Godefroy de Bouillon : le premier gardien du Saint-Sépulcre
Duc de Basse-Lorraine, premier prince croisé dans Jérusalem le 15 juillet 1099, Godefroy refuse la couronne et gouverne un an comme avoué du Saint-Sépulcre.
Mis à jour le 11 octobre 2026

En bref
Vers 1060 - 18 juillet 1100. Fils d'Eustache II de Boulogne et de sainte Ide de Lorraine. Duc de Basse-Lorraine (1087). Chef de l'armée lorraine et rhénane de la première croisade avec ses frères Eustache et Baudouin. Premier des princes dans Jérusalem le 15 juillet 1099 ; élu chef du nouvel État le 22 juillet, il refuse la couronne. Vainqueur à Ascalon (12 août 1099). Mort à Jérusalem, enterré au Saint-Sépulcre. Adversaires : les Fatimides d'al-Afdal ; rival : le patriarche Daimbert.
Godefroy n'est pas le plus grand capitaine de la première croisade — c'est Bohémond — ni le plus puissant — c'est Raymond de Saint-Gilles. Il est celui que ses compagnons ont choisi pour garder le tombeau du Christ, et celui dont l'Occident a fait le modèle du croisé. Les deux choix se comprennent.
Origines#
Né vers 1060 à Boulogne ou à Baisy, Godefroy est le second fils du comte Eustache II de Boulogne, compagnon de Guillaume le Conquérant à Hastings, et d'Ide de Lorraine, fille du duc Godefroy le Barbu, que l'Église honore comme sainte. De son oncle Godefroy le Bossu il hérite en 1076 le château de Bouillon et le marquisat d'Anvers ; l'empereur Henri IV, qu'il sert fidèlement dans la querelle des Investitures — il combat pour lui en Italie en 1083-1084 —, lui rend en 1087 le duché de Basse-Lorraine. Il a environ vingt-sept ans, une réputation de grande force physique et une piété qui frappe ses contemporains : Albert d'Aix le montre priant si longtemps que ses gens se plaignent de manger froid.
Ascension : le chef de l'armée lorraine#
À l'appel de Clermont, Godefroy engage Bouillon à l'évêque de Liège pour 1 300 marcs d'argent et vend ou cède le reste : il part pour ne pas revenir. Il quitte la Lorraine le 15 août 1096 avec ses frères Eustache III et Baudouin de Boulogne et une armée de Lorrains, de Flamands et d'Allemands — la seule à passer par la Hongrie sans désordre, grâce à un accord avec le roi Coloman.
Arrivé à Constantinople le 23 décembre 1096, il refuse d'abord de prêter serment à l'empereur Alexis, campe tout l'hiver devant la ville, en vient aux mains avec la garde impériale, puis cède en avril 1097 : ses hommes ont besoin de vivres et de passer en Asie. À Nicée, à Dorylée, il tient son rang (le fil complet de l'expédition : la première croisade, récit complet). Au siège d'Antioche, Albert d'Aix et Robert le Moine lui prêtent des exploits qui font sa légende : un ours tué au corps à corps, un Turc fendu en deux d'un coup d'épée sur le pont de l'Oronte. Ce sont des topos de chevalerie ; ils disent au moins ce que ses hommes voyaient en lui.
Le moment décisif : Jérusalem#
Au siège de Jérusalem, Godefroy commande la tour du secteur nord. Dans la nuit du 13 au 14 juillet 1099, il la fait démonter et remonter un kilomètre plus à l'est, face à un tronçon de mur moins défendu : c'est de cette tour que, le 15 juillet vers neuf heures, ses chevaliers Lethold et Engelbert de Tournai sautent les premiers sur le rempart, lui derrière eux (voir la prise de Jérusalem).
Le 22 juillet, les barons doivent choisir un chef. Raymond de Saint-Gilles refuse. Godefroy accepte le gouvernement mais pas la couronne : il se fait appeler advocatus Sancti Sepulchri, avoué — protecteur — du Saint-Sépulcre ; sur ce que représentait ce tombeau pour toute la chrétienté, voyez pourquoi le Saint-Sépulcre comptait-il tant ?. La tradition lui fait dire qu'il ne porterait pas une couronne d'or là où le Christ avait porté une couronne d'épines ; la formule est plus tardive, le geste est attesté. Trois semaines plus tard, le 12 août, il mène l'armée à Ascalon contre les secours égyptiens d'al-Afdal et remporte la victoire qui sauve la conquête.
La fin#
Il lui reste un an. Presque tous les croisés rentrent ; Godefroy garde quelques centaines de chevaliers pour tenir Jérusalem, Jaffa et la route entre les deux. Il doit composer avec Daimbert de Pise, le nouveau patriarche, qui exige Jérusalem et Jaffa pour l'Église et obtient la promesse de les recevoir si Godefroy meurt sans héritier. Au printemps 1100, il prend Haïfa avec l'aide d'une flotte vénitienne, soumet les émirs de la côte ; tombé malade à Césarée — fièvre, disent les uns, poison, murmurent les autres —, il meurt à Jérusalem le 18 juillet 1100, à quarante ans. On l'enterre au pied du Calvaire, dans le Saint-Sépulcre. Son frère Baudouin, appelé d'Édesse, prend le titre de roi à Noël : c'est la naissance du royaume de Jérusalem, dont on trouvera tous les souverains dans la liste complète des rois de Jérusalem.
Le portrait par les chroniqueurs#
Guillaume de Tyr, un siècle plus tard, en fait le prince idéal : « grand de taille, d'une force que nul n'égalait, d'une piété rare, doux dans la paix, terrible au combat ». Albert d'Aix, sa source la plus proche, le montre patient, pieux, un peu lent à décider. Raymond d'Aguilers, provençal, le mentionne à peine : la rivalité entre Lorrains et Provençaux traverse toutes les chroniques. Anne Comnène, du côté byzantin, retient surtout l'homme qui a refusé le serment. Aucun ne lui prête d'ambition personnelle : c'est ce qui l'a fait élire.
Ce qui demeure#
Godefroy est devenu, dès le XIIe siècle, le Chevalier au Cygne du cycle épique de la croisade, puis l'un des Neuf Preux de la chevalerie, puis le héros de la Jérusalem délivrée du Tasse. Sa statue équestre veille sur la place Royale de Bruxelles depuis 1848 ; son épée et ses éperons sont montrés au Saint-Sépulcre, où son tombeau fut détruit dans l'incendie de 1808. La légende a grossi l'homme, mais elle n'a pas trahi le geste : un duc qui vend tout, franchit le premier le mur de Jérusalem, refuse d'être roi dans la ville de son Roi, et meurt un an plus tard en la gardant. Sa place parmi ceux qui font l'histoire des croisades : les 20 personnages à connaître ; ses compagnons et ses successeurs à la tête des croisades : les chefs des croisades, expédition par expédition.
Sources
Albert d'Aix, Historia Ierosolimitana, II-VII · Gesta Francorum, X · Raymond d'Aguilers, Liber, XX · Foucher de Chartres, Historia, I, 30-36 · Guillaume de Tyr, Chronicon, IX, 1-23 · Anne Comnène, Alexiade, X, 9. — Jean Flori, Godefroy de Bouillon (Perrin, 2004) ; Alan V. Murray, The Crusader Kingdom of Jerusalem: A Dynastic History 1099-1125 (2000).
Questions fréquentes#
Godefroy de Bouillon a-t-il été roi de Jérusalem ?
Non. Élu le 22 juillet 1099, il refuse le titre de roi et prend celui d'avoué (protecteur) du Saint-Sépulcre. Son frère Baudouin Ier sera le premier roi couronné, à Noël 1100.
De quoi est mort Godefroy de Bouillon ?
De maladie, à Jérusalem, le 18 juillet 1100, après une campagne d'été ; les chroniqueurs parlent de fièvre, certains d'un empoisonnement par l'émir de Césarée, sans preuve.
Pourquoi l'appelle-t-on le Chevalier au Cygne ?
C'est une légende du XIIe siècle : le cycle épique de la croisade fait de Godefroy le petit-fils d'un mystérieux chevalier arrivé sur une barque tirée par un cygne. Elle dit la stature du personnage, pas son histoire.