les <a href="https://croisades.fr/posts/templiers-histoire-complete/">Templiers</a> tiennent au XIIIe siècle les places les plus exposées. <strong>Tortose</strong>, sur la côte du comté de Tripoli, leur est confiée en 1152 ; sa cathédrale Notre-Dame, l'une des plus anciennes églises mariales de pèlerinage, est encore debout, et son donjon résiste à Saladin en 1188 alors que la ville est prise. <strong>Chastel Blanc</strong>, à Safita, est un donjon-église : la chapelle Saint-Michel occupe le rez-de-chaussée et sert encore aujourd'hui de paroisse grecque orthodoxe ; il tombe en 1271.</p>
<p><strong>Safed</strong>, en Haute-Galilée, perdu en 1188, est rebâti par le Temple à partir de 1240 à l'instigation de l'évêque de Marseille Benoît d'Alignan ; Baybars l'assiège en juillet 1266 et fait exécuter la garnison qui s'était rendue sur promesse de vie sauve. <strong>Château-Pèlerin</strong> (Atlit), bâti à partir de 1218 avec l'aide des pèlerins de la <a href="https://croisades.fr/posts/cinquieme-croisade/">cinquième croisade</a> qui lui donnèrent son nom, n'a jamais été pris : les Templiers l'évacuent le 14 août 1291. <strong>Beaufort</strong>, au-dessus du Litani, pris par le roi Foulques en 1139, défendu en 1189-1190 par Renaud de Sidon qui y tient près d'un an, revient aux Francs en 1240, est vendu au Temple en 1260 et tombe devant Baybars le 15 avril 1268.</p>
<h2 id="montfort-et-toron-la-galilee-de-linterieur">Montfort et Toron : la Galilée de l'intérieur<a class="headerlink" href="#montfort-et-toron-la-galilee-de-linterieur" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Montfort</strong> (Starkenberg), sur un éperon boisé au nord-est d'Acre, est le château des chevaliers <strong>Teutoniques</strong>, bâti à partir des années 1220 pour abriter les archives et le trésor de l'ordre ; il capitule devant Baybars en juin 1271. <strong>Toron</strong> (Tibnin), élevé vers 1105 par Hugues de Saint-Omer, prince de Galilée, contrôle la route de Tyr à Damas ; repris par Saladin en 1187, il arrête en 1197-1198 la croisade allemande, qui lève le siège à l'annonce de la mort de l'empereur Henri VI.</p>
<h2 id="le-gue-de-jacob-les-forteresses-face-a-ascalon-baniyas-le-thabor">Le Gué de Jacob, les forteresses face à Ascalon, Baniyas, le Thabor<a class="headerlink" href="#le-gue-de-jacob-les-forteresses-face-a-ascalon-baniyas-le-thabor" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le <strong>Gué de Jacob</strong> (Chastellet) est l'histoire la plus brève et la plus poignante : construit par Baudouin IV d'octobre 1178 au printemps 1179 sur la route de Damas, confié aux Templiers, il est emporté par Saladin le 30 août 1179, avant d'être achevé ; les fouilles y ont retrouvé les corps des défenseurs et les outils des maçons. Plus au sud, <strong>Beth Gibelin</strong> (1136, confié aux Hospitaliers), <strong>Ibelin</strong> (1141) et <strong>Blanchegarde</strong> (1142) encerclent Ascalon, restée égyptienne, jusqu'à sa prise par Baudouin III en 1153 ; d'Ibelin sortira la plus grande famille du royaume.</p>
<p><strong>Baniyas</strong>, au pied de l'Hermon, est la clé de la frontière avec Damas : livrée aux Francs en 1129, perdue, reprise en 1140, assiégée plusieurs fois, elle tombe devant Nour ad-Din en 1164. Le <strong>mont Thabor</strong>, enfin, est le cas inverse : une forteresse ayyoubide élevée vers 1211 sur la montagne de la Transfiguration, que les croisés de 1217 assiègent en vain et que les musulmans démantèlent eux-mêmes l'année suivante.</p>
<h2 id="les-villes-fortes-de-la-cote-jerusalem-acre-tyr-jaffa-cesaree">Les villes fortes de la côte : Jérusalem, Acre, Tyr, Jaffa, Césarée<a class="headerlink" href="#les-villes-fortes-de-la-cote-jerusalem-acre-tyr-jaffa-cesaree" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>À côté des châteaux, les villes. À <strong>Jérusalem</strong>, la tour de David est la citadelle des rois ; ses remparts, démantelés en 1219 par le sultan de Damas, laisseront la ville ouverte quand Frédéric II la récupère par traité en 1229. <strong>Acre</strong>, reprise par la <a href="https://croisades.fr/posts/troisieme-croisade/">troisième croisade</a> en 1191, devient la capitale du second royaume, avec une double enceinte et ses quartiers d'ordres et de marchands italiens ; sa chute est racontée dans <a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">la chute d'Acre (1291)</a>. <strong>Tyr</strong>, sur sa presqu'île, est la ville imprenable qui refuse Saladin en 1187 et sauve le royaume. <strong>Jaffa</strong> est le port de Jérusalem, que Richard reprend en 1192. À <strong>Césarée</strong>, saint Louis relève de ses mains les murailles en 1251-1252 — on lit encore leurs fossés et leurs glacis, parmi les mieux conservés de Terre sainte.</p>
<h2 id="les-autres-villes-fortes-beyrouth-sidon-antioche-edesse-tripoli-ascalon-arsouf-tiberiade">Les autres villes fortes : Beyrouth, Sidon, Antioche, Édesse, Tripoli, Ascalon, Arsouf, Tibériade<a class="headerlink" href="#les-autres-villes-fortes-beyrouth-sidon-antioche-edesse-tripoli-ascalon-arsouf-tiberiade" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Beyrouth</strong> est la ville des Ibelin, dont le « Vieux Sire » Jean fait décorer le château de mosaïques et de marbres que décrit un ambassadeur allemand en 1212. <strong>Sidon</strong> garde son château de la Mer, bâti par les croisés sur un îlot en 1227-1228, debout aujourd'hui. <strong>Antioche</strong> s'abrite derrière les murailles de Justinien, longues de plus de dix kilomètres, qui ont arrêté les croisés huit mois en 1097-1098. <strong>Édesse</strong>, la « ville aux mille églises », est perdue en 1144. À <strong>Tripoli</strong>, Raymond de Saint-Gilles fait élever dès 1103 le château du Mont-Pèlerin pour assiéger la ville, prise en 1109. <strong>Ascalon</strong>, clé de l'Égypte, est démantelée en 1191 par Saladin et refortifiée par Richard Cœur de Lion puis par Richard de Cornouailles en 1240. <strong>Arsouf</strong>, au nord de Jaffa, tient la mémoire de la <a href="https://croisades.fr/posts/arsouf-1191/">victoire de 1191</a> tenue par les Hospitaliers, tombe devant Baybars à la fin d'avril 1265, après quarante jours de siège. <strong>Tibériade</strong>, enfin, capitale de la principauté de Galilée de Tancrède, est la ville dont le siège déclenche la marche vers Hattin.</p>
<h2 id="comment-ils-sont-tombes">Comment ils sont tombés<a class="headerlink" href="#comment-ils-sont-tombes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Trois vagues. Après Hattin, en dix-huit mois, Saladin prend presque tout : les places côtières se rendent vite, celles de l'intérieur tiennent par la faim jusqu'en 1189. La <a href="https://croisades.fr/posts/troisieme-croisade/">troisième croisade</a> ne reprend que la côte. Au XIIIe siècle, les ordres militaires relèvent et agrandissent les forteresses ; puis, de 1263 à 1271, Baybars mène une campagne méthodique — Césarée, Arsouf, Safed, Beaufort, le Krak, Chastel Blanc, Montfort — et Qalawun l'achève avec Marqab (1285). Après Acre, le 18 mai 1291, il n'y a plus d'armée pour personne : Tortose et Château-Pèlerin sont évacués sans combat. Le récit d'ensemble est dans <a href="https://croisades.fr/posts/fin-des-etats-latins/">la fin des États latins</a>, et le détail des combats dans la <a href="https://croisades.fr/posts/batailles-des-croisades-liste/">liste des batailles des croisades</a> et celle de <a href="https://croisades.fr/posts/sieges-des-croisades-liste/">tous les sièges des croisades</a>.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Il demeure des pierres, et peu de choses ont aussi bien traversé les siècles. Le Krak et Saône sont inscrits au patrimoine mondial ; Kérak et Shawbak dominent toujours les routes de Jordanie ; Belvoir et Montfort se visitent en Galilée ; Château-Pèlerin regarde encore la mer. Les sultans eux-mêmes ont gardé ces places, les ont réparées et y ont mis leurs garnisons : l'adversaire en reconnaissait la valeur.</p>
<p>Il demeure surtout ce qu'elles disent des hommes qui les ont tenues. Une garnison de Templiers ou d'Hospitaliers savait qu'aucun secours ne viendrait peut-être ; elle restait. Les défenseurs de Kérak et de Montréal ont tenu un an et demi après la perte du royaume, ceux du Gué de Jacob sont morts sur un chantier inachevé, ceux de Safed ont été exécutés pour n'avoir pas renié leur foi, selon les chroniqueurs latins. Au rez-de-chaussée de Chastel Blanc, la chapelle que les Templiers avaient voulue au cœur de leur donjon sert toujours à la prière : c'est peut-être la plus juste image de ce que ces murs devaient garder.</p>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/sieges-des-croisades-liste/">Tous les sièges des croisades (1096-1291)</a> — chaque château et chaque ville assiégés, dans l'ordre, de Nicée à Acre.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/krak-des-chevaliers/">Le Krak des Chevaliers, la forteresse parfaite</a> — architecture, garnison et chute du plus célèbre château croisé.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/hospitaliers-histoire-complete/">Les Hospitaliers : histoire complète</a> — l'ordre du Krak, de Marqab et de Belvoir.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/templiers-histoire-complete/">Les Templiers : histoire complète</a> — l'ordre de Safed, de Tortose et de Château-Pèlerin.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem-guide/">Le royaume de Jérusalem (1099-1291)</a> — l'État que ces forteresses défendaient.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/fin-des-etats-latins/">La fin des États latins (1260-1291)</a> — la campagne des Mamelouks, place par place.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/que-reste-t-il-des-croisades/">Que reste-t-il des croisades aujourd'hui ?</a> — les châteaux encore debout et les autres traces.</li>
<li>Toute la catégorie <a href="https://croisades.fr/categories/etats-latins/chateaux-et-villes/">Châteaux et villes</a>.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Chroniqueurs.</strong> Foucher de Chartres, <em>Historia Hierosolymitana</em>, II, pour les débuts du royaume ; Guillaume de Tyr, <em>Chronicon</em>, XIV-XXI, pour la construction de Kérak, de Beth Gibelin, Ibelin et Blanchegarde, du Gué de Jacob ; <em>Chronique d'Ernoul</em> pour le siège de Kérak en 1183 ; Baha ad-Din Ibn Chaddad, <em>Vie de Saladin</em>, et Imad ad-Din al-Isfahani pour les sièges de 1187-1189 ; <em>De constructione castri Saphet</em> (vers 1260-1266) pour Safed ; Wilbrand d'Oldenbourg, <em>Itinerarium</em> (1212), pour Beyrouth ; Jean de Joinville, <em>Vie de saint Louis</em>, pour Césarée ; Ibn Abd al-Zahir et al-Maqrizi pour les campagnes de Baybars et Qalawun.
<strong>Historiens.</strong> T. E. Lawrence, <em>Crusader Castles</em> (thèse de 1910, éd. 1936) ; Paul Deschamps, <em>Les Châteaux des croisés en Terre sainte</em>, 3 vol. (Paris, 1934-1977) ; R. C. Smail, <em>Crusading Warfare 1097-1193</em> (Cambridge, 1956) ; Hugh Kennedy, <em>Crusader Castles</em> (Cambridge, 1994) ; Ronnie Ellenblum, <em>Crusader Castles and Modern Histories</em> (Cambridge, 2007) ; Denys Pringle, <em>Secular Buildings in the Crusader Kingdom of Jerusalem</em> (Cambridge, 1997). En ligne : <a href="https://whc.unesco.org/fr/list/1229/" rel="nofollow noopener">la fiche Unesco du Krak des Chevaliers et de Qal'at Salah El-Din</a>.</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Qu'est-ce qu'une croisade ? Définition, critères, débats</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/qu-est-ce-qu-une-croisade/</link>
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    <pubDate>Fri, 09 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>L'idée de croisade</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/qu-est-ce-qu-une-croisade.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Une croisade est un pèlerinage armé, prêché par le pape, accompli sous vœu, marqué d'une croix et récompensé d'une indulgence. Définition, critères, débats.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>Définition</strong> : une guerre sainte chrétienne, menée comme un <strong>pèlerinage armé</strong>, prêchée ou autorisée par le pape. <strong>Première</strong> : appel d'<strong>Urbain II</strong> à Clermont, 27 novembre 1095. <strong>But originel</strong> : délivrer Jérusalem et le Saint-Sépulcre, secourir les chrétiens d'Orient. <strong>Quatre marques</strong> : l'autorité du pape, le <strong>vœu</strong>, la <strong>croix</strong> cousue sur l'épaule, l'<strong>indulgence</strong> — auxquelles s'ajoutent des <strong>privilèges</strong> juridiques. <strong>Le mot</strong> : tardif (<em>croiserie</em> vers 1205, <em>croisade</em> au XVe siècle). <strong>Le débat</strong> : traditionalistes (seules les expéditions vers Jérusalem) contre pluralistes (toute guerre prêchée avec vœu et indulgence, en Espagne, dans la Baltique ou contre les hérétiques).</p>
</div>
<p>Une <strong>croisade</strong> est un pèlerinage armé : une expédition prêchée ou autorisée par le pape, dont chaque participant prononce un vœu, coud une croix d'étoffe sur son vêtement et reçoit en échange une indulgence et la protection de l'Église. L'institution naît à Clermont en 1095, quand Urbain II appelle à délivrer Jérusalem ; elle se précise pendant tout le XIIe siècle et s'achève de se fixer avec Innocent III, au début du XIIIe. Cette page explique chacune de ses pièces — le vœu, la croix, l'indulgence, les privilèges, la prédication, l'argent — et le débat des historiens sur ce qui mérite le nom ; le récit des expéditions elles-mêmes se trouve dans notre <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a>.</p>
<h2 id="la-croisade-en-cinq-lignes">La croisade en cinq lignes<a class="headerlink" href="#la-croisade-en-cinq-lignes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le croisé est <strong>un pèlerin</strong> : il part pour un lieu saint, Jérusalem, et son voyage est une pénitence. Il est <strong>un soldat</strong> : il part en armes, pour combattre ceux qui tiennent ce lieu ou menacent les chrétiens d'Orient. Il est <strong>lié par un vœu</strong>, qu'il prononce publiquement en « prenant la croix » et dont seul le pape peut le relever. Il reçoit <strong>une indulgence</strong> : le voyage, fait « par dévotion seule », lui tient lieu de toute pénitence. Et il entre dans <strong>un statut</strong> : pendant son absence, ses biens, sa femme et ses enfants sont sous la garde de l'Église, ses dettes gelées, ses procès suspendus. Retirez une de ces pièces, on a une guerre, ou un pèlerinage ; réunissez-les, on a une croisade.</p>
<h2 id="le-contexte-une-idee-neuve-en-1095">Le contexte : une idée neuve en 1095<a class="headerlink" href="#le-contexte-une-idee-neuve-en-1095" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Avant 1095, la chrétienté connaît la guerre et connaît le pèlerinage ; elle ne les a jamais joints. La guerre, l'Église la tolère quand elle est juste, et impose au soldat qui a tué une pénitence, même après une bataille légitime. Le pèlerinage, elle l'encourage, mais le pèlerin voyage désarmé : il porte la besace et le bourdon, non l'épée. Ce qui est neuf à Clermont, c'est que <strong>le combat lui-même devient la pénitence</strong>. L'idée a été préparée par un siècle d'histoire — la paix de Dieu, la réforme grégorienne, les guerres d'Espagne, l'appel de Byzance, que raconte <a href="https://croisades.fr/posts/pourquoi-les-croisades/">pourquoi les croisades ?</a> —, mais c'est <a href="https://croisades.fr/posts/clermont-1095/">Urbain II à Clermont</a> qui en fait une institution.</p>
<p>Elle n'est pas sortie achevée de la bouche du pape. Les croisés de 1096, ceux de la <a href="https://croisades.fr/posts/premiere-croisade/">première croisade</a>, ignorent encore beaucoup de ce que sauront ceux de 1217 : le vœu se précise sous Pascal II, les privilèges sous Eugène III en 1145, l'impôt sous Henri II et Philippe Auguste en 1188, le rachat du vœu sous Innocent III en 1213. Définir la croisade, c'est donc décrire une chose qui a grandi pendant plus d'un siècle, d'abord prêchée pour Jérusalem, puis étendue à d'autres fronts.</p>
<h2 id="le-mot-croisade-une-invention-tardive">Le mot « croisade » : une invention tardive<a class="headerlink" href="#le-mot-croisade-une-invention-tardive" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les hommes de 1096 ne disaient pas « croisade ». Ils parlaient d'<em>iter</em>, le chemin, de <em>peregrinatio</em>, le pèlerinage, d'<em>expeditio</em>, puis, au XIIIe siècle, de <em>passagium</em>, le passage d'outre-mer ; en français, du « voyage » ou du « pèlerinage de Jérusalem ». Le participant, lui, est nommé plus tôt : à la fin du XIIe siècle, les chancelleries l'appellent <em>crucesignatus</em>, « marqué du signe de la croix ». Le <strong>mot croisade</strong> vient après : <em>croiserie</em> chez Robert de Clari, chevalier et chroniqueur de la <a href="https://croisades.fr/posts/quatrieme-croisade/">quatrième croisade</a>, vers 1205, <em>cruzada</em> dans une charte navarraise de 1212, <em>crozada</em> dans la Chanson de la croisade albigeoise, et enfin <em>croisade</em> chez Georges Chastellain avant 1475. Toute l'histoire de ces mots est racontée dans <a href="https://croisades.fr/posts/croises-francs-sarrasins-origine-des-mots/">croisés, Francs, Sarrasins : d'où viennent ces mots ?</a> Qu'un mot vienne tard ne veut pas dire que la chose n'existait pas : elle existait, et elle avait un signe, la croix.</p>
<h2 id="croisade-et-pelerinage-une-meme-route">Croisade et pèlerinage : une même route<a class="headerlink" href="#croisade-et-pelerinage-une-meme-route" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le croisé se pense d'abord comme un <strong>pèlerin</strong>. Depuis le IVe siècle, des chrétiens d'Occident vont à Jérusalem prier au tombeau du Christ ; au XIe siècle, ils y vont par milliers, et le grand pèlerinage allemand de 1064-1065, conduit par l'évêque Gunther de Bamberg, compte plusieurs milliers de personnes. Le croisé emprunte au pèlerin presque tout : le vœu, la bénédiction du départ, le bâton et la besace, la protection de l'Église, la visite au Saint-Sépulcre qui accomplit son vœu. C'est pourquoi le but de la croisade n'est pas une terre à prendre mais un lieu à rejoindre — voir <a href="https://croisades.fr/posts/pourquoi-le-saint-sepulcre-comptait-tant/">pourquoi le Saint-Sépulcre comptait-il tant ?</a> La différence est une seule, mais elle change tout : ce pèlerin-là porte l'épée, et il a le droit de s'en servir.</p>
<h2 id="guerre-juste-et-guerre-sainte">Guerre juste et guerre sainte<a class="headerlink" href="#guerre-juste-et-guerre-sainte" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Comment une guerre peut-elle être une pénitence ? La réponse passe par deux idées. La <strong>guerre juste</strong>, d'abord, héritée de saint Augustin et rassemblée par Gratien dans son <em>Décret</em> vers 1140 : une guerre est permise si elle est déclarée par une autorité légitime, pour une cause juste — repousser une agression, recouvrer un bien injustement pris — et avec une intention droite, sans haine ni cupidité. La croisade coche les trois cases : le pape appelle, Jérusalem et les chrétiens d'Orient sont la cause, la dévotion est l'intention exigée par le canon de Clermont. La <strong>guerre sainte</strong>, ensuite, plus neuve : une guerre non seulement permise, mais <strong>méritoire</strong>, parce qu'elle est faite pour le Christ. C'est ce pas que franchit Urbain II. Ce raisonnement et ses limites sont développés dans <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-etaient-elles-justes/">les croisades étaient-elles justes ?</a> et, sur le terme lui-même, dans <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guerre-de-religion/">les croisades étaient-elles une guerre de religion ?</a></p>
<h2 id="les-bulles-de-croisade-lautorite-du-pape">Les bulles de croisade : l'autorité du pape<a class="headerlink" href="#les-bulles-de-croisade-lautorite-du-pape" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Une croisade commence par une parole du pape, écrite dans une <strong>bulle</strong>. La première dont on ait le texte complet est <em>Quantum praedecessores</em> d'Eugène III, datée du 1er décembre 1145 et renouvelée le 1er mars 1146, qui lance la <a href="https://croisades.fr/posts/deuxieme-croisade/">deuxième croisade</a> après la chute d'Édesse : elle rappelle l'exemple des croisés de 1099, fixe l'indulgence et énumère les privilèges. <em>Audita tremendi</em>, promulguée par Grégoire VIII le 29 octobre 1187 au lendemain de Hattin, appelle à la <a href="https://croisades.fr/posts/troisieme-croisade/">troisième croisade</a> sur le ton de la pénitence : si Jérusalem est tombée, c'est d'abord à cause des péchés des chrétiens. <em>Quia maior</em>, d'Innocent III, en avril 1213, prépare la <a href="https://croisades.fr/posts/cinquieme-croisade/">cinquième croisade</a> et réorganise tout le système, que le concile de Latran IV fixe en 1215 dans le décret <em>Ad liberandam</em>. Ces textes, lus en chaire dans toute l'Europe, sont la charte de chaque expédition.</p>
<h2 id="la-predication-des-sermons-aux-chansons">La prédication : des sermons aux chansons<a class="headerlink" href="#la-predication-des-sermons-aux-chansons" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Une bulle ne suffit pas : il faut que quelqu'un la porte aux fidèles. Urbain II prêche lui-même en France pendant neuf mois après Clermont, et des prédicateurs populaires, au premier rang desquels <strong>Pierre l'Ermite</strong>, entraînent des foules entières — c'est la croisade populaire de 1096, racontée dans <a href="https://croisades.fr/posts/croisades-populaires/">les croisades populaires</a>. En 1146, <strong>saint Bernard</strong> prêche à Vézelay le jour de Pâques, 31 mars, devant Louis VII ; on raconte que les croix préparées ne suffirent pas et qu'il dut tailler son propre habit. Au tournant du XIIIe siècle, Foulques de Neuilly prêche la quatrième croisade ; puis les franciscains et les dominicains font de la <strong>prédication de la croisade</strong> un métier, avec des recueils de sermons modèles comme celui de Jacques de Vitry, et le traité du dominicain Humbert de Romans sur la prédication de la croix, vers 1266-1268.</p>
<p>À côté des sermons, il y a les chansons. <em>Chevalier, mult estes guariz</em>, composée pour la deuxième croisade, est la plus ancienne chanson de croisade en français ; vers 1188, Conon de Béthune chante la dure séparation de la dame aimée (<em>Ahi ! Amors, com dure departie</em>) ; en 1239, Thibaut de Champagne, roi de Navarre, exhorte ses barons avant de partir lui-même. Ces <strong>chansons de croisade</strong> disent ce que les chartes taisent : l'adieu, la peur, l'honneur, et la certitude que Dieu rendra au centuple.</p>
<h2 id="prendre-la-croix-le-rituel-du-depart">Prendre la croix : le rituel du départ<a class="headerlink" href="#prendre-la-croix-le-rituel-du-depart" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>On ne devient pas croisé en partant : on le devient en <strong>prenant la croix</strong>. À Clermont, Urbain II demande à ceux qui s'engagent de coudre une croix d'étoffe sur l'épaule ; l'évêque Adhémar de Monteil, futur légat de la croisade, est le premier à s'agenouiller. Le geste s'inspire de la parole du Christ : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. » Il devient vite un rite : à la fin du XIIe siècle, les pontificaux contiennent une bénédiction de la croix, jointe à celle de la besace et du bourdon du pèlerin, et le croisé la reçoit des mains d'un prêtre, souvent devant toute sa paroisse. La croix se porte à l'aller sur l'épaule ou la poitrine ; certains récits disent qu'au retour on la portait dans le dos, signe du vœu accompli.</p>
<h2 id="le-vu-ce-a-quoi-lon-sengageait">Le vœu : ce à quoi l'on s'engageait<a class="headerlink" href="#le-vu-ce-a-quoi-lon-sengageait" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Prendre la croix, c'est prononcer un <strong>vœu de croisade</strong> : une promesse faite à Dieu, devant témoins, d'aller jusqu'au Saint-Sépulcre — plus tard, jusqu'au terme fixé par la bulle. Ce vœu oblige. Les croisés de 1096 qui ont abandonné en chemin, comme Étienne de Blois, le comte de Chartres, rentré après la fuite d'Antioche, sont menacés d'excommunication par le pape Pascal II, et beaucoup repartent en 1101 pour l'accomplir ; Étienne y meurt à Ramla en 1102. Un vœu non accompli passe aux héritiers, ou doit être racheté. Seul le pape, ou son légat, peut le commuer ou le différer. C'est le vœu qui fait du croisé un pénitent et non un mercenaire : on ne s'engage pas envers un seigneur, mais envers Dieu.</p>
<h2 id="lindulgence-ce-que-promettait-le-pape">L'indulgence : ce que promettait le pape<a class="headerlink" href="#lindulgence-ce-que-promettait-le-pape" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le cœur spirituel de la croisade est l'<strong>indulgence</strong>. Le canon de Clermont la formule en une phrase : quiconque partira pour délivrer l'Église de Dieu à Jérusalem « par dévotion seule, et non pour obtenir honneur ou argent », verra ce voyage compté pour toute pénitence. Le sens est précis : le pécheur qui s'est confessé doit encore une réparation, la pénitence ; la croisade, épreuve immense, en tient lieu. Ce n'est pas un pardon automatique — le repentir et la confession sont requis —, et c'est encore moins une licence de pécher. Eugène III parle en 1145 de « rémission des péchés » ; Innocent III, en 1213, accorde la « pleine rémission » au croisé qui part en personne, et l'étend à celui qui paie un remplaçant et, en partie, à ceux qui aident de leurs biens. Mourir en chemin, pour beaucoup de contemporains, c'était mourir en martyr. Le vœu et l'indulgence sont les deux faces d'un même engagement : l'un dit ce que le croisé donne, l'autre ce qu'il espère recevoir.</p>
<h2 id="les-privileges-du-croise">Les privilèges du croisé<a class="headerlink" href="#les-privileges-du-croise" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le croisé entre aussi dans un statut juridique. Les <strong>privilèges du croisé</strong>, esquissés dès 1095 et fixés par <em>Quantum praedecessores</em> en 1145, le protègent pendant son absence : sa femme, ses enfants et ses biens sont placés sous la garde de l'Église ; aucun procès ne peut être engagé sur ses terres avant son retour ou la preuve de sa mort ; les intérêts de ses dettes sont suspendus ; il peut engager ses fiefs à une église ou à un autre fidèle pour financer son départ, même sans l'accord de son seigneur. Avec le temps s'ajoutent l'exemption de certains péages, le droit d'être jugé par un tribunal d'Église, et le moratoire sur le remboursement des dettes. Ces privilèges disent une chose simple : l'Église ne demande pas seulement à un homme de tout quitter, elle s'engage à garder ce qu'il laisse.</p>
<h2 id="financer-sa-croisade">Financer sa croisade<a class="headerlink" href="#financer-sa-croisade" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Partir coûtait plusieurs années de revenus : un chevalier devait payer son équipement, ses chevaux, ses serviteurs et son voyage, et nourrir sa suite pendant deux ou trois ans. Pour <strong>financer sa croisade</strong>, on vendait ou on engageait ses terres, souvent à une abbaye — les chartes de départ, où le seigneur dit partir pour son salut et celui des siens, sont la meilleure preuve de ce qu'ils croyaient. Godefroy de Bouillon engage son château de Bouillon à l'évêque de Liège ; Robert Courteheuse engage la Normandie à son frère, le roi d'Angleterre. Puis les rois et les papes inventent l'impôt : en 1188, la <strong>dîme saladine</strong>, levée en France et en Angleterre sur le dixième des revenus et des biens meubles de ceux qui ne partent pas, pour la troisième croisade ; en 1199, Innocent III impose le premier impôt direct sur l'Église entière, un quarantième des revenus du clergé ; en 1215, Latran IV le porte à un vingtième pendant trois ans. Les chiffres et les exemples sont réunis dans <a href="https://croisades.fr/posts/combien-coutait-une-croisade/">combien coûtait une croisade ?</a></p>
<h2 id="qui-avait-le-droit-de-partir">Qui avait le droit de partir ?<a class="headerlink" href="#qui-avait-le-droit-de-partir" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>En principe, tout baptisé pouvait prendre la croix. En pratique, l'Église a tenté de filtrer. Urbain II demande que les clercs aient la permission de leur évêque, que les moines restent en leur cloître, que les jeunes mariés aient l'accord de leur épouse, et il déconseille le départ des vieillards, des infirmes et de ceux qui ne peuvent porter les armes. On ne l'a guère écouté : les foules de 1096 comptaient des femmes, des enfants, des pauvres, et toutes les grandes croisades ont emmené des femmes, de la reine Aliénor en 1147 à la reine Marguerite, qui accoucha à Damiette en 1250. Sur la composition réelle des armées, voir <a href="https://croisades.fr/posts/qui-etaient-les-croises/">qui étaient les croisés ?</a></p>
<h2 id="le-croise-qui-ne-part-pas-rachat-du-vu">Le croisé qui ne part pas : rachat du vœu<a class="headerlink" href="#le-croise-qui-ne-part-pas-rachat-du-vu" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>C'est Innocent III qui résout la question par un renversement. Dans <em>Quia maior</em>, en 1213, il invite <strong>tous</strong> les fidèles à prendre la croix, hommes et femmes, aptes ou non ; ceux qui ne peuvent combattre <strong>rachèteront leur vœu</strong> par une somme d'argent, qui servira à équiper des combattants. Le vœu devient ainsi le moyen d'associer toute la chrétienté à la croisade, et le <strong>rachat du vœu</strong> une source de financement. La mesure était sage ; elle avait ses dangers, et ses abus — la vente des rachats par des prédicateurs trop zélés — seront dénoncés dès le XIIIe siècle par les croisés eux-mêmes.</p>
<h2 id="la-croisade-vue-de-la-paroisse">La croisade vue de la paroisse<a class="headerlink" href="#la-croisade-vue-de-la-paroisse" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La croisade ne se fait pas seulement en Orient. <em>Quia maior</em> demande que, chaque mois, une procession soit faite dans chaque diocèse pour la délivrance de la Terre sainte ; qu'à chaque messe, après le baiser de paix, prêtres et fidèles se prosternent pendant qu'on chante un psaume pour Jérusalem ; et qu'un tronc soit placé dans chaque église pour recevoir les aumônes, fermé de trois clés. Pendant des siècles, la croisade a été pour la plupart des chrétiens une prière, un jeûne, une aumône, une procession : <strong>la croisade vue de la paroisse</strong>, celle des femmes, des vieillards et des pauvres qui ne sont jamais partis, mais qui ont porté ceux qui partaient.</p>
<h2 id="lideal-chevaleresque-des-croises">L'idéal chevaleresque des croisés<a class="headerlink" href="#lideal-chevaleresque-des-croises" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La croisade a donné à la chevalerie son idéal le plus haut. Vers 1130, saint Bernard écrit pour les <a href="https://croisades.fr/posts/les-templiers/">Templiers</a> l'<em>Éloge de la nouvelle milice</em>, où le chevalier du Christ n'a ni haine ni avidité et ne combat que pour défendre. L'<strong>idéal chevaleresque des croisés</strong> — courage, fidélité au vœu, protection du pèlerin et du faible, humilité devant Dieu — a été trahi souvent, et l'Église l'a dit. Mais il a été tenu aussi : par Godefroy de Bouillon refusant de porter une couronne d'or là où le Christ avait porté une couronne d'épines, par Baudouin IV, roi lépreux, chargeant à Montgisard en 1177, par Saint Louis captif refusant de jurer contre sa foi. C'est à cet idéal qu'on mesure ceux qui l'ont manqué.</p>
<h2 id="le-debat-traditionalistes-pluralistes-et-les-autres">Le débat : traditionalistes, pluralistes et les autres<a class="headerlink" href="#le-debat-traditionalistes-pluralistes-et-les-autres" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Reste la question des historiens : qu'est-ce qui mérite le nom de croisade ? En 2001, Giles Constable a classé les réponses en quatre écoles, et la classification s'est imposée. Les <strong>traditionalistes</strong>, comme Hans Eberhard Mayer, réservent le nom aux expéditions qui visent Jérusalem et la Terre sainte : pour eux, le but définit la croisade, et elle s'achève avec la chute d'Acre en 1291. Les <strong>pluralistes</strong>, dont Jonathan Riley-Smith et Norman Housley, la définissent par sa forme : une guerre autorisée par le pape, avec vœu, croix, indulgence et privilèges, quel que soit le front — Espagne, Baltique, Albigeois, adversaires politiques de la papauté, Turcs ottomans jusqu'à Lépante en 1571. Les <strong>généralistes</strong>, dans la lignée de Carl Erdmann et de Jean Flori, y voient l'une des formes de la guerre sainte chrétienne en général ; les <strong>popularistes</strong>, à la suite de Paul Alphandéry, mettent au centre l'élan populaire, prophétique et pénitentiel, celui des foules de 1096 et de 1212.</p>
<p>Ce <strong>débat entre pluralistes et traditionalistes</strong> n'est pas une querelle de mots : il décide du nombre des croisades — voir <a href="https://croisades.fr/posts/combien-de-croisades/">combien y a-t-il eu de croisades ?</a> —, de leurs bornes — voir <a href="https://croisades.fr/posts/quand-commencent-et-finissent-les-croisades/">quand commencent et finissent les croisades ?</a> — et de ce qu'on fait entrer dans le tableau, comme la Reconquista, dont <a href="https://croisades.fr/posts/croisades-et-reconquista-difference/">croisades et Reconquista : quelle différence ?</a> discute le cas. Ce site raconte d'abord les croisades de Terre sainte, parce que c'est là que l'idée est née et que tout le reste s'y réfère ; mais il traite aussi les autres fronts, parce que les papes et les croisés eux-mêmes les ont tenus pour des croisades. La forme pluraliste est exacte ; le cœur traditionaliste est juste : toute croisade se pensait comme une imitation du chemin de Jérusalem.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Il demeure une idée étrange pour notre temps et pourtant simple : qu'un homme puisse faire de son métier, même de son métier de soldat, un chemin de salut, s'il le met au service des autres et s'il en paie le prix. La croisade a demandé à des chevaliers de se faire pèlerins, de quitter leur terre, de suspendre leurs querelles et de mettre leur vie en jeu pour un tombeau qu'ils n'avaient jamais vu et pour des chrétiens qu'ils ne connaissaient pas. Elle a demandé aux autres de prier, de jeûner et de donner pour eux. On peut juger la manière, et l'Église l'a jugée ; on ne peut pas nier la grandeur de la demande.</p>
<p>Il demeure aussi des choses que l'on peut toucher : le mot, passé dans toutes les langues ; la croix d'étoffe devenue l'insigne des ordres qui en sont nés, de Malte au Saint-Sépulcre ; et, dans la liturgie, la vieille habitude de prier pour Jérusalem. Le croisé partait en se marquant du signe qui sauve. C'est encore la meilleure définition qu'on puisse en donner.</p>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">Les croisades (1095-1291) : le guide complet</a> — le pilier du site, expédition par expédition.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-resume/">Les croisades : résumé en 5 minutes</a> — l'essentiel avant d'entrer dans le détail.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/pourquoi-les-croisades/">Pourquoi les croisades ? Les causes expliquées</a> — ce qui a rendu l'idée possible en 1095.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/clermont-1095/">Clermont, 27 novembre 1095 : l'appel d'Urbain II</a> — le concile, le discours, le canon sur l'indulgence.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/qui-a-lance-les-croisades/">Qui a lancé les croisades ?</a> — Urbain II, Alexis Comnène, Grégoire VII.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/papes-et-croisades/">Les papes et les croisades</a> — bulles, indulgence, légats : comment Rome a fait et refait la croisade.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-etaient-elles-justes/">Les croisades étaient-elles justes ?</a> — la guerre juste appliquée à la croisade.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guerre-de-religion/">Les croisades étaient-elles une guerre de religion ?</a> — vœu, indulgence, pèlerinage et jihad.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/croises-francs-sarrasins-origine-des-mots/">Croisés, Francs, Sarrasins : d'où viennent ces mots ?</a> — l'histoire du mot « croisade ».</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/combien-coutait-une-croisade/">Combien coûtait une croisade ?</a> — le prix du départ et les premiers impôts.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/qui-etaient-les-croises/">Qui étaient les croisés ?</a> — ceux qui prenaient la croix.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/croisades-et-reconquista-difference/">Croisades et Reconquista : quelle différence ?</a> — un autre front de la croisade.</li>
<li>Le vœu, l'indulgence, les bulles, la prédication, les privilèges, le rachat du vœu et les chansons de croisade auront chacun leur article dans cette catégorie : <a href="https://croisades.fr/categories/comprendre/idee-de-croisade/">L'idée de croisade</a>.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Textes.</strong> Concile de Clermont (1095), canon 2, sur l'indulgence · Urbain II, lettres aux Flamands (décembre 1095) et aux Bolonais (septembre 1096) · Foucher de Chartres, <em>Historia Hierosolymitana</em>, I, 3-4 ; Robert le Moine, <em>Historia Iherosolimitana</em>, I, 2 · Eugène III, <em>Quantum praedecessores</em> (1er décembre 1145, renouvelée le 1er mars 1146) · Odon de Deuil, <em>De profectione Ludovici VII in Orientem</em>, I, pour Vézelay · Grégoire VIII, <em>Audita tremendi</em> (29 octobre 1187) · Innocent III, <em>Quia maior</em> (avril 1213) · Concile de Latran IV (1215), décret <em>Ad liberandam</em> · Humbert de Romans, <em>De praedicatione sanctae crucis</em> (vers 1266-1268).
<strong>Historiens.</strong> Carl Erdmann, <em>Die Entstehung des Kreuzzugsgedankens</em> (1935) ; Paul Alphandéry et Alphonse Dupront, <em>La Chrétienté et l'idée de croisade</em> (1954-1959) ; Hans Eberhard Mayer, <em>The Crusades</em> (2e éd., Oxford, 1988) ; Jonathan Riley-Smith, <em>What Were the Crusades?</em> (1977, 4e éd. 2009) ; James A. Brundage, <em>Medieval Canon Law and the Crusader</em> (University of Wisconsin Press, 1969) ; Jean Flori, <em>La Guerre sainte</em> (Aubier, 2001) ; Giles Constable, « The Historiography of the Crusades », dans A. E. Laiou et R. P. Mottahedeh (dir.), <em>The Crusades from the Perspective of Byzantium and the Muslim World</em> (<a href="https://www.doaks.org/resources/publications/books/the-crusades-from-the-perspective-of-byzantium-and-the-muslim-world" rel="nofollow noopener">Dumbarton Oaks, 2001</a>) ; Christopher Tyerman, <em>The Invention of the Crusades</em> (1998).</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Les Templiers : histoire complète de l'ordre (1119-1314)</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/templiers-histoire-complete/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://croisades.fr/posts/templiers-histoire-complete/</guid>
    <pubDate>Fri, 09 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Templiers</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/templiers-histoire-complete.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Fondés vers 1119 à Jérusalem, réglés à Troyes en 1129, gardiens de la Terre sainte, arrêtés le 13 octobre 1307 et supprimés en 1312 : l'histoire du Temple.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>Nom</strong> : Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. <strong>Fondation</strong> : vers 1119-1120 à Jérusalem, par <strong>Hugues de Payns</strong>. <strong>Règle</strong> : <strong>concile de Troyes</strong>, 13 janvier 1129, sous l'influence de <strong>saint Bernard</strong>. <strong>Exemption</strong> : bulle <em>Omne datum optimum</em>, 29 mars 1139. <strong>Habit</strong> : manteau blanc, croix rouge (vers 1147). <strong>Sièges</strong> : Jérusalem, Acre (1191-1291), Chypre (1291-1307). <strong>Forteresses</strong> : Gaza, Safed, Tortose, Château-Pèlerin, Baghras, Miravet, Tomar. <strong>Batailles</strong> : Montgisard, Cresson, Hattin, Arsouf, Mansourah, Acre. <strong>Fin</strong> : rafle du 13 octobre 1307, bulle <em>Vox in excelso</em> (22 mars 1312), <strong>Jacques de Molay</strong> brûlé le 18 mars 1314. <strong>Héritiers</strong> : les Hospitaliers, Montesa, l'ordre du Christ.</p>
</div>
<p>Les <strong>Templiers</strong> sont l'ordre religieux et militaire fondé à Jérusalem vers 1119 pour protéger les pèlerins, devenu en deux siècles la première armée permanente de la Terre sainte et la plus grande puissance financière de la chrétienté, puis supprimé par le pape en 1312 au terme d'un procès conduit par le roi de France. Leur histoire tient en un paradoxe : des moines faisant vœu de pauvreté ont géré le trésor des rois, et des hommes morts par centaines pour la foi ont fini accusés de l'avoir reniée. Ce guide raconte toute l'histoire et résume chacun de ses grands chapitres ; la présentation courte se lit dans <a href="https://croisades.fr/posts/les-templiers/">les Templiers, moines et soldats</a>, le cadre général dans notre <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a>.</p>
<h2 id="les-templiers-en-cinq-lignes">Les Templiers en cinq lignes<a class="headerlink" href="#les-templiers-en-cinq-lignes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Une poignée de chevaliers se voue, vers 1119, à la garde des routes de Jérusalem. L'Église en fait un ordre en 1129 : des moines, soumis à une règle, dont le métier est la guerre. Les donations de toute l'Europe leur donnent des centaines de maisons en Occident, qui financent des forteresses et des chevaliers en Orient. Ils sont de toutes les batailles, de Montgisard en 1177 à la brèche d'Acre en 1291, et ils y meurent en proportion plus que personne. Privés de leur raison d'être après 1291, ils sont arrêtés en France en 1307 sur l'ordre de Philippe le Bel, jugés pendant cinq ans et supprimés sans condamnation en 1312.</p>
<h2 id="le-contexte-jerusalem-delivree-les-routes-non">Le contexte : Jérusalem délivrée, les routes non<a class="headerlink" href="#le-contexte-jerusalem-delivree-les-routes-non" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Après la <a href="https://croisades.fr/posts/prise-de-jerusalem-1099/">prise de Jérusalem en 1099</a>, la plupart des croisés rentrent chez eux. Le <a href="https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem-guide/">royaume de Jérusalem</a> n'a que quelques centaines de chevaliers pour tenir un pays entier, et les pèlerins qui débarquent à Jaffa doivent marcher deux ou trois jours, à travers des collines où rôdent les pillards et les cavaliers de la garnison égyptienne d'Ascalon. À Pâques 1119, selon Albert d'Aix, quelque trois cents pèlerins sont massacrés sur cette route. Le royaume a besoin de soldats qui ne repartent pas : c'est de ce besoin que naît le Temple.</p>
<h2 id="hugues-de-payns-le-fondateur">Hugues de Payns, le fondateur<a class="headerlink" href="#hugues-de-payns-le-fondateur" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Hugues de Payns</strong>, seigneur champenois des environs de Troyes, vassal du comte de Champagne, est en Orient vers 1119. Avec Godefroy de Saint-Omer et quelques compagnons — neuf, selon Guillaume de Tyr —, il prononce devant le patriarche de Jérusalem les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance des chanoines, et s'engage à garder les routes « contre les embûches des larrons ». Le roi <strong>Baudouin II</strong> les loge dans une aile de son palais, l'ancienne mosquée al-Aqsa, que les Francs appellent le <em>Temple de Salomon</em> : ils deviennent les « chevaliers du Temple ». Pendant neuf ans, raconte Guillaume, ils ne recrutent guère et vivent d'aumônes. En 1127, Hugues part pour l'Occident chercher une règle et des hommes ; il revient en 1129 avec les deux, et meurt vers 1136, maître d'un ordre qui compte déjà des maisons de l'Écosse à la Provence.</p>
<h2 id="le-concile-de-troyes-1129-et-la-regle-du-temple">Le concile de Troyes (1129) et la Règle du Temple<a class="headerlink" href="#le-concile-de-troyes-1129-et-la-regle-du-temple" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le 13 janvier 1129, le <strong>concile de Troyes</strong>, réuni sous la présidence du légat pontifical Mathieu d'Albano, entend Hugues raconter la naissance de son ordre et lui donne une règle écrite. Le texte latin, en soixante-douze articles environ, reprend la vie des moines — office, jeûnes, silence, vêtement commun — et l'adapte à des hommes qui doivent aussi garder des chevaux et combattre. Saint Bernard, présent au concile, n'en est pas le rédacteur, mais son influence cistercienne s'y lit partout. Vers 1140, la règle est traduite en français pour des frères qui ne lisent pas le latin, puis complétée, vers 1165, par les <em>Retraits</em>, de longs statuts sur la hiérarchie, la vie au couvent et la conduite à la guerre. En 1139, la bulle <em>Omne datum optimum</em> d'Innocent II place l'ordre sous la seule autorité du pape et lui donne ses propres chapelains : le Temple ne dépend plus d'aucun évêque.</p>
<h2 id="le-de-laude-novae-militiae-leloge-de-saint-bernard">Le <em>De laude novae militiae</em> : l'éloge de saint Bernard<a class="headerlink" href="#le-de-laude-novae-militiae-leloge-de-saint-bernard" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Des moines qui tuent : l'idée trouble une partie de l'Église, et sans doute certains frères eux-mêmes. Vers 1130, à la demande répétée d'Hugues de Payns, <strong>saint Bernard</strong> écrit pour eux l'<em>Éloge de la nouvelle milice</em> (<em>De laude novae militiae</em>). Il y oppose la chevalerie du siècle, vaniteuse, parée d'or, qui tue par colère ou pour la gloire, à la « nouvelle chevalerie » du Christ, sobre, disciplinée, qui ne combat que pour défendre et ne craint pas la mort, car « vivre est le Christ et mourir un gain ». Le chevalier du Christ, écrit-il en substance, ne commet pas un homicide mais un « malicide » : il tue le mal, non l'homme. La seconde moitié du traité est une méditation sur les Lieux saints, de Bethléem au Sépulcre. Pour huit siècles, ce texte a donné son âme à l'idée de moine-soldat.</p>
<h2 id="la-regle-du-temple-une-journee-de-frere">La Règle du Temple : une journée de frère<a class="headerlink" href="#la-regle-du-temple-une-journee-de-frere" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La vie d'un Templier est d'abord celle d'un moine. La nuit, il se lève pour matines ; le jour, il entend les heures, ou récite des <em>Pater</em> s'il ne peut se rendre à la chapelle. Il mange au réfectoire, en silence, pendant une lecture, deux frères partageant la même écuelle ; la viande n'est servie que trois jours par semaine, et le vendredi est jeûné. Il dort habillé, dans un dortoir éclairé, prêt à se lever à l'alerte. Il ne chasse pas, sauf le lion, ne joue pas, ne reçoit pas de lettre sans la faire lire. Il soigne lui-même son cheval et ses armes. Chaque semaine, le chapitre se réunit, et le frère fautif s'y accuse publiquement ; les peines vont du jeûne au pain et à l'eau jusqu'à la perte de l'habit. C'est cette discipline, plus que la vaillance, qui faisait la valeur des Templiers au combat.</p>
<h2 id="la-hierarchie-du-temple">La hiérarchie du Temple<a class="headerlink" href="#la-hierarchie-du-temple" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>À la tête de l'ordre, le <strong>maître</strong> — on ne dit « grand maître » que plus tard —, élu à vie par un collège de treize frères. Il gouverne avec le chapitre et ne décide seul ni de la guerre ni de l'aliénation d'un bien. Autour de lui, les <em>Retraits</em> décrivent une cour : le <strong>sénéchal</strong>, son second ; le <strong>maréchal</strong>, chef militaire, qui commande au combat ; le <strong>commandeur de la terre de Jérusalem</strong>, trésorier de l'ordre et maître de ses navires ; le commandeur de la cité de Jérusalem, chargé de l'escorte des pèlerins et de la garde de la Vraie Croix en campagne ; le <strong>drapier</strong>, qui distribue les habits ; le <strong>turcopolier</strong>, qui commande les cavaliers légers recrutés sur place. En Occident, l'ordre se divise en provinces — France, Angleterre, Aragon, Portugal, Poitou, Pouilles, Hongrie… —, chacune sous un maître de province, et en commanderies. Une fois par an, chaque province envoie en Orient ses <em>responsions</em>, une part de ses revenus.</p>
<h2 id="chevaliers-sergents-et-chapelains">Chevaliers, sergents et chapelains<a class="headerlink" href="#chevaliers-sergents-et-chapelains" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Tous les frères ne sont pas chevaliers. Les <strong>chevaliers</strong>, de naissance noble, portent le manteau blanc ; ils ont droit à trois ou quatre chevaux et à un écuyer. Les <strong>sergents</strong>, roturiers, portent le manteau noir ou brun ; ils combattent comme cavaliers plus légers, ou servent comme artisans, maréchaux-ferrants, gardiens des bêtes, intendants des fermes, et ils sont de loin les plus nombreux. Les <strong>chapelains</strong>, prêtres de l'ordre depuis 1139, disent la messe, confessent les frères et ne relèvent que du maître et du pape. Autour d'eux gravitent des frères servant pour un temps, des donats, des confrères laïques qui se placent sous la protection de l'ordre, et des milliers de serviteurs et de paysans.</p>
<h2 id="le-sceau-des-deux-cavaliers">Le sceau des deux cavaliers<a class="headerlink" href="#le-sceau-des-deux-cavaliers" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le sceau le plus célèbre du Temple montre <strong>deux chevaliers montés sur un même cheval</strong>, lance en main, avec la légende <em>Sigillum militum Christi</em>, « sceau des chevaliers du Christ ». On le trouve attesté dès le milieu du XIIe siècle ; au revers figure souvent une coupole, celle du Temple ou du Saint-Sépulcre. Le sens de l'image n'est pas expliqué par les textes de l'ordre : on y lit la pauvreté des origines, quand deux frères n'auraient eu qu'une monture, ou la fraternité de frères qui combattent ensemble. La règle, en tout cas, ne permet à aucun frère de partager un cheval ; l'image est un symbole, non un usage.</p>
<h2 id="les-commanderies-templieres">Les commanderies templières<a class="headerlink" href="#les-commanderies-templieres" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La force du Temple est en Occident. Dès 1128, les donations affluent : terres, moulins, églises, dîmes, droits de péage, maisons en ville. L'ordre les groupe en <strong>commanderies</strong>, domaines agricoles gérés par quelques frères, avec une chapelle, une grange, des bâtiments d'exploitation, souvent sur les grandes routes. On en compte plusieurs centaines dans le royaume de France, et près d'un millier de maisons dans toute la chrétienté au début du XIVe siècle. Les commanderies produisent les revenus, les chevaux et les recrues envoyés en Orient ; elles accueillent aussi des voyageurs et des pauvres. Beaucoup sont encore debout, de Coulommiers à Sainte-Eulalie-de-Cernon, du Larzac à la Champagne, avec leurs chapelles sobres et parfois peintes.</p>
<h2 id="le-temple-de-paris">Le Temple de Paris<a class="headerlink" href="#le-temple-de-paris" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La maison de Paris, fondée vers 1140 sur la rive droite, devient la tête de l'ordre en Occident. Au XIIIe siècle, l'<strong>enclos du Temple</strong> est une ville dans la ville, avec son église ronde à la manière du Saint-Sépulcre, ses bâtiments, ses jardins et une grande tour carrée, le donjon. Les rois y déposent leur trésor : pendant plus d'un siècle, le trésorier du Temple est de fait le trésorier du roi de France. C'est là que Jacques de Molay est arrêté en 1307 ; c'est dans la tour du Temple que Louis XVI sera enfermé en 1792, avant qu'on ne la rase en 1808. Il n'en reste qu'un nom de quartier et un square.</p>
<h2 id="les-templiers-banquiers">Les Templiers banquiers<a class="headerlink" href="#les-templiers-banquiers" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La confiance qu'inspirent ces moines armés, propriétaires de maisons fortes de l'Écosse à Acre, fait d'eux les banquiers de la chrétienté. Un pèlerin dépose son argent dans une commanderie et le retrouve à Jérusalem contre un écrit ; des princes leur confient leurs joyaux, leurs archives, leurs revenus. En 1148, pendant la <a href="https://croisades.fr/posts/deuxieme-croisade/">deuxième croisade</a>, le maître Évrard des Barres avance à Louis VII de quoi poursuivre l'expédition. En 1250, pour payer la rançon de Saint Louis, Joinville doit forcer — avec la permission tacite du maréchal — un coffre de la galère du Temple, car le commandeur refuse de remettre des dépôts qui ne sont pas les siens : l'anecdote dit l'honnêteté de l'ordre autant que sa richesse. Cette richesse n'était pas celle des frères, qui ne possédaient rien ; c'était celle d'une institution. Elle fit sa puissance, et lui valut des jalousies mortelles. Sur ce que coûtait une expédition, voir <a href="https://croisades.fr/posts/combien-coutait-une-croisade/">combien coûtait une croisade ?</a></p>
<h2 id="au-combat-la-charge-en-escadron">Au combat : la charge en escadron<a class="headerlink" href="#au-combat-la-charge-en-escadron" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>En Orient, le Temple n'aligne jamais plus de quelques centaines de chevaliers à la fois. Mais ce sont des professionnels, présents toute l'année, et les mieux disciplinés de la Terre sainte. Les <em>Retraits</em> fixent leur manière de combattre : en marche, chaque frère garde son rang ; nul ne charge sans l'ordre du maréchal ; l'escadron se forme autour du gonfanon noir et blanc, le <em>Baucent</em>, porté par un frère que dix chevaliers protègent ; tant qu'il flotte, nul ne peut quitter le champ, et si la bannière du Temple tombe, il doit rallier celle de l'Hôpital ou d'un autre chrétien. La <strong>charge</strong> en escadron serré, lances couchées, est l'arme décisive des Francs ; les Templiers en forment souvent le fer de lance, à l'avant-garde comme à <a href="https://croisades.fr/posts/arsouf-1191/">Arsouf</a> en 1191, ou à l'arrière-garde dans les retraites. À Montgisard, en 1177, ils chargent avec Baudouin IV contre Saladin ; à Mansourah, le 8 février 1250, presque tous périssent dans les rues de la ville, entraînés par Robert d'Artois, et le maître Guillaume de Sonnac y perd un œil avant d'être tué trois jours plus tard — voir <a href="https://croisades.fr/posts/saint-louis-septieme-croisade/">Saint Louis en Égypte</a>.</p>
<h2 id="gerard-de-ridefort-le-maitre-de-hattin">Gérard de Ridefort, le maître de Hattin<a class="headerlink" href="#gerard-de-ridefort-le-maitre-de-hattin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'ordre a eu ses mauvais chefs, et le pire fut sans doute <strong>Gérard de Ridefort</strong>, maître de 1185 à 1189. Chevalier flamand entré au Temple après une querelle avec le comte de Tripoli, il pousse au couronnement de Guy de Lusignan en 1186. Le 1er mai 1187, à la source de Cresson, il lance une poignée de Templiers et d'Hospitaliers contre une armée de plusieurs milliers d'hommes : presque tous sont tués, il en réchappe avec deux ou trois frères. Deux mois plus tard, selon les chroniqueurs, c'est lui qui convainc le roi de quitter les sources de Séphorie pour marcher vers Tibériade : c'est le désastre de <a href="https://croisades.fr/posts/hattin-1187/">Hattin</a>, le 4 juillet 1187. Pris, il est épargné quand Saladin fait exécuter plus de deux cents Templiers et Hospitaliers captifs, et il obtient sa liberté en faisant rendre Gaza. Il meurt en combattant devant Acre, le 4 octobre 1189. Ses frères, eux, étaient morts à Hattin sans renier : les chroniqueurs musulmans eux-mêmes rapportent qu'on leur proposa l'islam, et qu'ils choisirent l'épée.</p>
<h2 id="chateau-pelerin-et-safed-deux-forteresses-du-temple">Château-Pèlerin et Safed : deux forteresses du Temple<a class="headerlink" href="#chateau-pelerin-et-safed-deux-forteresses-du-temple" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le Temple a tenu des dizaines de places, de Gaza à Baghras, au nord d'Antioche. Deux résument son histoire. <strong>Château-Pèlerin</strong>, ou Athlit, est bâti à partir de 1218 sur un promontoire de la côte, au sud de Haïfa, avec l'aide des pèlerins de la <a href="https://croisades.fr/posts/cinquieme-croisade/">cinquième croisade</a> — d'où son nom. Ses deux murailles barrent l'isthme ; il ne fut jamais pris. Après la chute d'Acre, les frères l'évacuent d'eux-mêmes : les derniers s'embarquent le 14 août 1291. <strong>Safed</strong>, en Galilée, rebâti par le Temple à partir de 1240 sur l'insistance de l'évêque de Marseille Benoît d'Alignan, est la grande forteresse de l'intérieur, avec une garnison de près de deux mille personnes en temps de paix. Baybars l'assiège le 13 juin 1266 ; le 23 juillet, la garnison se rend sur une promesse de vie sauve, qui n'est pas tenue : les frères, ayant refusé l'islam, sont décapités. La liste des places perdues dans ces années est dans <a href="https://croisades.fr/posts/fin-des-etats-latins/">la fin des États latins</a>.</p>
<h2 id="les-templiers-en-espagne-et-au-portugal">Les Templiers en Espagne et au Portugal<a class="headerlink" href="#les-templiers-en-espagne-et-au-portugal" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le Temple combat aussi en Occident, dans la péninsule Ibérique. En 1134, le roi d'Aragon Alphonse le Batailleur lègue son royaume aux ordres du Temple, de l'Hôpital et du Saint-Sépulcre ; le testament n'est pas exécuté, mais l'ordre reçoit en compensation, en 1143, des forteresses comme <strong>Monzón</strong>, où il élèvera plus tard le jeune roi Jacques Ier. En Catalogne, il tient <strong>Miravet</strong> sur l'Èbre ; au Portugal, le maître Gualdim Pais bâtit à partir de 1160 le château et la rotonde de <strong>Tomar</strong>. Les frères participent aux grandes campagnes de la Reconquista, de Lisbonne à Valence et Majorque — sur ce front, voir <a href="https://croisades.fr/posts/croisades-et-reconquista-difference/">croisades et Reconquista : quelle différence ?</a> Là-bas, le Temple n'était pas seulement une ressource pour l'Orient ; il était une frontière.</p>
<h2 id="guillaume-de-beaujeu-mort-a-acre">Guillaume de Beaujeu, mort à Acre<a class="headerlink" href="#guillaume-de-beaujeu-mort-a-acre" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Guillaume de Beaujeu</strong>, de la grande famille du Beaujolais, parent des rois de France, est élu maître en 1273. Il connaît l'Orient mieux que quiconque, entretient des informateurs à la cour du sultan et prévient Acre de l'attaque mamelouke — on ne le croit pas. Pendant le siège de 1291, il est de tous les combats. Le 18 mai, lors de l'assaut général, il est frappé d'une flèche sous l'aisselle ; ses compagnons le voient se détourner, et, quand on lui crie de ne pas quitter le rempart, il répond en substance, selon le Templier de Tyr qui était là : « Je ne fuis pas ; je suis mort, voici le coup. » Il expire peu après. La maison du Temple tient encore dix jours, jusqu'à son effondrement le 28 mai, qui ensevelit défenseurs et assaillants. Le récit du siège est dans <a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">la chute d'Acre, 1291</a>.</p>
<h2 id="jacques-de-molay-le-dernier-maitre">Jacques de Molay, le dernier maître<a class="headerlink" href="#jacques-de-molay-le-dernier-maitre" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Jacques de Molay</strong>, né vers 1245-1250 en Franche-Comté, entré au Temple vers 1265, devient maître vers 1292, à Chypre. Il travaille à reprendre pied en Syrie, s'allie aux Mongols, fait occuper l'îlot de Ruad, face à Tortose, perdu en 1302. Appelé en France en 1306 par le pape Clément V, qui veut préparer une croisade et étudier la fusion du Temple et de l'Hôpital, il s'y oppose dans deux mémoires. Il est arrêté avec tous ses frères le 13 octobre 1307. Sous la menace, il avoue le reniement de la croix, se rétracte, avoue de nouveau, hésite pendant sept ans. Le 18 mars 1314, alors qu'on lit sur le parvis de Notre-Dame sa condamnation à la prison perpétuelle, il se lève avec Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, et proclame l'innocence de l'ordre. Le soir même, sur l'ordre du roi, tous deux sont brûlés dans l'île aux Juifs, à la pointe de l'île de la Cité. Les témoins, dont le chroniqueur Geoffroy de Paris, rapportent qu'il mourut avec calme, demandant à être tourné vers Notre-Dame. La malédiction qu'il aurait lancée contre le roi et le pape est une légende postérieure.</p>
<h2 id="vendredi-13-octobre-1307-la-rafle">Vendredi 13 octobre 1307 : la rafle<a class="headerlink" href="#vendredi-13-octobre-1307-la-rafle" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le 14 septembre 1307, Philippe le Bel envoie à ses baillis et sénéchaux des ordres scellés, à n'ouvrir qu'au dernier moment. À l'aube du <strong>vendredi 13 octobre 1307</strong>, tous les Templiers du royaume sont arrêtés en même temps, leurs maisons saisies et inventoriées. L'opération, menée par le garde des sceaux Guillaume de Nogaret, est sans précédent : le roi fait arrêter des religieux exempts, qui ne relèvent que du pape. Les accusations, préparées depuis des mois à partir de témoignages d'anciens frères chassés de l'ordre, sont énormes : reniement du Christ et crachat sur la croix à l'entrée dans l'ordre, baisers obscènes, sodomie, adoration d'une idole. Pourquoi ? Les historiens croisent trois raisons : un roi aux abois financiers, un pouvoir royal qui veut montrer qu'il peut juger des clercs, et la conviction sincère, chez Philippe et ses légistes, de défendre la foi contre un ordre corrompu.</p>
<h2 id="le-proces-des-templiers-1307-1314">Le procès des Templiers (1307-1314)<a class="headerlink" href="#le-proces-des-templiers-1307-1314" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les premiers interrogatoires, conduits par l'inquisiteur de France, Guillaume de Paris, confesseur du roi, obtiennent sous la torture des aveux presque généraux, dont ceux de Jacques de Molay. Clément V proteste d'abord, puis, par la bulle <em>Pastoralis praeeminentiae</em> du 22 novembre 1307, ordonne l'arrestation des Templiers dans toute la chrétienté pour reprendre l'affaire en main. Le procès se dédouble : des commissions diocésaines jugent les personnes, une commission pontificale juge l'ordre. En 1310, devant cette commission, des centaines de frères se rétractent et se proposent pour défendre l'ordre, conduits par deux frères prêtres, Pierre de Bologne et Renaud de Provins. Le 12 mai 1310, l'archevêque de Sens, frère d'un ministre du roi, fait brûler cinquante-quatre d'entre eux comme relaps près de Paris ; tous meurent en protestant de leur innocence. La défense s'effondre.</p>
<h2 id="le-parchemin-de-chinon-1308">Le parchemin de Chinon (1308)<a class="headerlink" href="#le-parchemin-de-chinon-1308" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Du 17 au 20 août 1308, au château de Chinon où ils sont détenus, Jacques de Molay et les principaux dignitaires sont interrogés par trois cardinaux envoyés par Clément V. Le procès-verbal, conservé aux Archives vaticanes, mal classé pendant des siècles, a été retrouvé en 2001 par l'historienne Barbara Frale et publié par le Vatican en 2007 : on y lit que les dignitaires, ayant demandé pardon pour les fautes avouées, ont été <strong>absous</strong> et réintégrés dans la communion de l'Église. Le <strong>parchemin de Chinon</strong> ne dit pas que l'ordre était sans reproche — les cardinaux y notent des pratiques d'initiation humiliantes, mais non une hérésie —, il montre que le pape ne tenait pas les chefs du Temple pour des hérétiques.</p>
<h2 id="vox-in-excelso-1312-la-suppression"><em>Vox in excelso</em> (1312) : la suppression<a class="headerlink" href="#vox-in-excelso-1312-la-suppression" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Au concile de Vienne, ouvert en octobre 1311, la majorité des pères refuse de condamner un ordre qui n'a pas pu se défendre. Philippe le Bel vient lui-même à Vienne avec une armée. Le 22 mars 1312, par la bulle <strong><em>Vox in excelso</em></strong>, Clément V supprime l'ordre du Temple « non par sentence définitive, mais par voie de provision apostolique » : l'hérésie n'est pas prouvée, mais l'ordre est devenu si décrié qu'il ne peut plus servir. La bulle <em>Ad providam</em>, le 2 mai, attribue ses biens aux Hospitaliers. C'est un acte d'autorité, non un jugement, et le pape a pris soin de le dire.</p>
<h2 id="hors-de-france-dautres-proces-dautres-verdicts">Hors de France : d'autres procès, d'autres verdicts<a class="headerlink" href="#hors-de-france-dautres-proces-dautres-verdicts" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Partout où le roi de France n'était pas le maître, le <strong>procès des Templiers</strong> a tourné autrement. En Angleterre, la torture, à peine pratiquée, n'obtient presque rien. En Aragon, les frères de Miravet et de Monzón soutiennent un siège avant de se rendre ; le concile de Tarragone, en novembre 1312, les déclare innocents. En Castille, le concile de Salamanque, en 1310, conclut de même ; en Italie, le concile de Ravenne ; en Allemagne, à Mayence, les frères se présentent en armes et sont acquittés ; à Chypre, le premier procès les blanchit. Ce contraste est l'argument le plus fort des historiens contre la culpabilité de l'ordre.</p>
<h2 id="que-sont-devenus-les-templiers-apres-1312">Que sont devenus les Templiers après 1312 ?<a class="headerlink" href="#que-sont-devenus-les-templiers-apres-1312" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les frères qui avaient avoué et s'étaient réconciliés reçoivent une pension et finissent leur vie dans des monastères ou des maisons de l'Hôpital ; ceux qui avaient été déclarés innocents aussi. Les biens passent aux <a href="https://croisades.fr/posts/hospitaliers-histoire-complete/">Hospitaliers</a>, non sans que le roi de France en retienne une part au titre des frais du procès. Dans la péninsule Ibérique, ils fondent deux ordres nouveaux : <strong>Montesa</strong> en Aragon (1317) et l'<strong>ordre du Christ</strong> au Portugal (1319), qui reprend la croix rouge du Temple et la portera, sur les voiles des caravelles, jusqu'aux Indes. Ces héritiers et les autres ordres nés sur le modèle du Temple sont présentés dans notre <a href="https://croisades.fr/posts/ordres-militaires-meconnus-panorama/">panorama des ordres militaires méconnus</a>. Les « néo-templiers » qui se réclament de l'ordre depuis le XVIIIe siècle n'ont aucun lien avec lui.</p>
<h2 id="le-tresor-des-templiers-legende-ou-realite">Le trésor des Templiers : légende ou réalité ?<a class="headerlink" href="#le-tresor-des-templiers-legende-ou-realite" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le Temple était riche, mais d'une richesse de terres, de revenus et de dépôts, que les inventaires de 1307 décrivent sans rien de prodigieux. Rien n'indique qu'un trésor caché ait échappé à la saisie. La légende naît aux siècles suivants, se nourrit de la franc-maçonnerie du XVIIIe siècle, puis s'épanouit au XXe, à Gisors ou à Rennes-le-Château. Le vrai trésor du Temple est ailleurs : dans les commanderies encore debout, et dans l'exemple d'hommes qui n'avaient rien et ont tout donné.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Il demeure d'abord des pierres : la rotonde de Tomar, les murs de Château-Pèlerin battus par la mer, les chapelles des commanderies dans les campagnes de France, d'Angleterre et d'Espagne, la Temple Church de Londres où reposent encore des gisants de chevaliers. Il demeure une idée, celle que saint Bernard avait écrite pour eux : qu'un homme peut se faire moine sans quitter les armes, s'il les porte pour défendre le pèlerin et le faible, sans haine et sans profit ; elle a nourri tous les ordres militaires et toute la chevalerie chrétienne. Et il demeure une fidélité. Les frères exécutés après Hattin et à Safed, qui préférèrent la mort au reniement ; Guillaume de Beaujeu sur la brèche d'Acre ; Jacques de Molay se dressant devant Notre-Dame pour défendre son ordre au prix du bûcher : l'histoire du Temple s'achève dans une injustice, mais ses derniers mots sont ceux d'hommes qui sont restés debout.</p>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-templiers/">Les Templiers, moines et soldats (1119-1314)</a> — la présentation courte de l'ordre, en une page.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/hospitaliers-histoire-complete/">Les Hospitaliers : histoire complète</a> — l'ordre frère et rival, héritier des biens du Temple.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/comment-fonctionnait-un-ordre-militaire/">Comment fonctionnait un ordre militaire ?</a> — vœux, commanderies, responsions, chapitre et discipline, communs au Temple et aux autres ordres.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/teutoniques-histoire-complete/">Les Teutoniques : histoire complète</a> — l'ordre allemand qui prit la règle et le manteau blanc du Temple.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/hattin-1187/">La bataille de Hattin, 4 juillet 1187</a> — Cresson, Gérard de Ridefort et l'exécution des frères captifs.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/arsouf-1191/">Arsouf, 7 septembre 1191</a> — les Templiers à l'avant-garde de Richard Cœur de Lion.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/saint-louis-septieme-croisade/">Saint Louis en Égypte : la septième croisade</a> — Mansourah, où le Temple perd presque tous ses frères.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">La chute d'Acre, 1291</a> — Guillaume de Beaujeu et la dernière maison du Temple.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/fin-des-etats-latins/">La fin des États latins (1260-1291)</a> — Safed, Baghras, Tortose, Château-Pèlerin : les places perdues.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/chateaux-des-croises-guide/">Les châteaux des croisés : le guide complet</a> — Tortose, Chastel Blanc, Safed, Château-Pèlerin, Beaufort parmi les forteresses franques.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem-guide/">Le royaume de Jérusalem : le guide complet</a> — l'État que le Temple a défendu pendant deux siècles.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/qu-est-ce-qu-une-croisade/">Qu'est-ce qu'une croisade ?</a> — vœu, indulgence et idéal chevaleresque.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">Les croisades (1095-1291) : le guide complet</a> — le pilier du site.</li>
<li>Hugues de Payns, le concile de Troyes, la Règle, le sceau, la rafle de 1307, Chinon, <em>Vox in excelso</em>, Safed, Château-Pèlerin, le trésor : chacun aura son article dans la catégorie <a href="https://croisades.fr/categories/ordres-militaires/templiers/">Templiers</a>.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Sources médiévales.</strong> Guillaume de Tyr, <em>Chronicon</em>, XII, 7, sur la fondation · <em>Règle du Temple</em> et <em>Retraits</em>, éd. Henri de Curzon (1886), trad. J. M. Upton-Ward (1992) · Saint Bernard, <em>Liber ad milites Templi de laude novae militiae</em> (vers 1130) · Innocent II, <em>Omne datum optimum</em> (29 mars 1139) · Joinville, <em>Vie de Saint Louis</em>, § 381-383, sur le coffre du Temple · <em>Gestes des Chiprois</em> (chronique du « Templier de Tyr »), sur la mort de Guillaume de Beaujeu · Clément V, <em>Pastoralis praeeminentiae</em> (22 novembre 1307), <em>Vox in excelso</em> (22 mars 1312), <em>Ad providam</em> (2 mai 1312) · <em>Le Procès des Templiers</em>, éd. Jules Michelet (1841-1851) · Parchemin de Chinon, Archives apostoliques vaticanes, <em>Archivum Arcis</em> D 217-218 (août 1308) · Geoffroy de Paris, <em>Chronique métrique</em>, sur la mort de Jacques de Molay.
<strong>Historiens.</strong> Alain Demurger, <em>Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge</em> (Seuil, 2005) et <em>Jacques de Molay</em> (Payot, 2002) ; Malcolm Barber, <em>The New Knighthood. A History of the Order of the Temple</em> (Cambridge, 1994) et <em>The Trial of the Templars</em> (2e éd., 2006) ; Barbara Frale, <em>Il Papato e il processo ai Templari</em> (Viella, 2003) ; Jochen Burgtorf, <em>The Central Convent of Hospitallers and Templars</em> (Brill, 2008) ; <a href="https://www.archivioapostolicovaticano.va/" rel="nofollow noopener">Archives apostoliques vaticanes, <em>Processus contra Templarios</em></a>.</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Les chefs des croisades : qui a commandé quoi</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/chefs-des-croisades/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://croisades.fr/posts/chefs-des-croisades/</guid>
    <pubDate>Thu, 08 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Chefs croisés</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/chefs-des-croisades.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Godefroy et Bohémond en 1099, Richard et Barberousse en 1190, Dandolo en 1204, Saint Louis en 1250 et 1270 : les chefs croisés, expédition par expédition.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>Période</strong> : 1096-1272. <strong>Première croisade</strong> : Godefroy de Bouillon, Bohémond de Tarente, Raymond de Saint-Gilles, Tancrède, Robert de Normandie, Robert de Flandre, Étienne de Blois, Hugues de Vermandois. <strong>Deuxième</strong> : Conrad III et Louis VII. <strong>Troisième</strong> : Frédéric Barberousse, Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste. <strong>Quatrième</strong> : Thibaut III de Champagne, Boniface de Montferrat, Enrico Dandolo, Baudouin de Flandre. <strong>Cinquième</strong> : André II de Hongrie, Léopold VI d'Autriche, Jean de Brienne. <strong>Sixième</strong> : Frédéric II. <strong>Croisade des barons</strong> : Thibaut IV de Champagne. <strong>Septième et huitième</strong> : Saint Louis, Robert d'Artois, Charles d'Anjou ; puis Édouard d'Angleterre. <strong>Bilan</strong> : trois empereurs, sept rois, des dizaines de princes ; plusieurs ne sont jamais revenus.</p>
</div>
<p>Les <strong>chefs des croisades</strong> sont les princes, rois et empereurs qui ont pris la croix et conduit les grandes expéditions vers l'Orient entre 1096 et 1272 : <strong><a href="https://croisades.fr/posts/godefroy-de-bouillon/">Godefroy de Bouillon</a></strong> et <strong>Bohémond de Tarente</strong> en 1099, <strong>Richard Cœur de Lion</strong> et <strong>Philippe Auguste</strong> en 1191, <strong>Enrico Dandolo</strong> en 1204, <strong>Saint Louis</strong> en 1250 et en 1270. Aucun n'était un général au sens moderne : chacun commandait ses propres vassaux, et l'armée décidait en conseil. Cette page présente, expédition par expédition, ceux qui ont mené les croisés ; le cadre général se lit dans notre <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a>.</p>
<h2 id="les-chefs-des-croisades-en-cinq-lignes">Les chefs des croisades en cinq lignes<a class="headerlink" href="#les-chefs-des-croisades-en-cinq-lignes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La première croisade est une armée de barons sans roi, conduite par le légat du pape et un conseil de princes. Les suivantes sont des croisades de rois : France, Angleterre, Allemagne, Hongrie y engagent leur couronne, et parfois leur vie. La quatrième échappe à ses chefs et finit à Constantinople. Au XIIIe siècle, un empereur excommunié reprend Jérusalem par traité, puis un roi saint échoue deux fois et meurt devant Tunis. Tous ont en commun d'avoir quitté leur terre, engagé leur fortune et risqué leur salut sur une même promesse : délivrer et garder le tombeau du Christ.</p>
<h2 id="commander-une-croisade-un-pouvoir-fragile">Commander une croisade : un pouvoir fragile<a class="headerlink" href="#commander-une-croisade-un-pouvoir-fragile" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Une croisade n'a pas de chaîne de commandement. Chaque prince lève, nourrit et paie ses chevaliers ; il les conduit tant qu'il peut les payer, et ils le quittent quand il ne le peut plus. Le pape nomme un <strong>légat</strong> — Adhémar de Monteil en 1096, le cardinal Pélage en 1218 — qui porte l'autorité spirituelle, prêche, réconcilie les querelles, mais ne commande pas la cavalerie. Les décisions se prennent en <strong>conseil des barons</strong>, souvent après des jours de dispute ; l'armée elle-même, simples chevaliers et pèlerins à pied, pèse quand elle refuse d'avancer ou exige qu'on marche sur Jérusalem.</p>
<p>D'où les rivalités qui traversent toute l'histoire des croisades : Bohémond contre Raymond pour Antioche, Richard contre Philippe Auguste devant Acre, Frédéric II contre le pape. D'où aussi la grandeur de ceux qui ont su tenir ensemble des hommes que rien n'obligeait à rester. Prendre la croix coûtait cher : il fallait vendre ou engager ses terres — Godefroy vend Bouillon, Robert de Normandie met son duché en gage pour dix mille marcs —, et <a href="https://croisades.fr/posts/combien-coutait-une-croisade/">une croisade ruinait un prince</a> bien plus souvent qu'elle ne l'enrichissait. Qui étaient les hommes qui les suivaient, on le lit dans <a href="https://croisades.fr/posts/qui-etaient-les-croises/">qui étaient les croisés</a>.</p>
<h2 id="premiere-croisade-1096-1099-larmee-des-barons">Première croisade (1096-1099) : l'armée des barons<a class="headerlink" href="#premiere-croisade-1096-1099-larmee-des-barons" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La <a href="https://croisades.fr/posts/premiere-croisade/">première croisade</a> part sans aucun roi : Philippe Ier de France et l'empereur Henri IV sont tous deux excommuniés. Ce sont donc les grands vassaux qui répondent à l'appel d'Urbain II. Ils se retrouvent à Constantinople en 1096-1097, prêtent serment à l'empereur Alexis Comnène, prennent Nicée, gagnent à Dorylée, tiennent huit mois devant Antioche et entrent à <a href="https://croisades.fr/posts/prise-de-jerusalem-1099/">Jérusalem le 15 juillet 1099</a>.</p>
<h3 id="godefroy-de-bouillon-le-gardien-du-sepulcre">Godefroy de Bouillon, le gardien du Sépulcre<a class="headerlink" href="#godefroy-de-bouillon-le-gardien-du-sepulcre" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Duc de Basse-Lorraine, Godefroy vend son château de Bouillon pour partir à la tête des Lorrains. Il n'est ni le plus riche ni le plus habile des princes, mais il est le plus droit, et ses hommes sont parmi les premiers sur les murs de Jérusalem. Élu le 22 juillet 1099, il refuse, selon la tradition, de porter une couronne d'or là où le Christ avait porté une couronne d'épines, et prend le titre d'<strong>avoué du Saint-Sépulcre</strong>. Il bat l'armée égyptienne à Ascalon le 12 août et meurt le 18 juillet 1100. Son portrait complet : <a href="https://croisades.fr/posts/godefroy-de-bouillon/">Godefroy de Bouillon</a>.</p>
<h3 id="bohemond-de-tarente-le-normand-ambitieux">Bohémond de Tarente, le Normand ambitieux<a class="headerlink" href="#bohemond-de-tarente-le-normand-ambitieux" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Fils de Robert Guiscard, le conquérant normand de l'Italie du Sud, <strong>Bohémond</strong> est le meilleur soldat de l'armée. C'est lui qui obtient, par l'intelligence avec un défenseur, la prise d'Antioche le 3 juin 1098, et lui qui commande la sortie victorieuse du 28 juin contre l'émir Kerbogha. Mais il garde Antioche pour lui, au mépris du serment fait à Byzance, et ne marche pas sur Jérusalem. Capturé par les Turcs danichmendides en 1100, libéré en 1103, il rentre en Occident lever une armée contre l'empire byzantin ; vaincu devant Durazzo, il signe le traité de Devol en 1108 et meurt en Apulie en 1111. Son mausolée se dresse toujours à Canosa.</p>
<h3 id="raymond-de-saint-gilles-le-doyen">Raymond de Saint-Gilles, le doyen<a class="headerlink" href="#raymond-de-saint-gilles-le-doyen" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Comte de Toulouse et marquis de Provence, <strong>Raymond de Saint-Gilles</strong> est le premier prince à prendre la croix après Clermont, le plus âgé et le plus riche. Il marche avec le légat Adhémar, protège la découverte de la Sainte Lance à Antioche et assiège longtemps Arqa avant que l'armée ne l'oblige à reprendre la route de Jérusalem. Selon son chapelain Raymond d'Aguilers, il refusa d'être roi dans la ville du Christ. Il ne rentra jamais : il guide la croisade de 1101, puis met le siège devant Tripoli, bâtit en face d'elle le château du Mont-Pèlerin et y meurt le 28 février 1105. Son fils prendra la ville en 1109.</p>
<h3 id="tancrede-le-chevalier-de-galilee">Tancrède, le chevalier de Galilée<a class="headerlink" href="#tancrede-le-chevalier-de-galilee" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Neveu de Bohémond, <strong>Tancrède</strong> a vingt ans à peine au départ. Il est de toutes les avant-gardes, entre dans Jérusalem parmi les premiers et reçoit la principauté de Galilée. Il gouverne ensuite Antioche pendant la captivité puis l'absence de son oncle, bat l'émir d'Alep Ridwan à Artah en 1105 et meurt le 12 décembre 1112. Son biographe Raoul de Caen, puis le Tasse dans <em>La Jérusalem délivrée</em>, en feront le modèle du chevalier croisé.</p>
<h3 id="robert-courteheuse-duc-de-normandie">Robert Courteheuse, duc de Normandie<a class="headerlink" href="#robert-courteheuse-duc-de-normandie" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p>Fils aîné de Guillaume le Conquérant, <strong>Robert Courteheuse</strong> engage son duché à son frère Guillaume le Roux pour dix mille marcs d'argent afin de partir. Courageux au combat — il s'empare de l'étendard du vizir égyptien à Ascalon —, il rentre en 1100. Il perd la Normandie à Tinchebray en 1106 face à son autre frère Henri Ier, qui le garde prisonnier jusqu'à sa mort, en 1134. Son gisant de bois, à la cathédrale de Gloucester, le montre jambes croisées, en croisé.</p>
<h3 id="robert-de-flandre-etienne-de-blois-hugues-de-vermandois">Robert de Flandre, Étienne de Blois, Hugues de Vermandois<a class="headerlink" href="#robert-de-flandre-etienne-de-blois-hugues-de-vermandois" title="Lien vers cette section">#</a></h3>
<p><strong>Robert II de Flandre</strong> combat à Dorylée, à Antioche, à Jérusalem et à Ascalon ; il rentre en 1100 avec le surnom de « Hiérosolymitain » et meurt en 1111. <strong>Étienne de Blois</strong>, gendre du Conquérant, écrit à sa femme Adèle des lettres qui comptent parmi les plus beaux témoignages de la croisade ; mais il quitte Antioche la veille de sa prise, en juin 1098. Renvoyé en Orient par Adèle, il revient en 1101 et meurt au combat à Ramla en mai 1102 : il a lavé sa fuite par son sang. <strong>Hugues de Vermandois</strong>, frère du roi de France, arrive le premier à Constantinople après un naufrage, rentre après Antioche, repart en 1101 et meurt de ses blessures à Tarse le 18 octobre 1101. Ces croisés de 1101 sont racontés dans <a href="https://croisades.fr/posts/croisades-oubliees-expeditions-mineures/">les croisades oubliées</a>.</p>
<h2 id="les-renforts-de-1176-1177-guillaume-longue-epee-et-philippe-de-flandre">Les renforts de 1176-1177 : Guillaume Longue-Épée et Philippe de Flandre<a class="headerlink" href="#les-renforts-de-1176-1177-guillaume-longue-epee-et-philippe-de-flandre" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Entre les grandes expéditions, des princes viennent seuls au secours du royaume. <strong>Guillaume Longue-Épée</strong>, fils du marquis de Montferrat, débarque en 1176 pour épouser Sibylle, sœur du roi lépreux Baudouin IV ; il meurt de fièvre dès juin 1177, laissant un fils posthume, le futur Baudouin V. <strong>Philippe de Flandre</strong> arrive à l'été 1177 avec une armée ; on lui offre la régence, il la refuse, puis refuse aussi l'expédition prévue contre l'Égypte et part assiéger Harim au nord. La victoire de Montgisard, le 25 novembre 1177, se fait sans lui. Il rachètera ce refus quatorze ans plus tard : revenu avec la troisième croisade, il meurt au siège d'Acre le 1er juin 1191.</p>
<h2 id="deuxieme-croisade-1147-1149-deux-rois-devant-damas">Deuxième croisade (1147-1149) : deux rois devant Damas<a class="headerlink" href="#deuxieme-croisade-1147-1149-deux-rois-devant-damas" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Après la chute d'Édesse, saint Bernard prêche la <a href="https://croisades.fr/posts/deuxieme-croisade/">deuxième croisade</a>, la première conduite par des souverains.</p>
<p><strong>Conrad III de Hohenstaufen</strong>, roi des Romains, prend la croix à Spire à Noël 1146, emporté par la parole de saint Bernard. Il traverse l'Anatolie trop vite et voit son armée détruite par les Turcs près de Dorylée en octobre 1147. Malade, soigné à Constantinople par l'empereur Manuel, il gagne Acre par mer, participe au concile de juin 1148 et au siège de Damas, abandonné après quatre jours en juillet 1148.</p>
<p><strong>Louis VII</strong>, roi de France, prend la croix à Vézelay le 31 mars 1146 et part avec la reine <strong>Aliénor d'Aquitaine</strong>. Son armée est décimée au mont Cadmos en janvier 1148 ; il se replie par mer sur Antioche, où éclate la brouille avec Aliénor, puis rejoint Conrad devant Damas. Il reste en Terre sainte jusqu'à Pâques 1149, en pèlerin, et rentre sans victoire. Il gardera de ce voyage une piété que tous ses contemporains ont notée.</p>
<h2 id="troisieme-croisade-1189-1192-les-trois-grands">Troisième croisade (1189-1192) : les trois grands<a class="headerlink" href="#troisieme-croisade-1189-1192-les-trois-grands" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Jérusalem tombée en 1187, les trois plus grands souverains d'Occident prennent la croix : c'est la <a href="https://croisades.fr/posts/troisieme-croisade/">troisième croisade</a>, dite « croisade des rois ».</p>
<p><strong>Frédéric Barberousse</strong>, empereur, près de soixante-dix ans, prend la croix à Mayence le 27 mars 1188 et part de Ratisbonne en mai 1189 avec la plus nombreuse armée de toutes les croisades. Il traverse l'Anatolie, prend Iconium en mai 1190 — puis se noie dans le Saleph, en Cilicie, le 10 juin 1190. Son armée se disperse ; quelques milliers d'hommes seulement atteignent Acre.</p>
<p><strong>Richard Cœur de Lion</strong>, roi d'Angleterre, conquiert Chypre en mai 1191, arrive devant Acre le 8 juin et en obtient la reddition le 12 juillet. Le 20 août, Saladin tardant à exécuter l'accord, il fait mettre à mort quelque 2 700 prisonniers devant les murs : c'est la page la plus sombre de sa croisade, que les chroniqueurs des deux camps rapportent. Vainqueur de Saladin à <a href="https://croisades.fr/posts/arsouf-1191/">Arsouf le 7 septembre 1191</a> puis à Jaffa en août 1192, il approche deux fois de Jérusalem sans l'assiéger, jugeant qu'il ne pourrait la garder, et conclut avec <a href="https://croisades.fr/posts/saladin/">Saladin</a> le traité de Jaffa du 2 septembre 1192. Capturé sur le chemin du retour, il reste prisonnier en Allemagne jusqu'en février 1194.</p>
<p><strong>Philippe Auguste</strong>, roi de France, arrive devant Acre le 20 avril 1191, y dirige les machines de siège, mais tombe malade et repart dès la fin de juillet 1191, laissant le gros de ses troupes au duc de Bourgogne. Son départ a été jugé sévèrement ; il avait un royaume à défendre et un rival, Richard, dont il se méfiait.</p>
<p>Après eux, <strong>Henri VI</strong>, fils de Barberousse, prépare la croisade allemande de 1197 ; il meurt à Messine le 28 septembre 1197 sans s'être embarqué, mais ses troupes reprennent Sidon et Beyrouth, et c'est dans leur sillage que les Teutoniques deviennent un ordre militaire.</p>
<h2 id="quatrieme-croisade-1202-1204-les-chefs-depasses">Quatrième croisade (1202-1204) : les chefs dépassés<a class="headerlink" href="#quatrieme-croisade-1202-1204-les-chefs-depasses" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La <a href="https://croisades.fr/posts/quatrieme-croisade/">quatrième croisade</a> est l'histoire d'une armée qui échappe à ses chefs.</p>
<p><strong>Thibaut III de Champagne</strong> prend la croix au tournoi d'Écry, en novembre 1199, et devient le chef désigné ; il meurt à vingt-deux ans, le 24 mai 1201, avant le départ, léguant son trésor aux croisés. <strong>Boniface de Montferrat</strong>, marquis piémontais, frère de Conrad de Montferrat, le remplace en 1201. C'est lui qui accueille le jeune prince byzantin Alexis et accepte le détour par Constantinople ; après le sac de 1204, il devient roi de Thessalonique et meurt dans une embuscade bulgare en septembre 1207.</p>
<p><strong>Enrico Dandolo</strong>, doge de Venise, est presque aveugle et a près de quatre-vingt-dix ans. Il prend la croix à Saint-Marc, fait payer la dette des croisés par la prise de Zara, chrétienne, en novembre 1202, puis mène lui-même l'assaut naval contre Constantinople, debout à la proue avec la bannière de saint Marc, selon Villehardouin. Il meurt à Constantinople au printemps 1205 et repose à Sainte-Sophie. <strong>Baudouin de Flandre</strong>, comte de Flandre et de Hainaut, est élu premier empereur latin de Constantinople et couronné le 16 mai 1204 ; capturé par les Bulgares du tsar Kaloyan à Andrinople le 14 avril 1205, il meurt en captivité.</p>
<p>Tous n'ont pas suivi. Devant Zara, <strong>Simon de Montfort</strong> refuse de combattre des chrétiens malgré l'interdiction du pape et gagne la Syrie par ses propres moyens ; il deviendra le chef de la croisade des albigeois et sera tué devant Toulouse le 25 juin 1218. Le pape Innocent III excommunie les croisés de Zara et condamnera le sac de Constantinople.</p>
<h2 id="cinquieme-croisade-1217-1221-damiette">Cinquième croisade (1217-1221) : Damiette<a class="headerlink" href="#cinquieme-croisade-1217-1221-damiette" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La <a href="https://croisades.fr/posts/cinquieme-croisade/">cinquième croisade</a> s'ouvre avec <strong>André II de Hongrie</strong>, qui débarque à Acre à l'automne 1217 et repart dès janvier 1218 après des chevauchées sans résultat et l'échec devant la forteresse du mont Thabor. <strong>Léopold VI d'Autriche</strong> reste plus longtemps et combat devant Damiette jusqu'en 1219.</p>
<p>Le vrai chef militaire est <strong>Jean de Brienne</strong>, chevalier champenois devenu roi de Jérusalem en 1210 par son mariage avec la reine Marie. Il conduit le siège de Damiette, prise le 5 novembre 1219, et conseille d'accepter l'offre du sultan al-Kamil : Jérusalem contre Damiette. Le légat <strong>Pélage</strong> refuse ; la marche sur Le Caire en 1221, prise dans la crue du Nil, finit par la capitulation du 30 août. Jean de Brienne finit sa vie comme régent et empereur de Constantinople, qu'il défend en 1235-1236, et meurt en 1237 sous l'habit franciscain.</p>
<h2 id="sixieme-croisade-1228-1229-frederic-ii-jerusalem-sans-combat">Sixième croisade (1228-1229) : Frédéric II, Jérusalem sans combat<a class="headerlink" href="#sixieme-croisade-1228-1229-frederic-ii-jerusalem-sans-combat" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Frédéric II</strong>, petit-fils de Barberousse, a pris la croix en 1215 et l'a sans cesse remise. Excommunié par Grégoire IX en septembre 1227, il part quand même et débarque à Acre en septembre 1228. Devenu roi de Jérusalem par son mariage avec Isabelle II, fille de Jean de Brienne, il négocie avec al-Kamil le traité de Jaffa du 18 février 1229, qui rend Jérusalem aux chrétiens pour dix ans. Il se couronne lui-même au Saint-Sépulcre le 18 mars 1229. La <a href="https://croisades.fr/posts/sixieme-croisade/">sixième croisade</a> est la seule qui ait rendu Jérusalem aux Latins — sans bataille, et par un excommunié.</p>
<p>Dix ans plus tard, <strong>Thibaut IV de Champagne</strong>, roi de Navarre et poète, conduit la croisade des barons (1239-1240) : défaite à Gaza le 13 novembre 1239, puis négociation habile qui fait rendre aux Francs Beaufort et Safed. Ses chansons de croisade sont parmi les plus belles de la langue d'oïl.</p>
<h2 id="septieme-et-huitieme-croisades-1248-1270-saint-louis">Septième et huitième croisades (1248-1270) : Saint Louis<a class="headerlink" href="#septieme-et-huitieme-croisades-1248-1270-saint-louis" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Saint Louis</strong> prend la croix en décembre 1244, à peine relevé d'une maladie mortelle. La <a href="https://croisades.fr/posts/septieme-croisade/">septième croisade</a> prend Damiette le 6 juin 1249 ; le 8 février 1250, à Mansourah, son frère <strong>Robert d'Artois</strong>, emporté par sa fougue malgré les avis des Templiers, charge dans la ville et y périt avec une grande partie de l'avant-garde. Le roi tient le champ de bataille, mais l'armée, rongée par la maladie, est prise dans la retraite, et Louis capturé le 6 avril 1250. Libéré contre rançon, il reste quatre ans en Terre sainte à fortifier Acre, Césarée, Jaffa et Sidon. Son récit complet : <a href="https://croisades.fr/posts/saint-louis-septieme-croisade/">Saint Louis et la septième croisade</a>.</p>
<p>En 1270, malade, il repart : la <a href="https://croisades.fr/posts/huitieme-croisade/">huitième croisade</a> débarque devant Tunis, où il meurt le 25 août 1270. Son frère <strong>Charles d'Anjou</strong>, roi de Sicile, arrive le jour même ; il négocie avec l'émir de Tunis un traité avantageux et rembarque l'armée. Il achètera en 1277 les droits au trône de Jérusalem, rêvant d'un empire méditerranéen que les Vêpres siciliennes ruineront en 1282.</p>
<p>Le dernier est <strong>Édouard d'Angleterre</strong>, fils d'Henri III, qui débarque à Acre le 9 mai 1271 avec un millier d'hommes. Trop peu nombreux pour reprendre quoi que ce soit, il obtient de Baybars une trêve signée en mai 1272, survit en juin à un coup de poignard empoisonné, et rentre pour devenir roi sous le nom d'Édouard Ier. Après lui, aucun souverain ne viendra plus en Terre sainte avant la <a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">chute d'Acre en 1291</a>.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Il demeure d'abord une liste de morts. Barberousse dans le Saleph, Raymond devant Tripoli, Étienne à Ramla, Hugues à Tarse, Thibaut avant même le départ, Robert d'Artois à Mansourah, Saint Louis devant Tunis : des hommes qui avaient tout — couronnes, terres, familles — et qui l'ont laissé pour une ville qu'aucun d'eux n'aurait possédée. Les historiens discutent leurs calculs et leurs ambitions, et ils ont raison de le faire ; mais aucun calcul ne fait traverser l'Anatolie à soixante-dix ans ni repartir en croisade un roi mourant.</p>
<p>Il demeure des modèles, et des contre-modèles. Godefroy refusant la couronne d'or, Raymond refusant d'être roi dans la ville du Christ, Étienne de Blois revenant laver sa fuite, Saint Louis captif refusant de renier sa foi : l'idéal chevaleresque n'était pas un rêve de poète, il avait des noms. À côté, Bohémond gardant Antioche, Dandolo détournant une croisade, Richard faisant égorger ses prisonniers rappellent que la croix sur l'épaule ne dispensait pas de la conversion du cœur. L'Église, qui a canonisé Louis IX en 1297, n'a canonisé aucun des autres : elle a su faire la différence.</p>
<p>Il demeure enfin des lieux : le château de Bouillon, le mausolée de Canosa, le gisant de Gloucester, la Sainte-Chapelle bâtie par Saint Louis pour la Couronne d'épines, la dalle de Dandolo à Sainte-Sophie. Ils disent qu'il y eut un temps où les plus puissants de l'Occident tenaient pour le plus grand honneur de servir, en armes, le tombeau d'un crucifié.</p>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/godefroy-de-bouillon/">Godefroy de Bouillon</a> — le portrait complet du premier gardien du Saint-Sépulcre.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/saint-louis-septieme-croisade/">Saint Louis en Égypte : la septième croisade</a> — Damiette, Mansourah, la captivité.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/20-personnages-des-croisades/">Les 20 personnages à connaître pour comprendre les croisades</a> — les chefs croisés parmi les papes, les reines et les sultans.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/chronologie-complete-des-croisades/">Chronologie complète des croisades</a> — le tableau des expéditions, avec leurs chefs.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/premiere-croisade/">La première croisade</a>, <a href="https://croisades.fr/posts/troisieme-croisade/">la troisième</a>, <a href="https://croisades.fr/posts/quatrieme-croisade/">la quatrième</a>, <a href="https://croisades.fr/posts/septieme-croisade/">la septième</a> — les récits complets.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/saladin/">Saladin</a> — l'adversaire que Richard n'a jamais vaincu tout à fait.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/adversaires-des-croises-grands-chefs-musulmans/">Les grands chefs musulmans face aux croisés</a> — l'autre camp : sultans et émirs, de Nicée à Acre.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">Les croisades (1095-1291) : le guide complet</a> — le pilier du site.</li>
<li>Tous les portraits : <a href="https://croisades.fr/categories/figures/chefs-croises/">Chefs croisés</a>.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Sources médiévales.</strong> <em>Gesta Francorum</em> ; Raymond d'Aguilers, <em>Historia Francorum qui ceperunt Iherusalem</em> ; Albert d'Aix, <em>Historia Hierosolymitana</em> ; Foucher de Chartres, <em>Historia Hierosolymitana</em> ; Raoul de Caen, <em>Gesta Tancredi</em> ; Anne Comnène, <em>Alexiade</em>, X-XIII ; lettres d'Étienne de Blois à Adèle (1097-1098) ; Eudes de Deuil, <em>De profectione Ludovici VII in Orientem</em> ; <em>Itinerarium peregrinorum et gesta regis Ricardi</em> et Ambroise, <em>L'Estoire de la guerre sainte</em> ; Bahâ ad-Dîn Ibn Shaddâd, <em>Vie de Saladin</em> ; Geoffroy de Villehardouin, <em>La Conquête de Constantinople</em>, et Robert de Clari ; Olivier de Paderborn, <em>Historia Damiatina</em> ; Jean de Joinville, <em>Vie de Saint Louis</em> ; Ibn al-Athîr, <em>Al-Kâmil fî l-târîkh</em>.
<strong>Historiens.</strong> Jonathan Riley-Smith, <em>The First Crusaders, 1095-1131</em> (1997) ; Jean Flori, <em>Bohémond d'Antioche, chevalier d'aventure</em> (2007) et <em>Richard Cœur de Lion, le roi-chevalier</em> (1999) ; Jacques Le Goff, <em>Saint Louis</em> (Gallimard, 1996) ; Christopher Tyerman, <em>God's War. A New History of the Crusades</em> (2006) ; Michel Balard, <em>Les Latins en Orient, XIe-XVe siècle</em> (PUF, 2006).</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Pourquoi les croisades ? Les causes expliquées</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/pourquoi-les-croisades/</link>
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    <pubDate>Thu, 08 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Origines</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/pourquoi-les-croisades.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Turcs à Manzikert (1071) et à Jérusalem (1073), appel d'Alexis Comnène, réforme de l'Église, paix de Dieu : pourquoi Urbain II lance la croisade en 1095.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>Date</strong> : appel lancé le 27 novembre 1095, à Clermont. <strong>Auteur</strong> : le pape <strong>Urbain II</strong>. <strong>Déclencheur</strong> : l'appel de l'empereur byzantin <strong>Alexis Comnène</strong>, porté au concile de Plaisance en mars 1095. <strong>Menace</strong> : les Turcs seldjoukides, vainqueurs à Manzikert (1071), maîtres de Jérusalem (1073), de Nicée et d'Antioche. <strong>Causes profondes</strong> : le pèlerinage à Jérusalem et la mémoire de la destruction du Saint-Sépulcre (1009) ; la réforme grégorienne ; la paix de Dieu et la christianisation de la chevalerie. <strong>But annoncé</strong> : secourir les chrétiens d'Orient et délivrer Jérusalem. <strong>Promesse</strong> : le voyage, fait par dévotion, vaut pour toute pénitence.</p>
</div>
<p>Les <strong>croisades</strong> ont commencé parce qu'un empereur chrétien d'Orient, Alexis Comnène, a demandé du secours contre les Turcs, et qu'un pape, <strong><a href="https://croisades.fr/posts/qui-a-lance-les-croisades/">Urbain II</a></strong>, a transformé cet appel en un pèlerinage armé pour délivrer Jérusalem et le <strong><a href="https://croisades.fr/posts/pourquoi-le-saint-sepulcre-comptait-tant/">Saint-Sépulcre</a></strong>. Derrière ce geste de 1095, il y a un siècle de pèlerinages, de réforme de l'Église et de conversion de la chevalerie. Cette page explique chacune de ces causes, et ce qu'il faut penser des explications plus récentes ; le cadre général se lit dans notre <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a>.</p>
<h2 id="les-causes-des-croisades-en-cinq-lignes">Les causes des croisades en cinq lignes<a class="headerlink" href="#les-causes-des-croisades-en-cinq-lignes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Une cause immédiate : la poussée turque en Orient et l'appel d'Alexis Comnène. Une cause sacrée : Jérusalem, où le Christ est mort et ressuscité, et la route des pèlerins devenue dangereuse. Une cause d'Église : une papauté réformée qui veut et peut parler à toute la chrétienté. Une cause de société : une chevalerie que l'Église cherche depuis un siècle à détourner des guerres privées vers la défense des faibles. Et une étincelle : le discours de Clermont, qui promet au guerrier la rémission de ses péchés s'il part « par dévotion seule ».</p>
<h2 id="le-contexte-un-monde-de-1095-coupe-en-trois">Le contexte : un monde de 1095 coupé en trois<a class="headerlink" href="#le-contexte-un-monde-de-1095-coupe-en-trois" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Autour de la Méditerranée, trois mondes se font face. À l'ouest, une chrétienté latine morcelée en seigneuries, où la papauté s'affirme. À l'est, l'<strong>empire byzantin</strong>, héritier de Rome, chrétien et grec, qui a longtemps tenu la frontière d'Asie. Au sud et à l'est, l'islam, lui-même divisé : califat fatimide chiite au Caire, califat abbasside sunnite à Bagdad, sous la tutelle des sultans turcs <strong>seldjoukides</strong> venus d'Asie centrale.</p>
<p>Jérusalem est en terre d'islam depuis 638. Pendant quatre siècles, les chrétiens d'Orient y vivent en <em>dhimmis</em>, protégés soumis à un impôt, et les pèlerins d'Occident y viennent, avec des périodes de paix et des périodes de violence. Ce n'est donc pas la domination musulmane sur Jérusalem en elle-même qui déclenche la croisade, c'est ce qui change au XIe siècle.</p>
<h2 id="le-pelerinage-a-jerusalem-la-route-des-penitents">Le pèlerinage à Jérusalem : la route des pénitents<a class="headerlink" href="#le-pelerinage-a-jerusalem-la-route-des-penitents" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le <strong>pèlerinage</strong> à Jérusalem est, au XIe siècle, la plus haute des pénitences. On y va pour expier un crime, accomplir un vœu, mourir près du tombeau du Christ. Raoul Glaber rapporte qu'autour de l'an mil une foule « innombrable » prend la route ; en 1064-1065, le grand pèlerinage allemand conduit par l'évêque Gunther de Bamberg rassemble plusieurs milliers de personnes, et il est attaqué par des pillards près de Ramla. Le croisé de 1096 se pense d'abord comme un pèlerin : il prend la croix comme on prend le bourdon, fait un vœu, et la croisade s'appelle dans les textes <em>iter</em>, <em>peregrinatio</em>, le voyage. Ce lien entre pèlerinage et croisade fera l'objet d'un article de cette catégorie.</p>
<h2 id="1009-la-destruction-du-saint-sepulcre">1009 : la destruction du Saint-Sépulcre<a class="headerlink" href="#1009-la-destruction-du-saint-sepulcre" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>À l'automne 1009, le calife fatimide <strong>al-Hakim</strong> fait raser la basilique du Saint-Sépulcre, construite par Constantin. Les chroniqueurs d'Occident, Adémar de Chabannes et Raoul Glaber, en font le récit ; l'émotion est immense. L'église ne sera relevée qu'en partie, par les Byzantins, vers 1048. Al-Hakim fut un souverain imprévisible, qui persécuta aussi les juifs et une partie de ses sujets musulmans, et son successeur rétablit la tolérance ; mais l'Occident a retenu que le tombeau du Christ pouvait être détruit. Ce que représentait ce lieu, on le lit dans <a href="https://croisades.fr/posts/pourquoi-le-saint-sepulcre-comptait-tant/">pourquoi le Saint-Sépulcre comptait-il tant ?</a></p>
<h2 id="manzikert-1071-lanatolie-perdue">Manzikert (1071) : l'Anatolie perdue<a class="headerlink" href="#manzikert-1071-lanatolie-perdue" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le 26 août 1071, à <strong>Manzikert</strong>, en Arménie, l'empereur Romain IV Diogène est vaincu et capturé par le sultan seldjoukide Alp Arslan. La défaite elle-même n'est pas un désastre militaire, mais elle ouvre une décennie de guerres civiles byzantines pendant lesquelles les Turcs se répandent dans toute l'Anatolie. Vers 1081, ils ont fait de <strong>Nicée</strong>, à quelques jours de marche de Constantinople, la capitale d'un sultanat ; en 1084-1085, ils prennent <strong>Antioche</strong>, l'un des cinq grands patriarcats de la chrétienté. En vingt ans, l'empire a perdu les provinces qui le nourrissaient et la route terrestre des pèlerins traverse désormais un pays en guerre.</p>
<h2 id="1073-les-turcs-a-jerusalem">1073 : les Turcs à Jérusalem<a class="headerlink" href="#1073-les-turcs-a-jerusalem" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>En 1073, un chef turc, <strong>Atsiz</strong>, enlève Jérusalem aux Fatimides ; il la reprend après une révolte en 1077, avec des massacres que rapportent les chroniqueurs musulmans eux-mêmes. Les pèlerins latins trouvent une route plus dangereuse et des droits de passage plus lourds ; les chrétiens d'Orient, une domination plus dure. Les récits qui parviennent en Occident, sans doute grossis, décrivent des pèlerins rançonnés et des églises profanées. Détail que l'on oublie souvent : en août 1098, pendant que les croisés assiègent Antioche, les <strong>Fatimides</strong> reprennent Jérusalem aux Turcs ; c'est à eux que la <a href="https://croisades.fr/posts/premiere-croisade/">première croisade</a> la prendra en 1099.</p>
<h2 id="lappel-dalexis-comnene-et-le-concile-de-plaisance-mars-1095">L'appel d'Alexis Comnène et le concile de Plaisance (mars 1095)<a class="headerlink" href="#lappel-dalexis-comnene-et-le-concile-de-plaisance-mars-1095" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Alexis Comnène</strong>, empereur depuis 1081, a redressé l'empire à force d'habileté, mais il manque de soldats. Il recrute depuis longtemps des mercenaires occidentaux. La mort du sultan Malik Shah, en 1092, divise les Turcs et lui offre une chance de reprendre l'Anatolie. En mars 1095, ses ambassadeurs se présentent au <strong>concile de Plaisance</strong>, présidé par Urbain II, et, selon le chroniqueur Bernold de Constance, supplient le pape d'exhorter les chrétiens à venir défendre l'Église d'Orient contre les païens. Alexis demandait des troupes ; il recevra une armée de pèlerins qu'il n'avait ni prévue ni voulue. Ce malentendu pèsera sur toute l'histoire des croisades.</p>
<h2 id="la-reforme-gregorienne-une-papaute-qui-peut-parler-a-tous">La réforme grégorienne : une papauté qui peut parler à tous<a class="headerlink" href="#la-reforme-gregorienne-une-papaute-qui-peut-parler-a-tous" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Depuis le milieu du XIe siècle, la <strong>réforme grégorienne</strong>, du nom de Grégoire VII (1073-1085), libère l'Église de la tutelle des princes, combat la simonie et le mariage des prêtres, et fait du pape la tête effective de la chrétienté latine. Grégoire VII lui-même, en 1074, avait conçu le projet de conduire une armée au secours des chrétiens d'Orient, jusqu'au Saint-Sépulcre ; la querelle avec l'empereur Henri IV l'en empêcha. En Espagne, les papes encouragent déjà la lutte contre les royaumes musulmans (Barbastro en 1064, Tolède reprise en 1085). Urbain II, ancien moine de Cluny, hérite de cette autorité et de ces idées : en 1095, il est le seul homme d'Occident capable d'appeler toute la chevalerie à un même but.</p>
<h2 id="la-paix-de-dieu-et-la-chevalerie-du-xie-siecle">La paix de Dieu et la chevalerie du XIe siècle<a class="headerlink" href="#la-paix-de-dieu-et-la-chevalerie-du-xie-siecle" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Depuis la fin du Xe siècle, les conciles de <strong>paix de Dieu</strong> (Charroux, 989) interdisent de s'en prendre aux clercs, aux paysans, aux marchands ; la trêve de Dieu (Toulouges, 1027) interdit de combattre certains jours. L'Église ne supprime pas la guerre, elle tente de la limiter et de la sanctifier. La <strong>chevalerie</strong> naissante, ces cavaliers lourdement armés qui vivent de la guerre, est à la fois le problème et la solution : violente, elle se sait en état de péché ; chrétienne, elle cherche un moyen de se sauver sans quitter les armes. Le concile de Clermont commence d'ailleurs par renouveler la paix de Dieu. La croisade offre au chevalier ce que la paix de Dieu lui demandait : tourner son épée vers la défense des faibles et de l'Église, et faire de son métier une pénitence.</p>
<h2 id="urbain-ii-et-clermont-letincelle">Urbain II et Clermont : l'étincelle<a class="headerlink" href="#urbain-ii-et-clermont-letincelle" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le 27 novembre 1095, à <strong>Clermont</strong>, Urbain II réunit tous ces fils. Nous n'avons pas son discours mot pour mot, mais quatre récits de chroniqueurs et un texte sûr, le canon du concile : quiconque partira pour libérer l'Église de Dieu à Jérusalem « par dévotion seulement, et non pour obtenir honneur ou argent », verra ce voyage compté pour toute pénitence. La foule répond « Dieu le veut ». Le récit complet : <a href="https://croisades.fr/posts/clermont-1095/">Clermont, 27 novembre 1095 : l'appel d'Urbain II</a>, et le portrait de ceux qui l'ont rendu possible : <a href="https://croisades.fr/posts/qui-a-lance-les-croisades/">qui a lancé les croisades ?</a></p>
<h2 id="les-mauvaises-explications-terres-cadets-colonies">Les mauvaises explications : terres, cadets, colonies<a class="headerlink" href="#les-mauvaises-explications-terres-cadets-colonies" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Trois explications circulent encore. La première fait des croisés des <strong>cadets sans terre</strong> en quête de fiefs : or les études des chartes de départ ont montré que partaient surtout des aînés et des chefs de famille, qui vendaient ou engageaient leurs biens, et que la plupart revinrent ruinés ou ne revinrent pas — voir <a href="https://croisades.fr/posts/qui-etaient-les-croises/">qui étaient les croisés</a> et <a href="https://croisades.fr/posts/combien-coutait-une-croisade/">combien coûtait une croisade</a>. La deuxième en fait une entreprise <strong>commerciale</strong> : les Italiens n'y entrent qu'après coup, et la première croisade part par la terre. La troisième y voit une <strong>colonisation</strong> à la manière du XIXe siècle : mais aucune métropole ne gouvernait les États latins, et le but était un lieu saint, non un marché. Des ambitions personnelles ont existé — Bohémond en est l'exemple —, mais elles ne suffisent pas à expliquer qu'on parte par dizaines de milliers vers une mort probable. La question de la nature de cette guerre est traitée dans <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guerre-de-religion/">les croisades étaient-elles une guerre de religion ?</a> et celle de sa légitimité dans <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-etaient-elles-justes/">les croisades étaient-elles justes ?</a></p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Il demeure une réponse simple, que les historiens les plus sérieux ont fini par rejoindre après un siècle d'explications économiques : les croisés sont partis pour Dieu. Pour secourir des frères chrétiens qu'ils ne connaissaient pas, pour rouvrir la route d'un tombeau vide, pour expier leurs péchés en donnant ce qu'ils avaient de plus précieux, leurs biens, leur famille, leur vie. On peut juger leurs moyens, et l'Église l'a fait ; on ne comprend rien à leur départ si l'on retire la foi.</p>
<p>Il demeure aussi une leçon sur la charité entre chrétiens : en 1095, l'Occident latin et l'Orient grec étaient séparés depuis 1054, et c'est pourtant pour l'Église d'Orient que le pape a appelé. Et il demeure, à Jérusalem, le Saint-Sépulcre, rebâti par les croisés et consacré le 15 juillet 1149, cinquante ans jour pour jour après leur entrée dans la ville : c'est l'église où prient encore aujourd'hui les pèlerins. La cause des croisades a une adresse, et elle est toujours ouverte.</p>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/clermont-1095/">Clermont, 27 novembre 1095 : l'appel d'Urbain II</a> — le concile, le discours selon les quatre chroniqueurs, l'indulgence.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/pourquoi-le-saint-sepulcre-comptait-tant/">Pourquoi le Saint-Sépulcre comptait-il tant ?</a> — le tombeau du Christ, cœur de la croisade.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/qui-a-lance-les-croisades/">Qui a lancé les croisades ?</a> — Urbain II, Alexis Comnène, Pierre l'Ermite.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/qui-etaient-les-croises/">Qui étaient les croisés ?</a> — qui partait, à quel prix, et le mythe des cadets sans terre.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/premiere-croisade/">La première croisade (1096-1099)</a> — ce que l'appel a produit, de Constantinople à Jérusalem.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guerre-de-religion/">Les croisades étaient-elles une guerre de religion ?</a> — ce que le mot veut dire et ce qu'il ne dit pas.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/quand-commencent-et-finissent-les-croisades/">Quand commencent et finissent les croisades ?</a> — 1095, 1291, et au-delà.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">Les croisades (1095-1291) : le guide complet</a> — le pilier du site.</li>
<li>Les causes une à une — Manzikert, 1009, 1073, Plaisance, la paix de Dieu, la réforme grégorienne — paraîtront dans cette catégorie : <a href="https://croisades.fr/categories/comprendre/origines/">Origines</a>.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Sources médiévales.</strong> Canons du concile de Clermont (1095), canon 2 sur l'indulgence de croisade ; Foucher de Chartres, <em>Historia Hierosolymitana</em>, I, 1-4 ; Robert le Moine, <em>Historia Iherosolimitana</em>, I, 1-2 ; Baudri de Bourgueil et Guibert de Nogent, <em>Gesta Dei per Francos</em>, II ; Bernold de Constance, <em>Chronicon</em>, année 1095, pour l'ambassade byzantine à Plaisance ; Anne Comnène, <em>Alexiade</em>, X, 5 ; Raoul Glaber, <em>Histoires</em>, III, 7 et IV, 6, et Adémar de Chabannes, <em>Chronique</em>, livre III, pour la destruction de 1009 et les pèlerinages ; Grégoire VII, <em>Registre</em>, lettres de 1074 (I, 49 ; II, 31) ; Ibn al-Athir, <em>Al-Kamil fi al-tarikh</em>, pour Manzikert et Atsiz.
<strong>Historiens.</strong> Jonathan Riley-Smith, <em>The First Crusade and the Idea of Crusading</em> (1986) et <em>The First Crusaders, 1095-1131</em> (1997) ; Jean Flori, <em>La Guerre sainte. La formation de l'idée de croisade dans l'Occident chrétien</em> (Aubier, 2001) ; Peter Frankopan, <em>The First Crusade. The Call from the East</em> (2012) ; Jean Richard, <em>Histoire des croisades</em> (Fayard, 1996).</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Les Hospitaliers (1113-aujourd'hui) : histoire complète</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/hospitaliers-histoire-complete/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://croisades.fr/posts/hospitaliers-histoire-complete/</guid>
    <pubDate>Wed, 07 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Hospitaliers</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/hospitaliers-histoire-complete.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Hospice de Jérusalem reconnu en 1113, ordre armé du Krak, puissance navale à Rhodes et Malte, Ordre de Malte aujourd'hui : neuf siècles d'histoire.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>Nom</strong> : ordre de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, aujourd'hui Ordre souverain de Malte. <strong>Origine</strong> : un hospice pour pèlerins près du Saint-Sépulcre, vers 1070. <strong>Reconnaissance</strong> : bulle <em>Pie postulatio voluntatis</em>, Pascal II, 15 février 1113. <strong>Fondateur</strong> : le bienheureux Gérard (mort en 1120) ; militarisation sous Raymond du Puy (1120-1160). <strong>Sièges successifs</strong> : Jérusalem, Acre (1191-1291), Chypre (1291), Rhodes (1310-1522), Malte (1530-1798), Rome (1834). <strong>Places fortes</strong> : Krak des Chevaliers, Marqab, Belvoir ; Rhodes ; La Valette. <strong>Grands sièges</strong> : Rhodes 1480 (victoire) et 1522 (capitulation honorable), Malte 1565 (victoire). <strong>Aujourd'hui</strong> : environ 13 500 membres, œuvres médicales dans plus de 120 pays.</p>
</div>
<p>Les <strong>Hospitaliers</strong> sont l'ordre religieux né à Jérusalem pour soigner les pèlerins, reconnu par le pape en 1113, devenu ordre militaire au XIIe siècle, puis maître de Rhodes et de Malte — et qui existe toujours sous le nom d'Ordre de Malte. De toutes les institutions nées des croisades, c'est la seule qui n'ait jamais disparu, et elle fait encore ce qu'elle faisait en 1100 : servir « nos seigneurs les malades ». Ce guide raconte ses neuf siècles et résume chacun des grands moments de son histoire ; la présentation courte se lit dans <a href="https://croisades.fr/posts/les-hospitaliers/">les Hospitaliers, de Jérusalem à Malte</a>, le cadre général dans notre <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a>.</p>
<h2 id="les-hospitaliers-en-cinq-lignes">Les Hospitaliers en cinq lignes<a class="headerlink" href="#les-hospitaliers-en-cinq-lignes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Une maison d'accueil pour pèlerins, devenue en un demi-siècle l'un des plus grands hôpitaux du monde chrétien. Un ordre de frères voués à la pauvreté, à la chasteté et à l'obéissance, qui prend les armes pour garder la Terre sainte et tient ses plus beaux châteaux. Une puissance navale qui, chassée de Syrie, tient deux siècles Rhodes puis deux siècles et demi Malte face aux Turcs. Un État souverain sans territoire depuis 1798. Et, de bout en bout, la même règle : le malade est le seigneur, le frère est son serviteur.</p>
<h2 id="dou-viennent-ils-jerusalem-avant-les-croises">D'où viennent-ils ? Jérusalem avant les croisés<a class="headerlink" href="#dou-viennent-ils-jerusalem-avant-les-croises" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le pèlerinage à Jérusalem n'a pas attendu les croisades. Vers 1070, des marchands d'<strong>Amalfi</strong>, cité italienne qui commerce avec l'Égypte fatimide, obtiennent du calife le droit de fonder près du Saint-Sépulcre un monastère bénédictin, Sainte-Marie-Latine, et un hospice pour les pèlerins latins pauvres ou malades, dédié à saint Jean-Baptiste. On y loge, on y nourrit, on y soigne ceux qui ont fait à pied le voyage d'Occident. Quand l'armée de la <a href="https://croisades.fr/posts/premiere-croisade/">première croisade</a> arrive devant la ville en juin 1099, l'hospice est toujours là, tenu par une petite communauté de frères laïcs.</p>
<h2 id="le-bienheureux-gerard-fondateur-de-lhopital">Le bienheureux Gérard, fondateur de l'Hôpital<a class="headerlink" href="#le-bienheureux-gerard-fondateur-de-lhopital" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Son recteur s'appelle <strong>Gérard</strong> ; on ne sait presque rien de ses origines, sinon qu'il venait d'Occident. La tradition raconte que, pendant le siège, il jetait du haut des murs des pains aux croisés affamés, et qu'arrêté par les Fatimides, les pains se changèrent en pierres dans ses mains — c'est une légende, et elle dit bien ce qu'on a voulu voir en lui : un homme qui nourrit. Ce que l'histoire sait, c'est qu'après le 15 juillet 1099 Gérard met sa maison au service des blessés, que <a href="https://croisades.fr/posts/godefroy-de-bouillon/">Godefroy de Bouillon</a> et Baudouin Ier la dotent de terres, et que les pèlerins guéris lui donnent des biens en Provence, en Italie et en Espagne.</p>
<p>Le 15 février 1113, le pape Pascal II reconnaît l'Hôpital par la bulle <strong><em>Pie postulatio voluntatis</em></strong> : il en fait un ordre religieux indépendant, placé sous la seule protection du Saint-Siège, avec le droit d'élire son chef sans ingérence. C'est l'acte de naissance de l'ordre. Gérard meurt le 3 septembre 1120 ; ses reliques reposent aujourd'hui à La Valette, et l'ordre le vénère comme bienheureux.</p>
<h2 id="lhopital-de-jerusalem-deux-mille-lits">L'hôpital de Jérusalem : deux mille lits<a class="headerlink" href="#lhopital-de-jerusalem-deux-mille-lits" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'<strong>Hôpital de Jérusalem</strong> est la merveille de la ville franque. Le pèlerin allemand Jean de Wurzbourg, vers 1165, y compte environ deux mille malades ; les statuts de l'ordre, rédigés sous le maître Roger des Moulins en 1182, en décrivent le fonctionnement : quatre médecins et quatre chirurgiens salariés, des lits séparés avec couvertures et draps, du pain blanc, de la viande trois fois par semaine, des berceaux pour les enfants nés des pèlerines, des soins pour les enfants abandonnés. Chaque soir, après la prière, les frères proclament dans les salles la prière des malades, où ils demandent à Dieu de bénir les bienfaiteurs de la maison.</p>
<p>La règle dit l'essentiel : le malade est reçu « comme un seigneur », il communie et se confesse en entrant, puis on le couche et on le nourrit avant les frères eux-mêmes. Selon des sources de l'époque, musulmans et juifs y étaient admis ; l'ordre n'imposait pas la foi pour soigner. La <strong>médecine hospitalière</strong> du XIIe siècle, mêlant savoir latin, grec et oriental, n'avait pas notre science, mais elle avait déjà notre principe : on soigne tout le monde, et d'abord les pauvres.</p>
<h2 id="raymond-du-puy-de-lhopital-a-lordre-militaire">Raymond du Puy : de l'hôpital à l'ordre militaire<a class="headerlink" href="#raymond-du-puy-de-lhopital-a-lordre-militaire" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le successeur de Gérard, <strong>Raymond du Puy</strong> (1120-1160), donne à l'ordre sa règle écrite et sa seconde vocation. Le royaume manque d'hommes ; les <a href="https://croisades.fr/posts/les-templiers/">Templiers</a>, fondés vers 1120, montrent qu'un ordre religieux peut porter les armes. En 1136, le roi Foulque confie aux Hospitaliers le château de Bethgibelin, face à Ascalon ; en 1142, le comte de Tripoli leur cède le <strong><a href="https://croisades.fr/posts/krak-des-chevaliers/">Krak des Chevaliers</a></strong>. Dans les années 1150, des frères chevaliers combattent au siège d'Ascalon.</p>
<p>La militarisation n'efface pas l'hôpital : elle s'y ajoute. Les statuts du XIIe siècle réaffirment que l'ordre est d'abord hospitalier, et le pape Alexandre III rappelle vers 1180 que les frères ne doivent prendre les armes qu'en cas de nécessité. Mais la nécessité est permanente : vers 1180, l'Hôpital peut aligner quelques centaines de chevaliers en Terre sainte, et il est devenu, avec le Temple, l'un des deux bras armés du <a href="https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem-guide/">royaume de Jérusalem</a>.</p>
<h2 id="les-langues-de-lordre-une-chretiente-en-miniature">Les langues de l'ordre : une chrétienté en miniature<a class="headerlink" href="#les-langues-de-lordre-une-chretiente-en-miniature" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'ordre vit de ses biens d'Occident. Ses maisons, les commanderies, sont groupées en prieurés, et les prieurés en <strong>langues</strong>, selon l'origine des frères : Provence, Auvergne, France, Italie, Aragon, Angleterre et Allemagne, auxquelles s'ajoute Castille en 1462. Chaque langue envoie en Orient ses frères et ses revenus, les <em>responsions</em>, et tient au couvent une charge : à la langue de Provence le grand commandeur, à celle de France le grand hospitalier, à celle d'Italie l'amiral.</p>
<p>Ce système, fixé à Rhodes au XIVe siècle, a fait la solidité de l'ordre : une armée internationale, nourrie par toute l'Europe, où le chevalier gascon et le chevalier bavarois prient dans la même église et défendent chacun son morceau de rempart. À Rhodes comme à La Valette, chaque langue avait son « auberge » — certaines se visitent encore — et son poste sur la muraille.</p>
<h2 id="les-forteresses-hospitalieres-krak-marqab-belvoir">Les forteresses hospitalières : Krak, Marqab, Belvoir<a class="headerlink" href="#les-forteresses-hospitalieres-krak-marqab-belvoir" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Au XIIe siècle, l'Hôpital reçoit des secteurs entiers de frontière que les barons ne peuvent plus tenir. Le <strong>Krak des Chevaliers</strong>, sur la route de Homs à la mer, devient la plus grande forteresse d'Orient : double enceinte, glacis, tours rondes, une garnison qui pouvait compter, dit-on, deux mille hommes. <strong>Belvoir</strong>, acheté en 1168, surveille le Jourdain du haut de son plateau : château carré à enceinte concentrique, il résiste après Hattin jusqu'en janvier 1189. <strong>Marqab</strong>, acquis en 1186, domine la côte syrienne de ses murs de basalte noir.</p>
<p>Le Krak tombe devant Baybars le 8 avril 1271, par une fausse lettre qui ordonnait la reddition ; Marqab devant Qalawun le 25 mai 1285, après qu'une mine a fait s'effondrer la tour principale. Les deux châteaux sont encore debout, car le vainqueur les a gardés. Leur histoire est racontée dans <a href="https://croisades.fr/posts/krak-des-chevaliers/">le Krak des Chevaliers</a> et dans <a href="https://croisades.fr/posts/fin-des-etats-latins/">la fin des États latins</a>.</p>
<h2 id="les-hospitaliers-dans-les-batailles-des-croisades">Les Hospitaliers dans les batailles des croisades<a class="headerlink" href="#les-hospitaliers-dans-les-batailles-des-croisades" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les frères de l'Hôpital sont de toutes les grandes journées. À la source de Cresson, le 1er mai 1187, leur maître Roger des Moulins tombe avec presque tous les combattants. À <a href="https://croisades.fr/posts/hattin-1187/">Hattin</a>, le 4 juillet, les frères pris vivants sont exécutés avec les Templiers sur ordre de Saladin, qui voyait en eux les plus redoutables de ses adversaires. À <a href="https://croisades.fr/posts/arsouf-1191/">Arsouf</a>, le 7 septembre 1191, c'est leur maréchal et un autre chevalier qui, excédés par le harcèlement à l'arrière-garde, lancent la charge que Richard Cœur de Lion transforme en victoire.</p>
<p>Au XIIIe siècle, l'ordre combat à Damiette, à Mansourah, à la Forbie en 1244. Au dernier siège d'Acre, en mai 1291, le maître Jean de Villiers est grièvement blessé sur la brèche et emporté de force sur un navire par ses frères ; le maréchal Mathieu de Clermont meurt en combattant dans les rues. Le récit de ce dernier jour est dans <a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">la chute d'Acre, 1291</a>.</p>
<h2 id="rhodes-1310-1522-la-puissance-navale">Rhodes (1310-1522) : la puissance navale<a class="headerlink" href="#rhodes-1310-1522-la-puissance-navale" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Réfugié à Chypre, l'ordre comprend qu'il lui faut une terre à lui. Entre 1306 et 1310, le maître Foulques de Villaret conquiert <strong>Rhodes</strong>, île byzantine aux mains de corsaires. L'ordre y devient une puissance de la mer : ses galères escortent les pèlerins, harcèlent les flottes turques, prennent Smyrne en 1344 avec une ligue chrétienne. En 1312, le concile de Vienne lui attribue les biens du Temple supprimé ; l'Hôpital en sort plus riche qu'il n'a jamais été. Les Hospitaliers sont désormais les « chevaliers de Rhodes » ; ils bâtissent la ville haute, la rue des Chevaliers et le palais des grands maîtres, qui sont encore là.</p>
<p>Rhodes a aussi son hôpital : le grand hôpital construit au XVe siècle, dont la salle des malades est aujourd'hui un musée. L'ordre n'oublie pas sa première vocation, même devenu marine de guerre.</p>
<h2 id="le-siege-de-rhodes-de-1480-pierre-daubusson">Le siège de Rhodes de 1480 : Pierre d'Aubusson<a class="headerlink" href="#le-siege-de-rhodes-de-1480-pierre-daubusson" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>En 1453, Constantinople tombe ; Rhodes est désormais en première ligne. En mai 1480, le sultan Mehmed II envoie contre l'île une grande flotte et une armée commandée par Mesih Pacha. Le grand maître <strong>Pierre d'Aubusson</strong>, un Limousin, tient la ville trois mois sous un bombardement d'artillerie lourde. L'assaut final, fin juillet, échoue sur les remparts de la tour d'Italie ; d'Aubusson, blessé de plusieurs coups, est resté en tête. Les Ottomans lèvent le siège en août. Mehmed II meurt l'année suivante, avant d'avoir pu revenir. Toute l'Europe célèbre Rhodes ; le pape Innocent VIII fera d'Aubusson cardinal en 1489.</p>
<h2 id="la-chute-de-rhodes-en-1522-six-mois-et-une-capitulation-dhonneur">La chute de Rhodes en 1522 : six mois et une capitulation d'honneur<a class="headerlink" href="#la-chute-de-rhodes-en-1522-six-mois-et-une-capitulation-dhonneur" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Quarante ans plus tard, le jeune sultan <strong>Soliman le Magnifique</strong> revient avec une armée considérable, que les chroniqueurs chrétiens comptent par centaines de milliers et que les historiens réduisent à plusieurs dizaines de milliers. Le siège commence le 26 juin 1522. Face à lui, le grand maître Philippe de <strong>Villiers de L'Isle-Adam</strong> n'a guère plus de 600 chevaliers et quelques milliers de soldats et d'habitants. Mines, contre-mines, assauts repoussés : la ville tient six mois.</p>
<p>Le 20 décembre 1522, à bout de vivres et de poudre, sans secours de l'Occident, le grand maître accepte la capitulation. Soliman accorde aux survivants de partir avec leurs armes, leurs reliques et leurs archives ; on rapporte qu'il dit, en voyant le vieux grand maître s'embarquer, regretter de chasser cet homme de sa maison. Les Hospitaliers quittent l'île le 1er janvier 1523. Le pape Adrien VI salue Villiers de L'Isle-Adam comme défenseur de la foi.</p>
<h2 id="malte-1530-1798-et-le-grand-siege-de-1565">Malte (1530-1798) et le Grand Siège de 1565<a class="headerlink" href="#malte-1530-1798-et-le-grand-siege-de-1565" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Pendant sept ans, l'ordre erre — Crète, Messine, Viterbe, Nice. En 1530, Charles Quint lui cède l'archipel de Malte et la place de Tripoli de Barbarie, contre l'hommage annuel d'un faucon. L'île est pauvre et sèche ; l'ordre en fait une forteresse.</p>
<p>En mai 1565, Soliman envoie contre elle une armée de plusieurs dizaines de milliers d'hommes. Le grand maître <strong>Jean de La Valette</strong>, soixante-dix ans, dispose de quelque 500 à 600 chevaliers et de 6 000 à 8 000 soldats et Maltais. Le fort Saint-Elme tient un mois et tombe le 23 juin, ses défenseurs tués jusqu'au dernier ; les Turcs font flotter leurs corps crucifiés vers les forts voisins. La Valette répond par la même cruauté, et l'on n'en parle pas ici pour la glorifier : c'est la mesure de ce que fut ce siège. Le Birgu et Senglea tiennent tout l'été sous les assauts. Le 7 septembre arrive enfin le <em>Gran Soccorso</em> envoyé de Sicile ; le 8, fête de la Nativité de la Vierge, les Ottomans se rembarquent. Malte célèbre encore ce jour comme sa fête de la Victoire.</p>
<p>La ville neuve bâtie après le siège porte le nom du grand maître : <strong>La Valette</strong>.</p>
<h2 id="lepante-1571-et-les-galeres-de-malte">Lépante (1571) et les galères de Malte<a class="headerlink" href="#lepante-1571-et-les-galeres-de-malte" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Six ans plus tard, le 7 octobre 1571, les galères de l'ordre sont à <strong>Lépante</strong>, dans la flotte de la Sainte Ligue voulue par saint Pie V. Placées à l'aile droite, elles subissent l'un des chocs les plus durs : la capitane de Malte est un temps prise par les corsaires d'Uludj Ali avant d'être reprise. La victoire, que le pape attribue à la prière du Rosaire, arrête l'expansion ottomane en Méditerranée occidentale ; l'Église en fait la fête de Notre-Dame du Rosaire. Pendant deux siècles encore, les « caravanes » des galères de Malte, campagnes en mer obligatoires pour tout jeune chevalier, protégeront les côtes chrétiennes des corsaires barbaresques.</p>
<h2 id="bonaparte-a-malte-1798-et-lordre-sans-territoire">Bonaparte à Malte (1798) et l'ordre sans territoire<a class="headerlink" href="#bonaparte-a-malte-1798-et-lordre-sans-territoire" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le XVIIIe siècle voit l'ordre décliner : la Révolution française confisque ses commanderies en 1792, ses revenus s'effondrent. Le 9 juin 1798, la flotte de Bonaparte, en route vers l'Égypte, se présente devant Malte ; le grand maître Ferdinand von Hompesch, qui refuse que des chevaliers tirent sur des chrétiens et dont la garnison est divisée, capitule le 12 juin. L'ordre est chassé de l'île qu'il gouvernait depuis deux cent soixante-huit ans.</p>
<p>Il erre de nouveau — Saint-Pétersbourg, Catane, Ferrare — et s'installe à Rome en 1834, dans le palais de la via Condotti, qui jouit encore de l'extraterritorialité. Il a perdu son île ; il a gardé sa souveraineté et sa règle.</p>
<h2 id="lordre-de-malte-aujourdhui">L'Ordre de Malte aujourd'hui<a class="headerlink" href="#lordre-de-malte-aujourdhui" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'<strong>Ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte</strong> est aujourd'hui un sujet de droit international, qui entretient des relations diplomatiques avec plus de 110 États et siège comme observateur aux Nations unies. Il compte environ 13 500 membres — chevaliers et dames, tous laïcs, dont un petit nombre de profès qui prononcent encore les trois vœux —, quelque 80 000 bénévoles et 42 000 salariés, en majorité médicaux. Il gère des hôpitaux, des centres pour personnes âgées et handicapées, des soins palliatifs, des secours d'urgence, et mène des œuvres dans plus de 120 pays. En France, ses œuvres hospitalières sont connues sous le nom d'Ordre de Malte France.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Il demeure une maison qui n'a jamais fermé. En 1099, un frère nommé Gérard recevait les blessés de la croisade à la porte d'un hospice ; aujourd'hui, ses successeurs reçoivent les malades, les réfugiés et les mourants sur cinq continents. Neuf siècles, quatre exils, la perte de deux îles, la confiscation de leurs biens par deux révolutions : rien n'a interrompu le service. C'est peut-être la plus belle preuve que la croisade n'était pas d'abord une guerre, mais une charité armée — et que, les armes déposées, la charité est restée.</p>
<p>Il demeure des pierres : le Krak et Marqab en Syrie, Belvoir en Galilée, les salles des Chevaliers à Acre, la rue des Chevaliers et le grand hôpital de Rhodes, La Valette entière, inscrite au patrimoine mondial. Il demeure des noms qu'on peut proposer en exemple : Gérard qui nourrissait, Raymond du Puy qui fit des infirmiers des soldats sans qu'ils cessent d'être infirmiers, Jean de Villiers emporté blessé d'Acre, Pierre d'Aubusson sur la brèche de Rhodes, Jean de La Valette qui tint quatre mois. Et il demeure la croix blanche sur fond noir, qui dit toujours la même chose : servir les pauvres du Christ, et les défendre.</p>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-hospitaliers/">Les Hospitaliers, de Jérusalem à Malte</a> — la présentation courte de l'ordre, en une page.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/comment-fonctionnait-un-ordre-militaire/">Comment fonctionnait un ordre militaire ?</a> — vœux, commanderies, responsions, chapitre : la machine commune aux ordres.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/teutoniques-histoire-complete/">Les Teutoniques : histoire complète</a> — l'ordre allemand né au siège d'Acre, qui suivait la règle de l'Hôpital pour ses malades.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/ordres-militaires-meconnus-panorama/">Les ordres militaires méconnus</a> — Saint-Lazare, Calatrava, Santiago, Montesa et les autres ordres nés à côté de l'Hôpital.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/krak-des-chevaliers/">Le Krak des Chevaliers</a> — la forteresse de l'Hôpital, toujours debout.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/chateaux-des-croises-guide/">Les châteaux des croisés : le guide complet</a> — Marqab, Belvoir et toutes les forteresses franques d'Orient.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-templiers/">Les Templiers</a> — l'ordre frère et rival, et sa fin en 1312.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem-guide/">Le royaume de Jérusalem (1099-1291) : le guide complet</a> — l'État que les Hospitaliers ont défendu.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/hattin-1187/">Hattin, 4 juillet 1187</a> — la défaite où leurs frères captifs furent exécutés.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/arsouf-1191/">Arsouf, 7 septembre 1191</a> — la charge hospitalière qui décida de la bataille.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">La chute d'Acre, 1291</a> — le dernier combat en Terre sainte.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/fin-des-etats-latins/">La fin des États latins (1260-1291)</a> — la perte du Krak et de Marqab.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">Les croisades (1095-1291) : le guide complet</a> — le pilier du site.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Sources médiévales et modernes.</strong> Bulle <em>Pie postulatio voluntatis</em> de Pascal II (15 février 1113) et <em>Cartulaire général de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem</em>, éd. Joseph Delaville Le Roulx (1894-1906), qui contient la règle de Raymond du Puy et les statuts de Roger des Moulins (1182) ; Jean de Wurzbourg, <em>Descriptio Terrae Sanctae</em>, vers 1165 ; Guillaume de Tyr, <em>Chronicon</em>, XVIII, 3-8 ; le <em>Templier de Tyr</em>, dans les <em>Gestes des Chiprois</em>, pour Acre en 1291 ; Guillaume Caoursin, <em>Obsidionis Rhodiae urbis descriptio</em> (1480), vice-chancelier de l'ordre, témoin du premier siège de Rhodes ; Francisco Balbi di Correggio, <em>La Verdadera relación de todo lo que el anno de MDLXV ha succedido en la isla de Malta</em>, arquebusier pendant le Grand Siège.
<strong>Historiens.</strong> Alain Demurger, <em>Les Hospitaliers, de Jérusalem à Rhodes, 1050-1317</em> (Tallandier, 2013) ; Jonathan Riley-Smith, <em>The Knights Hospitaller in the Levant, c. 1070-1309</em> (2012) ; Anthony Luttrell, <em>The Hospitallers in Cyprus, Rhodes, Greece and the West</em> ; Bertrand Galimard Flavigny, <em>Histoire de l'ordre de Malte</em> (Perrin, 2006) ; Ernle Bradford, <em>Le Grand Siège, Malte 1565</em>. Site officiel : <a href="https://www.orderofmalta.int/" rel="nofollow noopener">Ordre souverain de Malte</a>.</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Le royaume de Jérusalem (1099-1291) : le guide complet</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem-guide/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem-guide/</guid>
    <pubDate>Wed, 07 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>Royaume de Jérusalem</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/royaume-de-jerusalem-guide.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Fondé le 15 juillet 1099, perdu à Hattin en 1187, refondé autour d'Acre jusqu'au 18 mai 1291 : rois, institutions, Église et société du royaume franc.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>Dates</strong> : 15 juillet 1099 (prise de Jérusalem) – 18 mai 1291 (chute d'Acre). <strong>Capitales</strong> : Jérusalem (1099-1187), Tyr puis Acre (1191-1291). <strong>Territoire</strong> : à son apogée, de Beyrouth au golfe d'Aqaba, avec l'Outre-Jourdain ; une bande d'environ 300 km du nord au sud. <strong>Rois marquants</strong> : Godefroy de Bouillon (avoué, 1099-1100), Baudouin Ier (1100-1118), Mélisende et Foulque (1131-1143), Baudouin III (1143-1163), Amaury Ier (1163-1174), Baudouin IV le Lépreux (1174-1185), Jean de Brienne, Frédéric II, Henri II de Lusignan (1285-1291). <strong>Institutions</strong> : le roi et sa Haute Cour, les cours des bourgeois, les Assises de Jérusalem, le patriarcat latin et le chapitre du Saint-Sépulcre. <strong>Issue</strong> : premier royaume anéanti à Hattin (1187) ; second royaume côtier conquis par les Mamelouks (1291).</p>
</div>
<p>Le <strong>royaume de Jérusalem</strong> est l'État fondé par les croisés après la prise de la Ville sainte, le 15 juillet 1099, pour garder le Saint-Sépulcre et la route des pèlerins. Il a duré cent quatre-vingt-douze ans en deux temps : un premier royaume centré sur Jérusalem, brisé à Hattin en 1187, puis un second royaume côtier, gouverné depuis Acre, qui tombe le 18 mai 1291. Ce guide en est le pilier : il présente ses rois, ses lois, son Église, ses seigneuries, son armée et sa monnaie, et renvoie vers les articles qui les détaillent ; la place du royaume dans l'histoire des expéditions se lit dans notre <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a>.</p>
<h2 id="le-royaume-de-jerusalem-en-cinq-lignes">Le royaume de Jérusalem en cinq lignes<a class="headerlink" href="#le-royaume-de-jerusalem-en-cinq-lignes" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Un royaume franc, latin et catholique, né d'un pèlerinage armé et voué à la garde du tombeau du Christ. Une monarchie féodale où le roi gouverne avec ses barons, sous une coutume qui deviendra l'un des droits les plus élaborés du Moyen Âge. Une minorité franque de quelques dizaines de milliers d'âmes au milieu de paysans musulmans, de chrétiens d'Orient, de Juifs et de Samaritains. Une frontière ouverte, tenue avec quelques centaines de chevaliers, les ordres militaires et les flottes italiennes. Deux siècles de présence, au terme desquels le Saint-Sépulcre est resté desservi par des chrétiens jusqu'à aujourd'hui.</p>
<h2 id="dou-vient-le-royaume-le-contexte-de-1099">D'où vient le royaume ? Le contexte de 1099<a class="headerlink" href="#dou-vient-le-royaume-le-contexte-de-1099" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le royaume naît d'une victoire que personne n'avait prévue si complète. Au terme de trois ans de marche, la <a href="https://croisades.fr/posts/premiere-croisade/">première croisade</a> emporte Jérusalem le 15 juillet 1099 — un vendredi, à l'heure de la Passion selon les chroniqueurs ; le récit de l'assaut et de ses pages sombres est dans <a href="https://croisades.fr/posts/prise-de-jerusalem-1099/">la prise de Jérusalem en 1099</a>. La plupart des croisés, leur vœu accompli, reprennent la route de l'Occident. Ceux qui restent doivent tenir une ville sans arrière-pays, quelques places de l'intérieur et aucun port, face à l'Égypte fatimide au sud et aux émirs turcs de Damas au nord.</p>
<p>Le 22 juillet 1099, les barons choisissent <strong><a href="https://croisades.fr/posts/godefroy-de-bouillon/">Godefroy de Bouillon</a></strong>. Il refuse, dit la tradition, de porter une couronne d'or là où le Christ a porté une couronne d'épines, et prend le titre d'<em>avoué du Saint-Sépulcre</em> — défenseur laïc d'un bien d'Église. Il bat l'armée égyptienne à Ascalon le 12 août et meurt le 18 juillet 1100. Son frère, comte d'Édesse, lui succède : <strong>Baudouin Ier</strong> est couronné roi à Bethléem le jour de Noël 1100. Lui n'a pas les scrupules de son frère, et c'est lui qui fait du domaine du Sépulcre un royaume. Le premier tableau d'ensemble, plus bref, est dans notre présentation du <a href="https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem/">royaume de Jérusalem, État franc en Orient</a>.</p>
<h2 id="les-rois-de-jerusalem-de-baudouin-ier-a-henri-ii">Les rois de Jérusalem : de Baudouin Ier à Henri II<a class="headerlink" href="#les-rois-de-jerusalem-de-baudouin-ier-a-henri-ii" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Baudouin Ier (1100-1118) donne au royaume ses côtes et ses frontières : Arsouf et Césarée en 1101, Acre en 1104, Beyrouth et Sidon en 1110, Aila sur la mer Rouge en 1116, avec l'aide des flottes génoises, pisanes et vénitiennes. Son cousin Baudouin II (1118-1131) voit Tyr tomber en 1124 pendant sa captivité chez les Turcs. Sa fille <strong>Mélisende</strong> règne avec son mari Foulque d'Anjou puis avec son fils Baudouin III (1143-1163), qui prend Ascalon en 1153. Amaury Ier (1163-1174) tente cinq fois la conquête de l'Égypte. Puis vient <strong>Baudouin IV</strong>, couronné à treize ans, lépreux, qui bat Saladin à Montgisard le 25 novembre 1177 et gouverne jusqu'à sa mort, au printemps 1185, sans jamais céder.</p>
<p>Après Hattin, la couronne passe par les femmes et leurs maris : Isabelle Ire et ses époux successifs, Conrad de Montferrat, Henri de Champagne, Amaury de Lusignan ; Marie de Montferrat et Jean de Brienne ; Isabelle II et l'empereur Frédéric II, puis les Hohenstaufen absents ; enfin les Lusignan de Chypre, Hugues III et Henri II, dernier roi à régner sur une terre ferme en Orient. Une vingtaine de souverains en deux siècles, dont aucun n'est mort dans son lit en Occident : la liste complète, avec les dates de règne, est dans notre tableau des <a href="https://croisades.fr/posts/rois-de-jerusalem-liste-complete/">rois de Jérusalem de 1099 à 1291</a>.</p>
<h2 id="comment-se-transmettait-la-couronne">Comment se transmettait la couronne ?<a class="headerlink" href="#comment-se-transmettait-la-couronne" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La <strong>succession au trône de Jérusalem</strong> obéit à deux principes qui se contrarient parfois. L'hérédité d'abord : le royaume se transmet dans la lignée de Baudouin II, et les filles héritent à défaut de fils — ce qui fait de Jérusalem l'un des rares royaumes de l'époque où des reines règnent de plein droit, comme Mélisende, Sibylle, Isabelle Ire ou Marie. L'accord des barons ensuite : la Haute Cour reconnaît l'héritier, approuve le mari de l'héritière, désigne le régent (le <em>bail</em>) quand le roi est mineur ou absent.</p>
<p>Ce système a sauvé le royaume plus d'une fois — un roi mort ne laissait jamais le trône vide — mais il l'a aussi déchiré. La crise de 1186, quand Sibylle se fait couronner en écartant les barons et pose la couronne sur la tête de Guy de Lusignan, ouvre la route de Hattin. Au XIIIe siècle, l'empereur Frédéric II, roi par sa femme, puis Charles d'Anjou, qui achète en 1277 les droits d'une prétendante, transforment la couronne en enjeu de la politique européenne.</p>
<h2 id="la-haute-cour-le-roi-et-ses-barons">La Haute Cour : le roi et ses barons<a class="headerlink" href="#la-haute-cour-le-roi-et-ses-barons" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La <strong>Haute Cour</strong> réunit le roi et ses vassaux directs. Elle est à la fois tribunal des nobles — on y juge les litiges de fiefs, les trahisons, les manquements au service —, conseil de gouvernement et, dans les grandes occasions, assemblée qui décide de la guerre, des traités, des impôts exceptionnels. Le roi y préside, mais il y est lié par la coutume : il ne peut priver un vassal de son fief « sans esgart de court », c'est-à-dire sans jugement de ses pairs.</p>
<p>Sous Amaury Ier, l'<em>Assise sur la ligece</em> oblige tous les arrière-vassaux à prêter hommage lige au roi, ce qui leur donne accès à la Haute Cour. La mesure, pensée pour renforcer la couronne contre les grands barons, aura l'effet inverse au XIIIe siècle : les juristes de la noblesse s'en serviront pour opposer au roi absent, Frédéric II, la solidarité de tous les vassaux.</p>
<h2 id="les-assises-de-jerusalem-et-le-livre-au-roi">Les Assises de Jérusalem et le Livre au roi<a class="headerlink" href="#les-assises-de-jerusalem-et-le-livre-au-roi" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Les <strong>Assises de Jérusalem</strong> sont le droit du royaume. La légende les fait remonter à Godefroy lui-même : il aurait fait mettre par écrit les coutumes de chaque nation présente, et ces <em>Lettres du Sépulcre</em>, scellées et gardées dans un coffre du Saint-Sépulcre, auraient été perdues en 1187. L'histoire est belle et dit ce que les barons voulaient croire — que leur droit venait du fondateur. Ce que l'on sait, c'est que la coutume, d'abord orale, est mise par écrit au XIIIe siècle par des juristes laïcs qui comptent parmi les meilleurs de leur temps.</p>
<p>Le plus ancien de ces traités, le <strong>Livre au roi</strong>, est compilé entre 1198 et 1205 sous Amaury II de Lusignan : il expose les droits du roi et les obligations des vassaux, et consacre de longs chapitres à la justice et aux peines. Viennent ensuite, au milieu du siècle, le livre de Philippe de Novare et surtout celui de Jean d'Ibelin, comte de Jaffa, qui donne la liste des services dus par chaque seigneurie. Ces textes ont été appliqués à Chypre jusqu'à la fin du Moyen Âge et traduits en grec et en italien.</p>
<h2 id="les-cours-des-bourgeois-une-justice-pour-les-roturiers">Les cours des bourgeois : une justice pour les roturiers<a class="headerlink" href="#les-cours-des-bourgeois-une-justice-pour-les-roturiers" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>À côté de la Haute Cour, chaque grande ville a sa <strong>cour des bourgeois</strong>, présidée par le vicomte, représentant du roi ou du seigneur, et composée de jurés choisis parmi les bourgeois francs. Elle juge les affaires des non-nobles latins : ventes, héritages, dettes, crimes. Son droit, très marqué par les usages méridionaux et par le droit romain, est consigné au XIIIe siècle dans le <em>Livre des Assises de la Cour des bourgeois</em>, rédigé à Acre.</p>
<p>Le royaume prévoit aussi des juridictions pour ses autres habitants : la cour de la Fonde, au marché, où siègent des jurés syriens et francs ; la cour de la Chaîne pour les affaires maritimes dans les ports ; et, pour les communautés orientales, leurs propres chefs, appelés <em>raïs</em>, qui jugent selon leur coutume. Ce pluralisme n'est pas de la tolérance au sens moderne ; c'est la manière médiévale de gouverner des peuples différents sans les fondre.</p>
<h2 id="les-grandes-seigneuries-jaffa-galilee-sidon-outre-jourdain">Les grandes seigneuries : Jaffa, Galilée, Sidon, Outre-Jourdain<a class="headerlink" href="#les-grandes-seigneuries-jaffa-galilee-sidon-outre-jourdain" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le royaume est un assemblage de fiefs. Jean d'Ibelin en distingue quatre grandes baronnies, dont les seigneurs ont leur propre cour, leur propre justice et parfois leur propre monnaie : le <strong>comté de Jaffa et d'Ascalon</strong>, souvent donné à un proche du roi ; la <strong>principauté de Galilée</strong>, tenue depuis Tibériade, fondée par Tancrède ; la <strong>seigneurie de Sidon</strong> et de Césarée ; enfin la <strong>seigneurie d'Outre-Jourdain</strong>, au-delà de la mer Morte, avec les forteresses de Montréal et de Kérak, qui contrôlent la route des caravanes entre Damas, l'Égypte et La Mecque.</p>
<p>C'est de là que vient la force du royaume — des barons enracinés qui défendent leur terre — et sa faiblesse : un Hugues du Puiset, comte de Jaffa, se révolte contre Foulque en 1132 ; un Renaud de Châtillon, seigneur d'Outre-Jourdain, attaque les caravanes en pleine trêve et fournit à Saladin la cause de la guerre de 1187.</p>
<h2 id="les-ibelin-la-dynastie-des-barons">Les Ibelin, la dynastie des barons<a class="headerlink" href="#les-ibelin-la-dynastie-des-barons" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Aucune famille n'incarne mieux le royaume que les <strong>Ibelin</strong>. Le fondateur, Barisan, simple chevalier au service du comte de Jaffa, reçoit vers 1141 du roi Foulque le château d'Ibelin, bâti pour surveiller Ascalon. Ses fils épousent des héritières et des reines : <strong>Balian d'Ibelin</strong> prend pour femme la veuve d'Amaury Ier, et c'est lui qui, en octobre 1187, défend Jérusalem et négocie avec Saladin la vie sauve de ses habitants.</p>
<p>Au XIIIe siècle, les Ibelin sont le parti du royaume : Jean d'Ibelin, le « vieux sire de Beyrouth », tient tête à Frédéric II pendant la guerre des Lombards (1229-1243) ; son neveu Jean, comte de Jaffa, écrit le grand traité de droit du royaume ; Philippe de Novare, leur partisan, en écrit l'histoire. Barons batailleurs, juristes pointilleux, ils ont donné au royaume ce qu'il eut de plus constant : une fidélité à la coutume.</p>
<h2 id="larmee-royale-combien-dhommes-pour-garder-la-terre-sainte">L'armée royale : combien d'hommes pour garder la Terre sainte ?<a class="headerlink" href="#larmee-royale-combien-dhommes-pour-garder-la-terre-sainte" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>L'<strong>armée royale</strong> est le point faible du royaume. Selon la liste des services conservée par Jean d'Ibelin, qui décrit l'état des années 1180, les fiefs devaient <strong>677 chevaliers</strong> et les Églises et villes <strong>5 175 sergents</strong> en cas de grande nécessité — l'<em>arrière-ban</em>. S'y ajoutent les frères des <a href="https://croisades.fr/posts/les-templiers/">Templiers</a> et des <a href="https://croisades.fr/posts/les-hospitaliers/">Hospitaliers</a>, qui tiennent de plus en plus de châteaux, les turcoples — cavaliers légers recrutés sur place —, les mercenaires payés et les croisés de passage.</p>
<p>Avec cela, le roi doit garder une frontière ouverte et des dizaines de places. D'où une stratégie de prudence : éviter la bataille rangée, tenir les châteaux, attendre que l'ennemi se lasse. À <a href="https://croisades.fr/posts/hattin-1187/">Hattin</a>, le 4 juillet 1187, le roi Guy rassemble environ 20 000 hommes dont 1 200 chevaliers en vidant toutes les garnisons ; leur perte en un jour laisse le royaume sans défense. C'est la grande leçon de la guerre en Outremer, développée dans <a href="https://croisades.fr/posts/pourquoi-les-croisades-ont-echoue/">pourquoi les croisades ont échoué</a>.</p>
<h2 id="le-patriarcat-latin-et-leglise-du-royaume">Le patriarcat latin et l'Église du royaume<a class="headerlink" href="#le-patriarcat-latin-et-leglise-du-royaume" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le royaume est aussi une Église. Dès août 1099, les croisés élisent un patriarche latin de Jérusalem : Arnoul de Chocques, bientôt remplacé par Daimbert de Pise, légat du pape, qui rêve un moment de faire du royaume une principauté ecclésiastique et dispute la ville à Godefroy. Le <strong>patriarcat latin de Jérusalem</strong> devient ensuite l'une des grandes Églises de la chrétienté, avec ses archevêchés de Tyr, Césarée, Nazareth et Pétra, ses évêchés, et le chapitre de chanoines réguliers qui dessert le Saint-Sépulcre à partir de 1114.</p>
<p>Les Latins ne chassent pas les chrétiens d'Orient : Grecs, Syriaques, Arméniens, Jacobites et Maronites gardent leurs clergés et leurs liturgies, et ont leurs autels au Saint-Sépulcre ; les Maronites s'unissent à Rome vers 1180. Le dernier patriarche de l'âge d'or, Héraclius, organise en 1187 la défense de Jérusalem avec Balian, et emporte avec lui, à la reddition, ce qu'il peut sauver des trésors des églises.</p>
<h2 id="le-saint-sepulcre-reconstruit-1149">Le Saint-Sépulcre reconstruit (1149)<a class="headerlink" href="#le-saint-sepulcre-reconstruit-1149" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le grand œuvre du royaume est une église. Les croisés trouvent en 1099 un édifice morcelé, restauré tant bien que mal après sa destruction par le calife al-Hakim en 1009. Ils le réunissent sous un seul toit : la rotonde de l'Anastasis, qui abrite le tombeau, est reliée par un chœur roman au Golgotha, et l'ensemble est complété par un clocher, un cloître pour les chanoines et des chapelles dédiées à la Passion. Le 15 juillet 1149, cinquantième anniversaire de la prise de la ville, le patriarche Foucher d'Angoulême consacre la nouvelle basilique sous le règne de Mélisende et de Baudouin III.</p>
<p>C'est, pour l'essentiel, l'église que visitent aujourd'hui les pèlerins : la façade à double portail, le clocher, la chapelle du Calvaire sont l'œuvre des Francs. Pourquoi ce tombeau valait qu'on traverse le monde, nous l'avons dit dans <a href="https://croisades.fr/posts/pourquoi-le-saint-sepulcre-comptait-tant/">pourquoi le Saint-Sépulcre comptait tant</a>.</p>
<h2 id="la-vraie-croix-relique-du-royaume">La Vraie Croix, relique du royaume<a class="headerlink" href="#la-vraie-croix-relique-du-royaume" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Quelques jours après la prise de la ville, en août 1099, les croisés retrouvent un fragment de la <strong>Vraie Croix</strong> que des chrétiens syriens avaient caché. Enchâssé dans une croix d'or, il devient la relique du royaume : le patriarche ou un évêque la porte en tête de l'armée dans toutes les grandes batailles, d'Ascalon à Montgisard. Sa présence est la certitude que le royaume combat pour le Christ, et non pour un roi.</p>
<p>Sa perte à Hattin, le 4 juillet 1187, fut ressentie dans toute la chrétienté comme une catastrophe spirituelle plus encore que militaire. Richard Cœur de Lion tenta de la récupérer par traité ; Saladin ne la rendit jamais, et l'on perd sa trace au début du XIIIe siècle.</p>
<h2 id="la-monnaie-du-royaume-besants-et-deniers">La monnaie du royaume : besants et deniers<a class="headerlink" href="#la-monnaie-du-royaume-besants-et-deniers" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Le royaume frappe deux monnaies. Pour la vie courante, des <strong>deniers</strong> de billon au nom du roi, portant souvent la rotonde du Saint-Sépulcre ou la tour de David. Pour le grand commerce, des pièces d'or que les Occidentaux appellent <strong>besants sarracénats</strong> : des imitations des dinars des califes fatimides, avec leurs inscriptions arabes, seules acceptées sur les marchés de Damas et d'Alexandrie.</p>
<p>Pendant un siècle, des ateliers chrétiens d'Acre et de Tripoli frappent ainsi des monnaies portant la profession de foi musulmane. Quand le légat Eudes de Châteauroux, venu avec Saint Louis en 1250, s'en aperçoit, le pape Innocent IV interdit la pratique sous peine d'excommunication. Dès 1251, les besants d'Acre portent, toujours en arabe pour rester acceptés, une profession de foi en la Sainte Trinité et la date de l'Incarnation. Une monnaie, ici, dit tout du royaume : marchand, oriental par la forme, chrétien par l'âme.</p>
<h2 id="jerusalem-sous-les-francs-la-ville-transformee">Jérusalem sous les Francs : la ville transformée<a class="headerlink" href="#jerusalem-sous-les-francs-la-ville-transformee" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Entre 1099 et 1187, <strong>Jérusalem sous les Francs</strong> devient une ville latine et un immense sanctuaire. Le Dôme du Rocher, couronné d'une croix, devient le <em>Templum Domini</em>, église des chanoines ; la mosquée al-Aqsa, d'abord palais royal, est confiée aux chevaliers qui en tireront leur nom, les Templiers ; l'Hôpital de Saint-Jean accueille des centaines de malades de toute origine. Musulmans et Juifs n'ont plus le droit d'y résider ; pour repeupler la ville, Baudouin Ier y fait venir vers 1115 des chrétiens syriens d'Outre-Jourdain.</p>
<p>La ville se couvre d'églises — Sainte-Anne, qui se visite encore intacte, Sainte-Marie-Latine, Saint-Jacques des Arméniens — et accueille chaque année des milliers de pèlerins venus pour Pâques. C'est cette ville que Balian rend à Saladin le 2 octobre 1187, et que Saladin, à la différence de 1099, épargne contre rançon.</p>
<h2 id="le-reve-egyptien">Le rêve égyptien<a class="headerlink" href="#le-reve-egyptien" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Un royaume aussi étroit ne pouvait vivre qu'en s'appuyant sur une puissance voisine. Amaury Ier en tire la conclusion : il faut l'Égypte, riche, peuplée, gouvernée par un califat fatimide à bout de forces. Entre 1163 et 1169, il y mène cinq campagnes, assiège Alexandrie en 1167, s'allie à l'empereur byzantin Manuel Comnène pour assiéger Damiette en 1169. C'est un lieutenant de Nour ad-Din, Chirkuh, puis son neveu <strong><a href="https://croisades.fr/posts/saladin/">Saladin</a></strong>, qui l'emportent : en 1171, l'Égypte et la Syrie ont un seul maître, et le royaume est pris en tenaille.</p>
<p>L'idée ne meurt pas : la <a href="https://croisades.fr/posts/cinquieme-croisade/">cinquième croisade</a> et la <a href="https://croisades.fr/posts/septieme-croisade/">septième croisade</a> de Saint Louis attaquent Damiette, parce que « la clé de Jérusalem est au Caire ».</p>
<h2 id="le-royaume-en-1187-anatomie-dun-effondrement">Le royaume en 1187 : anatomie d'un effondrement<a class="headerlink" href="#le-royaume-en-1187-anatomie-dun-effondrement" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>En 1187, tout ce qui faisait la force du royaume se retourne contre lui. Le roi lépreux est mort au printemps 1185, son neveu Baudouin V en 1186 ; Sibylle et Guy de Lusignan ont pris la couronne contre l'avis de Raymond III de Tripoli, qui s'allie un moment à Saladin. Renaud de Châtillon a pillé une caravane en pleine trêve. Le 1er mai, les Templiers et les Hospitaliers sont écrasés à la Fontaine du Cresson ; le 4 juillet, l'armée entière est anéantie à <a href="https://croisades.fr/posts/hattin-1187/">Hattin</a>. Acre se rend le 10 juillet, Jérusalem le 2 octobre. Seule Tyr, défendue par Conrad de Montferrat, tient encore.</p>
<p>Le royaume n'a pas succombé à la faiblesse d'un homme mais à une conjonction : division des barons, épuisement des effectifs, unification de ses voisins sous un grand prince. La leçon vaudra encore un siècle plus tard.</p>
<h2 id="le-second-royaume-1191-1291-acre-capitale">Le second royaume (1191-1291) : Acre capitale<a class="headerlink" href="#le-second-royaume-1191-1291-acre-capitale" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La <a href="https://croisades.fr/posts/troisieme-croisade/">troisième croisade</a> sauve la côte. Acre est reprise le 12 juillet 1191, Richard Cœur de Lion bat Saladin à <a href="https://croisades.fr/posts/arsouf-1191/">Arsouf</a>, et le traité de Jaffa du 2 septembre 1192 laisse aux Francs une bande côtière de Tyr à Jaffa et l'accès des pèlerins à Jérusalem. Le <strong>second royaume</strong> est né : plus petit, plus marchand, gouverné depuis <strong>Acre</strong>, grand port où Vénitiens, Génois et Pisans ont leurs quartiers fortifiés et où les ordres militaires ont leurs maisons-mères.</p>
<p>Jérusalem revient une dernière fois aux chrétiens par le traité que Frédéric II signe en février 1229, lors de la <a href="https://croisades.fr/posts/sixieme-croisade/">sixième croisade</a>, sans combat ; elle est perdue pour de bon en août 1244, prise par les Khwarezmiens. Le royaume vit ensuite de trêves et de commerce, déchiré par la guerre des Lombards contre les officiers impériaux puis par la guerre de Saint-Sabas entre Venise et Gênes (1256-1270), jusqu'à ce que les Mamelouks, de Baybars à al-Ashraf Khalil, le démontent place par place. Le récit de ces trente dernières années est dans <a href="https://croisades.fr/posts/fin-des-etats-latins/">la fin des États latins</a>, et celui du dernier siège dans <a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">la chute d'Acre en 1291</a>.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Il demeure d'abord un tombeau gardé. La basilique consacrée en 1149 est toujours debout ; le Golgotha et l'Anastasis sont encore sous le toit que les Francs leur ont donné, et depuis le départ des croisés le Saint-Sépulcre n'a jamais cessé d'être desservi par des chrétiens — par les frères de la Custodie franciscaine depuis le XIVe siècle, aux côtés des Grecs et des Arméniens. Le 15 juillet, chaque année, la messe de la Dédicace y rappelle l'œuvre du royaume.</p>
<p>Il demeure des pierres : Sainte-Anne de Jérusalem, les salles des Hospitaliers à Acre, les châteaux de Montréal et de Kérak, le <a href="https://croisades.fr/posts/krak-des-chevaliers/">Krak des Chevaliers</a> plus au nord. Il demeure un droit : les Assises, qui comptent parmi les plus beaux monuments juridiques du Moyen Âge et ont servi de modèle à Chypre et en Morée. Et il demeure des figures que l'on peut encore proposer en exemple : Godefroy, qui ne voulut pas de couronne d'or ; Mélisende, qui régna en reine bâtisseuse ; Baudouin IV, que la lèpre rongeait et qui chargeait en tête ; Balian, qui rendit Jérusalem pour sauver ses habitants. Le royaume de Jérusalem n'a pas duré ; il a montré qu'une poignée d'hommes pouvait, deux siècles durant, faire passer la garde d'un tombeau avant sa propre vie.</p>
<h2 id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin<a class="headerlink" href="#pour-aller-plus-loin" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/vivre-en-outremer-societe-des-etats-latins/">Vivre en Outremer : la société des États latins</a> — la société du royaume, sujet par sujet : villes, campagnes, communautés, langues, justice.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem/">Le royaume de Jérusalem, un État franc en Orient</a> — la présentation courte, à lire en premier.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/rois-de-jerusalem-liste-complete/">Les rois de Jérusalem : la liste complète</a> — les vingt-quatre souverains, dans l'ordre, avec leurs dates de règne.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/godefroy-de-bouillon/">Godefroy de Bouillon</a> — le fondateur qui refusa la couronne.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/prise-de-jerusalem-1099/">La prise de Jérusalem (1099)</a> — la naissance du royaume.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/hattin-1187/">Hattin, 4 juillet 1187</a> — la fin du premier royaume.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/saladin/">Saladin</a> — le grand adversaire, raconté avec respect.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/troisieme-croisade/">La troisième croisade</a> — la refondation autour d'Acre.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/fin-des-etats-latins/">La fin des États latins (1260-1291)</a> et <a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">la chute d'Acre, 1291</a> — la fin du second royaume.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-templiers/">Les Templiers</a> et <a href="https://croisades.fr/posts/les-hospitaliers/">les Hospitaliers</a> — les deux ordres nés à Jérusalem, piliers de sa défense.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/carte-des-croisades/">La carte des croisades</a> — le royaume parmi les quatre États latins.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">Les croisades (1095-1291) : le guide complet</a> — le pilier du site.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Chroniqueurs.</strong> Foucher de Chartres, <em>Historia Hierosolymitana</em>, livres II-III, pour le règne de Baudouin Ier ; Guillaume de Tyr, <em>Chronicon</em> (<em>Historia rerum in partibus transmarinis gestarum</em>), la grande histoire du royaume jusqu'en 1184 ; <em>L'Estoire de Eracles empereur</em> et la <em>Chronique d'Ernoul</em>, pour 1184-1277 ; Philippe de Novare, <em>Estoire de la guerre qui fu entre l'empereor Frederic et Johan d'Ibelin</em> ; le <em>Templier de Tyr</em>, dans les <em>Gestes des Chiprois</em>, pour la fin d'Acre. Textes juridiques : <em>Le Livre au roi</em> (éd. Myriam Greilsammer, 1995) ; Jean d'Ibelin, <em>Le Livre des Assises</em> (éd. Peter Edbury, 2003). Côté musulman : Ibn al-Qalanisi, <em>Chronique de Damas</em> ; Ibn al-Athir, <em>Al-Kamil fi-l-ta'rikh</em>.
<strong>Historiens.</strong> Joshua Prawer, <em>Histoire du royaume latin de Jérusalem</em> (2 vol., CNRS) ; Jean Richard, <em>Le Royaume latin de Jérusalem</em> ; Jonathan Riley-Smith, <em>The Feudal Nobility and the Kingdom of Jerusalem, 1174-1277</em> ; Michel Balard, <em>Les Latins en Orient (XIe-XVe siècle)</em>. Sur la basilique : <a href="https://www.custodia.org/en/news/basilica-holy-sepulchre-origin-faith/" rel="nofollow noopener">La dédicace de la basilique du Saint-Sépulcre</a> (Custodie de Terre sainte).</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Croisades et Reconquista : quelle différence ?</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/croisades-et-reconquista-difference/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://croisades.fr/posts/croisades-et-reconquista-difference/</guid>
    <pubDate>Tue, 06 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>En bref</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/croisades-et-reconquista-difference.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>La Reconquista (722-1492) est une guerre de reconquête de l'Espagne ; les papes l'ont faite croisade au XIIe siècle, avec la même indulgence que Jérusalem.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>La Reconquista</strong> : reprise de la péninsule Ibérique par les royaumes chrétiens, de Covadonga (vers 722) à la prise de Grenade (2 janvier 1492), après la conquête musulmane de 711. <strong>Les croisades</strong> : expéditions proclamées par le pape à partir de 1095, avec vœu, croix et indulgence, d'abord pour Jérusalem. <strong>Le point de rencontre</strong> : Barbastro (1064), Tarragone (1089), l'équivalence de Calixte II (1123), la bulle <em>Divina dispensatione</em> (1147), <strong>Las Navas de Tolosa</strong> (16 juillet 1212), les <strong>Ordres ibériques</strong> (Calatrava, Santiago, Alcántara, Avis). <strong>La différence</strong> : la Reconquista est plus ancienne et plus longue ; elle est devenue croisade, elle ne l'a pas été d'emblée.</p>
</div>
<p><strong>La Reconquista et les croisades ne sont pas la même chose, mais elles se sont rejointes. La Reconquista est une guerre de près de huit siècles (vers 722-1492) pour reprendre aux musulmans l'Espagne et le Portugal ; la croisade est une institution née en 1095. Au XIIe siècle, les papes ont fait de la guerre d'Espagne une croisade à part entière, avec la même indulgence que pour Jérusalem.</strong> Pour le cadre général des expéditions d'Orient, voir le <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a>.</p>
<h2 id="ce-quil-faut-retenir">Ce qu'il faut retenir<a class="headerlink" href="#ce-quil-faut-retenir" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Deux origines différentes.</strong> La <strong>Reconquista</strong> commence par une défaite : en 711, les armées omeyyades passent le détroit de Gibraltar et soumettent en quelques années presque toute l'Hispanie wisigothique. Dans les montagnes des Asturies, le chef Pélage remporte vers 722 la victoire de Covadonga, que la tradition tient pour le premier jour de la reconquête. Ce n'est pas une guerre prêchée par Rome, c'est la lutte de royaumes chrétiens — Asturies puis León, Castille, Navarre, Aragon, Portugal — pour recouvrer une terre qu'ils regardent comme la leur. La croisade, elle, naît à <a href="https://croisades.fr/posts/clermont-1095/">Clermont</a> en novembre 1095, quand <a href="https://croisades.fr/posts/qui-a-lance-les-croisades/">Urbain II</a> appelle à délivrer les chrétiens d'Orient et le Saint-Sépulcre.</p>
<p><strong>La croisade avant la croisade : Barbastro et Tarragone.</strong> L'Espagne a servi de laboratoire à l'<strong>Idée de croisade</strong>. Vers 1063-1064, Alexandre II accorde la rémission de la pénitence à ceux qui partent combattre en Espagne ; des chevaliers français, normands et italiens prennent Barbastro en 1064. Le 1er juillet 1089, Urbain II exhorte les comtes de Catalogne à relever Tarragone et assimile l'aumône pour cette œuvre au pèlerinage de Jérusalem. Après Clermont, il demande même aux Catalans de ne pas partir pour l'Orient : il n'y a pas de mérite, écrit-il en substance, à délivrer les chrétiens d'un côté pour les livrer de l'autre.</p>
<p><strong>L'équivalence avec Jérusalem (1123-1147).</strong> En 1123, Calixte II écrit aux grands d'Espagne que ceux qui combattent sur ce front, la croix cousue sur l'habit, reçoivent la même rémission des péchés que les croisés d'Orient ; il imagine même une route vers Jérusalem « par l'Espagne ». En 1147, la bulle <em>Divina dispensatione</em> d'Eugène III range la péninsule, avec la Baltique, parmi les fronts de la <a href="https://croisades.fr/posts/deuxieme-croisade/">deuxième croisade</a> : la même année, des croisés anglais, flamands et rhénans en route pour la Terre sainte aident Alphonse Ier de Portugal à prendre Lisbonne (24 octobre 1147), tandis que Gênois et Castillans s'emparent d'Almería.</p>
<p><strong>Las Navas de Tolosa et les ordres militaires.</strong> Le sommet de la croisade espagnole est <strong>Las Navas de Tolosa</strong>, le 16 juillet 1212 : Innocent III a fait prêcher la croisade, des chevaliers ultramontains sont venus, et les rois Alphonse VIII de Castille, Pierre II d'Aragon et Sanche VII de Navarre écrasent le calife almohade al-Nasir dans la sierra Morena. Le front a aussi ses moines-soldats : les <a href="https://croisades.fr/posts/les-templiers/">Templiers</a> et les <a href="https://croisades.fr/posts/les-hospitaliers/">Hospitaliers</a> y tiennent des forteresses, et naissent des <strong>Ordres ibériques</strong> sur leur modèle — Calatrava (1158), Santiago (approuvé en 1175), Alcántara, Avis au Portugal — tous présentés dans notre <a href="https://croisades.fr/posts/ordres-militaires-meconnus-panorama/">panorama des ordres militaires méconnus</a>.</p>
<h2 id="les-nuances">Les nuances<a class="headerlink" href="#les-nuances" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Toute la Reconquista n'est pas une croisade. Pendant des siècles, rois chrétiens et émirs musulmans se combattent, traitent, échangent des tributs (les <em>parias</em>) et s'allient parfois les uns contre les autres ; le Cid a servi l'émir de Saragosse avant de prendre Valence. La croisade, avec son vœu, sa croix et son indulgence, se superpose à cette guerre longue sans l'absorber.</p>
<p>Les papes, de leur côté, ont toujours tenu Jérusalem pour la priorité. En 1213, par la bulle <em>Quia maior</em>, Innocent III suspend les indulgences de croisade pour l'Espagne, sauf pour ses habitants, afin que les forces de la chrétienté se tournent vers la Terre sainte — ce qui mènera à la <a href="https://croisades.fr/posts/cinquieme-croisade/">cinquième croisade</a>. Le front espagnol est une croisade de proximité, d'abord affaire des Espagnols.</p>
<p>Enfin, le mot même de <em>Reconquista</em> est tardif : les historiens espagnols l'ont imposé au XIXe siècle. Les chroniques médiévales parlent de « restauration de l'Espagne » ou de délivrance de l'Église. Il en va de même pour « croisade », que les contemporains de Godefroy n'employaient pas : ils parlaient de pèlerinage et de passage (voir <a href="https://croisades.fr/posts/croises-francs-sarrasins-origine-des-mots/">l'origine des mots croisés, Francs et Sarrasins</a>). Sur la place de la foi dans ces guerres, voir aussi <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guerre-de-religion/">les croisades, guerre de religion ?</a>.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>La Reconquista est la seule des guerres saintes du Moyen Âge qui ait atteint son but et l'ait gardé. Jérusalem est perdue en 1187, Acre en 1291 ; Tolède, reprise en 1085, est restée chrétienne, et Grenade aussi, depuis le 2 janvier 1492. Les cathédrales de Tolède, de Séville et de Burgos, le culte de saint Jacques à Compostelle, les ordres de Santiago et de Calatrava encore vivants comme ordres honorifiques, et jusqu'à la <em>bula de la Santa Cruzada</em>, abolie seulement en 1966, en sont les témoins. Ceux qui sont tombés en Espagne, la croix sur l'épaule, ont défendu la même chrétienté que ceux d'Antioche — plus près de chez eux, et avec plus de succès. Sur l'héritage des croisades d'Orient, voir <a href="https://croisades.fr/posts/que-reste-t-il-des-croisades/">que reste-t-il des croisades aujourd'hui ?</a>.</p>
<h2 id="pour-approfondir">Pour approfondir<a class="headerlink" href="#pour-approfondir" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/qu-est-ce-qu-une-croisade/">Qu'est-ce qu'une croisade ?</a> — traditionalistes et pluralistes : l'Espagne entre-t-elle dans la définition ?</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">Les croisades (1095-1291) : le guide complet</a> — le cadre général des expéditions d'Orient.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/combien-de-croisades/">Combien y a-t-il eu de croisades ?</a> — pourquoi le décompte laisse de côté l'Espagne et la Baltique.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/deuxieme-croisade/">La deuxième croisade</a> — Lisbonne et Almería en 1147.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-et-les-juifs/">Les croisades et les Juifs</a> — une autre page de l'histoire des croisades en Occident.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/que-reste-t-il-des-croisades/">Que reste-t-il des croisades aujourd'hui ?</a> — lieux, ordres et mémoire.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-etaient-elles-justes/">Les croisades étaient-elles justes ?</a> — le raisonnement des théologiens qui fondait la croisade, en Orient comme en Espagne.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Textes.</strong> Alexandre II, lettres de 1063-1064 sur la guerre d'Espagne (extraits canoniques, dont <em>Eos qui in Ispaniam</em>) · Urbain II, lettre aux comtes de Catalogne sur Tarragone (1er juillet 1089) · Calixte II, lettre aux grands d'Espagne (1123) · Eugène III, <em>Divina dispensatione</em> (11 avril 1147) · <em>De expugnatione Lyxbonensi</em> (récit du siège de Lisbonne, 1147) · Innocent III, <em>Quia maior</em> (1213) · Rodrigue Jiménez de Rada, <em>De rebus Hispaniae</em>, VIII (Las Navas).
<strong>Ouvrages de référence.</strong> Joseph F. O'Callaghan, <em>Reconquest and Crusade in Medieval Spain</em> (University of Pennsylvania Press, 2003) ; Philippe Josserand, <em>Église et pouvoir dans la péninsule Ibérique. Les ordres militaires dans le royaume de Castille (1252-1369)</em> (Casa de Velázquez, 2004) ; Martín F. Ríos Saloma, <em>La Reconquista. Una construcción historiográfica (siglos XVI-XIX)</em> (Marcial Pons, 2011) ; <a href="https://web.pdx.edu/~ott/hst399/Alexanderletters/" rel="nofollow noopener">Lettres d'Alexandre II sur la guerre en Ibérique, trad. anglaise</a>.</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Les croisades étaient-elles justes ?</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/les-croisades-etaient-elles-justes/</link>
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    <pubDate>Tue, 06 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>En bref</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/les-croisades-etaient-elles-justes.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Selon la théologie de la guerre juste (Augustin, Gratien, Thomas d'Aquin), la croisade pour Jérusalem l'était ; ses crimes, eux, furent jugés par l'Église.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>La question</strong> : la croisade remplissait-elle les conditions d'une guerre permise par la morale chrétienne ? <strong>Les critères</strong> : <strong>Guerre juste</strong> selon saint Augustin (<em>Contre Fauste</em>, XXII, vers 400), Gratien (<em>Décret</em>, Cause 23, vers 1140), saint Thomas d'Aquin (<em>Somme théologique</em>, IIa-IIae, q. 40, vers 1270) : autorité légitime, cause juste, intention droite. <strong>La réponse médiévale</strong> : oui pour la croisade de Jérusalem — appel de Byzance (Plaisance, mars 1095), terre chrétienne conquise en 638, vœu de pénitence. <strong>Les défenseurs</strong> : Urbain II (1095), saint Bernard (<em>Éloge de la nouvelle milice</em>, vers 1130), Innocent IV (vers 1250), Humbert de Romans (1274). <strong>Les limites</strong> : les massacres et le sac de Constantinople (1204), condamnés par l'Église elle-même.</p>
</div>
<p><strong>Selon la théologie catholique de la guerre juste, la croisade pour Jérusalem était une guerre juste : décidée par une autorité légitime, le pape, pour une cause juste, secourir les chrétiens d'Orient et recouvrer une terre chrétienne prise par la force, et menée en principe avec une intention droite, celle du pèlerin pénitent. Ce qui n'était pas juste, ce sont les crimes commis en chemin — et l'Église l'a dit.</strong> Pour le récit des deux siècles, voir le <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a> ; pour la question voisine, <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guerre-de-religion/">les croisades étaient-elles une guerre de religion ?</a>.</p>
<h2 id="ce-quil-faut-retenir">Ce qu'il faut retenir<a class="headerlink" href="#ce-quil-faut-retenir" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Une doctrine plus ancienne que la croisade.</strong> Le christianisme n'a jamais béni toute guerre, ni interdit toute guerre. Saint Augustin, vers 400, admet que le chrétien puisse combattre si la guerre « venge des injustices » et vise la paix ; le canoniste Gratien, vers 1140, rassemble ces textes dans la Cause 23 de son <em>Décret</em> ; saint Thomas d'Aquin, vers 1270, les ramène à trois conditions : l'<strong>autorité</strong> du prince, une <strong>cause juste</strong>, une <strong>intention droite</strong> (<em>Somme théologique</em>, IIa-IIae, question 40, article 1). C'est à cette aune que les théologiens jugeaient la croisade, et c'est encore la seule qui permette de répondre à la question sans anachronisme.</p>
<p><strong>La cause : secourir et recouvrer.</strong> En mars 1095, au concile de Plaisance, les envoyés de l'empereur Alexis Comnène demandent l'aide des Latins contre les Turcs qui ont pris presque toute l'Anatolie. À <a href="https://croisades.fr/posts/clermont-1095/">Clermont</a>, <strong>Urbain II</strong> parle des chrétiens d'Orient opprimés et du <a href="https://croisades.fr/posts/pourquoi-le-saint-sepulcre-comptait-tant/">Saint-Sépulcre</a>, tombeau du Christ, aux mains d'autres maîtres depuis la conquête arabe de 638 et détruit sur ordre du calife al-Hakim en 1009. Pour un juriste du XIIe siècle, c'est le cas d'école : repousser une agression et recouvrer ce qui a été pris. Au XIIIe siècle, le pape juriste Innocent IV précise que les infidèles possèdent légitimement leurs terres et qu'on ne peut leur faire la guerre pour leur seule religion ; mais la Terre sainte, consacrée par le Christ et conquise sur les chrétiens par les armes, peut être reprise.</p>
<p><strong>L'autorité et l'intention : le pape et le vœu.</strong> Ce qui distingue la croisade d'une guerre féodale, c'est qu'elle est proclamée par le pape, ce qui la soustrait aux querelles des princes (voir <a href="https://croisades.fr/posts/qui-a-lance-les-croisades/">qui a lancé les croisades ?</a>). L'intention droite est la condition la plus exigeante, et l'Église l'a inscrite dans la loi : le canon 2 de Clermont n'accorde l'indulgence qu'à celui qui part « par dévotion seulement, et non pour obtenir honneur ou argent ». Le croisé fait vœu, se confesse, part en pénitent ; la croisade est, dans le mot de l'historien Jonathan Riley-Smith, un « acte d'amour » envers Dieu et envers le prochain menacé.</p>
<p><strong>Saint Bernard et la chevalerie sanctifiée.</strong> Vers 1130, dans l'<em>Éloge de la nouvelle milice</em> écrit pour les <a href="https://croisades.fr/posts/les-templiers/">Templiers</a>, <strong>Saint Bernard</strong> va plus loin : le chevalier du Christ qui tue en juste guerre ne commet pas un homicide mais, dit-il en substance, supprime le mal ; et il ajoute aussitôt qu'il ne faudrait pas tuer les païens si l'on pouvait autrement les empêcher d'opprimer les fidèles. C'est l'<strong>Idée de croisade</strong> à son sommet : une violence strictement bornée par sa fin, la protection des chrétiens et des Lieux saints.</p>
<h2 id="les-nuances">Les nuances<a class="headerlink" href="#les-nuances" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Une guerre juste peut être mal faite.</strong> La doctrine juge la cause, mais aussi la manière. Les massacres de Juifs en Rhénanie en 1096 (voir <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-et-les-juifs/">les croisades et les Juifs</a>), celui de <a href="https://croisades.fr/posts/prise-de-jerusalem-1099/">Jérusalem en 1099</a> ou le sac de Constantinople en 1204 ne sont justifiés par aucune théologie ; Innocent III a écrit des croisés de la <a href="https://croisades.fr/posts/quatrieme-croisade/">quatrième croisade</a> qu'ils avaient préféré les biens de la terre à ceux du ciel. Le péché d'un croisé ne rend pas la croisade injuste ; il la trahit.</p>
<p><strong>Les critiques étaient déjà médiévales.</strong> Dès la fin du XIIe siècle, Raoul le Noir doute de la croisade contre les Sarrasins ; au XIIIe, Roger Bacon juge que les guerres empêchent la conversion. En 1274, pour le second concile de Lyon, le dominicain Humbert de Romans recense ces objections dans son <em>Opus tripartitum</em> et y répond une à une. La justice de la croisade a donc été débattue par des catholiques, et défendue par d'autres catholiques, avec des arguments.</p>
<p><strong>Le mythe colonial ne tient pas.</strong> Les croisades ne sont pas les ancêtres du colonialisme : aucune métropole n'exploitait les États latins, qui coûtaient à l'Occident bien plus qu'ils ne lui rapportaient, et le but déclaré n'était ni la terre ni la conversion. Le thème <strong>Colonialisme et croisades</strong> date du XIXe et du XXe siècle, pas des sources.</p>
<p><strong>Le pardon de l'an 2000.</strong> Le 12 mars 2000, Jean-Paul II a demandé pardon pour les péchés des chrétiens, parmi lesquels l'usage de la violence « au service de la vérité ». Le document préparatoire de la Commission théologique internationale, <em>Mémoire et réconciliation</em>, distingue soigneusement le jugement sur les fautes des personnes et le jugement historique sur les époques : il ne condamne pas le principe de la croisade.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Ce qui demeure, c'est une exigence. La doctrine qui a justifié la croisade est celle qui l'a jugée : la même Église qui accordait l'indulgence au pèlerin armé excommuniait le croisé pillard et refusait la conversion forcée. Les hommes qui partaient pour Jérusalem savaient qu'on leur demandait non seulement de se battre, mais de se battre bien — pour d'autres, sans haine et sans profit. Beaucoup n'ont pas tenu cette ligne ; ceux qui l'ont tenue, de Godefroy de Bouillon à Saint Louis, restent la mesure à laquelle on peut juger tous les autres.</p>
<h2 id="pour-approfondir">Pour approfondir<a class="headerlink" href="#pour-approfondir" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/qu-est-ce-qu-une-croisade/">Qu'est-ce qu'une croisade ?</a> — la définition : autorité du pape, vœu, croix, indulgence et privilèges.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">Les croisades (1095-1291) : le guide complet</a> — les deux siècles, expédition par expédition.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guerre-de-religion/">Les croisades étaient-elles une guerre de religion ?</a> — vœu, indulgence, pèlerinage et jihad.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/pourquoi-le-saint-sepulcre-comptait-tant/">Pourquoi le Saint-Sépulcre comptait-il tant ?</a> — la cause que défendaient les croisés.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/clermont-1095/">Clermont, 27 novembre 1095</a> — l'appel d'Urbain II et le canon sur l'indulgence.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-templiers/">Les Templiers</a> — l'ordre pour lequel saint Bernard a écrit l'<em>Éloge de la nouvelle milice</em>.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/croisades-et-reconquista-difference/">Croisades et Reconquista : quelle différence ?</a> — le même raisonnement appliqué à l'Espagne.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Textes.</strong> Saint Augustin, <em>Contre Fauste</em>, XXII, 74-75 ; <em>Questions sur l'Heptateuque</em>, VI, 10 · Concile de Clermont (1095), canon 2 · Gratien, <em>Décret</em> (vers 1140), Cause 23 · Bernard de Clairvaux, <em>Liber ad milites Templi de laude novae militiae</em> (vers 1130), III · Thomas d'Aquin, <em>Somme théologique</em>, IIa-IIae, q. 40, a. 1 · Innocent IV, <em>Commentaria</em> sur la décrétale <em>Quod super his</em> (vers 1250) · Humbert de Romans, <em>Opus tripartitum</em> (1274) · Commission théologique internationale, <em>Mémoire et réconciliation : l'Église et les fautes du passé</em> (mars 2000).
<strong>Ouvrages de référence.</strong> Jonathan Riley-Smith, « Crusading as an Act of Love », <em>History</em> 65 (1980) ; Frederick H. Russell, <em>The Just War in the Middle Ages</em> (Cambridge, 1975) ; James Muldoon, <em>Popes, Lawyers, and Infidels</em> (University of Pennsylvania Press, 1979) ; Jean Flori, <em>La Guerre sainte</em> (Aubier, 2001) ; <a href="https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/en/homilies/2000/documents/hf_jp-ii_hom_20000312_pardon.html" rel="nofollow noopener">Homélie de Jean-Paul II, Journée du pardon, 12 mars 2000</a>.</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>La carte des croisades : itinéraires et États latins</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/carte-des-croisades/</link>
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    <pubDate>Mon, 05 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>En bref</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/carte-des-croisades.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Trois routes vers l'Orient (Danube, Italie, mer) et quatre États latins, d'Édesse au golfe d'Aqaba (1098-1291) : la géographie des croisades en un coup d'œil.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>Les routes</strong> : par terre, Danube → Belgrade → Constantinople ; par l'Italie, Bari ou Brindisi → Durazzo → via Egnatia → Constantinople ; puis l'Anatolie, de Nicée à Antioche. Par mer, à partir du XIIe siècle : Venise, Gênes, Pise, Marseille, Messine, Aigues-Mortes → Acre, Chypre, Damiette ou Tunis. <strong>Les États latins</strong> (du nord au sud) : comté d'Édesse (1098-1144/1150), principauté d'Antioche (1098-1268), comté de Tripoli (1109-1289), royaume de Jérusalem (1099-1291). <strong>La forme</strong> : un long ruban côtier d'environ 750 km, large de 50 à 100 km, adossé au Liban et au Jourdain. <strong>La limite</strong> : jamais Alep ni Damas. <strong>Plus tard</strong> : royaume de Chypre (1192-1489), Empire latin de Constantinople (1204-1261).</p>
</div>
<p><strong>La carte des croisades tient en deux images : des routes qui convergent toutes vers Constantinople puis la Syrie, par le Danube, par l'Italie ou par la mer ; et, au bout, quatre États latins alignés sur la côte, du comté d'Édesse au nord jusqu'au royaume de Jérusalem au sud, entre 1098 et 1291.</strong> Pour l'histoire de chacune des expéditions qui ont tracé ces routes, voir notre <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a>.</p>
<h2 id="ce-quil-faut-retenir">Ce qu'il faut retenir<a class="headerlink" href="#ce-quil-faut-retenir" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>Trois routes, un carrefour : Constantinople.</strong> En 1096, il n'y a qu'une manière d'aller en Terre sainte avec une armée : à pied, par l'empire byzantin. Godefroy de Bouillon et les Lotharingiens descendent le <strong>Danube</strong> par la Hongrie et Belgrade, puis la grande route de Sofia et d'Andrinople. Raymond de Saint-Gilles et les Provençaux passent par l'Italie du Nord et longent la côte dalmate, par des montagnes sans routes, en plein hiver. Bohémond de Tarente, Hugues de Vermandois, les deux Robert (de Normandie et de Flandre) et Étienne de Blois traversent l'Adriatique depuis Bari ou Brindisi, débarquent vers Durazzo et suivent la <strong>via Egnatia</strong>, la vieille voie romaine qui mène droit à Constantinople. Toutes ces colonnes s'y retrouvent entre décembre 1096 et mai 1097. Le récit de cette marche est celui de la <a href="https://croisades.fr/posts/premiere-croisade/">première croisade</a>, et sa durée — près de trois ans jusqu'à Jérusalem — est détaillée dans <a href="https://croisades.fr/posts/duree-du-voyage-vers-jerusalem/">combien de temps durait le voyage vers Jérusalem ?</a>.</p>
<p><strong>L'Anatolie, le passage obligé et redouté.</strong> De Constantinople, la route terrestre traverse le Bosphore, assiège <strong>Nicée</strong> (prise le 19 juin 1097), bat les Seldjoukides à <strong>Dorylée</strong> le 1er juillet, puis s'engage dans la <strong>Traversée de l'Anatolie</strong> : plateau brûlé, puits comblés, chevaux morts de soif, par Iconium, Héraclée, la Cappadoce et Marash, jusqu'à Antioche, atteinte le 21 octobre 1097. Cette même route sera fatale aux suivants. En 1147, Conrad III est défait près de Dorylée et Louis VII, qui longe la côte, est écrasé au mont Cadmos ; il finit par s'embarquer à Attalia pour Antioche (la <a href="https://croisades.fr/posts/deuxieme-croisade/">deuxième croisade</a>). En 1190, Frédéric Barberousse la force, prend Konya, et se noie dans le Saleph aux portes de la Cilicie. Après lui, plus aucune grande armée ne passera par l'Anatolie.</p>
<p><strong>La mer, la route du XIIe et du XIIIe siècle.</strong> Dès que les Francs tiennent la côte de Syrie, les <strong>Ports d'embarquement</strong> deviennent les vraies portes de la croisade : Venise, Gênes, Pise, Marseille, Messine pour qui descend l'Italie, puis Aigues-Mortes, fondée par Saint Louis. Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste passent l'hiver 1190-1191 à Messine ; Richard conquiert Chypre en route et débarque à Acre en juin 1191 (<a href="https://croisades.fr/posts/troisieme-croisade/">la troisième croisade</a>). La carte se déplace alors : la <a href="https://croisades.fr/posts/quatrieme-croisade/">quatrième croisade</a> part de Venise, fait escale à Zara (1202) et s'arrête à Constantinople (1204) ; la <a href="https://croisades.fr/posts/cinquieme-croisade/">cinquième croisade</a> vise Damiette (1218-1221), la <a href="https://croisades.fr/posts/septieme-croisade/">septième</a> Damiette encore et Mansourah (1249-1250), la <a href="https://croisades.fr/posts/huitieme-croisade/">huitième</a> Tunis (1270). L'idée est la même chaque fois : frapper l'Égypte, qui tient Jérusalem, plutôt que la Judée elle-même. Le tableau de toutes ces expéditions, date par date, est dans la <a href="https://croisades.fr/posts/chronologie-complete-des-croisades/">chronologie complète des croisades</a>.</p>
<p><strong>Quatre États latins, du nord au sud.</strong> Au bout des routes, l'Outremer franc. Le plus septentrional et le seul vraiment continental est le <strong>Comté d'Édesse</strong>, fondé par Baudouin de Boulogne en mars 1098, de part et d'autre de l'Euphrate, entre Arméniens et Turcs ; il tombe le premier, avec la prise d'Édesse par Zengi le 24 décembre 1144, et ses derniers châteaux sont cédés en 1150. Vient ensuite la <strong>Principauté d'Antioche</strong>, née de la prise de la ville par Bohémond le 3 juin 1098, sur l'Oronte et la côte jusqu'à Lattaquié : elle durera jusqu'à Baybars, en 1268. Le <strong>Comté de Tripoli</strong>, le plus petit, coincé entre la mer et la montagne du Liban, naît de la prise de Tripoli le 12 juillet 1109 et tombe devant Qalawun en 1289. Au sud, le <strong>Royaume de Jérusalem</strong>, de Beyrouth à Gaza puis jusqu'au golfe d'Aqaba (Aila, prise en 1116), avec, au-delà du Jourdain, la seigneurie d'Oultrejourdain et ses forteresses de Montréal et de Kérak. Le roi de Jérusalem exerçait sur les trois autres une prééminence de fait, sans en être le suzerain en droit. Leur fin commune est racontée dans <a href="https://croisades.fr/posts/fin-des-etats-latins/">la fin des États latins</a>, et celle de la dernière ville franque dans <a href="https://croisades.fr/posts/chute-d-acre-1291/">la chute d'Acre en 1291</a>.</p>
<h2 id="les-nuances">Les nuances<a class="headerlink" href="#les-nuances" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Une carte des États latins n'est vraie qu'à une date. En 1130, l'Outremer s'étend de l'Euphrate à la mer Rouge ; en 1188, après <a href="https://croisades.fr/posts/hattin-1187/">Hattin</a>, il ne reste aux Francs que Tyr, Tripoli, Antioche et quelques forteresses ; la troisième croisade rend la côte d'Acre à Jaffa, et Jérusalem même n'est rendue que par traité, de 1229 à 1244. Les frontières médiévales ne sont pas des lignes, mais des châteaux, des villes et des terres qui paient tribut à l'un ou à l'autre. Surtout, la carte révèle une faiblesse que les contemporains voyaient bien : les Francs tiennent les ports, mais jamais les grandes villes de l'intérieur — <strong>Alep, Hama, Homs, Damas</strong> — d'où partent toutes les reconquêtes, de Zengi à Saladin et à Baybars. L'échec devant Damas en 1148 en est le tournant. Il faut enfin ajouter à la carte les États nés des croisades hors de Syrie : le royaume de Chypre des Lusignan (1192), l'Empire latin de Constantinople (1204-1261), la principauté de Morée en Grèce, et l'allié arménien de Cilicie.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Sur la carte d'aujourd'hui, le ruban de l'Outremer se lit encore à ses pierres : le <a href="https://croisades.fr/posts/krak-des-chevaliers/">Krak des Chevaliers</a> au-dessus de la trouée de Homs, les murailles d'Acre et de Byblos, le château Saint-Gilles qui domine toujours Tripoli, la citadelle de Kérak sur la route des Rois. Et toutes ces routes, de la via Egnatia aux quais d'Aigues-Mortes, mènent au même point, que la carte place au centre sans le dire : le <a href="https://croisades.fr/posts/pourquoi-le-saint-sepulcre-comptait-tant/">tombeau du Christ</a>, pour lequel des hommes ont traversé la moitié du monde connu. C'est lui qui donne son sens à ce tracé ; tant qu'on le visite, la carte des croisades reste une carte de pèlerinage.</p>
<h2 id="pour-approfondir">Pour approfondir<a class="headerlink" href="#pour-approfondir" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<ul>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">Les croisades (1095-1291) : le guide complet</a> — les huit croisades et les quatre États latins.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem/">Le royaume de Jérusalem</a> — le plus grand des États latins, de 1099 à 1291.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/royaume-de-jerusalem-guide/">Le royaume de Jérusalem (1099-1291) : le guide complet</a> — ses frontières, ses seigneuries et sa capitale, de Jérusalem à Acre.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/premiere-croisade/">La première croisade</a> — la route de 1096-1099, de Clermont à Jérusalem.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/quelle-croisade-a-reussi/">Quelle croisade a réussi ?</a> — le bilan expédition par expédition, et ce qu'elles ont gagné sur la carte.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/duree-du-voyage-vers-jerusalem/">Combien de temps durait le voyage vers Jérusalem ?</a> — semaines par mer, années par terre.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/fin-des-etats-latins/">La fin des États latins</a> — comment la carte s'est refermée, de 1268 à 1291.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-et-les-juifs/">Les croisades et les Juifs : ce qui s'est passé</a> — les communautés juives de Tyr, d'Acre et de Jérusalem sous les Francs.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Textes.</strong> Foucher de Chartres, <em>Historia Hierosolymitana</em>, I (l'itinéraire de 1096-1099 et la fondation d'Édesse) · Raymond d'Aguilers, <em>Historia Francorum qui ceperunt Iherusalem</em> (la route provençale par la Dalmatie) · Guillaume de Tyr, <em>Chronique</em>, XI-XIV (les frontières du royaume et la prise de Tyr) · Eudes de Deuil, <em>De profectione Ludovici VII in Orientem</em> (la traversée de l'Anatolie en 1147-1148).
<strong>Ouvrages de référence.</strong> Jonathan Riley-Smith (dir.), <em>Atlas des croisades</em> (Autrement, 1996) ; Jean Richard, <em>Histoire des croisades</em> (Fayard, 1996) ; Joshua Prawer, <em>Histoire du royaume latin de Jérusalem</em> (CNRS, 1969-1970) ; John France, <em>Victory in the East</em> (Cambridge, 1994).</p>
</div>]]></content:encoded>
  </item>
  <item>
    <title>Les croisades et les Juifs : ce qui s'est passé</title>
    <link>https://croisades.fr/posts/les-croisades-et-les-juifs/</link>
    <guid isPermaLink="true">https://croisades.fr/posts/les-croisades-et-les-juifs/</guid>
    <pubDate>Mon, 05 Oct 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
<dc:creator>Romain Croisade</dc:creator><category>En bref</category><enclosure url="https://croisades.fr/assets/img/covers/les-croisades-et-les-juifs.jpg" type="image/jpeg" length="0"/>    <description>Rhénanie (1096), moine Raoul (1146), York (1190) : des bandes de croisés ont tué des Juifs, contre l'ordre des papes et des évêques qui les protégèrent.</description>
    <content:encoded><![CDATA[<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">En bref</p>
<p><strong>Les faits</strong> : massacres de Rhénanie (mai-juin 1096 : Spire, Worms, Mayence, Cologne, plusieurs milliers de morts) ; Jérusalem prise d'assaut (juillet 1099) ; prédication du moine Raoul en Rhénanie (1146) ; émeutes de Londres (1189) et de York (mars 1190, environ 150 morts) ; massacres de l'Ouest de la France (1236, jusqu'à 2 500 morts selon Grégoire IX) ; pastoureaux de 1320. <strong>Les auteurs</strong> : des bandes de croisés populaires et des émeutiers, non les armées des princes. <strong>La règle de l'Église</strong> : la bulle <em>Sicut Judaeis</em> (vers 1120), qui interdit de tuer ou de baptiser de force. <strong>Les protecteurs</strong> : Jean de Spire, Ruthard de Mayence, saint Bernard, Grégoire IX, Jean XXII. <strong>En Orient</strong> : des communautés juives à Tyr, Acre et Jérusalem sous les Francs.</p>
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<p><strong>Pendant les croisades, des bandes de croisés ont massacré des Juifs d'Europe, d'abord en Rhénanie en 1096, puis en 1146, en Angleterre en 1189-1190 et dans l'Ouest de la France en 1236. Ces crimes ont été commis contre l'enseignement constant de l'Église, que des évêques, saint Bernard et plusieurs papes ont défendu, parfois les armes à la main.</strong> Ce chapitre sombre prend place dans l'histoire d'ensemble racontée par notre <a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">guide complet des croisades</a>.</p>
<h2 id="ce-quil-faut-retenir">Ce qu'il faut retenir<a class="headerlink" href="#ce-quil-faut-retenir" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p><strong>1096 : les massacres de Rhénanie.</strong> Avant le départ des princes, des foules soulevées par la prédication prennent la route. Certaines bandes, celle du comte Emich de Flonheim surtout, se retournent contre les communautés juives du Rhin : Spire le 3 mai, Worms le 18, <strong>Mayence</strong> le 27, puis Cologne, Trèves, Metz et Ratisbonne. Les chroniques hébraïques de Salomon bar Siméon et d'Éliézer bar Nathan décrivent les tueries, les baptêmes forcés et les suicides de familles entières qui préfèrent la mort à l'apostasie ; à Mayence, plus de mille personnes meurent en un jour. Les <strong>Massacres de Rhénanie</strong> sont détaillés dans <a href="https://croisades.fr/posts/croisades-populaires/">les croisades populaires</a> et dans le récit de la <a href="https://croisades.fr/posts/premiere-croisade/">première croisade</a>. Les évêques ont tenté de s'y opposer : Jean de Spire sauve la plupart des siens et fait châtier les meurtriers, Adalbert de Worms et Ruthard de Mayence ouvrent leurs palais, mais sont débordés. L'empereur Henri IV autorise ensuite les baptisés de force à revenir au judaïsme. Albert d'Aix, chroniqueur chrétien, voit dans l'anéantissement de la bande d'Emich, en Hongrie, le jugement de Dieu.</p>
<p><strong>1099 : Jérusalem.</strong> Lors de la <a href="https://croisades.fr/posts/prise-de-jerusalem-1099/">prise de Jérusalem</a>, les Juifs de la ville partagent le sort des musulmans qui défendaient les murailles. Le chroniqueur damascène Ibn al-Qalanisi rapporte que la synagogue où ils s'étaient réfugiés fut incendiée. Des lettres retrouvées dans la Geniza du Caire montrent aussi que des captifs furent rachetés par les communautés d'Ascalon et d'Égypte, avec des livres saints. C'est la loi de la ville prise d'assaut, appliquée par tous les camps ; ce n'en est pas moins une page de deuil.</p>
<p><strong>1146 : le moine Raoul et saint Bernard.</strong> Quand la <a href="https://croisades.fr/posts/deuxieme-croisade/">deuxième croisade</a> est prêchée, un cistercien sorti de son cloître sans permission, le <strong>Moine Raoul</strong>, enseigne en Rhénanie qu'il faut d'abord frapper les Juifs. Des meurtres suivent à Cologne, à Spire, à Wurtzbourg. <strong>Saint Bernard</strong> répond par sa lettre 363 : les Juifs ne doivent être « ni persécutés, ni tués, ni chassés ». Il vient lui-même à Mayence, renvoie Raoul à son monastère, et le chroniqueur juif Éphraïm de Bonn écrit que sans lui il ne serait resté aucun survivant.</p>
<p><strong>1189-1236 : l'Angleterre et la France de l'Ouest.</strong> Au couronnement de Richard Cœur de Lion, le 3 septembre 1189, une émeute éclate à Londres contre une délégation juive ; le roi, selon Roger de Hoveden, fait pendre des meneurs et ordonne la paix. Mais pendant qu'il prépare la <a href="https://croisades.fr/posts/troisieme-croisade/">troisième croisade</a>, des croisés et des débiteurs endettés attaquent les Juifs à Lynn, Norwich, Stamford, et surtout à <strong>York</strong>, où environ 150 Juifs réfugiés dans la tour du château se donnent la mort ou sont tués, le 16 mars 1190. En 1236, des croisés de Bretagne, d'Anjou et du Poitou massacrent des communautés entières ; Grégoire IX, dans une lettre aux évêques de l'Ouest, dénonce « une cruauté inouïe » et jusqu'à 2 500 morts, et demande à saint Louis de punir les coupables et de faire restituer les biens.</p>
<h2 id="les-nuances">Les nuances<a class="headerlink" href="#les-nuances" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Ces violences ne sont pas « les croisades » : les armées des princes, Godefroy de Bouillon compris, n'ont pas pris part aux massacres de 1096, et aucun pape n'a prêché la croisade contre les Juifs. La règle de l'Église est connue et répétée : depuis Grégoire le Grand, puis Alexandre II en 1063, et surtout la bulle <em>Sicut Judaeis</em>, publiée par Calixte II vers 1120 et renouvelée par une dizaine de papes, il est interdit de tuer les Juifs, de les blesser, de les dépouiller ou de les baptiser de force. Les meurtriers savaient qu'ils désobéissaient ; ils agissaient par haine, par cupidité (les dettes) et par une logique perverse — « venger le Christ » chez soi avant de partir le venger au loin — que les clercs ont combattue. Autre nuance : le sort des Juifs n'a pas toujours été pire sous les Francs. Vers 1170, <strong>Benjamin de Tudèle</strong> trouve environ 500 Juifs à Tyr, 200 familles à Acre et 200 teinturiers à Jérusalem, au pied de la tour de David. Après 1187, Saladin rouvre Jérusalem aux Juifs ; en 1211, des rabbins de France et d'Angleterre s'installent à Acre sous la protection franque, et Nahmanide relève une synagogue à Jérusalem en 1267. Les <strong>Juifs des États latins</strong> ont vécu en sujets protégés, payant la capitation comme sous les émirs.</p>
<h2 id="ce-qui-demeure">Ce qui demeure<a class="headerlink" href="#ce-qui-demeure" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
<p>Ce qui demeure, c'est la distance entre l'idéal et l'homme, et le fait que l'Église l'a mesurée elle-même. Les noms de Jean de Spire, de saint Bernard ou de Grégoire IX sont ceux de chrétiens qui ont rappelé, au moment où la passion religieuse s'égarait, que le Christ ne se venge pas sur le peuple dont il est né. Les chroniques hébraïques de 1096 et d'Éphraïm de Bonn sont aussi des sources que tout historien des croisades doit lire : elles disent le prix de la foi du côté de ceux qui ont choisi la mort plutôt que le baptême forcé. Un site catholique doit les honorer, et dire nettement que ces crimes n'avaient rien de la croisade que l'Église avait voulue.</p>
<h2 id="pour-approfondir">Pour approfondir<a class="headerlink" href="#pour-approfondir" title="Lien vers cette section">#</a></h2>
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<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guide-complet/">Les croisades (1095-1291) : le guide complet</a> — les expéditions, leurs buts et leurs pages sombres.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/croisades-populaires/">Les croisades populaires (1096-1320)</a> — Pierre l'Ermite, Emich de Flonheim, les pastoureaux de 1251 et de 1320.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/premiere-croisade/">La première croisade</a> — la Rhénanie de 1096 dans le récit de l'expédition.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/deuxieme-croisade/">La deuxième croisade</a> — le moine Raoul et la lettre de saint Bernard.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/prise-de-jerusalem-1099/">La prise de Jérusalem, 15 juillet 1099</a> — le massacre selon les sources.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/carte-des-croisades/">La carte des croisades</a> — Tyr, Acre et Jérusalem dans l'Outremer franc.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/les-croisades-guerre-de-religion/">Les croisades, guerre de religion ?</a> — ce que la croisade était et n'était pas.</li>
<li><a href="https://croisades.fr/posts/croisades-et-reconquista-difference/">Croisades et Reconquista : quelle différence ?</a> — l'autre front de la croisade en Occident.</li>
</ul>
<div class="admonition note">
<p class="admonition-title">Sources</p>
<p><strong>Textes.</strong> Salomon bar Siméon et Éliézer bar Nathan, chroniques hébraïques de 1096 · Albert d'Aix, <em>Historia Hierosolymitana</em>, I, 26-29 · Ibn al-Qalanisi, <em>Chronique de Damas</em> (année 492/1099) · Bernard de Clairvaux, <em>Lettre</em> 363 · Éphraïm de Bonn, <em>Sefer Zekhira</em> · Roger de Hoveden, <em>Chronica</em> (1189) ; Guillaume de Newburgh, <em>Historia rerum Anglicarum</em>, IV, 9-11 (York) · Grégoire IX, lettre aux évêques de l'Ouest (septembre 1236) · Benjamin de Tudèle, <em>Livre des voyages</em> (vers 1170).
<strong>Ouvrages de référence.</strong> Robert Chazan, <em>European Jewry and the First Crusade</em> (University of California Press, 1987) ; Jonathan Riley-Smith, « The First Crusade and the Persecution of the Jews », <em>Studies in Church History</em> 21 (1984) ; Joshua Prawer, <em>The History of the Jews in the Latin Kingdom of Jerusalem</em> (Oxford, 1988) ; <a href="https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/03044181.2023.2210334" rel="nofollow noopener">Papal crusade propaganda and attacks against Jews in France in the 1230s</a> (<em>Journal of Medieval History</em>, 2023).</p>
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  </item>
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