Les croisades (1095-1291) : le guide complet

De l'appel de Clermont (1095) à la chute d'Acre (1291) : les huit croisades, les États latins, les ordres militaires et les grandes figures, en un seul guide.

Romain Croisade 24 min

Mis à jour le 14 octobre 2026

Une colonne de chevaliers croisés et de pèlerins marchant vers Jérusalem, un évêque brandissant la croix en tête

En bref

Quand : du concile de Clermont (27 novembre 1095) à la chute d'Acre (18 mai 1291), soit près de deux siècles. Où : la Terre sainte et la Syrie, mais aussi l'Anatolie, l'Égypte, Constantinople et Tunis. Qui : les papes qui prêchent, les princes et chevaliers d'Occident qui prennent la croix, les Francs d'Outremer qui tiennent les États latins, les ordres militaires ; en face, Seldjoukides, Fatimides, Zengides, Ayyoubides puis Mamelouks. Issue : Jérusalem délivrée en 1099, perdue en 1187, rendue par traité de 1229 à 1244 ; les derniers États latins tombent en 1291.

Les croisades sont les expéditions armées que la chrétienté latine a menées, à l'appel des papes, pour délivrer et garder le Saint-Sépulcre — le tombeau du Christ à Jérusalem — et secourir les chrétiens d'Orient. Elles commencent avec l'appel d'Urbain II à Clermont en 1095 et s'achèvent, en Terre sainte, avec la chute d'Acre en 1291. Huit grandes expéditions sont numérotées — mais combien y a-t-il eu de croisades, exactement ? — et une seule, la première, atteint pleinement son but. Entre les deux dates, une chrétienté d'Outremer a vécu, combattu et prié pendant deux siècles.

Ce guide est le point d'entrée du site : il donne le fil de l'histoire, croisade après croisade, et renvoie aux articles détaillés déjà publiés. Chaque section peut se lire seule. Pressé ? Lisez d'abord les croisades résumées en 5 minutes ; pour toutes les dates, année par année, voyez la chronologie complète des croisades ; pour le nombre exact d'expéditions, combien y a-t-il eu de croisades ?

Qu'est-ce qu'une croisade ?#

L'idée de croisade est simple à dire et neuve en 1095 : un pèlerinage armé, prêché par le pape, accompli sous vœu et récompensé par une indulgence. Le croisé « prend la croix » — il coud une croix d'étoffe sur son épaule — et s'engage à aller jusqu'au Saint-Sépulcre. Il est pèlerin : sa personne et ses biens sont sous la protection de l'Église pendant son absence. Il est soldat : il part pour combattre ceux qui tiennent les Lieux saints et menacent les chrétiens d'Orient. Le mot lui-même, croisade, n'apparaît qu'au XIIIe siècle ; les contemporains disent iter (le chemin), peregrinatio (le pèlerinage), passagium (le passage).

Ce qui distingue la croisade d'une guerre ordinaire, c'est la pénitence. Le canon du concile de Clermont le dit en une phrase : à celui qui part « par dévotion seulement, et non pour obtenir honneur ou argent », le voyage sera compté pour toute pénitence. Définition, critères et débat des historiens sont détaillés dans qu'est-ce qu'une croisade ?. Les chartes de départ — où les seigneurs vendent ou engagent leurs terres à des abbayes — parlent du salut de l'âme, du tombeau du Christ, du désir de mourir là où Il est mort. Ce sont les vraies raisons, et elles ont coûté cher : la plupart des croisés y ont laissé la fortune, la santé ou la vie. Faut-il pour autant parler de guerre de religion ? Les croisades étaient-elles une guerre de religion ? répond : oui pour la foi qui les porte, non pour la conversion qu'elles n'ont jamais visée.

Pourquoi les croisades ? Le monde de 1095#

Les causes des croisades se lisent dans le siècle qui précède. Depuis 638, Jérusalem est aux mains de l'islam, mais le pèlerinage chrétien a continué, avec des hauts et des bas : la destruction du Saint-Sépulcre par le calife fatimide al-Hakim en 1009 a marqué les esprits — pourquoi le Saint-Sépulcre comptait-il tant ? répond en quelques lignes, puis les grands pèlerinages du XIe siècle ont repris — celui de 1064-1065, mené par des évêques allemands, comptait plusieurs milliers de personnes. Tout change avec l'arrivée des Turcs seldjoukides : vainqueurs des Byzantins à Manzikert en 1071, maîtres de Jérusalem en 1073, ils coupent les routes d'Anatolie et rendent le voyage périlleux.

À Constantinople, l'empereur Alexis Comnène cherche des soldats en Occident. En Occident même, la réforme grégorienne a donné à la papauté l'autorité pour parler à toute la chrétienté, et la « paix de Dieu » a mis dans les esprits l'idée d'une chevalerie au service de la justice divine plutôt que des guerres privées. Il ne manque qu'une voix pour réunir ces fils : ce sera celle d'Urbain II. Chacune de ces causes est expliquée dans pourquoi les croisades ? Les causes expliquées.

L'appel de Clermont (27 novembre 1095)#

Le concile de Clermont est d'abord un concile réformateur : paix de Dieu, simonie, mariage des clercs. Le dernier jour, en plein champ hors des murs, Urbain II lance l'appel qui change le siècle. Nous n'avons pas ses mots exacts ; nous avons quatre chroniqueurs et le cri de la foule rapporté par Robert le Moine : Deus le volt, « Dieu le veut ». L'évêque du Puy, Adhémar de Monteil, prend la croix le premier ; le pape en fait son légat. Le départ est fixé au 15 août 1096. Le récit complet : Clermont, 27 novembre 1095 : l'appel d'Urbain II.

La première croisade (1096-1099) : Jérusalem délivrée#

La Première croisade est la seule qui ait pleinement atteint son but ; son récit complet, étape par étape, est ici. Elle part en deux vagues. Au printemps 1096, les foules prêchées par Pierre l'Ermite prennent la route avant les princes ; en chemin, des bandes rhénanes massacrent les Juifs de Spire, Worms et Mayence, malgré les évêques qui tentent de les protéger — page sombre que les chroniqueurs chrétiens eux-mêmes condamnent, et que résume les croisades et les Juifs. Cette « croisade populaire » est anéantie par les Turcs près de Civetot en octobre 1096. Elle est la première des croisades populaires : le peuple repartira sans les rois en 1212 (les enfants), en 1251 et 1320 (les pastoureaux) et en 1309 (les pauvres), toujours sans atteindre la mer.

Les armées des princes — Godefroy de Bouillon, Raymond de Saint-Gilles, Bohémond de Tarente, Robert de Normandie, Robert de Flandre, Étienne de Blois — se réunissent à Constantinople pendant l'hiver 1096-1097, prêtent serment à Alexis et prennent Nicée en juin 1097. Elles battent les Turcs à Dorylée le 1er juillet, traversent l'Anatolie dans la soif et la faim, et assiègent Antioche d'octobre 1097 à juin 1098. La ville tombe par trahison le 3 juin ; enfermés à leur tour par l'armée de Kerbogha, les croisés trouvent la Sainte Lance et sortent vaincre à un contre trois, le 28 juin 1098. Un an plus tard, le vendredi 15 juillet 1099, après cinq semaines de siège, ils entrent dans Jérusalem : la prise de Jérusalem, 15 juillet 1099 raconte l'assaut, le massacre selon les sources, et la prière au Saint-Sépulcre.

Godefroy de Bouillon, élu chef de la nouvelle conquête, refuse la couronne là où le Christ a porté celle d'épines et prend le titre d'avoué du Saint-Sépulcre ; il bat les Fatimides à Ascalon le 12 août 1099 et meurt un an plus tard. Son portrait : Godefroy de Bouillon, le premier gardien du Saint-Sépulcre.

La victoire de 1099 n'arrête pas les départs. Dès 1101, trois armées de renfort sont anéanties en Anatolie ; puis, entre les croisades numérotées, une douzaine d'expéditions plus petites — le roi Sigurd de Norvège à Sidon (1110), les Vénitiens devant Tyr (1124), la croisade de 1129 contre Damas, la croisade allemande de 1197 qui reprend Beyrouth et fonde les Teutoniques — portent secours au royaume sans que les manuels les comptent. Elles sont toutes racontées dans Les croisades oubliées (1101-1275).

Le royaume de Jérusalem et les États latins (1099-1291)#

De la première croisade naissent quatre États francs, que l'on appelle les États latins d'Orient : le comté d'Édesse (1098), la principauté d'Antioche (1098), le royaume de Jérusalem (1099) et le comté de Tripoli (1109). Baudouin Ier, frère de Godefroy, est couronné roi à Bethléem le jour de Noël 1100 ; il conquiert les ports — Arsouf, Césarée, Acre, Beyrouth, Sidon — et donne au royaume ses frontières. Ses successeurs, Baudouin II, Foulque d'Anjou, Baudouin III, Amaury Ier, tiennent la Terre sainte pendant près d'un siècle avec quelques centaines de chevaliers, une flotte italienne et une couronne de châteaux. Ses rois, ses lois, son Église et son armée sont présentés dans le guide du royaume de Jérusalem (1099-1291).

Cette chrétienté d'Outremer n'est pas une colonie : c'est une société de pèlerins devenus seigneurs, de Latins, de chrétiens orientaux — Arméniens, Syriaques, Grecs — et de musulmans paysans, gouvernée selon les Assises de Jérusalem. Sa faiblesse est démographique : les Francs sont peu nombreux, et chaque défaite en rase campagne est une catastrophe. Leur place sur le terrain, d'Édesse au golfe d'Aqaba, et les routes qui y menaient sont résumées dans la carte des croisades. Le site consacre une racine entière aux États latins.

Templiers et Hospitaliers : les moines-soldats#

Deux institutions neuves portent la défense de la Terre sainte. Les Templiers, fondés vers 1119-1120 par Hugues de Payns pour protéger les pèlerins sur la route de Jérusalem, reçoivent leur règle au concile de Troyes (1129) et l'éloge de saint Bernard de Clairvaux dans le De laude novae militiae : des moines qui combattent, « doux comme des agneaux et féroces comme des lions ». Les Hospitaliers, nés de l'hôpital Saint-Jean de Jérusalem, reconnus par le pape Pascal II en 1113, soignent d'abord les malades de toute religion avant de prendre les armes sous Raymond du Puy.

Riches des dons de toute l'Europe, les deux ordres forment l'armée permanente des États latins et tiennent les grandes forteresses : le Krak des Chevaliers et Margat pour l'Hôpital, Safed, Tortose et Athlit pour le Temple. Ils sont à Hattin, à Arsouf, à Mansourah, sur la brèche d'Acre. Leur histoire complète est dans la racine Ordres militaires ; celle du Temple, de Hugues de Payns au bûcher de Jacques de Molay, dans les Templiers : histoire complète de l'ordre ; celle de l'Hôpital, de Jérusalem à Malte, dans les Hospitaliers : histoire complète de l'ordre. Un troisième ordre naît en 1190 au siège d'Acre, d'un hôpital allemand : ce sont les Teutoniques, qui défendront Acre jusqu'au bout avant de porter la croisade en Prusse. Comment vivaient, se recrutaient et se finançaient ces moines-soldats : comment fonctionnait un ordre militaire ?

La deuxième croisade (1147-1149) : l'échec devant Damas#

Le 24 décembre 1144, Zengi, atabeg de Mossoul et d'Alep, prend Édesse : le premier État latin fondé est le premier à tomber. Le pape Eugène III proclame la Deuxième croisade (bulle Quantum praedecessores, décembre 1145) et saint Bernard la prêche à Vézelay le 31 mars 1146 avec un tel succès qu'on manque d'étoffe pour les croix. Deux rois partent : Louis VII de France, avec la reine Aliénor d'Aquitaine, et Conrad III de Germanie.

Tout tourne mal en Anatolie : l'armée allemande est décimée près de Dorylée en octobre 1147, l'armée française au mont Cadmos en janvier 1148. Réunis en Terre sainte, les deux rois et les barons du royaume choisissent d'attaquer Damas — alliée hésitante des Francs contre Nour ad-Din, fils de Zengi — et lèvent le siège après quatre jours (24-28 juillet 1148). Le retour est amer ; saint Bernard écrit que Dieu a jugé les péchés des croisés. La leçon stratégique est claire : Nour ad-Din unifie la Syrie musulmane, et l'Égypte devient l'enjeu. Le récit complet, d'Édesse à Damas : la deuxième croisade (1147-1149).

Saladin et Hattin (1187) : Jérusalem perdue#

Saladin — Salah ad-Din Yusuf, Kurde né à Tikrit vers 1138 — devient vizir d'Égypte en 1169, y met fin au califat fatimide en 1171 et, à la mort de Nour ad-Din (1174), réunit en douze ans Damas, Alep et Mossoul sous sa main. Pour la première fois, les États latins ont autour d'eux un seul adversaire, et cet adversaire est un grand prince : pieux, généreux, fidèle à sa parole, admiré par ses ennemis eux-mêmes. Son portrait : Saladin, l'adversaire respecté.

Le royaume de Jérusalem, lui, se déchire entre le roi Guy de Lusignan et le comte Raymond III de Tripoli, tandis que Renaud de Châtillon attaque les caravanes malgré la trêve. Le 4 juillet 1187, l'armée franque presque entière, partie sans eau vers Tibériade, est anéantie aux Cornes de Hattin : le roi captif, Renaud exécuté par Saladin de sa main, les Templiers et Hospitaliers prisonniers décapités, la Vraie Croix perdue. Le récit : la bataille de Hattin, 4 juillet 1187. Le 2 octobre 1187, Balian d'Ibelin rend Jérusalem ; Saladin, à la différence de 1099, épargne la population contre rançon. Il ne reste aux Francs que Tyr, Tripoli et Antioche.

La troisième croisade (1189-1192) : Richard Cœur de Lion#

La nouvelle de Hattin tue, dit-on, le pape Urbain III ; son successeur Grégoire VIII lance la Troisième croisade par la bulle Audita tremendi (octobre 1187) ; son récit complet est ici. Trois souverains prennent la croix : l'empereur Frédéric Barberousse, qui se noie dans le fleuve Saleph en Cilicie le 10 juin 1190 avant d'atteindre la Syrie ; Philippe Auguste, roi de France ; Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre, qui conquiert Chypre en chemin (mai 1191).

Les deux rois rejoignent le siège d'Acre, commencé par Guy de Lusignan en août 1189 ; la ville se rend le 12 juillet 1191. Philippe rentre en France ; Richard reste, bat Saladin à Arsouf le 7 septembre 1191, reprend Jaffa, s'approche deux fois de Jérusalem sans oser l'assiéger. Le traité de Jaffa (2 septembre 1192) laisse aux Francs la côte de Tyr à Jaffa et garantit aux pèlerins le libre accès au Saint-Sépulcre. Saladin meurt à Damas le 4 mars 1193 ; Richard n'a pas vu Jérusalem, mais il a sauvé le royaume — qui aura désormais Acre pour capitale.

La quatrième croisade (1202-1204) : Constantinople#

Prêchée par Innocent III dès 1198, la Quatrième croisade devait frapper l'Égypte. Incapables de payer à Venise la flotte commandée, les croisés acceptent de prendre pour elle Zara, ville chrétienne de Dalmatie (novembre 1202), puis de rétablir sur le trône byzantin le prince Alexis Ange, qui promet de payer l'expédition. De revirement en émeute, ils finissent par prendre Constantinople d'assaut les 12-13 avril 1204 et par la piller trois jours durant : reliques, œuvres d'art, palais.

Innocent III, qui avait interdit sous peine d'excommunication de s'en prendre à des chrétiens, condamne le sac dans les termes les plus durs : les croisés ont préféré « les choses terrestres aux célestes ». Un Empire latin de Constantinople naît, qui durera jusqu'en 1261 ; Byzance en sort brisée, et le schisme entre Grecs et Latins s'approfondit pour des siècles. Aucun croisé de 1204 n'a vu la Terre sainte. Le récit complet, d'Écry au sac : la quatrième croisade (1202-1204).

La cinquième croisade (1217-1221) : Damiette#

Après le concile de Latran IV (1215), la Cinquième croisade vise enfin l'Égypte, clef de Jérusalem. Le roi Jean de Brienne et le légat Pélage assiègent Damiette, à l'embouchure du Nil, de mai 1218 à sa prise le 5 novembre 1219. C'est là que saint François d'Assise, venu au camp, traverse les lignes pour parler du Christ au sultan al-Kamil, qui le reçoit avec courtoisie. Al-Kamil offre Jérusalem contre Damiette ; le légat refuse, attendant l'empereur Frédéric II qui ne vient pas. En marchant sur Le Caire en 1221, l'armée est piégée par la crue du Nil et doit rendre Damiette (8 septembre 1221). Le récit complet, de Quia maior à la capitulation dans le delta : la cinquième croisade (1217-1221).

La sixième croisade (1228-1229) : Jérusalem par traité#

Frédéric II, empereur et roi de Jérusalem par son mariage, part enfin en 1228 — excommunié par Grégoire IX pour avoir tant tardé. Sans livrer bataille, il négocie avec al-Kamil, en difficulté face à ses frères, le traité de Jaffa du 18 février 1229 : Jérusalem, Bethléem, Nazareth et un corridor jusqu'à la côte reviennent aux chrétiens pour dix ans, l'esplanade du Temple restant aux musulmans. Le 18 mars, l'empereur se couronne lui-même au Saint-Sépulcre, dans une ville sous interdit. La Sixième croisade est un succès diplomatique que beaucoup, des deux côtés, tiennent pour un scandale. Le récit complet, de Brindisi au Saint-Sépulcre et jusqu'à la croisade des barons : la sixième croisade (1228-1229). Jérusalem restera chrétienne jusqu'au 23 août 1244, jour où les cavaliers khwarezmiens appelés par le sultan d'Égypte la saccagent ; la bataille de La Forbie (17 octobre 1244) achève l'armée franque.

Saint Louis : septième et huitième croisades (1248-1270)#

Guéri d'une maladie qui devait l'emporter, Saint Louis — Louis IX, roi de France — fait vœu de croisade en décembre 1244 et part d'Aigues-Mortes en août 1248 avec la meilleure armée qu'un croisé ait jamais menée. La Septième croisade prend Damiette sans combat le 6 juin 1249, puis s'enlise dans le delta : à Mansourah, le 8 février 1250, la charge imprudente de Robert d'Artois et des Templiers dans les ruelles coûte la fleur de la chevalerie ; l'armée, minée par les épidémies, est capturée en retraite le 6 avril 1250. Captif, le roi refuse de marchander sa foi et négocie avec une dignité qui frappe ses geôliers ; libéré contre Damiette et 400 000 livres, il reste quatre ans en Terre sainte à fortifier Acre, Césarée, Jaffa et Sidon.

Vingt ans plus tard, vieilli, il repart : la Huitième croisade débarque devant Tunis en juillet 1270, et le roi y meurt de dysenterie le 25 août, couché sur un lit de cendres. Canonisé en 1297, il est le seul roi croisé à être monté sur les autels. Sa croisade d'Égypte a son récit complet, de Pontoise à Hyères, dans le pilier La septième croisade (1248-1254) ; Tunis, la croisade du prince Édouard et le concile de Lyon dans La huitième croisade (1270).

La chute d'Acre (1291) : la fin des États latins#

Depuis 1260, l'adversaire est nouveau : les Mamelouks d'Égypte, esclaves-soldats devenus sultans, vainqueurs des Mongols à Aïn Djalout. Baybars prend Césarée et Arsouf (1265), Safed (1266), Antioche (1268), le Krak des Chevaliers (1271) ; Qalawun prend Margat (1285) et Tripoli (1289). Reste Acre. Le sultan al-Ashraf Khalil met le siège devant la ville le 5 avril 1291 avec une armée immense et des dizaines de machines ; le siège d'Acre dure six semaines. Le 18 mai, l'assaut général emporte la Tour maudite ; le grand maître du Temple, Guillaume de Beaujeu, meurt sur la brèche, et les Templiers tiennent leur forteresse dix jours encore. Tyr, Sidon, Beyrouth, Tortose et Athlit sont évacués avant la fin de l'été. Après cent quatre-vingt-douze ans, il n'y a plus de terre franque en Terre sainte — seulement Chypre, et les ordres qui rêveront de revenir. Les trente années de démantèlement, d'Aïn Djalout au dernier bastion templier de Ruad, ont leur récit complet dans le pilier La fin des États latins (1260-1291) ; les causes de fond — le nombre, l'unification de l'adversaire, le silence de l'Occident — sont reprises dans pourquoi les croisades ont-elles échoué ?

Ce qui demeure#

Que reste-t-il de deux siècles de croisades ? Le bilan détaillé — Byzance, le commerce italien, la fiscalité d'État, les ordres militaires, les mémoires — est repris dans quelles ont été les conséquences des croisades ? D'abord des pierres : le Krak des Chevaliers, Margat, les murs de Césarée, l'église Sainte-Anne à Jérusalem, la façade du Saint-Sépulcre telle que les Francs l'ont rebâtie en 1149 — ce sont encore leurs portes que franchissent les pèlerins d'aujourd'hui. Ensuite une institution : l'Ordre de Malte, héritier direct des Hospitaliers, soigne toujours les malades ; et la garde du Saint-Sépulcre, confiée aux Franciscains en 1342, est la continuation pacifique de ce pour quoi Godefroy avait refusé une couronne.

Enfin, un exemple. Des hommes ont vendu leur terre, quitté leur maison et marché trois ans pour un tombeau vide, parce qu'ils croyaient que Celui qui en était sorti valait tout ce qu'ils possédaient. Ils n'ont pas toujours été à la hauteur de leur vœu — Rhénanie, Jérusalem, Constantinople le rappellent, et l'Église le leur a dit. Mais Godefroy priant pieds nus au Sépulcre, les Hospitaliers soignant les pauvres de toute religion, Saint Louis captif refusant de renier sa foi, Guillaume de Beaujeu mourant sur la brèche : cela aussi est arrivé, et c'est cela que ce site veut d'abord raconter.

Pour aller plus loin#

Sources

Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana · Gesta Francorum (anonyme, vers 1100-1101) · Guillaume de Tyr, Chronicon, livres I-XXIII · Eudes de Deuil, De profectione Ludovici VII in Orientem · Ambroise, L'Estoire de la guerre sainte · Geoffroy de Villehardouin, La Conquête de Constantinople · Jean de Joinville, Vie de saint Louis · Ibn al-Athir, Al-Kamil fi al-tarikh ; Baha ad-Din Ibn Shaddad, Al-Nawadir al-sultaniyya · Gestes des Chiprois (Templier de Tyr) pour 1291. — René Grousset, Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem (3 vol., 1934-1936) ; Jean Richard, Histoire des croisades (Fayard, 1996) ; Jonathan Riley-Smith, Les Croisades (trad. fr. 1990) ; Jean Flori, Les Croisades (Jean-Paul Gisserot, 2001).

Questions fréquentes#

Combien y a-t-il eu de croisades ?

On en numérote traditionnellement huit, de 1096 à 1270. Le décompte est une convention des historiens modernes : entre les grandes expéditions, des pèlerins armés partaient presque chaque année, et des croisades furent aussi prêchées en Espagne, en Prusse et contre les hérétiques.

Qui a lancé les croisades ?

Le pape Urbain II, au concile de Clermont, le 27 novembre 1095, en réponse à un appel au secours de l'empereur byzantin Alexis Comnène et aux récits des pèlerins revenus d'Orient.

Pourquoi les croisés sont-ils partis ?

Pour délivrer le Saint-Sépulcre et les chrétiens d'Orient, en réponse à l'appel du pape, et pour le salut de leur âme : l'indulgence de croisade remettait la pénitence due pour les péchés. Les chartes de départ, où les croisés vendent leurs terres, le disent explicitement.

Les croisades ont-elles réussi ?

La première a atteint son but : Jérusalem est reprise le 15 juillet 1099 et un royaume latin y tient près d'un siècle. Perdue en 1187, la Ville sainte n'est retrouvée que par traité (1229-1244). Les derniers États latins tombent avec Acre en 1291.

Quand se terminent les croisades ?

La chute d'Acre, le 18 mai 1291, marque la fin de la présence latine en Terre sainte. Mais l'idée de croisade survit : Chypre, Rhodes puis Malte restent des bastions, et des croisades sont encore prêchées contre les Turcs jusqu'à Lépante (1571).

Quel rôle ont joué les Templiers et les Hospitaliers ?

Fondés à Jérusalem au début du XIIe siècle, ces ordres de moines-soldats ont formé l'armée permanente des États latins, tenu les grandes forteresses et financé la défense de la Terre sainte pendant près de deux siècles.

À lire aussi