Les papes et les croisades, de Grégoire VII à Boniface VIII
D'Urbain II à Clermont (1095) à Nicolas IV après Acre (1291) : les papes qui ont appelé, organisé et jugé les croisades, avec leurs légats et prédicateurs.

En bref
Période : du projet de Grégoire VII (1074) à la mort de Boniface VIII (1303). Les papes décisifs : Urbain II (Clermont, 1095), Eugène III (Quantum praedecessores, 1145), Grégoire VIII (Audita tremendi, 1187), Innocent III (quatrième et cinquième croisades, Latran IV, 1215), Grégoire IX et Innocent IV (face à Frédéric II), Grégoire X (concile de Lyon, 1274), Nicolas IV (après Acre, 1291). Leurs instruments : la bulle, l'indulgence, le légat, le prédicateur, la décime sur le clergé. Les clercs de terrain : Adhémar de Monteil, Pierre l'Ermite, saint Bernard, Foulques de Neuilly, le cardinal Pélage, Jacques de Vitry, Eudes de Châteauroux, saint François d'Assise. Ce qui demeure : les Franciscains, gardiens du Saint-Sépulcre depuis le XIVe siècle.
Les papes sont à l'origine de toutes les croisades : c'est Urbain II qui appelle la chevalerie à Clermont le 27 novembre 1095, et ce sont ses successeurs qui relancent chaque expédition par une bulle, accordent l'indulgence, nomment les légats et taxent le clergé pour la payer. De Grégoire VII, qui rêva d'une expédition dès 1074, à Boniface VIII, mort en 1303, une douzaine de pontifes ont pensé, porté et jugé l'entreprise. Cette page les présente dans l'ordre, avec les légats, patriarches et prédicateurs qui ont servi la croisade sur le terrain ; le cadre général se lit dans notre guide complet des croisades.
Les papes et les croisades en cinq lignes#
La croisade est une invention pontificale : un pèlerinage armé vers Jérusalem, promis comme pénitence, que seul le successeur de Pierre peut proclamer. Urbain II la lance en 1095 ; Eugène III en fixe le modèle juridique en 1145 ; Innocent III en fait, au début du XIIIe siècle, une institution de toute l'Église, avec ses impôts, ses prédicateurs et ses conciles. Les papes l'ont dirigée sans jamais commander une armée, par leurs légats, et ils l'ont aussi jugée : ils ont condamné le sac de Constantinople et excommunié un empereur. Après la chute d'Acre en 1291, ils n'ont jamais cessé d'appeler à reprendre la route.
Pourquoi le pape ? Réforme grégorienne, idée de croisade, indulgence#
La croisade naît de la réforme grégorienne, ce grand mouvement du XIe siècle qui libère l'Église de la tutelle des princes et donne au pape une autorité sur toute la chrétienté latine. Une papauté qui déposait des empereurs pouvait appeler les chevaliers à servir le Christ ; une Église qui s'efforçait, par la paix de Dieu, de détourner la violence des chevaliers contre les faibles pouvait leur offrir une guerre juste et sainte, tournée vers la défense des chrétiens d'Orient et des lieux saints.
L'idée de croisade tient en trois éléments, tous pontificaux. Le vœu, prononcé publiquement, marqué par la croix cousue sur l'habit. L'indulgence : le canon 2 du concile de Clermont promet que le voyage de Jérusalem, accompli « par dévotion seulement », tiendra lieu de toute pénitence. La protection de l'Église sur les biens et la famille du croisé pendant son absence. Les bulles de croisade — Quantum praedecessores en 1145, Audita tremendi en 1187, Post miserabile en 1198, Quia maior en 1213, Ad liberandam en 1215 — reprennent, précisent et étendent ces privilèges. Ce qui fait qu'une guerre est une croisade, on le lit dans qu'est-ce qu'une croisade ?
Les papes de la croisade, de Grégoire VII à Boniface VIII#
Grégoire VII et le projet de 1074#
Après le désastre byzantin de Mantzikert (1071), Grégoire VII, le pape de la réforme, appelle en 1074 les fidèles de saint Pierre à secourir les chrétiens d'Orient. En décembre 1074, il écrit au roi Henri IV qu'une armée de cinquante mille hommes est prête et qu'il veut la conduire lui-même jusqu'au Sépulcre du Seigneur, en confiant l'Église au roi pendant son absence. La querelle des Investitures, qui éclate l'année suivante, ruine le projet. Mais tout y est déjà : l'Orient chrétien menacé, l'armée conduite au nom de Pierre, Jérusalem comme horizon.
Urbain II, le pape de Clermont#
Ancien prieur de Cluny, disciple de Grégoire VII, Urbain II (1088-1099) reçoit à Plaisance, en mars 1095, les envoyés de l'empereur Alexis Comnène. Le 27 novembre 1095, au concile de Clermont, il appelle la chevalerie à délivrer Jérusalem ; la foule répond Deus le volt. Il prêche ensuite neuf mois à travers la France, nomme Adhémar de Monteil légat et fixe le départ au 15 août 1096. Il meurt à Rome le 29 juillet 1099, quatorze jours après la prise de Jérusalem, avant d'en avoir appris la nouvelle. L'Église l'a béatifié en 1881. Qui appelle, qui demande, qui relaie : qui a lancé les croisades ?
Pascal II et la croisade de 1101#
Successeur d'Urbain, Pascal II (1099-1118) relance l'appel pour secourir les vainqueurs de 1099, menace d'excommunication ceux qui ont abandonné leur vœu — Étienne de Blois repart — et suscite les armées de la croisade de 1101, anéanties en Anatolie. Le 15 février 1113, sa bulle Pie postulatio voluntatis place sous la protection du Saint-Siège l'hôpital de Jérusalem : c'est l'acte de naissance des Hospitaliers. Il eut aussi la faiblesse de bénir en 1105-1106 l'expédition de Bohémond contre Byzance, qui se perdit devant Durazzo.
Ses successeurs immédiats achèvent l'édifice : Calixte II confirme en 1123, au premier concile du Latran, les privilèges des croisés et les étend à ceux qui combattent en Espagne ; le concile de Troyes (1129) approuve la règle des Templiers, et Innocent II leur donne en 1139, par la bulle Omne datum optimum, l'indépendance qui fera leur force — leur histoire est dans les Templiers.
Eugène III, le pape de la deuxième croisade#
Moine cistercien, disciple de saint Bernard, Eugène III (1145-1153) apprend la chute d'Édesse et publie le 1er décembre 1145, puis de nouveau le 1er mars 1146, la bulle Quantum praedecessores, adressée au roi Louis VII : la première bulle de croisade dont le texte nous soit parvenu, et le modèle de toutes les suivantes. Chassé de Rome par la commune, il confie la prédication à son ancien abbé et remet lui-même à Louis VII, à Saint-Denis en juin 1147, l'écharpe et le bâton de pèlerin. L'échec devant Damas, en juillet 1148, l'atteint profondément. Le récit : la deuxième croisade.
Grégoire VIII, deux mois de pontificat et une croisade#
À la nouvelle de Hattin, le pape Urbain III meurt, dit-on, de chagrin. Son successeur, Grégoire VIII, élu le 21 octobre 1187, publie le 29 octobre la bulle Audita tremendi : la Croix perdue, le roi captif, Jérusalem menacée sont le châtiment des péchés de la chrétienté, qui doit faire pénitence avant de reprendre les armes. Il meurt à Pise le 17 décembre 1187, après moins de deux mois de règne, en tentant de réconcilier Pise et Gênes pour la flotte. Sa bulle a suffi : elle met en marche la troisième croisade.
Innocent III, le pape des croisades#
Élu à trente-sept ans, Innocent III (1198-1216) fait de la croisade l'œuvre de sa vie. Il lance dès le 15 août 1198, par Post miserabile, la quatrième croisade, interdit d'attaquer des chrétiens, excommunie les croisés qui prennent Zara en 1202 et condamne le sac de Constantinople de 1204 avec une dureté sans égale. Il appelle à la croisade contre les albigeois après le meurtre de son légat Pierre de Castelnau (1208), salue la ferveur de la croisade des enfants (1212), puis, par Quia maior (1213) et le concile de Latran IV (1215), refonde l'institution : prédication dans toute la chrétienté, vœu ouvert à tous, impôt d'un vingtième sur les revenus du clergé. Il meurt le 16 juillet 1216, avant le départ de la cinquième croisade qu'il avait préparée.
Honorius III et Frédéric II#
Ancien précepteur du jeune Frédéric II, Honorius III (1216-1227) envoie la cinquième croisade en Égypte, confiée à son légat Pélage, et attend l'empereur qui ne vient pas. Il le couronne à Rome le 22 novembre 1220 contre une nouvelle promesse de départ, puis accepte à San Germano, en 1225, un dernier délai jusqu'à l'été 1227, sous peine d'excommunication. Honnête et patient, il meurt le 18 mars 1227 sans avoir vu partir Frédéric.
Grégoire IX, l'excommunicateur#
Neveu d'Innocent III, Grégoire IX (1227-1241) n'a pas la patience de son prédécesseur. Quand Frédéric II, malade, renonce à Brindisi en septembre 1227, il l'excommunie ; quand l'empereur part en 1228 sans être réconcilié, il l'excommunie encore et fait envahir ses terres d'Italie. La sixième croisade rend Jérusalem aux chrétiens en 1229 par traité, mais sous l'interdit. Réconcilié avec Frédéric en 1230, Grégoire IX lance en 1234 la bulle Rachel suum videns, d'où sort la croisade des barons de 1239 — l'année où il excommunie l'empereur une troisième fois. C'est aussi lui qui canonise saint François (1228) et saint Dominique (1234).
Innocent IV, du concile de Lyon à Saint Louis#
Réfugié à Lyon, Innocent IV (1243-1254) y réunit en 1245 un concile qui dépose Frédéric II et appelle à secourir la Terre sainte, perdue en 1244. Saint Louis a déjà pris la croix ; le pape lui donne pour légat le cardinal Eudes de Châteauroux et pour financement une décime. Mais Innocent IV détourne aussi la croisade contre les Hohenstaufen, ce que bien des contemporains lui ont reproché. Il envoie enfin les premiers frères, dont Jean de Plan Carpin, chez les Mongols. La croisade du roi : Saint Louis en Égypte.
Grégoire X, le pape élu à Acre#
Le 1er septembre 1271, après près de trois ans de vacance, les cardinaux réunis à Viterbe élisent un archidiacre de Liège qui n'est pas même prêtre : Tedaldo Visconti, alors en pèlerinage à Acre avec le prince Édouard d'Angleterre. Devenu Grégoire X (1271-1276), il consacre son règne à la Terre sainte : le deuxième concile de Lyon (1274) décrète une décime de six ans pour la croisade et proclame l'union avec l'Église grecque. Il meurt à Arezzo le 10 janvier 1276, et la croisade avec lui. L'Église l'honore comme bienheureux. Son élection est racontée dans la huitième croisade.
Nicolas IV, le pape de la chute d'Acre#
Premier franciscain élu pape, Nicolas IV (1288-1292) apprend la chute de Tripoli en 1289 et fait armer une vingtaine de galères pour Acre. Après la chute d'Acre, le 18 mai 1291, il appelle toute la chrétienté à la croisade, réunit des conciles provinciaux pour en débattre et arme lui-même des navires. Personne ne bouge. Il meurt le 4 avril 1292 : avec lui s'achève l'âge où un appel du pape suffisait à mettre l'Occident en route.
Boniface VIII, la fin d'un âge#
Boniface VIII (1294-1303) parle encore de croisade, mais il emploie ce nom contre ses ennemis romains, les Colonna, et s'épuise dans le conflit avec Philippe le Bel, qui s'achève par l'attentat d'Anagni et sa mort en octobre 1303. Deux gestes le relient pourtant à la grande époque : il canonise Saint Louis en 1297, le roi croisé mort devant Tunis, et proclame en 1300 le premier jubilé, qui fait de Rome le grand pèlerinage de la chrétienté quand Jérusalem n'est plus accessible. Quelques années plus tard, Clément V supprimera l'ordre du Temple au concile de Vienne (1312).
Bulles, indulgence, union des Églises : les instruments du pape#
Le pape ne commande pas d'armée ; il dispose de quatre instruments. La bulle de croisade dit pourquoi partir, ce que l'on gagne et ce que l'on doit. L'indulgence de croisade remet la peine due aux péchés confessés : elle est la raison spirituelle du départ, prise au premier degré par les croisés eux-mêmes, et non le « prétexte » qu'en ont fait les manuels. Le légat représente le pape dans l'armée, prêche, réconcilie et juge. La décime enfin, instituée au XIIIe siècle, fait payer la croisade par le clergé de toute la chrétienté.
Le cinquième enjeu fut l'union des Églises. L'appel d'Alexis Comnène en 1095 était aussi une main tendue à travers le schisme de 1054 ; le sac de 1204 la brisa pour des siècles, malgré la condamnation d'Innocent III. Grégoire X crut la renouer au concile de Lyon, le 6 juillet 1274, mais le clergé grec refusa l'union signée par son empereur. Sur la manière dont l'Église a jugé les croisades et leurs excès, on lira les croisades étaient-elles justes ?
Légats, patriarches et prédicateurs : les clercs de la croisade#
Adhémar de Monteil, le légat de la première croisade#
Évêque du Puy, Adhémar de Monteil est le premier à prendre la croix à Clermont, et Urbain II en fait son légat. Ancien chevalier, il marche avec Raymond de Saint-Gilles, combat à Dorylée, apaise les querelles des princes, ordonne jeûnes et processions devant Antioche. Il meurt de l'épidémie le 1er août 1098 ; l'armée, privée de son père, se divise. Il est l'âme de la première croisade.
Pierre l'Ermite, le prédicateur des foules#
Ermite picard monté sur un âne, Pierre l'Ermite prêche en 1096 dans le Berry, la Champagne et la Rhénanie, et soulève des milliers de pauvres qu'il conduit vers Constantinople avant les princes. Son armée est détruite à Civetot ; lui survit, suit la grande armée et entre à Jérusalem. Il meurt en 1115 prieur d'un monastère qu'il a fondé près de Huy. Le récit : les croisades populaires.
Daimbert de Pise contre Godefroy#
Archevêque de Pise, légat après Adhémar, Daimbert arrive en 1099 avec la flotte pisane, se fait élire patriarche de Jérusalem à Noël et reçoit l'hommage de Godefroy de Bouillon et de Bohémond. Il rêve d'une Jérusalem gouvernée par l'Église ; Baudouin Ier, roi en 1100, ne l'entend pas ainsi. Déposé en 1102, il obtient de Rome sa restauration mais meurt en Sicile en 1105 sur le chemin du retour. Le conflit est raconté dans le royaume de Jérusalem.
Arnoul de Chocques, patriarche controversé#
Chapelain de Robert de Normandie, Arnoul de Chocques est élu patriarche en août 1099 et retrouve, le 5 août, une relique de la Vraie Croix cachée par les chrétiens de la ville ; elle sera l'étendard du royaume jusqu'à Hattin. Écarté au profit de Daimbert, il redevient patriarche en 1112, est déposé par un légat puis rétabli par Pascal II, à condition de faire annuler le mariage bigame de Baudouin Ier. Habile, contesté, il meurt en 1118.
Saint Bernard de Clairvaux et la croisade#
Abbé de Clairvaux, la plus grande voix de son siècle, saint Bernard écrit pour les Templiers l'Éloge de la nouvelle chevalerie et prêche la deuxième croisade à Vézelay le 31 mars 1146 : on taille des croix dans son manteau pour suffire à la foule. À Mayence, il fait taire un moine qui excitait les foules contre les Juifs et protège ceux-ci, comme l'a reconnu le chroniqueur juif Éphraïm de Bonn. Après l'échec, il écrit que Dieu a jugé les péchés des croisés. Sur 1096 et 1146 : les croisades et les Juifs.
Héraclius, le patriarche de Jérusalem en 1187#
Patriarche de 1180 à sa mort, Héraclius vient en Occident en 1184-1185 demander du secours ; à Londres, il consacre l'église du Temple et offre en vain à Henri II les clés de Jérusalem et du Saint-Sépulcre. En 1186, il couronne Sibylle, qui couronne Guy de Lusignan. En 1187, il défend Jérusalem avec Balian d'Ibelin et négocie avec lui la reddition. Le chroniqueur Ernoul, hostile, l'a peint en prélat mondain. Il meurt au siège d'Acre, vers 1190-1191.
Foulques de Neuilly, prédicateur de la quatrième croisade#
Curé de Neuilly-sur-Marne, prédicateur de conversion dont la parole dure fait pleurer les foules, Foulques de Neuilly reçoit d'Innocent III en 1198 la mission de prêcher la croisade. Il croise, dit Villehardouin, une multitude de petites gens ; les barons, eux, prennent la croix au tournoi d'Écry, en novembre 1199. Il meurt en mai 1202, avant le départ, et ne voit pas la croisade se perdre à Constantinople.
Le cardinal Pélage#
Cardinal-évêque d'Albano, légat d'Honorius III, Pélage arrive devant Damiette en 1218 et prend peu à peu la direction de la cinquième croisade. Il refuse les offres d'al-Kamil, qui proposait de rendre Jérusalem contre Damiette, et pousse en juillet 1221 l'armée vers Le Caire, où la crue du Nil la piège : capitulation le 30 août 1221. Intransigeant par fidélité au but — Jérusalem rendue sans murailles lui semblait un piège —, il a été accablé par l'histoire. Il meurt en 1230.
Jacques de Vitry, évêque d'Acre#
Prédicateur célèbre, Jacques de Vitry est élu évêque d'Acre en 1216 et vit la cinquième croisade de l'intérieur. Ses Lettres et son Histoire orientale décrivent la société d'Outremer, ses chrétiens d'Orient, ses ordres militaires, et donnent le premier récit de la visite de saint François au sultan. Devenu cardinal, il meurt à Rome en 1240. Sur le monde qu'il a décrit : vivre en Outremer.
Saint François d'Assise et les croisades#
En septembre 1219, devant Damiette, saint François d'Assise franchit les lignes avec un compagnon et demande à voir le sultan al-Kamil, à qui il annonce le Christ ; le sultan l'écoute et le laisse repartir. François n'est pas venu condamner la croisade : il est venu au camp des croisés, et il en a partagé la fin, la conversion des cœurs. De lui sortira la présence franciscaine en Terre sainte. Le sultan qu'il a rencontré est présenté dans les grands chefs musulmans face aux croisés.
Eudes de Châteauroux, légat de Saint Louis#
Cardinal-évêque de Tusculum, Eudes de Châteauroux prêche en France la croisade de Saint Louis à partir de 1245 et l'accompagne en Égypte. Il est à Damiette, partage la défaite de Mansourah et la captivité de l'armée, puis reste avec le roi en Terre sainte jusqu'en 1254. Ses sermons de croisade, conservés en grand nombre, sont parmi les plus beaux textes que la croisade ait inspirés. Il meurt en 1273.
Ce qui demeure#
Les papes ont échoué à garder Jérusalem ; ils ont réussi à faire de sa garde l'affaire de toute la chrétienté. Pendant deux siècles, un appel venu de Rome a suffi à jeter sur les routes des rois, des barons et des foules de pauvres, parce qu'ils croyaient que le tombeau vide du Christ valait leur vie. L'Église a aussi jugé ce qu'elle avait suscité : Innocent III devant Constantinople, saint Bernard devant les foules de Mayence, Grégoire VIII qui voyait dans la défaite d'abord un appel à la pénitence.
Et quelque chose est resté sur place. Les frères de saint François, présents en Terre sainte dès les années 1220, ont reçu en 1342 du pape Clément VI la garde des lieux saints au nom de l'Église latine. La Custodie de Terre sainte veille encore aujourd'hui, avec les Grecs et les Arméniens, sur le Saint-Sépulcre. Ce que les croisés avaient pris par l'épée et perdu, les fils du Poverello l'ont gardé par la prière : on lira pourquoi ce tombeau comptait tant dans pourquoi le Saint-Sépulcre comptait tant. Tous les papes et clercs de cette page sont réunis dans la rubrique papes et clercs.
Pour aller plus loin#
- Clermont, 27 novembre 1095 : l'appel d'Urbain II — le discours, l'indulgence, les neuf mois de prédication.
- Qui a lancé les croisades ? — Urbain II, Alexis Comnène, Grégoire VII.
- Qu'est-ce qu'une croisade ? — vœu, indulgence, autorité pontificale : la définition.
- La quatrième croisade — la croisade détournée et le jugement d'Innocent III.
- La sixième croisade — Frédéric II, l'empereur excommunié qui reprit Jérusalem.
- Les chefs des croisades — les princes qui ont répondu à l'appel des papes.
- Le guide complet des croisades — le cadre général, de Clermont à Acre.
Sources
Textes pontificaux : Grégoire VII, Registre, II, 31 (lettre à Henri IV, décembre 1074) ; concile de Clermont, canon 2 ; Eugène III, Quantum praedecessores (1145-1146) ; Grégoire VIII, Audita tremendi (1187) ; Innocent III, Post miserabile (1198), Quia maior (1213), Ad liberandam (Latran IV, 1215) ; IIe concile de Lyon, Constitutiones pro zelo fidei (1274). Chroniqueurs : Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana, I ; Raymond d'Aguilers, Historia Francorum (Adhémar) ; Odon de Deuil, De profectione Ludovici VII ; Geoffroy de Villehardouin, La Conquête de Constantinople, § 1-2 (Foulques de Neuilly) ; Jacques de Vitry, Lettres (VI, 1220) ; Jean de Joinville, Vie de Saint Louis. Historiens : Jonathan Riley-Smith, What Were the Crusades?, 4e éd., Palgrave, 2009 ; Christopher Tyerman, God's War. A New History of the Crusades, Penguin, 2006 ; Jean Richard, Histoire des croisades, Fayard, 1996 ; Fordham Medieval Sourcebook — Grégoire VII, appel de 1074.
Questions fréquentes#
Quel pape a lancé les croisades ?
Urbain II, au concile de Clermont, le 27 novembre 1095. Grégoire VII avait conçu dès 1074 une expédition au secours des chrétiens d'Orient, qu'il voulait conduire lui-même, mais la querelle des Investitures l'empêcha de partir.
Pourquoi les papes appelaient-ils à la croisade ?
Parce que la croisade est un pèlerinage armé et une pénitence : seul le pape peut accorder l'indulgence qui l'accompagne et prendre sous la protection de l'Église les biens et la famille du croisé. Il répondait aussi aux appels des chrétiens d'Orient et de l'empereur de Constantinople.
Quel pape a organisé le plus de croisades ?
Innocent III (1198-1216) : il prêche la quatrième croisade, lance la croisade contre les albigeois, rédige la bulle Quia maior (1213) et fait décider au concile de Latran IV (1215) la cinquième croisade, avec un impôt sur tout le clergé.
Le pape a-t-il approuvé le sac de Constantinople ?
Non. Innocent III avait interdit aux croisés, sous peine d'excommunication, d'attaquer des chrétiens ; après 1204, il condamna le sac dans les termes les plus durs, reprochant aux croisés d'avoir tourné leurs épées contre des chrétiens au lieu des infidèles.
Un pape est-il allé en Terre sainte pendant les croisades ?
Aucun pape régnant, mais Grégoire X fut élu en 1271 alors qu'il était en pèlerinage à Acre, aux côtés du prince Édouard d'Angleterre. Il quitta la ville pour Rome et consacra son pontificat à préparer une nouvelle croisade au concile de Lyon (1274).
Quels papes ont excommunié des croisés ?
Innocent III excommunia les croisés qui prirent Zara en 1202, puis leva la sentence pour les Francs. Grégoire IX excommunia l'empereur Frédéric II en 1227 pour avoir retardé son départ, puis de nouveau quand il partit en 1228 sans être réconcilié.