Les croisades : résumé en 5 minutes (1095-1291)

Les croisades en résumé : de 1095 à 1291, près de deux siècles, huit croisades numérotées et un seul but, garder le Saint-Sépulcre. L'essentiel en 5 minutes.

Romain Croisade 6 min

Mis à jour le 12 octobre 2026

Un pèlerin armé agenouillé devant l'édicule du Saint-Sépulcre, son épée posée à terre, une colonne de chevaliers et de pèlerins entrant par la porte de la ville derrière lui

En bref

Quand : 1095-1291, du concile de Clermont à la chute d'Acre. Quoi : huit croisades numérotées, plus une douzaine d'expéditions sans numéro. Pourquoi : délivrer et garder le Saint-Sépulcre, secourir les chrétiens d'Orient, accomplir un vœu de pèlerinage sous indulgence. Qui : les papes qui prêchent, les rois et chevaliers d'Occident qui prennent la croix, les Francs d'Outremer qui tiennent le terrain ; en face, Seldjoukides, Fatimides, Ayyoubides puis Mamelouks. Issue : Jérusalem délivrée en 1099, perdue en 1187, rendue par traité en 1229, reperdue en 1244 ; les derniers États latins disparaissent en 1291.

Les croisades sont des pèlerinages armés. Entre 1095 et 1291 — près de deux siècles —, à l'appel des papes, des chrétiens d'Occident ont fait vœu de partir pour délivrer le tombeau du Christ à Jérusalem et secourir les chrétiens d'Orient. Huit grandes expéditions sont numérotées ; une seule, la première, a atteint son but. Un royaume latin a tenu deux siècles autour du Saint-Sépulcre avant de disparaître. Ce résumé se lit en cinq minutes ; pour aller plus loin, choisissez votre porte : le récit détaillé, croisade après croisade, dans notre guide complet des croisades ; toutes les dates, année par année, dans la chronologie complète des croisades ; le décompte expliqué — huit, neuf ou bien davantage — dans combien y a-t-il eu de croisades ?

Pourquoi sont-ils partis ?#

Parce que Jérusalem n'est pas un lieu comme un autre : c'est l'adresse de la Résurrection, le tombeau vide d'où le Christ est sorti. Depuis 638 la ville est musulmane, mais les pèlerins y allaient. Tout se durcit au XIe siècle : le calife al-Hakim fait détruire le Saint-Sépulcre en 1009, puis les Turcs seldjoukides écrasent Byzance à Manzikert (1071) et coupent les routes d'Anatolie. L'empereur de Constantinople demande du secours ; le 27 novembre 1095, au concile de Clermont, le pape Urbain II lance l'appel. Le croisé « prend la croix », vend ou engage sa terre, quitte les siens et reçoit l'indulgence : son voyage vaudra pour toute pénitence. Les chartes de départ, où ces hommes disent vouloir mourir là où le Christ est mort, ne laissent aucun doute sur leurs motifs.

Comment cela s'est-il passé ?#

En trois temps. La conquête d'abord : la Première croisade part en 1096, prend Nicée et Antioche, et emporte Jérusalem le 15 juillet 1099 ; quatre États latins naissent, dont le Royaume de Jérusalem. La défense ensuite : pendant un siècle, les Francs d'Outremer tiennent un long ruban de côte avec l'aide des ordres militaires, jusqu'au désastre de Hattin, le 4 juillet 1187, après lequel Saladin reprend la Ville sainte ; la Troisième croisade (1189-1192) sauve la côte mais pas Jérusalem. Les tentatives de reconquête enfin, toutes tournées vers l'Égypte, clé stratégique de la Terre sainte : la Quatrième croisade s'égare sur Constantinople en 1204, la cinquième échoue devant Le Caire, la sixième obtient Jérusalem par traité en 1229, la Septième croisade de Saint Louis finit dans la captivité du roi en 1250. Le 18 mai 1291, Acre tombe : l'Orient latin est fini.

Qu'est-ce que cela a donné ?#

Sur la carte, rien : aucun des États fondés en 1098-1109 n'a survécu. Dans l'histoire, beaucoup. Les croisades ont donné à l'Occident les ordres militaires — Templiers, Hospitaliers, Teutoniques —, l'architecture militaire la plus aboutie de son temps, un commerce méditerranéen réorganisé par Venise, Gênes et Pise, et une littérature entière. Elles ont aussi laissé une plaie : le sac de Constantinople en 1204, que le pape Innocent III condamna dans les termes les plus durs, a creusé entre Rome et l'Orient chrétien une méfiance qui n'est pas refermée.

Les nuances à connaître#

Trois, pour ne pas dire de sottises. La numérotation en huit croisades est une invention des érudits modernes : aucun croisé ne savait qu'il partait pour « la troisième », et le compte ignore les renforts annuels, les croisades du peuple et les expéditions d'Espagne ou de Prusse. Le croisé n'est pas un « cadet sans terre » parti chercher fortune : une croisade coûtait à un chevalier plusieurs années de revenus, et la plupart sont revenus ruinés, ou ne sont pas revenus. Enfin, il y a des pages sombres — les massacres de Rhénanie en 1096, celui de Jérusalem en 1099, Constantinople en 1204 : nous les disons avec les sources, et nous rappelons que l'Église les a jugées sur le moment, par la voix des évêques rhénans comme par celle des papes.

Ce qui demeure#

Le tombeau, d'abord : il est toujours là, à Jérusalem, connu, gardé, visité — et c'est exactement ce pour quoi ils sont partis. Puis une manière d'être homme, que l'on appelle chevalerie : tenir sa parole, protéger le pèlerin et le faible, respecter le vaincu, s'agenouiller avant de monter en selle. Elle n'a pas toujours été tenue, ce qui la rend admirable quand elle l'a été. Enfin une obstination : pendant deux siècles, à chaque génération, des hommes ont tout quitté pour un lieu qu'ils n'avaient jamais vu. Ils ont gagné une fois sur huit. Ils y sont retournés quand même.

Pour approfondir#

Sources

Chroniqueurs. Gesta Francorum (anonyme, vers 1100) ; Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana, I, 1-4, pour l'appel de Clermont ; Guillaume de Tyr, Chronicon, pour le royaume de Jérusalem ; Ambroise, L'Estoire de la guerre sainte, pour 1189-1192 ; Geoffroi de Villehardouin, La Conquête de Constantinople, pour 1204 ; Jean de Joinville, Vie de saint Louis, pour 1248-1254 ; le Templier de Tyr, dans les Gestes des Chiprois, pour 1291. Côté musulman : Ibn al-Athir, Al-Kamil fi-l-ta'rikh ; Baha ad-Din Ibn Shaddad, Vie de Saladin. Ouvrages de référence. Jean Richard, Histoire des croisades (Fayard, 1996) ; Jonathan Riley-Smith, Les Croisades (trad. fr. 1990) ; Jean Flori, Les Croisades (Gisserot, 2001) ; René Grousset, Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem (3 vol., 1934-1936).

Questions fréquentes#

C'est quoi les croisades, en une phrase ?

Des pèlerinages armés prêchés par les papes entre 1095 et 1291 pour délivrer le tombeau du Christ à Jérusalem et secourir les chrétiens d'Orient menacés.

Combien de temps les croisades ont-elles duré ?

Cent quatre-vingt-seize ans en Terre sainte : du concile de Clermont, le 27 novembre 1095, à la chute d'Acre, le 18 mai 1291. Huit expéditions principales y sont numérotées.

Combien y a-t-il eu de croisades ?

Huit croisades numérotées, de 1096 à 1270 (neuf dans l'usage anglo-saxon), auxquelles s'ajoutent une douzaine d'expéditions sans numéro vers la Terre sainte. Le détail de ce décompte a son propre article sur le site.

Les croisades ont-elles réussi ?

Une seule pleinement : la première, qui reprend Jérusalem le 15 juillet 1099 et fonde quatre États latins. La Ville sainte est perdue en 1187, retrouvée par traité de 1229 à 1244, et le dernier port franc tombe en 1291.

Par où commencer si je veux tout comprendre ?

Par le guide complet des croisades, qui donne le fil de 1095 à 1291, puis par le récit de la première croisade, qui contient en germe tout le reste : l'appel, le vœu, la marche, la prise de Jérusalem.

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