Byzance et les croisés : les empereurs face à l'Occident

Alexis Comnène, Manuel, Isaac II, Alexis IV, Michel VIII Paléologue, et les rois d'Arménie : les princes chrétiens d'Orient face aux croisés, de 1095 à 1291.

Romain Croisade 13 min

Un empereur byzantin couronné, assis sur son trône sous une coupole dorée, reçoit le serment de chevaliers croisés agenouillés sur un évangéliaire, entouré de dignitaires et d'un patriarche grec

En bref

Période : 1095-1291 (et l'union de Florence en 1439). Qui : les empereurs Comnènes (Alexis Ier, Jean II, Manuel Ier, Andronic Ier), Anges (Isaac II, Alexis III, Alexis IV), Alexis V Murzuphle, Théodore Lascaris et Michel VIII Paléologue ; la princesse historienne Anne Comnène ; le tyran de Chypre Isaac Comnène ; chez les Arméniens, Thoros d'Édesse, Léon Ier et Héthoum Ier de Cilicie. Où : Constantinople, Nicée, Antioche, la Cilicie, Chypre. Temps forts : appel de Plaisance (1095), serments de 1097, Antioche vassale (1137-1159), massacre des Latins (1182), sac de Constantinople (1204), reprise byzantine (1261), union de Lyon (1274). Ce qui demeure : des frères chrétiens qui ont gardé l'Orient pendant des siècles, et une blessure que l'Église a nommée et cherché à guérir.

Les empereurs byzantins sont les premiers à avoir appelé les croisés et les premiers à s'en être défiés : de l'appel d'Alexis Comnène en 1095 à la reprise de Constantinople par Michel VIII Paléologue en 1261, Byzance a été tour à tour l'alliée, la suzeraine, la rivale et la victime des Latins. À ses côtés, les princes arméniens, d'Édesse puis de Cilicie, ont été les amis les plus constants des Francs. Cette page présente ces princes chrétiens d'Orient, dans l'ordre ; le cadre général est dans notre guide complet des croisades.

Byzance et les croisés en cinq lignes#

En 1095, l'empire grec, chrétien, héritier de Rome, appelle l'Occident à l'aide contre les Turcs. Il reçoit des armées qui veulent Jérusalem et non des mercenaires, et qui gardent Antioche. Les Comnènes font alors des États latins des protégés, et l'entente dure tant que vit Manuel (1180). Puis tout se gâte : massacre des Latins à Constantinople en 1182, trahisons supposées en 1189, et en 1204 la croisade détournée prend la ville. Byzance renaît à Nicée et revient en 1261, mais l'union des Églises, tentée à Lyon en 1274, ne prend pas. Les Arméniens, eux, restent fidèles aux Francs jusqu'au bout.

Contexte : l'Empire romain d'Orient en 1095#

Byzance n'est pas un royaume parmi d'autres : c'est l'Empire romain lui-même, qui n'a jamais cessé d'exister à Constantinople depuis Constantin, chrétien depuis sept siècles, avec son empereur, son patriarche et sa liturgie grecque. Depuis le schisme de 1054, Rome et Constantinople se sont mutuellement excommuniées par leurs légats, mais personne ne tient encore la rupture pour définitive.

En 1071, à Mantzikert, les Turcs seldjoukides ont écrasé l'armée impériale et capturé l'empereur Romain IV Diogène. En vingt ans, ils prennent presque toute l'Asie Mineure, jusqu'à Nicée, à quelques jours de la capitale. C'est cette perte que les empereurs veulent réparer avec l'aide des Latins ; et c'est ce malentendu — des soldats pour l'empire, ou des pèlerins pour le Saint-Sépulcre ? — qui pèsera sur deux siècles. On en suit le fil dans la première croisade.

Les Comnènes : la grande époque (1081-1185)#

Alexis Ier Comnène, l'empereur qui appela l'Occident#

Général couronné en 1081, Alexis Ier Comnène relève un empire au bord de la ruine : il repousse les Normands de Robert Guiscard et de son fils Bohémond, puis les Petchénègues. En mars 1095, ses ambassadeurs demandent au pape, au concile de Plaisance, des renforts contre les Turcs. Il voit arriver en 1096-1097 des dizaines de milliers d'hommes, fait jurer aux princes de lui rendre les villes autrefois impériales, et récupère Nicée en juin 1097. En juin 1098, sur la foi de fuyards qui lui disent l'armée perdue, il renonce à secourir Antioche : les Latins ne le lui pardonnent pas, et Bohémond garde la ville. Il impose pourtant à celui-ci le traité de Devol en 1108 et meurt en 1118 avec un empire restauré.

Anne Comnène, une Byzantine regarde passer les croisés#

Fille aînée d'Alexis, née en 1083, Anne Comnène écrit dans sa retraite, vers 1148, l'Alexiade, histoire du règne de son père. Ses pages sur la croisade sont le grand témoignage grec : elle y voit passer « tout l'Occident », admire et redoute la stature de Bohémond, décrit les chevaliers francs comme irrésistibles à la charge et insupportables à la cour. Elle mesure aussi la foi des simples pèlerins de Pierre l'Ermite. C'est par elle que nous connaissons le texte du traité de Devol ; on le lit dans les États latins du Nord.

Jean II Comnène et Antioche#

Fils d'Alexis, Jean II Comnène (1118-1143), surnommé Kaloïoannès, « Jean le Bon », par ses sujets, veut faire d'Antioche une vassale. En 1137, il reprend la Cilicie aux Arméniens et paraît sous les murs de la ville : le prince Raymond de Poitiers lui prête hommage. En 1138, les Latins et lui assiègent ensemble Chayzar, sur l'Oronte ; l'empereur, selon les chroniqueurs grecs, voit avec colère les princes francs jouer aux dés au lieu de combattre. Il revient en 1142 pour imposer sa tutelle, et meurt en avril 1143, blessé à la chasse dans les montagnes de Cilicie.

Manuel Ier Comnène, l'empereur latinophile#

Manuel Ier Comnène (1143-1180) aime les Latins, leurs tournois et leurs chevaliers ; il épouse deux princesses occidentales, Berthe de Sulzbach puis Marie d'Antioche. Il fait passer avec méfiance la deuxième croisade en 1147, mais en 1158 Renaud de Châtillon vient à lui pieds nus et la corde au cou, et à Pâques 1159 l'empereur entre dans Antioche en suzerain, le roi Baudouin III à pied derrière lui. Il s'allie au roi Amaury Ier contre l'Égypte et envoie sa flotte devant Damiette en 1169 ; l'expédition échoue. En 1176, sa défaite de Myriokephalon face aux Turcs ferme pour toujours l'espoir de reprendre l'Anatolie. Avec lui meurt, en 1180, l'entente entre Byzance et l'Outremer.

Andronic Ier et le massacre des Latins (1182)#

Cousin de Manuel, aventurier séduisant et cruel, Andronic Comnène prend le pouvoir en 1182 en flattant la haine du peuple de Constantinople contre les marchands latins, qui tiennent le commerce de la ville. En avril-mai 1182, les quartiers génois et pisans sont pris d'assaut ; des milliers de Latins sont tués ou vendus aux Turcs, et Guillaume de Tyr rapporte qu'un cardinal légat fut décapité. Empereur en 1183 après avoir fait étrangler le jeune Alexis II, Andronic règne par la terreur et est lynché par la foule en septembre 1185. Le massacre de 1182 est resté dans la mémoire latine comme la grande trahison grecque.

Les Anges et la catastrophe de 1204#

Isaac II Ange et Alexis III#

Porté au trône par l'émeute de 1185, Isaac II Ange affronte la troisième croisade : il retient les envoyés de Frédéric Barberousse, négocie avec Saladin, et l'empereur allemand doit occuper Philippopolis et menacer Constantinople pour obtenir, en février 1190, le passage de l'Hellespont. En 1195, son frère Alexis III le détrône et le fait aveugler. Alexis III règne mal et s'enfuit en juillet 1203 devant les croisés, avec le trésor ; il erre ensuite de cour en cour jusqu'à finir ses jours dans un monastère de Nicée.

Alexis IV et Alexis V, les empereurs de 1204#

Le fils d'Isaac, Alexis IV Ange, évadé en Occident, promet en 1202 aux croisés de la quatrième croisade 200 000 marcs, une armée et l'union des Églises s'ils le rétablissent. Couronné le 1er août 1203, il ne peut payer, et Constantinople le hait. Le chambellan Alexis Doukas, dit Murzuphle, le fait étrangler le 8 février 1204 et devient Alexis V ; il refuse de payer et combat les Latins, qui prennent la ville le 12 avril 1204. Fugitif, aveuglé par Alexis III, capturé par les Francs, Murzuphle est précipité du haut de la colonne de Théodose à la fin de 1204.

Isaac Comnène, tyran de Chypre#

Petit-neveu de Manuel, Isaac Comnène de Chypre s'empare de l'île en 1184 et s'y proclame empereur, indépendant de Constantinople. En avril 1191, il maltraite les naufragés de la flotte de Richard Cœur de Lion, parmi lesquels Bérengère de Navarre. Richard débarque, l'épouse à Limassol et conquiert l'île en un mois ; Isaac, à qui il avait promis de ne pas le mettre aux fers, est chargé de chaînes d'argent. Ainsi naît le royaume latin de Chypre, raconté dans Chypre et les autres États latins.

Nicée et le retour des Paléologues#

Théodore Lascaris et l'empire de Nicée#

Gendre d'Alexis III, Théodore Lascaris quitte Constantinople la nuit du sac et rassemble en Asie Mineure ce qui reste de l'empire. Il arrête les Latins, se fait couronner empereur à Nicée en 1208 par un patriarche qu'il a fait élire, et bat en 1211 le sultan seldjoukide de Konya, qui soutenait Alexis III. Nicée devient pour un demi-siècle la vraie Byzance, avec son patriarche, ses lettrés et l'idée fixe de reprendre la capitale. Il meurt en 1221.

Michel VIII Paléologue reprend Constantinople#

Grand seigneur de l'empire de Nicée, Michel VIII Paléologue se fait coempereur en 1259, bat les princes latins de Grèce à Pélagonia la même année, et le 25 juillet 1261 son général Alexis Strategopoulos entre dans Constantinople presque sans combat. Pour écarter la menace de Charles d'Anjou, qui prépare une croisade contre lui, il accepte l'union des Églises au concile de Lyon en 1274. Son peuple et son clergé la refusent ; le pape Martin IV l'excommunie en 1281. Il meurt en 1282, privé de funérailles orthodoxes par les siens. Il avait aussi fait aveugler le jeune empereur légitime, Jean IV Lascaris.

Les Arméniens, alliés des Francs#

Thoros d'Édesse et Baudouin de Boulogne#

Prince arménien d'Édesse, ancien officier byzantin, Thoros appelle en 1098 Baudouin de Boulogne, le frère de Godefroy, pour le défendre contre les Turcs, et l'adopte selon un rite où le Franc passe sous sa chemise. Une émeute le renverse et le tue le 9 mars 1098 ; Baudouin, qui ne l'a pas sauvé, devient comte. Le premier des États latins est né d'une alliance arménienne, et les comtes francs épousent ensuite des princesses arméniennes.

Le royaume arménien de Cilicie#

Réfugiés en Cilicie, au pied du Taurus, après la conquête turque, les princes arméniens de la maison des Roubéniens s'y taillent une principauté entre Byzance, les Turcs et Antioche. En 1198, elle devient le royaume arménien de Cilicie, avec Sis pour capitale, ses ports ouverts aux Italiens et une noblesse qui adopte les mœurs et le droit des Francs. Il est le dernier État chrétien d'Orient à tomber : Sis est prise par les Mamelouks en 1375. Son dernier roi, Léon V, mort en exil à Paris en 1393, a son gisant à Saint-Denis.

Léon Ier, roi d'Arménie#

Prince depuis 1187, Léon Ier accueille la croisade de Barberousse en 1190 et obtient la couronne royale, reçue le 6 janvier 1198 avec l'accord de l'empereur Henri VI et du pape, au prix d'une union de principe de l'Église arménienne avec Rome. Il dote les Teutoniques et les Hospitaliers de forteresses et lutte vingt ans pour placer son petit-neveu Raymond-Roupen à la tête d'Antioche. Il meurt en 1219 en laissant le trône à sa fille Zabel.

Héthoum Ier et l'alliance mongole#

Époux de Zabel, roi de 1226 à 1270, Héthoum Ier voit dans les Mongols la chance des chrétiens d'Orient : il se soumet à eux en 1247, se rend en personne à Karakorum auprès du grand khan Möngke en 1254, et entraîne son gendre Bohémond VI d'Antioche aux côtés d'Hülegü lors de la prise d'Alep et de Damas en 1260. Le pari se paie : en 1266, l'armée mamelouke écrase les Arméniens à Mari, capture son fils et ravage Sis. Héthoum abdique en 1269 et meurt moine. La suite est dans la fin des États latins.

Byzance et les croisades : alliés ou rivaux ?#

Byzance et les croisés se sont fait un mal qu'aucun des deux ne voulait au départ. L'empire attendait des mercenaires et reçut des pèlerins qui voulaient fonder des royaumes ; les Latins attendaient un frère et trouvèrent un État qui traitait avec les Turcs comme avec n'importe qui. Les Grecs voyaient dans les Francs des barbares avides ; les Francs voyaient dans les Grecs des perfides efféminés. Les chroniqueurs des deux camps se sont renvoyé l'accusation de trahison, de 1098 à 1204. Pourtant, pendant quatre-vingts ans, les Comnènes ont protégé Antioche et soutenu le royaume, et la croisade a rendu à l'empire la côte d'Asie Mineure. La quatrième croisade n'est pas l'aboutissement logique de cette histoire, mais son accident le plus tragique.

Le schisme et les tentatives d'union#

L'union des Églises est l'horizon de toute cette histoire. En 1054, le légat Humbert et le patriarche Michel Cérulaire s'excommunient mutuellement ; Urbain II, en 1095, espère que l'aide aux Grecs refera l'unité. Le sac de 1204, que le pape Innocent III a condamné dans les termes les plus durs, la rend impossible pour longtemps : on n'oublie pas les églises pillées. L'union est proclamée au deuxième concile de Lyon, le 6 juillet 1274, puis à Florence, le 6 juillet 1439 ; les deux fois, elle est signée par les empereurs et rejetée par leurs peuples. L'Église arménienne, elle, connaît avec Rome des rapprochements plus durables au temps du royaume de Cilicie.

Ce qui demeure#

Il demeure d'abord une ville. Sainte-Sophie a vu le couronnement d'Alexis IV et celui de Baudouin de Flandre ; elle est toujours debout, et les mosaïques qui y ont été restaurées après 1261, comme la Déisis de la galerie sud, disent le Christ que Grecs et Latins adoraient ensemble. Il demeure l'Alexiade, l'un des plus beaux livres d'histoire écrits par une femme au Moyen Âge, et les forteresses arméniennes de Cilicie, accrochées au Taurus.

Il demeure surtout une leçon de fraternité blessée. Les croisés sont partis aussi pour secourir les chrétiens d'Orient, et ils les ont parfois frappés ; les Grecs les ont appelés, et parfois livrés. L'Église n'a jamais cessé de chercher à réparer : Innocent III dès 1204, Grégoire X à Lyon, les pères de Florence, et en 2001 Jean-Paul II demandant pardon à Athènes pour le sac de Constantinople. Les Arméniens, eux, sont restés aux côtés des Francs jusqu'au dernier jour : c'est une fidélité qu'il faut honorer. Voir aussi les 20 personnages à connaître et la rubrique Byzantins et Arméniens.

Pour aller plus loin#

Sources

Chroniqueurs grecs : Anne Comnène, Alexiade, livres X-XIV (trad. B. Leib, Les Belles Lettres, 1937-1945) ; Jean Kinnamos, Histoire (règnes de Jean II et Manuel) ; Nicétas Choniatès, Histoire (1118-1206 : Andronic, les Anges, le sac de 1204) ; Georges Acropolite, Histoire (Nicée, 1261). Chroniqueurs latins : Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana, I (Baudouin et Thoros) ; Guillaume de Tyr, Chronique, livres XIV-XXII (Jean II, Manuel, le massacre de 1182) ; Eudes de Deuil, De profectione Ludovici VII in Orientem ; Geoffroy de Villehardouin, La Conquête de Constantinople ; Robert de Clari, La Conquête de Constantinople. Arménien : Sempad le Connétable, Chronique du royaume de la Petite Arménie. Historiens : Jonathan Harris, Byzantium and the Crusades, Bloomsbury, 2e éd. 2014 ; Jean-Claude Cheynet (dir.), Le Monde byzantin, t. II, PUF, 2006 ; Gérard Dédéyan, Les Arméniens entre Grecs, Musulmans et Croisés, Fondation Gulbenkian, 2003 ; Persée — revues d'histoire médiévale.

Questions fréquentes#

Quel empereur byzantin a appelé les croisés ?

Alexis Ier Comnène, empereur de 1081 à 1118. En mars 1095, ses ambassadeurs demandèrent au pape Urbain II, au concile de Plaisance, des soldats contre les Turcs ; huit mois plus tard, le pape prêchait la croisade à Clermont.

Byzance était-elle l'alliée ou l'ennemie des croisés ?

Les deux, selon les moments. Alliée en 1097 à Nicée, protectrice d'Antioche sous Jean II et Manuel Comnène, partenaire du roi Amaury Ier en Égypte, elle devint suspecte aux Latins après le massacre de 1182, puis victime de la quatrième croisade, qui prit Constantinople en 1204.

Pourquoi les croisés ont-ils pris Constantinople en 1204 ?

Parce que, endettés envers Venise, ils acceptèrent de rétablir le prince Alexis IV contre une forte somme ; une fois sur le trône, il ne put payer, fut renversé et tué par Alexis V, et les croisés prirent la ville le 12 avril 1204. Innocent III condamna le sac.

Quand Byzance a-t-elle repris Constantinople ?

Le 25 juillet 1261, quand un général de l'empereur de Nicée Michel VIII Paléologue entra dans la ville presque sans combat, mettant fin à l'Empire latin fondé en 1204.

Qui étaient les Arméniens pendant les croisades ?

Des chrétiens d'Orient installés en Haute-Mésopotamie et en Cilicie, premiers alliés des croisés : le prince Thoros d'Édesse adopta Baudouin de Boulogne en 1098, et le royaume arménien de Cilicie, couronné en 1198, resta l'allié des Francs jusqu'à la fin.

Les Églises grecque et latine se sont-elles réunies ?

Deux fois sur le papier : au concile de Lyon en 1274, sous Michel VIII Paléologue, et au concile de Florence en 1439. Les deux unions furent rejetées par le clergé et le peuple byzantins et ne durèrent pas.

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