Les 20 personnages à connaître pour comprendre les croisades

D'Urbain II à Jacques de Molay : les vingt hommes et femmes, latins et musulmans, dont les décisions ont fait les croisades (1095-1314).

Romain Croisade 17 min

Mis à jour le 14 octobre 2026

Une galerie de niches en arcades où se tiennent, côte à côte, un pape bénissant, un roi couronné portant la croix, un chevalier en haubert, une reine voilée tenant un livre, un moine prêchant, un sultan enturbanné et un scribe penché sur son écritoire

En bref

Combien : vingt personnages — dix Latins d'Occident, trois Francs d'Outremer, quatre princes musulmans, deux chroniqueurs, un doge. Quand : de l'appel de Clermont (27 novembre 1095) au bûcher de Jacques de Molay (18 mars 1314). Qui décide : quatre papes et prédicateurs (Urbain II, saint Bernard, Innocent III), huit chefs de guerre latins, quatre unificateurs musulmans (Zengi, Nour ad-Din, Saladin, Baybars). Qui raconte : Guillaume de Tyr pour les Francs, Oussama Ibn Munqidh pour les Syriens. Ce qu'ils ont en commun : presque tous sont morts loin de chez eux, et presque tous ont tenu leur vœu.

Les croisades ne se comprennent pas par leurs dates seules : elles se comprennent par une vingtaine d'hommes et de femmes dont les décisions ont fait le reste. Le tableau ci-dessous les donne dans l'ordre chronologique, avec leurs dates, leur camp et ce qu'il faut retenir de chacun ; les paragraphes qui suivent développent entrée par entrée. Pour le fil général — pourquoi l'on partait, ce que l'on cherchait, ce qu'il en est resté —, lisez d'abord notre guide complet des croisades ; pour le calendrier, la chronologie complète ; et si vous n'avez que cinq minutes, les croisades résumées.

Le pendant militaire de cette liste — les journées où tout s'est joué — se lit dans les 10 batailles décisives des croisades.

Le choix est discutable, comme toute liste : nous avons retenu ceux sans lesquels le récit ne tient pas debout. Dix Latins qui décident ou qui commandent, trois souverains nés en Orient, quatre princes musulmans qui refont l'unité en face, deux témoins qui ont écrit, et un vieillard vénitien qui a détourné une croisade. Les adversaires figurent ici au même titre que les nôtres, avec la même exigence : on ne comprend pas Hattin sans Saladin, ni 1291 sans Baybars. Tous les sultans et émirs qui ont combattu les croisés, de Kilij Arslan à al-Ashraf Khalil, sont présentés dans les grands chefs musulmans face aux croisés.

Le tableau des vingt personnages#

Personnage Dates Camp et rôle Pourquoi il compte
Urbain II v. 1042-1099 Pape (1088-1099) Lance la croisade à Clermont le 27 novembre 1095
Godefroy de Bouillon v. 1060-1100 Duc, avoué du Saint-Sépulcre Premier chef latin de Jérusalem ; refuse la couronne d'or
Bohémond de Tarente v. 1054-1111 Normand d'Italie, prince d'Antioche Le tacticien de la première croisade ; prend Antioche en 1098
Baudouin Ier v. 1065-1118 Roi de Jérusalem (1100-1118) Fait du royaume un État : couronne, ports, frontières
Mélisende v. 1105-1161 Reine de Jérusalem (1131-1152) Gouverne vingt ans le royaume à son apogée
Saint Bernard 1090-1153 Abbé de Clairvaux Donne sa règle au Temple ; prêche la deuxième croisade
Zengi v. 1085-1146 Atabeg de Mossoul et d'Alep Prend Édesse en 1144 : le premier État latin tombe
Nour ad-Din 1118-1174 Maître d'Alep puis de Damas Unifie la Syrie musulmane et fait du jihad une politique
Baudouin IV 1161-1185 Roi de Jérusalem (1174-1185) Le roi lépreux ; bat Saladin à Montgisard en 1177
Renaud de Châtillon v. 1125-1187 Prince d'Antioche, sire d'Outrejordan Seize ans de cachot, puis les coups de main qui rompent la trêve
Saladin v. 1138-1193 Sultan d'Égypte et de Syrie Vainqueur de Hattin ; reprend Jérusalem en 1187
Richard Cœur de Lion 1157-1199 Roi d'Angleterre L'homme de la troisième croisade ; rend la côte aux Francs
Guillaume de Tyr v. 1130-v. 1186 Archevêque, chancelier du royaume Notre principale source sur les Francs d'Orient
Oussama Ibn Munqidh 1095-1188 Émir syrien de Shayzar Raconte les Francs de l'intérieur, sans haine
Innocent III v. 1160-1216 Pape (1198-1216) Prêche deux croisades ; condamne le sac de Constantinople
Enrico Dandolo v. 1107-1205 Doge de Venise (1192-1205) Détourne la quatrième croisade sur Constantinople
Frédéric II 1194-1250 Empereur (1220-1250) Obtient Jérusalem par traité en 1229, excommunié
Saint Louis 1214-1270 Roi de France (1226-1270) Deux croisades, une captivité, une mort à Carthage
Baybars v. 1223-1277 Sultan mamelouk (1260-1277) Brise les États latins place par place
Jacques de Molay v. 1244-1314 Maître du Temple (1292-1314) Dernier maître ; brûlé à Paris le 18 mars 1314

Urbain II, le pape de Clermont#

Urbain II — Odon de Châtillon, moine de Cluny devenu pape en 1088 — est l'homme sans qui rien n'aurait eu lieu. Le 27 novembre 1095, au dernier jour du concile de Clermont, il prêche devant une foule rassemblée hors les murs : l'Orient chrétien appelle au secours, la route du pèlerinage est fermée, celui qui prendra la croix recevra la rémission de sa pénitence. La réponse dépasse tout ce qu'il attendait. Il meurt le 29 juillet 1099 sans avoir appris que Jérusalem était tombée quinze jours plus tôt. Le récit de cette journée : Clermont, 27 novembre 1095.

Godefroy de Bouillon, le premier gardien du Saint-Sépulcre#

Godefroy de Bouillon, duc de Basse-Lotharingie, vend et hypothèque ses terres pour partir — il ne compte pas revenir. Il escalade le rempart de Jérusalem parmi les premiers le 15 juillet 1099, et les princes l'élisent une semaine plus tard. Il refuse le titre de roi et la couronne d'or là où le Christ a porté la couronne d'épines, et prend celui d'advocatus Sancti Sepulchri, avoué du Saint-Sépulcre. Il meurt le 18 juillet 1100, un an après la prise de la ville. Son portrait : Godefroy de Bouillon.

Bohémond de Tarente, le tacticien#

Bohémond de Tarente, fils de Robert Guiscard, est le soldat le plus habile de l'expédition et le plus intéressé : c'est lui qui obtient la reddition d'une tour d'Antioche par l'Arménien Firouz, le 3 juin 1098, et lui qui garde la ville au lieu de la rendre à Byzance. Il commande à la bataille contre Kerbogha, le 28 juin. Prisonnier des Danishmendides de 1100 à 1103, battu à Harran en 1104, il rentre en Occident lever une armée contre Alexis Comnène, échoue et doit signer le traité de Devol en 1108. Il meurt à Canosa, en Pouille, en mars 1111. Son rôle dans la première croisade (1095-1099) et dans les expéditions sans numéro.

Baudouin Ier, le premier roi#

Frère de Godefroy, Baudouin Ier s'était taillé dès 1098 un comté à Édesse ; il accourt à la mort de son frère et se fait couronner roi à Bethléem le jour de Noël 1100 — la couronne que Godefroy avait refusée, il la prend. En dix-huit ans il donne au royaume ce qui lui manquait : les ports, pris un à un avec l'aide des flottes italiennes (Arsouf et Césarée en 1101, Acre en 1104, Beyrouth et Sidon en 1110), des frontières et une administration. Il meurt le 2 avril 1118 à al-Arich, au retour d'un raid en Égypte. L'État qu'il a bâti : le royaume de Jérusalem.

Mélisende, reine de Jérusalem#

Fille de Baudouin II et de l'Arménienne Morphia, Mélisende est l'héritière du royaume : mariée à Foulque d'Anjou le 2 juin 1129, elle est couronnée avec lui au Saint-Sépulcre le 14 septembre 1131, non comme épouse mais comme reine de plein droit. Elle impose son autorité à son mari après une crise ouverte, gouverne seule à sa mort en 1143, puis avec son fils Baudouin III jusqu'en 1152. Ses vingt années sont les plus stables du royaume : églises rebâties — dont la basilique du Saint-Sépulcre dans sa forme actuelle —, abbaye de Béthanie fondée pour sa sœur, ateliers d'enluminure dont un psautier porte encore son nom. Elle meurt le 11 septembre 1161. L'État qu'elle a gouverné : le royaume de Jérusalem.

Saint Bernard et la croisade#

Saint Bernard, abbé de Clairvaux, est la voix de la chrétienté au XIIe siècle. Il défend les Templiers naissants au concile de Troyes en 1129 et écrit pour eux l'Éloge de la nouvelle chevalerie, qui donne sa formule au moine-soldat. Quand Édesse tombe, Eugène III lui confie la prédication de la deuxième croisade : à Vézelay, le 31 mars 1146, il soulève une telle foule qu'on manque d'étoffe pour tailler les croix. L'échec de 1148 le brise ; il écrit que Dieu a jugé les péchés des croisés plutôt que de désavouer l'entreprise. Il meurt en 1153. Le récit : la deuxième croisade.

Zengi, le premier unificateur#

Zengi, atabeg turc de Mossoul en 1127 et d'Alep en 1128, est le premier à comprendre que les États latins ne survivent que par la division de leurs voisins. Il rassemble la Syrie du Nord et fond sur Édesse pendant que le comte Josselin II est absent : la ville tombe le 24 décembre 1144, et le premier État latin fondé est le premier à disparaître. C'est l'acte de naissance de la contre-croisade — et la cause directe de la deuxième croisade. Il est assassiné par ses propres serviteurs le 14 septembre 1146, à l'heure où l'Occident se met en marche. La riposte franque : la deuxième croisade (1147-1149).

Nour ad-Din, l'unificateur avant Saladin#

Second fils de Zengi, Nour ad-Din hérite d'Alep et achève l'œuvre de son père : il prend Damas en 1154, réunissant sous une seule main les deux capitales syriennes, et fait du jihad une politique d'État — madrasas, hôpitaux, prédicateurs, une piété personnelle austère qui frappe jusqu'aux chroniqueurs francs. C'est lui qui envoie en Égypte son général Chirkouh, accompagné de son neveu Saladin. Il meurt le 15 mai 1174 sans avoir vu Jérusalem, laissant à un autre l'outil qu'il avait forgé. Son ombre traverse tout le récit de la deuxième croisade.

Baudouin IV, le roi lépreux#

Baudouin IV est couronné à treize ans, en 1174, et son précepteur Guillaume de Tyr a déjà diagnostiqué la lèpre. Il règne onze ans en se sachant condamné, et il règne bien : le 25 novembre 1177, à Montgisard, il surprend et disperse l'armée de Saladin avec quelques centaines de chevaliers, la Vraie Croix portée devant lui. Aveugle et mutilé à la fin, il se fait porter en litière à la tête de ses troupes pour sauver le Kérak en 1183. Il meurt au printemps 1185, à vingt-quatre ans. Deux ans plus tard, le royaume qu'il avait tenu s'effondre à Hattin. Ses prédécesseurs et successeurs sont dans la liste complète des rois de Jérusalem.

Renaud de Châtillon, le seigneur inflexible#

Renaud de Châtillon, cadet champenois devenu prince d'Antioche par mariage en 1153, passe seize ans dans les cachots d'Alep (1161-1176) sans que personne paie sa rançon. Libéré, seigneur d'Outrejordan au château de Kérak, il lance une flotte démontée sur la mer Rouge en 1182 et menace les villes saintes de l'islam ; en 1187, il pille une caravane en pleine trêve. Saladin avait juré sa mort : après Hattin, il le décapite de sa main, seul prisonnier exécuté ce jour-là, quand Renaud refuse de renier sa foi. Sa hardiesse a précipité la guerre ; son courage n'a jamais été mis en doute par ses ennemis.

Saladin, l'adversaire respecté#

Saladin — Salah ad-Din Yusuf, Kurde né à Tikrit vers 1138 — devient vizir d'Égypte en 1169, met fin au califat fatimide en 1171 et réunit en douze ans l'Égypte, Damas, Alep et Mossoul. Le 4 juillet 1187, il anéantit l'armée du royaume à Hattin ; le 2 octobre, Jérusalem se rend, et il laisse partir les habitants contre rançon en rachetant lui-même les plus pauvres. Il meurt à Damas le 4 mars 1193, presque sans fortune personnelle. Les Francs eux-mêmes ont fait de lui un modèle de chevalerie. Son portrait : Saladin, l'adversaire respecté.

Richard Cœur de Lion en Orient#

Richard Cœur de Lion arrive devant Acre en juin 1191 ; la ville tombe le 12 juillet. Le 7 septembre, à Arsouf, il tient une colonne de marche sous le harcèlement de la cavalerie turque et remporte la seule grande victoire rangée de la croisade. Il fortifie Jaffa, approche deux fois de Jérusalem et refuse deux fois de l'assiéger, faute de pouvoir la garder ensuite. Le traité de Jaffa, le 2 septembre 1192, rend la côte aux Francs et ouvre le Saint-Sépulcre aux pèlerins. Capturé au retour, il est racheté par une rançon qui ruine l'Angleterre. Le récit : la troisième croisade.

Guillaume de Tyr, l'historien du royaume#

Sans Guillaume de Tyr, l'histoire des Francs d'Orient serait un brouillard. Né à Jérusalem vers 1130, formé vingt ans en Europe, précepteur de Baudouin IV, chancelier du royaume en 1174, archevêque de Tyr en 1175, il écrit une chronique en vingt-trois livres qui court des origines à 1184 et s'arrête net. Il y parle des Francs sans complaisance, des musulmans sans caricature, et des rois qu'il a servis avec une liberté rare. Traduite en français sous le titre d'Estoire d'Eracles, son œuvre a formé l'image des croisades pour des siècles. Il meurt vers 1186, à la veille du désastre. Le royaume qu'il décrit : le royaume de Jérusalem.

Oussama Ibn Munqidh, un émir raconte les Francs#

Né en 1095, l'année de Clermont, mort en 1188, l'année d'après Hattin, Oussama Ibn Munqidh a vu passer tout le siècle. Émir de Shayzar sur l'Oronte, chasseur, poète, diplomate, il écrit vers la fin de sa vie un livre de souvenirs, le Kitab al-I'tibar — « l'instruction par l'exemple » —, qui est le seul regard suivi porté de l'intérieur sur les Francs. Il les trouve rudes, jaloux, mauvais médecins, et raconte aussi ce chevalier qui l'appelait son frère et ces Templiers qui écartaient un des leurs pour le laisser prier vers La Mecque. Ce que ces voisinages ont laissé : les conséquences des croisades.

Innocent III, le pape des croisades#

Élu à trente-sept ans en 1198, Innocent III a fait de la croisade l'affaire directe de la papauté : taxation du clergé, légats, prédication organisée. Sa quatrième croisade lui échappe — il interdit l'attaque de Zara sous peine d'excommunication, on l'attaque quand même ; il condamne le sac de Constantinople de 1204 dans les termes les plus durs, parlant de glaives tournés contre les chrétiens. Il relève les vœux des pueri en 1212, prêche la croisade des albigeois, et lance au concile de Latran IV, en 1215, la croisade qui partira après sa mort. Il meurt le 16 juillet 1216. Le récit : la quatrième croisade et la cinquième.

Enrico Dandolo, le doge aveugle#

Enrico Dandolo est élu doge de Venise le 1er juin 1192, à quatre-vingt-cinq ans, et il est aveugle. C'est lui qui négocie en 1201 le contrat de transport de la quatrième croisade : une flotte immense pour 85 000 marcs d'argent, dette que les croisés, trop peu nombreux, ne peuvent payer. De là tout s'enchaîne — Zara donnée en gage, puis Constantinople. À quatre-vingt-dix-sept ans, il mène ses galères à l'assaut des murailles. Il meurt en juin 1205 et reste le seul homme enterré dans Sainte-Sophie, où une plaque porte son nom. Son œuvre : la quatrième croisade.

Frédéric II, l'empereur excommunié#

Frédéric II, empereur élevé en Sicile, parlant l'arabe, était croisé depuis 1215 et n'était jamais parti. Grégoire IX l'excommunie en 1227 ; il s'embarque quand même en juin 1228 et obtient par la négociation ce que trois croisades n'avaient pas obtenu : le traité de Jaffa du 18 février 1229 rend Jérusalem, Bethléem et Nazareth pour dix ans, l'esplanade du Temple restant au culte musulman. Le 18 mars, il se couronne de sa propre main au Saint-Sépulcre, sans messe, sans patriarche. Les deux camps crient à la trahison ; la Ville sainte restera chrétienne jusqu'en 1244. Le récit : la sixième croisade.

Saint Louis, le roi croisé#

Saint Louis est le seul roi à être parti deux fois. En 1248 il emmène en Égypte l'armée la mieux préparée du siècle, prend Damiette sans combat, s'arrête à Mansourah et se retrouve prisonnier le 6 avril 1250 ; libéré contre rançon, il reste quatre ans en Terre sainte à fortifier Acre, Césarée, Jaffa et Sidon au lieu de rentrer se justifier. Il reprend la croix en 1267, malade, et meurt sur la cendre au camp de Carthage le 25 août 1270. Canonisé en 1297, il est le visage chrétien de la croisade tardive. Les récits : la septième croisade, Saint Louis en Égypte et la huitième croisade.

Baybars, le fossoyeur des États latins#

Esclave turc kiptchak vendu en Syrie, Baybars se bat contre saint Louis à Mansourah, arrête les Mongols à Aïn Djalout le 3 septembre 1260, puis prend le sultanat et le tient dix-sept ans. C'est le meilleur soldat de tout le conflit et le plus méthodique : Césarée et Arsouf en 1265, Safed en 1266, Antioche en 1268, le Krak des Chevaliers en 1271. Il ne cherche pas la bataille rangée : il démonte le réseau de châteaux, place par place, et rase ce qu'il prend pour que les Francs ne s'y réinstallent pas. Il meurt à Damas en juin 1277. Le récit : la fin des États latins.

Jacques de Molay, le dernier maître#

Jacques de Molay devient maître du Temple vers 1292, l'année qui suit la chute d'Acre : il prend la tête d'un ordre qui a perdu sa raison d'être géographique et passe vingt ans à préparer un retour — raids sur la côte syrienne, tentative de tenir l'îlot de Ruad, mémoires au pape sur une croisade générale. Arrêté avec tous ses frères de France le vendredi 13 octobre 1307, il avoue sous la contrainte, se rétracte, et meurt sur un bûcher dressé dans l'île aux Juifs, à Paris, le 18 mars 1314, en protestant de l'innocence de l'ordre. L'histoire du Temple : les Templiers, moines et soldats.

Ce qui demeure#

Mettez ces vingt vies côte à côte et une chose saute aux yeux : presque aucune ne s'achève chez elle. Urbain II meurt sans savoir. Godefroy meurt un an après avoir atteint son but. Baudouin Ier meurt sur une plage d'Égypte, Baudouin IV à vingt-quatre ans, Renaud sous le sabre, Guillaume de Tyr avant le désastre qu'il redoutait, saint Louis sur la cendre de Carthage, Jacques de Molay dans le feu. Les grands adversaires n'ont pas eu un sort plus doux : Zengi assassiné par ses serviteurs, Nour ad-Din mort avant Jérusalem, Saladin sans fortune, Baybars emporté à Damas.

Ce qui demeure, c'est ce qu'ils ont fait de ce peu de temps. Godefroy refusant la couronne d'or par respect pour la couronne d'épines. Mélisende gouvernant vingt ans un royaume que personne n'attendait d'une femme. Baudouin IV se faisant porter à la bataille dans un corps qui le quittait. Saint Louis restant quatre ans pour relever les murs des autres. Et, en face, Saladin rachetant sur sa cassette les captifs pauvres de Jérusalem — la grandeur n'a pas de camp exclusif, et le dire honore les nôtres plutôt qu'il ne les diminue.

Ces vingt noms sont des portes : chacun aura son article sur ce site, et chaque article renverra aux batailles, aux lieux et aux textes qui le tiennent. Commencez par ceux qui vous parlent — Godefroy, Saladin —, passez aux chefs des croisades, expédition par expédition, et remontez ensuite le fil général : c'est ainsi que l'on passe d'une liste à une histoire. Ce que leurs vies ont laissé de visible — châteaux, ordres, Lieux saints gardés — est rassemblé dans que reste-t-il des croisades aujourd'hui ?

Sources

Chroniqueurs. Guillaume de Tyr, Chronicon (Historia rerum in partibus transmarinis gestarum), livres I-XXIII, pour Baudouin Ier à Baudouin IV ; Gesta Francorum et Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana, pour Urbain II, Godefroy et Bohémond ; Ambroise, L'Estoire de la guerre sainte, pour Richard ; Geoffroi de Villehardouin, La Conquête de Constantinople, pour Dandolo ; Jean de Joinville, Vie de saint Louis, pour Louis IX ; Ibn al-Athir, Al-Kamil fi-l-ta'rikh, pour Zengi et Nour ad-Din ; Baha ad-Din Ibn Shaddad, Al-Nawadir al-sultaniyya, pour Saladin ; Ibn Abd al-Zahir pour Baybars ; Oussama Ibn Munqidh, Kitab al-I'tibar, trad. fr. Des enseignements de la vie (Imprimerie nationale, 1983). Ouvrages de référence. René Grousset, Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem, 3 vol. (1934-1936) ; Jean Richard, Histoire des croisades (Fayard, 1996) ; Anne-Marie Eddé, Saladin (Flammarion, 2008) ; Jacques Le Goff, Saint Louis (Gallimard, 1996) ; Alain Demurger, Jacques de Molay (Payot, 2002) ; Hans Eberhard Mayer, The Crusades, 2e éd.

Questions fréquentes#

Qui sont les personnages les plus importants des croisades ?

Côté latin : Urbain II, qui les lance en 1095, Godefroy de Bouillon, premier gardien du Saint-Sépulcre, saint Bernard, Richard Cœur de Lion, Innocent III, Frédéric II et saint Louis. Côté musulman : Zengi, Nour ad-Din, Saladin et Baybars. Ajoutez-y les deux grands témoins, Guillaume de Tyr et Oussama Ibn Munqidh.

Qui était le chef de la première croisade ?

Aucun, au sens moderne. L'expédition est commandée collégialement par une demi-douzaine de princes — Godefroy de Bouillon, Raymond de Saint-Gilles, Bohémond de Tarente, Robert de Normandie, Robert de Flandre — sous l'autorité théorique du légat Adhémar du Puy. Godefroy est élu à la tête de Jérusalem seulement après la prise de la ville, le 22 juillet 1099.

Y a-t-il eu des femmes aux croisades ?

Beaucoup : pèlerines, épouses, souveraines. La plus importante politiquement est Mélisende, reine de Jérusalem de 1131 à 1152, qui gouverne le royaume pendant vingt ans. Aliénor d'Aquitaine accompagne Louis VII à la deuxième croisade, et Marguerite de Provence suit saint Louis en Égypte, où elle accouche dans Damiette assiégée.

Quel est le dernier grand personnage des croisades ?

Jacques de Molay, vingt-troisième et dernier maître du Temple, brûlé à Paris le 18 mars 1314. Il avait encore projeté une reconquête de la Terre sainte vingt ans après la chute d'Acre : avec lui disparaît la dernière institution née des croisades en Orient sur le continent.

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