La prise de Jérusalem, 15 juillet 1099
Le 15 juillet 1099, après cinq semaines de siège, les croisés de Godefroy de Bouillon entrent dans Jérusalem : déroulé, massacre selon les sources, et la suite.
Mis à jour le 26 septembre 2026

En bref
Quand : siège du 7 juin au 15 juillet 1099 ; assaut final le vendredi 15 juillet. Où : Jérusalem, tenue par une garnison fatimide sous Iftikhar ad-Dawla. Qui : environ 12 000 croisés dont 1 200 à 1 300 chevaliers, menés par Godefroy de Bouillon, Raymond de Saint-Gilles, Tancrède et Robert de Normandie. Issue : la ville est prise ; la garnison de la tour de David se rend à Raymond et est escortée vers Ascalon ; la population est massacrée. Conséquence : fondation du royaume de Jérusalem.
Trois ans après Clermont, il reste à peine un homme sur cinq de ceux qui sont partis pour la première croisade. Le 7 juin 1099, ces survivants aperçoivent enfin Jérusalem depuis la colline que les pèlerins appellent Montjoie. Beaucoup pleurent et s'agenouillent : c'est pour cette ville, et pour le tombeau vide qu'elle abrite, qu'ils ont tout quitté — pourquoi le Saint-Sépulcre comptait-il tant ?
Avant : une armée épuisée devant une ville préparée#
L'armée qui arrive de Clermont par Nicée, Antioche et la côte compte environ 12 000 combattants, dont 1 200 à 1 300 chevaliers. En face, le gouverneur fatimide Iftikhar ad-Dawla a chassé les chrétiens de la ville, empoisonné ou comblé les puits des alentours et fait rentrer les troupeaux. Les murailles, réparées, courent sur quatre kilomètres ; une armée de secours se rassemble en Égypte.
Les croisés n'ont ni bois, ni eau, ni le temps. Le 13 juin, un premier assaut avec une seule échelle échoue. Le 17 juin, six navires génois et anglais accostent à Jaffa : leur bois, leurs cordes et leurs charpentiers, sous Guillaume Embriaco, permettent de bâtir deux tours de siège roulantes, un bélier et des mangonneaux. Tancrède et Robert de Flandre vont chercher des poutres jusqu'à Samarie.
Le déroulé#
8 juillet : la procession. Un prêtre, Pierre Désidérius, rapporte une vision de l'évêque Adhémar, mort à Antioche : que l'armée jeûne et fasse le tour des murailles pieds nus, et la ville tombera dans les neuf jours. Toute l'armée marche en procession, croix et reliques en tête, sous les moqueries de la garnison, jusqu'au mont des Oliviers où prêchent Pierre l'Ermite, Arnoul de Chocques et Raymond d'Aguilers. Les chefs, brouillés, se réconcilient publiquement.
13-14 juillet : la ruse de Godefroy. Dans la nuit, Godefroy de Bouillon fait démonter sa tour et la reconstruire un kilomètre plus à l'est, face à une portion de mur moins défendue, au nord-est de la ville. Au sud, sur le mont Sion, la tour de Raymond de Saint-Gilles avance sous un feu grégeois qui la fait brûler à plusieurs reprises.
15 juillet, vers neuf heures. Un vendredi, à l'heure où le Christ fut mis en croix, notent les chroniqueurs. La tour de Godefroy touche le rempart ; on jette une passerelle de poutres. Deux chevaliers flamands, Lethold et Engelbert de Tournai, passent les premiers, Godefroy derrière eux. La porte est ouverte de l'intérieur, la cavalerie entre. Tancrède se rue vers l'esplanade du Temple, où des milliers d'habitants se sont réfugiés ; il donne sa bannière à un groupe réfugié sur le toit de la mosquée al-Aqsa. Iftikhar, retranché dans la tour de David, se rend à Raymond contre la vie sauve pour lui et sa garde ; ils sont escortés jusqu'à Ascalon.
Le massacre : ce que disent les sources#
Ce qui suit est une tuerie. Le lendemain, les hommes qui portaient la bannière de Tancrède sont massacrés malgré sa parole, ce qui le met en fureur. Raymond d'Aguilers écrit qu'au Temple « on marchait dans le sang jusqu'aux chevilles » — et va jusqu'aux genoux du cheval en citant l'Apocalypse (14, 20), signe qu'il écrit en clerc lisant la Bible, non en comptable. Aucun chroniqueur latin ne donne un total. Ibn al-Athir, un siècle après, avance 70 000, plus que la ville n'a jamais compté d'habitants ; une lettre juive du Caire, contemporaine, parle de 3 000 tués à l'esplanade. Des survivants furent rançonnés, des Juifs racheté par leurs frères d'Ascalon.
Il faut le dire sans détour : la prise d'assaut d'une ville qui a refusé de se rendre livre ses habitants au vainqueur — c'est la loi de la guerre médiévale, appliquée par tous les camps, comme à Antioche par Kerbogha ou plus tard à Édesse par Zengi. Cela n'en fait pas une gloire. Les chroniqueurs eux-mêmes racontent qu'après la tuerie les croisés, désarmés, allèrent en larmes au Saint-Sépulcre rendre grâce : ils savaient pour quoi ils étaient venus, et ce n'était pas pour cela.
Après : le royaume#
Le 22 juillet, les barons offrent la couronne à Raymond, qui refuse, puis à Godefroy, qui accepte le gouvernement sans le titre de roi : il sera avoué du Saint-Sépulcre (voir Godefroy de Bouillon). Le 1er août, Arnoul de Chocques est élu patriarche ; le 5, on retrouve une relique de la Vraie Croix. Le 12 août, à Ascalon, l'armée écrase les secours égyptiens d'al-Afdal : Jérusalem est sauvée. La plupart des croisés, leur vœu accompli, rentrent chez eux ; quelques centaines de chevaliers restent pour garder ce qui devient le royaume de Jérusalem.
Ce qui demeure#
Le 15 juillet devint dans le royaume une fête liturgique, la Liberatio Jerusalem. Le Saint-Sépulcre, rendu au culte latin, fut reconstruit et consacré le 15 juillet 1149, jour du cinquantenaire ; c'est l'église que l'on visite aujourd'hui. Pendant quatre-vingt-huit ans, jusqu'à Hattin, les pèlerins d'Occident purent prier librement sur le tombeau du Christ. C'est pour cela que ces hommes étaient partis, et c'est ce qu'ils ont obtenu.
Sources
Raymond d'Aguilers, Liber, XX · Gesta Francorum, X, 38 · Foucher de Chartres, Historia, I, 27-30 · Albert d'Aix, Historia, VI · Ibn al-Athir, Al-Kamil fi-l-tarikh, année 492 · Lettre de la Geniza du Caire (été 1099), éd. S. D. Goitein. — Benjamin Z. Kedar, « The Jerusalem Massacre of July 1099 in the Western Historiography of the Crusades », Crusades 3 (2004) ; Jean Flori, La Première Croisade (1992) ; John France, Victory in the East (1994).
Questions fréquentes#
Combien de temps a duré le siège de Jérusalem en 1099 ?
Cinq semaines et deux jours : du 7 juin, arrivée des croisés devant la ville, au 15 juillet 1099, jour de l'assaut victorieux.
Qui est entré le premier dans Jérusalem ?
Deux chevaliers flamands de la tour de Godefroy de Bouillon, Lethold et Engelbert de Tournai, vers neuf heures du matin le 15 juillet ; Godefroy les suit immédiatement.
Combien de morts lors du massacre de Jérusalem ?
Les chroniqueurs latins parlent de « sang jusqu'aux chevilles » sans donner de total ; Ibn al-Athir, un siècle plus tard, avance 70 000, chiffre impossible pour la ville. Une lettre contemporaine de la Geniza du Caire évoque 3 000 tués à l'esplanade du Temple : c'est l'ordre de grandeur retenu par les historiens.