Bataille d'Arsouf (7 septembre 1191) : Richard tient sa ligne

Le 7 septembre 1191, sur la route de Jaffa, Richard repousse l'armée de Saladin à Arsouf : la première défaite du sultan en bataille rangée depuis 1177.

Romain Croisade 6 min

Mis à jour le 10 octobre 2026

La colonne des croisés en marche le long de la mer, harcelée par les archers montés, les Hospitaliers chargent à l'arrière-garde

En bref

Quand : 7 septembre 1191. Où : la plaine côtière au nord d'Arsouf (Arsur), entre Césarée et Jaffa. Belligérants : l'armée de la troisième croisade sous Richard Cœur de Lion, avec les Templiers, les Hospitaliers, les Français d'Hugues de Bourgogne et les barons de Terre sainte ; face à elle, l'armée de Saladin. Forces : environ 15 000 à 20 000 croisés dont 1 200 chevaliers ; une armée ayyoubide plus nombreuse. Issue : victoire franque, Saladin se retire ; Jaffa est réoccupée.

Quatre ans après Hattin, au cœur de la troisième croisade, une armée franque marche à nouveau sous les flèches de Saladin, en plein été, en terrain ouvert. Cette fois elle a de l'eau, une flotte le long de la côte, et un chef qui sait qu'une bataille se gagne d'abord en refusant de la livrer trop tôt. (Arsouf dans la suite des combats : toutes les batailles des croisades.)

Contexte : après Acre, la route de Jaffa#

Acre est retombée aux mains des croisés le 12 juillet 1191, après deux ans de siège. Philippe Auguste est rentré en France ; Richard Cœur de Lion reste seul à la tête de la croisade avec l'objectif de reprendre Jérusalem. Pour y marcher, il lui faut un port proche : Jaffa, à cent kilomètres au sud. Le 22 août, l'armée quitte Acre et suit la côte, la flotte à sa hauteur pour la ravitailler en eau et en vivres, à petites étapes, en marchant le matin pour éviter la chaleur.

Saladin la suit sur son flanc gauche. Chaque jour, ses archers montés harcèlent la colonne ; chaque jour, Richard interdit de répondre. Baha ad-Din, chroniqueur de Saladin, voit des fantassins francs marcher « avec dix flèches plantées dans le dos, comme des hérissons », sans rompre le rang. Le 5 septembre, des pourparlers entre Richard et al-Adil, frère du sultan, échouent. Saladin choisit la plaine au nord d'Arsouf, bordée d'une forêt de chênes, pour livrer la bataille qu'il veut décisive.

Forces en présence#

Richard dispose d'environ 1 200 chevaliers et de 10 000 à 15 000 fantassins, arbalétriers et sergents, en partie des survivants du royaume. Il les range en douze bataillons groupés en cinq corps : les Templiers en tête — leur manière de charger en escadron est décrite dans l'histoire complète du Temple —, puis les Bretons et Angevins, puis les Poitevins de Guy de Lusignan, puis les Normands et Anglais autour de l'étendard royal, enfin les Hospitaliers à l'arrière-garde, le poste le plus exposé — l'ordre dont on lira l'histoire complète, de Jérusalem à Malte. L'infanterie marche à l'extérieur de la colonne, entre les cavaliers et l'ennemi ; les bagages longent la mer.

Saladin aligne l'armée qui a vaincu à Hattin, grossie de contingents venus d'Égypte, de Syrie et de Mésopotamie : archers montés turcs, cavalerie lourde kurde et mamelouke, auxiliaires bédouins et soudanais. Les chroniqueurs latins disent trois cent mille hommes ; on en retient plutôt quelques dizaines de milliers, mais nettement plus que les Francs.

Déroulé#

Le matin : le harcèlement. Vers neuf heures, l'armée ayyoubide sort de la forêt et enveloppe l'arrière et le flanc de la colonne au son des tambours et des trompettes. Les archers tournent autour de l'arrière-garde et tirent sans relâche ; les Hospitaliers perdent leurs chevaux par dizaines et doivent marcher à reculons pour faire face. Richard fait passer l'ordre : tenir, avancer, ne charger que sur le signal de six trompettes, quand l'ennemi, fatigué, sera au contact.

La charge de l'Hôpital. Le maître de l'Hôpital, Garnier de Nablus, vient deux fois supplier le roi de charger ; deux fois Richard refuse : trop tôt. Alors le maréchal de l'Hôpital et un chevalier anglais, Baudouin Carew, n'y tiennent plus et s'élancent en criant saint Georges ! ; toute l'arrière-garde suit. Richard, plutôt que de les laisser se faire tailler en pièces isolés, transforme la faute en bataille : il sonne la charge générale, corps après corps, et se jette lui-même dans la mêlée.

La rupture. Les archers ayyoubides, à pied pour tirer, sont surpris avant de pouvoir remonter en selle ; la première ligne s'effondre. Saladin lance ses réserves ; Richard rallie ses chevaliers, reforme les rangs et charge une deuxième puis une troisième fois, chaque fois en se gardant de poursuivre trop loin dans la forêt. L'armée ayyoubide se disloque et reflue vers les collines. Vers midi, la plaine est aux Francs ; le seul grand mort de leur côté est Jacques d'Avesnes, retrouvé le lendemain entouré de quinze ennemis abattus.

Pourquoi cela a tourné ainsi#

Arsouf est la leçon de Hattin appliquée point par point. L'eau : la flotte suit la colonne. Le mur d'infanterie : les fantassins et les arbalétriers, en relais, protègent les chevaux et tiennent les archers à distance. Le moment : Richard veut que la charge frappe un ennemi engagé au contact, non un ennemi qui recule et tire ; quand la charge part trop tôt, il la généralise aussitôt pour qu'elle ne soit pas isolée, puis l'arrête avant qu'elle ne se disperse — trois fois. C'est la maîtrise de la charge franque, arme terrible mais unique, qui fait la différence.

Conséquences#

Saladin a perdu la bataille, non l'armée : ses cavaliers reviennent harceler la colonne dès le lendemain. Mais l'effet moral est immense : c'est la première fois depuis Montgisard (1177) que le sultan est battu en bataille rangée, et ses émirs, note Baha ad-Din, en sont « le cœur brisé ». Richard entre à Jaffa le 10 septembre et la refortifie. Saladin, ne pouvant plus tenir la côte, fait raser Ascalon plutôt que de la voir tomber.

La route de Jérusalem est ouverte — et Richard s'y avancera deux fois, en décembre 1191 et en juin 1192, jusqu'à Beit Nuba, à vingt kilomètres de la ville, sans oser un siège qu'il ne pourrait tenir face à une armée intacte. Le traité de Jaffa (2 septembre 1192) laissera Jérusalem à Saladin, la côte d'Acre à Jaffa aux Francs, et la liberté de pèlerinage aux chrétiens.

Ce qui demeure#

Arsouf n'a pas rendu Jérusalem ; elle a sauvé ce qui restait du royaume et lui a donné cent ans de plus. Elle a montré ce dont une armée croisée était capable quand elle obéissait : des fantassins hérissés de flèches qui ne rompent pas, des chevaliers qui attendent la trompette, un roi qui tient sa ligne. Baha ad-Din, qui écrit du camp vaincu, ne cache pas son admiration pour l'endurance des Francs. C'est peut-être le plus beau compliment qu'ait reçu la chevalerie d'Occident. Arsouf dans la série des grandes journées de l'Orient latin : les 10 batailles décisives des croisades.

Sources

Ambroise, L'Estoire de la guerre sainte, v. 6035-6890 · Itinerarium peregrinorum et gesta regis Ricardi, IV, 17-20 · Baha ad-Din Ibn Chaddad, Vie de Saladin, ch. 118-120 · Imad ad-Din, Al-Fath al-qussi. — John Gillingham, Richard I (Yale, 1999) ; R. C. Smail, Crusading Warfare 1097-1193 (1956) ; Anne-Marie Eddé, Saladin (2008).

Questions fréquentes#

Qui a gagné la bataille d'Arsouf ?

Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre, à la tête de l'armée de la troisième croisade, contre Saladin, le 7 septembre 1191. L'armée ayyoubide est mise en fuite mais non détruite.

Pourquoi la bataille d'Arsouf est-elle importante ?

Parce qu'elle prouve qu'une armée franque disciplinée peut battre Saladin en terrain ouvert, quatre ans après Hattin. Elle rend Jaffa aux croisés et pousse Saladin à négocier ; elle ne rend pas Jérusalem.

Combien de morts à Arsouf ?

Les chroniqueurs latins avancent environ 700 croisés et 7 000 musulmans tués, dont 32 émirs ; les historiens jugent le second chiffre très exagéré. Une seule grande perte franque : Jacques d'Avesnes.

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