Combien y a-t-il eu de croisades ? Huit, neuf ou plus
Huit croisades numérotées de 1096 à 1270, neuf pour certains historiens, et bien davantage si l'on compte tout ce que les papes ont prêché.
Mis à jour le 12 octobre 2026

En bref
Le compte classique : huit croisades numérotées, de 1096 à 1270. La variante : neuf, si l'on numérote à part la croisade du prince Édouard (1271-1272). Le compte réel en Terre sainte : huit grandes expéditions, plus une douzaine d'expéditions de secours entre 1101 et 1275 et six croisades populaires. Le compte le plus large : plusieurs dizaines d'expéditions prêchées par les papes entre 1095 et 1683, en Orient, en Espagne, sur la Baltique et en Europe même. Pourquoi ce flou : la numérotation est une convention d'érudits modernes, pas une réalité médiévale.
On compte traditionnellement huit croisades, de 1096 à 1270 ; l'usage anglo-saxon en compte neuf. Mais ce chiffre ne recouvre que les grandes expéditions royales vers la Terre sainte. Si l'on retient toutes les campagnes prêchées par un pape, avec vœu et indulgence, on dépasse la cinquantaine, sur près de six siècles. Cet article ne traite que du décompte. Le fil entier se lit dans notre guide complet des croisades ; l'essentiel en cinq minutes, dans les croisades résumées ; les dates de chaque expédition, dans la chronologie complète des croisades.
Les huit croisades du compte classique#
Ce sont les huit que les manuels numérotent, toutes tournées vers la Terre sainte et toutes conduites par des rois ou de grands princes. La Première croisade (1096-1099) prend Jérusalem le 15 juillet 1099 et fonde les États latins ; la deuxième croisade (1147-1149) échoue devant Damas ; la troisième croisade (1189-1192) sauve la côte après Hattin sans reprendre la Ville sainte ; la quatrième croisade (1202-1204) s'égare sur Constantinople ; la cinquième (1217-1221) échoue en Égypte ; la sixième (1228-1229) obtient Jérusalem par traité ; la septième (1248-1254) finit par la captivité de Saint Louis ; la Huitième croisade (1270) s'arrête à Tunis, où le roi meurt le 25 août. Une seule a pleinement atteint son but. Les dates à retenir tiennent dans dix journées.
Huit ou neuf ? La querelle du dernier numéro#
La neuvième croisade, dans les livres anglais, c'est l'expédition du prince Édouard d'Angleterre, débarqué à Acre le 9 mai 1271 avec un millier d'hommes et reparti en septembre 1272 après avoir obtenu une trêve et survécu à un poignard empoisonné. L'usage français la rattache à la huitième, dont elle est le prolongement : Édouard était à Tunis en novembre 1270 et a refusé la paix conclue par Charles d'Anjou. Le désaccord ne porte sur aucun fait, seulement sur une case. Il montre bien ce qu'est la Numérotation des croisades : un classement fait après coup, et qui hésite.
Ce que le compte de huit laisse dehors#
Beaucoup, et d'abord ceux qui sont partis sans roi. Entre 1101 et 1275, au moins treize Expéditions mineures ont porté secours à l'Outremer : la croisade de 1101, anéantie en Anatolie ; le roi Sigurd de Norvège à Sidon en 1110 ; les Vénitiens devant Tyr en 1124 ; la croisade allemande de 1197, qui reprend Beyrouth et donne naissance à l'ordre Teutonique. Elles ont pris des villes que les croisades numérotées n'ont pas prises — nous les racontons toutes dans Les croisades oubliées (1101-1275). S'y ajoutent les croisades populaires, celle de Pierre l'Ermite en 1096 comme celle des enfants en 1212, et les renforts qui appareillaient presque chaque printemps de Marseille, de Gênes ou de Venise, sans nom et sans numéro.
Et si l'on compte toutes les croisades ?#
Les historiens du XXe siècle, Jonathan Riley-Smith et Norman Housley en tête, ont proposé un critère simple : est croisade toute expédition prêchée par un pape, où le combattant prononce un vœu, coud une croix sur son manteau et reçoit l'indulgence. Le compte change d'échelle. Il faut alors ajouter les croisades d'Espagne, de Las Navas de Tolosa (1212) à la prise de Grenade (1492) ; les croisades baltes, de la campagne contre les Wendes (1147) à Grunwald (1410) ; les croisades contre les hérétiques, albigeoise (1209-1229) puis hussite (1420-1431) ; et toutes les Croisades tardives contre les Ottomans, Nicopolis (1396), Varna (1444), Belgrade (1456), Lépante (1571), Vienne (1683). On arrive sans peine à plusieurs dizaines de campagnes, et l'on peut faire courir le mouvement jusqu'en 1798, quand Bonaparte prend Malte aux Hospitaliers — les derniers moines-soldats en exercice.
Les nuances à connaître#
La numérotation n'est pas médiévale. Aucun croisé n'a jamais su qu'il partait pour « la troisième » : on disait le passage, le voyage de Jérusalem, le pèlerinage. Le compte s'est formé lentement chez les érudits : le juriste Étienne Pasquier, mort en 1615, en dénombre six ; le jésuite Louis Maimbourg, dans son Histoire des croisades de 1675, va de la première à la cinquième ; le XVIIIe siècle pousse jusqu'à la neuvième ; en 1820 l'Anglais Charles Mills en compte neuf, tandis que l'usage français, fixé par Michaud, s'arrête à huit. Retenir un chiffre sans savoir ce qu'il recouvre, c'est prendre une commodité de table des matières pour un fait d'histoire.
Ce qui demeure#
Le vrai nombre n'est pas huit : c'est le nombre d'hommes qui ont pris la croix, et personne ne l'a jamais compté. Derrière chaque numéro il y a des départs par villages entiers, des terres vendues, des femmes restées, des tombes en Anatolie. Le chiffre des manuels dit ce que les historiens ont classé ; il ne dit pas ce fleuve de deux siècles où, à chaque génération, des chrétiens ont repris la route du Saint-Sépulcre. Sigurd de Norvège n'a pas de numéro, Henri de Mecklembourg non plus, qui passa vingt-six ans dans une prison du Caire pour être allé prier à Jérusalem. Ils ont compté quand même.
Pour approfondir#
- Les croisades (1095-1291) : le guide complet — le fil entier, croisade après croisade.
- Quelle croisade a réussi ? — le bilan expédition par expédition, une fois le compte établi.
- Quand commencent et finissent les croisades ? — les deux bornes, 1095 et 1291, et ce qui déborde de chaque côté.
- Chronologie complète des croisades (1095-1291) — le tableau des douze expéditions, numérotées ou non.
- Les croisades résumées en 5 minutes — l'essentiel, si vous êtes pressé.
- Les croisades en 10 dates — les dix journées à retenir, de Clermont à la chute d'Acre.
- La première croisade (1095-1099) — la seule qui ait atteint son but.
- La huitième croisade (1270) — la dernière numérotée, et la croisade du prince Édouard.
- Les croisades oubliées (1101-1275) — les treize expéditions que le compte de huit laisse dehors.
- Les croisades populaires (1096-1320) — ceux qui sont partis sans chevaliers et sans numéro.
- Croisés, Francs, Sarrasins : d'où viennent ces mots ? — le mot « croisade » lui-même, apparu bien après les expéditions.
- Croisades et Reconquista : quelle différence ? — le front espagnol, que le compte de huit laisse dehors.
Sources
Chroniqueurs. Gesta Francorum (anonyme, vers 1100), qui parle d'iter, de via et de peregrinatio, jamais de « croisade » ; Guillaume de Tyr, Chronicon, pour les expéditions de secours du XIIe siècle ; Jean de Joinville, Vie de saint Louis, §§ 730-769, pour Tunis ; Gestes des Chiprois (Templier de Tyr) pour la croisade du prince Édouard. Historiographie. Étienne Pasquier, Les Recherches de la France (1560-1621) ; Louis Maimbourg, Histoire des croisades pour la délivrance de la Terre Sainte (Paris, 1675) ; Charles Mills, History of the Crusades (Londres, 1820) ; Joseph-François Michaud, Histoire des croisades (1812-1822). Ouvrages de référence. Jonathan Riley-Smith, What Were the Crusades? (4e éd., 2009) ; Norman Housley, The Later Crusades, 1274-1580 (Oxford, 1992) ; Jean Richard, Histoire des croisades (Fayard, 1996) ; Jean Flori, Les Croisades (Gisserot, 2001).
Questions fréquentes#
Y a-t-il eu huit ou neuf croisades ?
Huit dans l'usage français, neuf dans l'usage anglo-saxon, qui compte à part la croisade du prince Édouard d'Angleterre (1271-1272). Les deux comptes décrivent les mêmes faits : la croisade d'Édouard prolonge la huitième, et on la range ou non sous un numéro propre.
Quelle est la dernière croisade ?
La huitième, celle de Tunis en 1270, est la dernière croisade numérotée. Mais des croisades ont continué d'être prêchées bien après : Nicopolis en 1396, Varna en 1444, Lépante en 1571, Vienne en 1683.
Pourquoi le nombre de croisades varie-t-il selon les livres ?
Parce que la numérotation est une convention moderne, née entre le XVIe et le XIXe siècle, et qu'elle ne retient que les grandes expéditions royales vers la Terre sainte. Selon que l'on y ajoute ou non les expéditions de secours, les croisades du peuple et les croisades d'Espagne, de Prusse ou du Languedoc, le total passe de huit à plusieurs dizaines.