Dates des croisades : chronologie complète (1095-1291)

Toutes les dates des croisades, de Clermont (1095) à la chute d'Acre (1291) : le tableau des huit croisades et des expéditions sans numéro, chefs et issue.

Romain Croisade 12 min

Mis à jour le 12 octobre 2026

Un moine copiste penché sur un grand rouleau de parchemin où s'alignent des colonnes d'années, entouré de petites scènes de croisade : un concile, un navire, un siège de ville, une bataille de cavaliers

En bref

Quand : cent quatre-vingt-seize ans, du concile de Clermont (27 novembre 1095) à la chute d'Acre (18 mai 1291). Combien : huit croisades numérotées, plus la croisade de 1101, la croisade des enfants (1212), la croisade des barons (1239-1241) et une douzaine d'expéditions mineures. Où : la Terre sainte d'abord, mais aussi l'Anatolie, l'Égypte, Constantinople, Chypre, Lisbonne et Tunis. Qui : quatorze papes prêcheurs, huit rois et deux empereurs croisés, des dizaines de milliers de pèlerins armés. Issue : une croisade victorieuse sur huit, quatre États latins fondés en 1098-1109 et tous disparus en 1291 — mais deux siècles pendant lesquels la route du pèlerinage est restée ouverte.

Les croisades se comptent d'ordinaire au nombre de huit, de 1096 à 1270. Le tableau ci-dessous les donne toutes, avec les expéditions que la numérotation a laissées de côté : dates exactes, pape qui prêche, chefs, objectif et résultat. Chaque ligne renvoie au récit complet quand il est publié. Le fil général — pourquoi l'on partait, ce que l'on cherchait, ce qu'il en est resté — se lit dans notre guide complet des croisades. Cet article est la chronologie détaillée, année par année ; si vous n'avez que cinq minutes, commencez par les croisades résumées. Pour ne retenir que l'essentiel du calendrier : les croisades en 10 dates. Et pour le même tableau vu par les hommes plutôt que par les années : les 20 personnages à connaître ; par les batailles : les 10 batailles décisives.

Un mot sur la numérotation : elle est tardive. Aucun croisé n'a jamais dit qu'il partait pour la « troisième croisade » ; ils disaient prendre la croix, faire le passage, aller au Saint-Sépulcre. Le compte de huit a été fixé au XVIIe siècle et retenu par l'usage scolaire — sur ce que les programmes de cinquième et de seconde demandent réellement, voyez les croisades au programme scolaire. Il est commode, et c'est sa seule vertu : il ignore les renforts qui partaient presque chaque printemps, les croisades du peuple, et les expéditions prêchées vers d'autres fronts. Nous avons consacré un article à cette question : combien y a-t-il eu de croisades ? — et un autre au bilan de chacune : quelle croisade a réussi ?

Le tableau des croisades#

Expédition Dates Prêchée par Chefs Objectif Issue
Première croisade 1095-1099 Urbain II Godefroy de Bouillon, Raymond de Saint-Gilles, Bohémond de Tarente Secourir l'Orient chrétien et délivrer Jérusalem Succès : Nicée, Antioche, Jérusalem prise le 15 juillet 1099 ; quatre États latins
Croisade de 1101 1100-1101 Pascal II Étienne de Blois, Guillaume IX d'Aquitaine, Welf IV de Bavière Renforcer le royaume nouveau-né Désastre : trois armées détruites en Anatolie (Mersivan, Héraclée)
Deuxième croisade 1147-1149 Eugène III, prêchée par saint Bernard Louis VII de France, Conrad III de Germanie Reprendre Édesse, tombée en 1144 Échec : Damas manquée en quatre jours (juillet 1148) ; Lisbonne prise en chemin
Troisième croisade 1189-1192 Grégoire VIII (Audita tremendi) Frédéric Barberousse, Philippe Auguste, Richard Cœur de Lion Reprendre Jérusalem après Hattin Demi-succès : Acre reprise, la côte rendue, Jérusalem laissée à Saladin mais ouverte aux pèlerins
Quatrième croisade 1202-1204 Innocent III Boniface de Montferrat, le doge Enrico Dandolo L'Égypte Détournée : Constantinople prise le 12 avril 1204 ; pas un croisé en Terre sainte
Croisade des enfants 1212 Aucun pape ; deux prédicateurs Étienne de Cloyes, Nicolas de Cologne Jérusalem, sans armes Dispersée avant la mer ; les vœux relevés par Innocent III
Cinquième croisade 1217-1221 Innocent III et Honorius III Jean de Brienne, le légat Pélage, André II de Hongrie L'Égypte, clé de Jérusalem Échec : Damiette prise en 1219, rendue le 8 septembre 1221
Sixième croisade 1228-1229 Aucun : l'empereur part excommunié Frédéric II Jérusalem, par la négociation Succès diplomatique : Jérusalem rendue par le traité de Jaffa (18 février 1229)
Croisade des barons 1239-1241 Grégoire IX Thibaut IV de Champagne, Richard de Cornouailles Défendre et étendre le royaume Gains par traité : la plus grande extension du royaume depuis 1187
Septième croisade 1248-1254 Innocent IV Saint Louis L'Égypte Désastre : Mansourah, le roi captif ; puis quatre ans à fortifier la Terre sainte
Huitième croisade 1270 Clément IV Saint Louis, Charles d'Anjou Tunis Interrompue : le roi meurt à Carthage le 25 août 1270
Fin des États latins 1260-1291 — (contre-offensive mamelouke) Baybars, Qalawun, al-Ashraf Khalil — Perte de l'Orient latin : Acre tombe le 18 mai 1291

La première croisade (1095-1099)#

La Première croisade est la seule qui ait atteint son but. Elle naît de l'appel d'Urbain II à Clermont, le 27 novembre 1095, répondant à une demande de secours de l'empereur Alexis Comnène après l'effondrement byzantin en Anatolie. Les princes partent à l'été 1096 ; Nicée tombe en juin 1097, Dorylée est gagnée le 1er juillet, Antioche prise après huit mois de siège en juin 1098, et Jérusalem emportée d'assaut le 15 juillet 1099. Quatre États latins en sortent — Édesse, Antioche, Jérusalem, Tripoli. Le récit complet, de Clermont à Ascalon : La première croisade (1095-1099).

La croisade de 1101#

La croisade de 1101 est l'expédition oubliée, et c'est la plus meurtrière de toutes. Trois armées de renfort — Lombards et Bourguignons, Nivernais, Aquitains et Bavarois — partent après la nouvelle de la victoire, conduites en partie par ceux qui avaient déserté en 1098, Étienne de Blois le premier, venus racheter leur honneur. Les Turcs de Kilij Arslan, instruits par leur défaite, les détruisent l'une après l'autre à Mersivan et à Héraclée, en août et septembre 1101. Seule une poignée de chefs atteint Jérusalem à Pâques 1102. Son récit se lit avec les autres expéditions sans numéro dans Les croisades oubliées (1101-1275).

La deuxième croisade (1147-1149)#

La Deuxième croisade répond à la chute d'Édesse, prise par Zengi le 24 décembre 1144. Saint Bernard la prêche à Vézelay en mars 1146 et soulève l'Occident ; deux rois partent, Louis VII et Conrad III. Les deux armées sont brisées en Anatolie avant d'avoir vu un Sarrasin en force, et le conseil d'Acre, en juin 1148, décide d'attaquer Damas, seul émir allié des Francs : le siège dure quatre jours et s'achève dans la retraite. Seule victoire de l'entreprise, la prise de Lisbonne par une flotte anglo-flamande en octobre 1147. Le récit : La deuxième croisade (1147-1149).

La troisième croisade (1189-1192)#

La Troisième croisade est la réponse de la chrétienté à Hattin et à la perte de Jérusalem. Trois souverains partent : Barberousse, qui se noie dans le Sélef en juin 1190 ; Philippe Auguste, qui rentre après la prise d'Acre ; Richard Cœur de Lion, qui reste, gagne Arsouf le 7 septembre 1191, approche deux fois de Jérusalem sans oser l'assiéger, et signe le traité de Jaffa le 2 septembre 1192. La côte est rendue aux Francs et les pèlerins peuvent revenir au Saint-Sépulcre. Le récit : La troisième croisade (1189-1192).

La quatrième croisade (1202-1204)#

La Quatrième croisade devait frapper l'Égypte ; elle n'a jamais vu la Terre sainte. Endettée envers Venise, détournée à Zara puis à Constantinople par la promesse d'un prétendant byzantin, elle prend d'assaut la capitale chrétienne d'Orient le 12 avril 1204 et la pille trois jours durant. Innocent III, qui avait interdit l'attaque sous peine d'excommunication, la condamne dans les termes les plus durs. Un Empire latin s'installe pour cinquante-sept ans, et le schisme devient une plaie. Le récit : La quatrième croisade (1202-1204).

La croisade des enfants (1212)#

La croisade des enfants n'est ni une croisade au sens canonique ni, pour l'essentiel, une affaire d'enfants : au printemps 1212, deux cortèges de pueri — jeunes gens, bergers, pauvres — se mettent en marche derrière Étienne de Cloyes en France et Nicolas de Cologne en Rhénanie. L'un est renvoyé chez lui par Philippe Auguste, l'autre attend en vain à Gênes que la mer s'ouvre. L'histoire des enfants vendus aux marchands de Marseille est une addition tardive. Le récit, avec les quatre autres mouvements populaires : Les croisades populaires (1096-1320).

La cinquième croisade (1217-1221)#

La Cinquième croisade est la première à appliquer la stratégie qui commandera tout le XIIIe siècle : prendre l'Égypte pour obtenir Jérusalem. Damiette est emportée le 5 novembre 1219 après dix-huit mois de siège ; le sultan al-Kamil offre alors Jérusalem contre la ville, et le légat Pélage refuse. La marche sur Le Caire, entreprise à la crue du Nil, se termine par la capitulation du 8 septembre 1221. C'est au camp de Damiette que saint François d'Assise traversa les lignes pour aller parler au sultan. Le récit : La cinquième croisade (1217-1221).

La sixième croisade (1228-1229)#

La Sixième croisade est la seule qui ait rendu Jérusalem aux chrétiens, et elle l'a fait sans bataille. Frédéric II, excommunié par Grégoire IX pour avoir tardé, part quand même en juin 1228 et négocie avec al-Kamil le traité de Jaffa du 18 février 1229 : Jérusalem, Bethléem et Nazareth rendues pour dix ans, avec le Temple laissé au culte musulman. Il se couronne de sa propre main au Saint-Sépulcre le 18 mars 1229. Les deux camps crient à la trahison ; la Ville sainte restera chrétienne jusqu'en 1244. Le récit : La sixième croisade (1228-1229).

La croisade des barons (1239-1241)#

La croisade des barons n'a pas de numéro parce qu'aucun roi ne la mène, et c'est pourtant l'une des plus fructueuses. Thibaut IV de Champagne, comte-poète et roi de Navarre, débarque en septembre 1239 ; après le désastre de Gaza, le 13 novembre, il joue des divisions ayyoubides et obtient par traité la Galilée, Beaufort et Safed. Richard de Cornouailles achève l'ouvrage en 1240-1241 : le royaume s'étend alors de Beyrouth à Ascalon, plus vaste qu'à aucun moment depuis 1187. Tout reposait sur des traités ; le 23 août 1244, les Khwarezmiens entrent dans Jérusalem, et le 17 octobre l'armée franque est anéantie à La Forbie. Son récit est raconté à la suite de la sixième croisade.

La septième croisade (1248-1254)#

La Septième croisade est celle de saint Louis, et la plus soigneusement préparée de toutes : un port construit pour elle à Aigues-Mortes, une flotte affrétée, des magasins à Chypre. Damiette est prise sans combat le 6 juin 1249 ; la marche sur Le Caire s'arrête à Mansourah le 8 février 1250, où meurt Robert d'Artois ; l'armée, affamée et malade, est capturée à Fariskur le 6 avril. Le roi, libéré contre rançon le 6 mai, reste quatre ans en Terre sainte à fortifier les villes au lieu de rentrer. Le récit : La septième croisade (1248-1254) et, pour la campagne d'Égypte seule, Saint Louis en Égypte.

La huitième croisade (1270)#

La Huitième croisade est la dernière grande croisade royale. Louis IX reprend la croix le 25 mars 1267, s'embarque le 1er juillet 1270, et l'armée est détournée sur Tunis — pour des raisons qui tiennent à l'espoir d'une conversion de l'émir autant qu'aux intérêts siciliens de Charles d'Anjou. Le camp de Carthage est ravagé par la dysenterie ; le roi y meurt le 25 août 1270, couché sur la cendre. Le prince Édouard d'Angleterre prolonge seul la croisade en Terre sainte jusqu'en 1272 et obtient une trêve de dix ans. Le récit : La huitième croisade (1270).

La fin des États latins (1260-1291)#

La fin des États latins n'est pas une croisade, mais elle clôt la chronologie : c'est la contre-offensive mamelouke. Après Aïn Djalout (3 septembre 1260), Baybars prend Césarée et Arsouf (1265), Safed (1266), Antioche (1268) et le Krak des Chevaliers (1271) ; Qalawun prend Marqab (1285) et Tripoli (1289) ; son fils al-Ashraf Khalil emporte Acre le 18 mai 1291 après six semaines de siège. Les dernières places de la côte sont évacuées avant la fin de l'été, et le dernier poste franc, l'île de Ruad, tombe en 1302. Le récit : La fin des États latins (1260-1291) et La chute d'Acre, 1291.

Et après 1291 ?#

La chronologie s'arrête en Terre sainte, pas dans les esprits. Les papes continuent de prêcher, les traités de croisade s'écrivent — Pierre Dubois, Marino Sanudo —, les Hospitaliers prennent Rhodes en 1310 et la tiennent deux siècles, les Teutoniques poursuivent en Prusse, et les expéditions contre les Turcs se succèdent jusqu'à Nicopolis (1396), Varna (1444) et Lépante (1571). Aucune ne porte de numéro. Ce que l'on appelle « les croisades » est donc une période close — 1095-1291 — à l'intérieur d'une histoire qui ne l'est pas.

Ce qui demeure#

Un tableau donne des dates ; il ne dit pas ce que chaque ligne a coûté. Derrière « 1101 : trois armées détruites en Anatolie », il y a des dizaines de milliers d'hommes et de femmes partis pour un tombeau et morts de soif sur un plateau turc, à des milliers de lieues de leur village, sans avoir rien vu de ce qu'ils cherchaient. Derrière « 1270 : le roi meurt à Carthage », il y a un homme de cinquante-six ans, malade, qui savait qu'il ne reviendrait pas et qui est parti parce qu'il l'avait promis.

Ce qui demeure de cette chronologie, c'est d'abord une constance : pendant deux siècles, à chaque génération, des chrétiens d'Occident ont tout quitté pour aller garder le lieu où le Christ est mort et ressuscité. Ils ont gagné une fois sur huit. Ils y sont retournés quand même. Eux ne disaient d'ailleurs pas « croisade », mais voyage ou pèlerinage : le mot est venu bien après (croisés, Francs, Sarrasins : d'où viennent ces mots ?). Les dates du tableau sont les traces de cette obstination — et c'est pourquoi ce site les raconte une à une, au lieu de les aligner.

Sources

Chroniqueurs. Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana, pour 1095-1101 ; Odon de Deuil, De profectione Ludovici VII in Orientem, pour 1147-1148 ; Ambroise, Estoire de la guerre sainte, et l'Itinerarium peregrinorum, pour 1189-1192 ; Geoffroi de Villehardouin, La Conquête de Constantinople, pour 1202-1204 ; Olivier de Paderborn, Historia Damiatina, pour 1217-1221 ; Philippe de Novare et l'Estoire de Eracles pour 1228-1243 ; Jean de Joinville, Vie de saint Louis, pour 1248-1254 et 1270 ; le Templier de Tyr, dans les Gestes des Chiprois, pour 1260-1291. Côté musulman : Ibn al-Athir, Al-Kamil fi-l-ta'rikh ; Baha ad-Din Ibn Shaddad, Vie de Saladin ; Ibn Abd al-Zahir pour Baybars. Ouvrages de référence. Steven Runciman, Histoire des croisades ; Jean Richard, Histoire des croisades (Fayard, 1996) ; Hans Eberhard Mayer, The Crusades ; Jonathan Riley-Smith (dir.), Atlas des croisades ; Kenneth Setton (dir.), A History of the Crusades, 6 vol.

Questions fréquentes#

Combien y a-t-il eu de croisades ?

Huit croisades numérotées, de 1096 à 1270, selon la numérotation fixée au XVIIe siècle par l'érudit Louis Maimbourg. Mais la numérotation laisse de côté au moins une douzaine d'expéditions armées vers l'Orient — la croisade de 1101, celle des barons en 1239-1241, les croisades populaires — sans compter les croisades d'Espagne, de Prusse et du Languedoc.

Quand a commencé et quand s'est terminée la période des croisades ?

Elle commence le 27 novembre 1095, jour de l'appel d'Urbain II au concile de Clermont, et s'achève en Terre sainte le 18 mai 1291, jour de la chute d'Acre. L'idée de croisade, elle, survit jusqu'à Lépante (1571) et au-delà.

Quelle croisade a réussi ?

Une seule au sens plein : la première, qui prend Jérusalem le 15 juillet 1099 et fonde quatre États latins. La sixième obtient Jérusalem par traité en 1229 et la croisade des barons porte le royaume à sa plus grande extension depuis 1187 — mais ces gains reposaient sur des traités, et ils n'ont pas tenu.

Pourquoi certaines croisades n'ont-elles pas de numéro ?

Parce que la numérotation a été établie après coup, par des historiens qui ne comptaient que les grandes expéditions conduites par des rois ou des princes. Les renforts annuels, les expéditions de secours, les croisades du peuple et les croisades prêchées contre d'autres adversaires que les musulmans d'Orient sont restés hors du compte.

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