Ambroise et l'Estoire de la guerre sainte

Ambroise, jongleur normand, suit Richard Cœur de Lion en 1191-1192 et raconte la croisade en vers français : l'Estoire, source majeure d'Acre et d'Arsouf.

Romain Croisade 3 min

Un clerc normand écrit des vers à la plume sous une tente de camp croisé, avec des chevaliers, des bannières et une ville assiégée visibles à l'entrée

En bref

Auteur : Ambroise, Normand, témoin de la troisième croisade (1189-1192). Œuvre : L'Estoire de la guerre sainte, vers 1195-1199, environ 12 300 octosyllabes en français. Camp : celui de Richard Cœur de Lion. À retenir : la meilleure source latine d'Acre et d'Arsouf, chaleureuse et partiale.

Parmi les chroniqueurs des croisades, Ambroise est l'un des rares à avoir écrit en vers et en français, pour être entendu autant que lu. Il a marché avec l'armée de Richard, et son récit en garde la poussière, la soif et les chants.

Qui était Ambroise ?#

On ne sait de lui que ce qu'il laisse paraître. Il se dit Ambroise, il est normand, et il a pris la croix en 1189-1190 pour suivre le roi d'Angleterre, duc de Normandie. Les historiens hésitent sur sa condition : jongleur (le poète qui récite des vers) ou clerc lettré. Il est du moins un homme d'armée, qui voit les camps, les marches et les combats de près, et qui en revient avec la mémoire pleine.

Son œuvre : une chronique rimée#

L'Estoire de la guerre sainte raconte la troisième croisade, de la chute de Jérusalem en 1187 au retour de Richard en 1192. Elle est composée en octosyllabes à rimes plates, vers 1195-1199, soit quelques années après les faits. Elle ne nous est parvenue que par un seul manuscrit complet, conservé au Vatican. Une version latine en prose, l'Itinerarium peregrinorum (le « récit des pèlerins »), en est très proche ; les spécialistes discutent encore de leur ordre de filiation, et l'on ne tranchera pas ici.

Son point de vue et ses partis pris#

Ambroise est du camp de Richard, et il le dit sans détour : le roi y paraît infatigable, magnifique, fraternel avec ses hommes. Il célèbre ses fidèles, les chevaliers normands et angevins, les Templiers et les Hospitaliers qui tiennent la ligne à Arsouf, et il juge durement ceux qu'il tient pour responsables des divisions de l'armée. L'amour qu'il porte à la croisade est sincère : pour lui, ceux qui sont morts devant Acre sont des martyrs, et il le dit avec une foi simple, de pèlerin plus que de théologien. Il admire aussi la vaillance de l'adversaire et ne la cache pas. Ce n'est pas l'impartialité d'un historien ; c'est la fidélité d'un témoin.

Ce qu'on lui doit#

Sa force est le détail vécu. L'ordre de marche de l'armée le long de la côte, les faims et les maladies du siège d'Acre, la discipline tenue sous les flèches avant la charge d'Arsouf, le débarquement de Richard à Jaffa : on les lit chez lui mieux que partout ailleurs côté latin. Il laisse aussi entrevoir ce que d'autres taisent, la foule des humbles qui suivent l'armée, femmes comprises, qui portent l'eau, lavent le linge et soignent. Recoupé avec Baha ad-Din Ibn Chaddad, biographe de Saladin, il donne à la troisième croisade ses deux versions, celle du camp franc et celle du camp ayyoubide.

Où le lire#

Le texte français est dans l'édition de Gaston Paris, L'Estoire de la guerre sainte (1897). L'anglais en a une traduction moderne, The History of the Holy War de Marianne Ailes et Malcolm Barber (2003). En français, on trouve des extraits dans les anthologies des chroniqueurs.

Ce qui demeure#

Ce que laisse Ambroise, c'est une présence : celle des hommes de rang et de peu qui ont pris la croix, ont marché, ont eu faim, ont chanté, et dont le nom ne serait pas venu jusqu'à nous sans un poète qui avait voulu que cela ne soit pas oublié. Qui veut savoir comment on allait vers Arsouf, à pied, sous le soleil de septembre, le trouve chez lui.

Sources

Ambroise, L'Estoire de la guerre sainte (éd. Gaston Paris, 1897) · Itinerarium peregrinorum et gesta regis Ricardi · Baha ad-Din Ibn Chaddad, La Vie de Saladin. — Marianne Ailes et Malcolm Barber, The History of the Holy War (Boydell, 2003) · John Gillingham, Richard Cœur de Lion (1999) · Jean Richard, Histoire des croisades (1996).

Questions fréquentes#

Qui était Ambroise ?

Un Normand, jongleur ou clerc selon les historiens, qui a pris la croix et suivi l'armée de Richard Cœur de Lion en 1191-1192. Il se donne pour témoin oculaire de ce qu'il raconte et ne dit presque rien de lui-même.

Que raconte l'Estoire de la guerre sainte ?

La troisième croisade, de l'appel de 1187-1188 jusqu'au retour de Richard en 1192, en environ 12 300 vers français : Messine, Chypre, le siège d'Acre, Arsouf, les marches vers Jérusalem et Jaffa.

L'Estoire est-elle fiable ?

C'est un témoin direct, précis sur la marche et les combats, mais partisan : il loue Richard et ses fidèles, et juge sévèrement leurs adversaires. On le recoupe avec l'Itinerarium peregrinorum et avec Baha ad-Din Ibn Chaddad, côté musulman.

Où lire l'Estoire de la guerre sainte ?

L'édition de référence est celle de Gaston Paris (1897). Il existe une traduction anglaise de Marianne Ailes et Malcolm Barber, The History of the Holy War (2003). Pas de traduction française moderne courante.

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