Quelle croisade a réussi ?

Une seule pleinement : la première, qui prend Jérusalem en 1099. La troisième et la sixième ont sauvé l'essentiel ; les cinq autres ont échoué.

Romain Croisade 6 min

Mis à jour le 12 octobre 2026

Des croisés en cotte de mailles franchissant une brèche au sommet d'une échelle dressée contre les remparts de Jérusalem, une bannière plantée sur le chemin de ronde

En bref

Réussite complète : une sur huit — la première croisade, qui prend Jérusalem le 15 juillet 1099 et fonde quatre États latins. Demi-succès : la troisième (1189-1192), qui sauve la côte, prend Chypre et rouvre le pèlerinage ; la sixième (1228-1229), qui obtient Jérusalem par traité sans combattre. Échecs : la deuxième, la quatrième, la cinquième, la septième, la huitième. Gains obtenus en chemin : Lisbonne en 1147, Chypre en 1191. Durée du résultat : Jérusalem franque de 1099 à 1187, puis de 1229 à 1244 ; la côte latine jusqu'en 1291.

Une seule croisade a pleinement atteint son but : la première, qui prend Jérusalem le 15 juillet 1099 après trois ans de marche et fonde quatre États latins. Deux autres ont sauvé une part de l'enjeu — la troisième reprend la côte, la sixième obtient la Ville sainte par traité. Les cinq autres ont échoué. Le fil entier se lit dans notre guide complet des croisades.

La seule pleinement réussie : la première croisade#

La Première croisade est l'exception, et c'est la première partie. Quatre armées princières parties en 1096, sans roi ni chef unique, franchissent le Bosphore, prennent Nicée le 19 juin 1097, traversent l'Anatolie, emportent Antioche le 3 juin 1098 après huit mois de siège, et arrivent devant Jérusalem le 7 juin 1099 avec, au plus, un cinquième des hommes partis. La Prise de Jérusalem 1099 a lieu le 15 juillet, un vendredi, à l'heure où le Christ était mort ; la victoire d'Ascalon, le 12 août, met l'expédition à l'abri. De cette réussite naissent le royaume de Jérusalem, la principauté d'Antioche, les comtés d'Édesse et de Tripoli — deux siècles de chrétienté latine en Orient. Le récit complet : la première croisade (1095-1099).

Les deux demi-succès : la troisième et la sixième#

La Troisième croisade part après le désastre de Hattin et la perte de Jérusalem en 1187, avec un objectif clair qu'elle n'atteint pas. Elle reprend Acre le 12 juillet 1191, gagne Arsouf le 7 septembre, conquiert Chypre en un mois — l'île restera latine jusqu'en 1571 —, et s'arrête deux fois à une journée de marche de Jérusalem. Le traité du 2 septembre 1192 rend aux Francs la côte de Tyr à Jaffa et garantit aux pèlerins l'accès au Saint-Sépulcre. Le royaume survivra un siècle grâce à elle : c'est un échec sur le but déclaré et un succès sur l'essentiel. Le récit : la troisième croisade (1189-1192).

La Sixième croisade est l'inverse : elle obtient le but sans la bataille. Par le Traité de Jaffa 1229, signé le 18 février 1229 avec le sultan al-Kamil, l'empereur excommunié Frédéric II fait rendre aux chrétiens Jérusalem, Bethléem, Nazareth et la route des pèlerins ; il se couronne au Saint-Sépulcre le 18 mars. Aucune croisade n'avait rien arraché de tel depuis Saladin, et aucune ne le fera plus. Mais le résultat tient à un papier, non à une armée : la Ville sainte est reperdue en 1244. Le récit : la sixième croisade (1228-1229).

Les cinq échecs#

La deuxième croisade (1147-1149) perd ses armées en Anatolie et manque Damas en quatre jours, du 24 au 28 juillet 1148 : rien en Orient, mais Lisbonne prise en chemin le 24 octobre 1147. La quatrième (1202-1204) ne voit jamais la Terre sainte : détournée sur Constantinople, elle saccage la première ville chrétienne du monde les 12 et 13 avril 1204, ce qu'Innocent III condamne en termes brûlants. La cinquième (1217-1221) prend Damiette le 5 novembre 1219, refuse la paix qu'al-Kamil offrait, et doit rendre la ville le 8 septembre 1221, prise entre la crue du Nil et les digues ouvertes. La septième (1248-1254) est un désastre militaire complet : Mansourah le 8 février 1250, le roi captif le 6 avril, une rançon de quatre cent mille livres — suivi de quatre ans passés par Saint Louis à refortifier Acre, Césarée, Jaffa et Sidon. La huitième (1270) n'a pas livré de bataille : le roi meurt sous Tunis le 25 août, et son frère négocie une trêve payée en or.

Les nuances à connaître#

Le mot « réussir » ne va pas de soi. Jugées sur leur objectif militaire déclaré, les croisades affichent une victoire sur huit ; jugées sur ce qu'elles ont tenu, elles ont maintenu deux siècles durant une chrétienté d'Outremer et une route de pèlerinage ouverte, et chaque expédition ratée a repoussé d'autant l'échéance de 1291. Jugées enfin comme le croisé les jugeait, la réponse change encore : il partait accomplir un vœu et gagner l'indulgence, et ce vœu-là, un homme mort de fièvre devant Damiette l'a accompli aussi bien qu'un vainqueur de 1099. Il faut ajouter que le compte ne couvre que les huit expéditions numérotées : les expéditions de secours ont pris Sidon, Tyr et Beyrouth, que nulle croisade numérotée n'a prises, et que d'autres croisades encore ont réussi ailleurs — en Espagne jusqu'à Grenade, sur la Baltique jusqu'à la Prusse.

Ce qui demeure#

Un sur huit : le chiffre est dur, et il n'a jamais découragé personne. Ceux de 1147, de 1219, de 1250 savaient ce qu'avaient coûté les précédentes et sont partis quand même ; c'est la seule statistique qui compte. Il demeure ce que les échecs ont sauvé — Acre tenue un siècle de plus, les murs relevés de la main d'un roi, les captifs rachetés — et ce que la réussite a fondé : le Saint-Sépulcre rouvert, gardé, visité, et l'idée qu'on peut tout quitter pour un tombeau vide. Les croisades se jugent mal au tableau des victoires. Elles se jugent au nombre d'hommes qui ont recommencé.

Pour approfondir#

Sources

Chroniqueurs. Gesta Francorum, IX-X, et Raymond d'Aguilers, Historia Francorum qui ceperunt Iherusalem, pour 1098-1099 ; Odon de Deuil, De profectione Ludovici VII in Orientem, et le De expugnatione Lyxbonensi, pour 1147-1148 ; Ambroise, L'Estoire de la guerre sainte, et l'Itinerarium peregrinorum, pour 1191-1192 ; Geoffroi de Villehardouin, La Conquête de Constantinople, pour 1204 ; Olivier de Paderborn, Historia Damiatina, pour 1218-1221 ; Philippe de Novare et l'Estoire d'Eracles pour 1229 ; Jean de Joinville, Vie de saint Louis, pour 1248-1254 et 1270. Côté musulman : Ibn al-Athir, Al-Kamil fi-l-ta'rikh ; Baha ad-Din Ibn Shaddad, Vie de Saladin. Ouvrages de référence. Jean Richard, Histoire des croisades (Fayard, 1996) ; Jonathan Riley-Smith, What Were the Crusades? (4e éd., 2009) ; Christopher Tyerman, God's War: A New History of the Crusades (Penguin, 2006) ; René Grousset, Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem (3 vol., 1934-1936).

Questions fréquentes#

Combien de croisades ont réussi ?

Une seule pleinement, la première, qui prend Jérusalem le 15 juillet 1099 et fonde quatre États latins. Deux autres ont obtenu une partie de leur but : la troisième reprend la côte et Chypre en 1191-1192, la sixième obtient Jérusalem par traité en 1229. Les cinq autres ont échoué.

Pourquoi la première croisade a-t-elle réussi et pas les autres ?

Parce qu'elle a trouvé un Orient musulman divisé entre Seldjoukides rivaux et Fatimides d'Égypte, qu'elle n'avait pas de roi pour se disputer le commandement, et qu'aucune de celles qui l'ont suivie n'a retrouvé cette conjonction. Les croisades suivantes ont eu en face d'elles des États unifiés : Nour ad-Din, Saladin, les Ayyoubides, puis les Mamelouks.

La quatrième croisade a-t-elle réussi ?

Non. Elle n'a jamais atteint la Terre sainte : détournée sur Constantinople, elle prend la ville chrétienne les 12 et 13 avril 1204 et fonde un Empire latin qui dure jusqu'en 1261. Le pape Innocent III l'a condamnée dans les termes les plus durs.

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