Les Templiers, moines et soldats (1119-1314)

Fondé vers 1119 à Jérusalem pour protéger les pèlerins, l'ordre du Temple devient la première armée permanente de la chrétienté, puis sa banque, jusqu'en 1312.

Romain Croisade 6 min

Mis à jour le 12 octobre 2026

Deux chevaliers du Temple sur un même cheval, manteaux blancs à la croix rouge, devant une commanderie

En bref

Nom : Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. Fondation : vers 1119 à Jérusalem, par Hugues de Payns. Règle : concile de Troyes, 13 janvier 1129, inspirée par saint Bernard. Siège : le Temple de Jérusalem, puis Acre (1191), puis Chypre (1291). Effectif : quelques centaines de chevaliers en Orient, des milliers de frères et près d'un millier de maisons en Occident. Fin : arrestations du 13 octobre 1307, suppression par Vox in excelso (22 mars 1312), mort de Jacques de Molay sur le bûcher (18 mars 1314).

Des moines qui se battent : l'idée choque encore certains de leurs contemporains, et saint Bernard doit écrire un traité pour la défendre. Pendant deux siècles, ces hommes en manteau blanc seront la seule troupe permanente de la Terre sainte, les premiers à charger et les derniers à reculer — et, à la fin, les victimes du plus célèbre procès du Moyen Âge.

Origines : protéger les pèlerins#

Après la prise de Jérusalem, la Ville sainte est chrétienne mais les routes ne le sont pas : entre Jaffa et Jérusalem, les pèlerins tombent sous les coups de brigands et de cavaliers d'Ascalon. Vers 1119, un chevalier champenois, Hugues de Payns, et quelques compagnons — la tradition en compte neuf — font vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance devant le patriarche de Jérusalem et se consacrent à la garde des routes. Le roi Baudouin II les installe dans une aile de son palais, l'ancienne mosquée al-Aqsa, que les Francs appellent le Temple de Salomon : ils seront les Templiers.

En 1127, Hugues part chercher en Occident des recrues et une reconnaissance. Il l'obtient au concile de Troyes, le 13 janvier 1129 : une règle de soixante-douze articles, écrite sous l'influence de saint Bernard de Clairvaux, fait des Templiers un ordre religieux à part entière — office, jeûnes, silence, obéissance au maître — dont la fonction propre est le combat. Vers 1130, Bernard leur dédie l'Éloge de la nouvelle chevalerie : le moine-soldat ne tue pas par haine mais pour défendre ; il ne craint pas la mort, qui l'ouvre au Christ. En 1139, la bulle Omne datum optimum d'Innocent II les place sous la seule autorité du pape.

Organisation#

L'ordre a trois catégories de frères. Les chevaliers, d'origine noble, portent le manteau blanc et, à partir de 1147, veille de la deuxième croisade, la croix rouge ; ils ont droit à trois chevaux et un écuyer. Les sergents, roturiers, portent le manteau noir ou brun et servent à cheval ou dans les métiers. Les chapelains disent la messe et confessent. À la tête, le maître, élu à vie, assisté du sénéchal, du maréchal (le chef militaire), du commandeur du royaume de Jérusalem (le trésorier) et du drapier. Les provinces d'Occident — France, Angleterre, Aragon, Portugal, Italie… — sont divisées en commanderies, fermes et prieurés qui produisent les revenus envoyés chaque année en Orient : les responsions, un tiers des recettes.

La règle fixe une vie de moine : lever pour matines, messes, repas en silence, deux frères par plat, viande trois fois par semaine, sommeil habillé et en lumière. Au combat, la discipline est absolue : interdiction de charger sans ordre, de quitter le rang, de se rendre tant que flotte le Beaucéant, la bannière noire et blanche. Un frère qui fuit est chassé de l'ordre.

Très vite, la confiance qu'inspirent ces hommes fait d'eux des banquiers : on dépose son argent dans une commanderie et on le retrouve à Jérusalem contre une lettre ; les rois de France confient leur trésor au Temple de Paris. Cette richesse, dont l'ordre ne dispose pas librement mais qu'il gère, fera sa réputation et son malheur.

Face aux croisades#

En Orient, l'ordre n'aligne jamais plus de trois ou quatre cents chevaliers à la fois — mais ce sont les seuls soldats professionnels du pays, présents toute l'année quand les croisés d'Occident rentrent après un été. Les Templiers tiennent les forteresses de la frontière : Gaza face à l'Égypte, Safed en Galilée, Tortose et le Chastel Blanc au nord, Château-Pèlerin sur la côte à partir de 1218. Ils forment l'avant-garde ou l'arrière-garde de toutes les armées : à Montgisard (1177) avec Baudouin IV, à la source de Cresson et à Hattin (1187), où Saladin fait exécuter les deux cent trente frères prisonniers, à Arsouf avec Richard, à Mansourah (1250) où presque tous périssent avec Robert d'Artois — le maître Guillaume de Sonnac y perd un œil, puis la vie.

Leur indépendance les fait aussi juger orgueilleux : ils s'opposent à Frédéric II en 1229, se disputent avec les Hospitaliers, mènent leur propre diplomatie avec Damas ou les Assassins. À la chute d'Acre, en 1291, le maître Guillaume de Beaujeu meurt sur la brèche et la forteresse du Temple est le dernier point de la ville à tomber. L'ordre se replie à Chypre et tente encore de reprendre pied à Ruad (1302).

Déclin et fin#

Sans Terre sainte, un ordre fait pour la défendre devient une question. Le pape Clément V songe à fusionner Temple et Hôpital ; le roi de France Philippe le Bel, endetté auprès du Temple et jaloux de sa puissance, choisit une autre voie. Le vendredi 13 octobre 1307, tous les Templiers du royaume sont arrêtés en un jour. Sous la torture, beaucoup avouent des rites de reniement du Christ, des baisers obscènes, l'adoration d'une idole ; la plupart se rétractent ensuite. À Chinon, en août 1308, les cardinaux du pape absolvent le maître Jacques de Molay et les dignitaires des accusations d'hérésie. Le procès traîne quatre ans ; en 1310, cinquante-quatre frères qui ont retiré leurs aveux sont brûlés à Paris comme relaps.

Au concile de Vienne, le 22 mars 1312, Clément V supprime l'ordre par la bulle Vox in excelso — non par sentence, car l'hérésie n'est pas prouvée, mais par « provision apostolique », parce que l'ordre est devenu infâme et inutile. Ses biens passent aux Hospitaliers. Le 18 mars 1314, Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay, ayant proclamé une dernière fois l'innocence de l'ordre, sont brûlés sur l'île aux Juifs, à Paris. Hors de France — en Angleterre, en Aragon, à Chypre —, les enquêtes n'avaient rien trouvé ; les frères y furent pensionnés ou versés dans d'autres ordres.

Ce qui demeure#

Le Temple a laissé des centaines de commanderies et de chapelles dans les campagnes de France, d'Espagne et d'Angleterre, la première banque internationale d'Europe, et l'ordre du Christ au Portugal qui portera sa croix jusqu'aux Indes. Il a laissé surtout une idée que ses ennemis n'ont pas réussi à salir : celle d'hommes qui ont mis leur vie de soldat au service d'un vœu, et qui, à Hattin comme à Acre, ont tenu leur rang jusqu'au bout. Le mystère dont on entoure leur fin — trésor, secret, malédiction — est une invention des siècles suivants ; leur histoire réelle n'en a pas besoin.

Pour aller plus loin#

Sources

Guillaume de Tyr, Chronicon, XII, 7 · Règle du Temple, éd. H. de Curzon (1886) · Saint Bernard, De laude novae militiae · Bulle Omne datum optimum (1139) · Procès des Templiers, éd. J. Michelet (1841-1851) · Parchemin de Chinon (Archives du Vatican, 1308). — Alain Demurger, Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge (Seuil, 2005) ; Malcolm Barber, The New Knighthood (1994) et The Trial of the Templars (2e éd. 2006).

Questions fréquentes#

Qui a fondé l'ordre des Templiers, et quand ?

Hugues de Payns, chevalier champenois, avec Godefroy de Saint-Omer et quelques compagnons, vers 1119-1120 à Jérusalem. Le roi Baudouin II les loge dans l'ancienne mosquée al-Aqsa, que les Francs appellent le Temple de Salomon : d'où leur nom.

Pourquoi les Templiers portaient-ils une croix rouge ?

Le manteau blanc, signe de pureté, leur est donné au concile de Troyes (1129) ; la croix rouge, signe du martyre accepté, est ajoutée par le pape Eugène III en 1147, à la veille de la deuxième croisade.

Pourquoi l'ordre du Temple a-t-il été supprimé ?

Arrêtés en France le 13 octobre 1307 sur ordre de Philippe le Bel, accusés d'hérésie sous la torture, les Templiers sont dissous par le pape Clément V au concile de Vienne (bulle Vox in excelso, 22 mars 1312), non pour hérésie prouvée mais parce que l'ordre était devenu « infâme ». Leurs biens vont aux Hospitaliers.

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