Vivre en Outremer : la société des États latins
Francs, Poulains, chrétiens d'Orient, musulmans, juifs et marchands italiens : comment on vivait dans les États latins d'Orient de 1099 à 1291.

En bref
Où : le royaume de Jérusalem, la principauté d'Antioche, les comtés d'Édesse et de Tripoli, puis Chypre. Quand : de 1099 à 1291. Qui : une minorité franque — chevaliers, bourgeois, clercs, Poulains nés sur place —, les communes marchandes de Venise, Gênes et Pise, et une majorité indigène de chrétiens orientaux, de musulmans et de juifs. Comment : chacun sous sa loi, ses tribunaux et ses prêtres ; les Francs gouvernent, possèdent les fiefs et tiennent les villes. Témoins : Foucher de Chartres, Guillaume de Tyr, Jacques de Vitry, l'émir Oussama Ibn Munqidh, le voyageur andalou Ibn Jubayr. Capitale : Jérusalem jusqu'en 1187, puis Acre jusqu'en 1291.
On a longtemps imaginé les États latins comme un camp retranché de chevaliers. Ce fut aussi une société : des Francs installés pour deux siècles, mariés en Orient, entourés de chrétiens syriaques et arméniens, de paysans musulmans, de marchands italiens et de pèlerins, chacun vivant selon sa loi sous des seigneurs latins. Cet article la parcourt sujet par sujet ; pour les institutions et les rois, voir le royaume de Jérusalem, et pour l'ensemble des expéditions, notre guide complet des croisades.
La société d'Outremer en cinq lignes#
- Qui gouverne ? Une aristocratie franque, ses bourgeois et son Église latine, minoritaires dans le pays.
- Qui travaille la terre ? Des paysans indigènes, chrétiens ou musulmans, sous leur chef de village.
- Qui fait la richesse ? Les ports, le commerce italien, le sucre et les pèlerins.
- Comment coexistait-on ? Chacun sous sa loi et sa religion ; une coexistence réelle, mais hiérarchisée et sans mélange de foi.
- Ce qui la tue ? Moins ses divisions que le nombre : elle ne s'est jamais assez peuplée de Latins.
Contexte : une minorité franque en terre d'Orient#
Les croisés de 1099 étaient quelques milliers ; la plupart rentrent chez eux. Ceux qui restent, rejoints au fil des passages de pèlerins, forment une population que l'on ne peut chiffrer précisément : les historiens l'estiment, pour le royaume de Jérusalem, à un peu plus de cent mille personnes à son apogée, vers 1180, quand le pays en compte plusieurs fois plus. Longtemps on a cru ces Francs enfermés dans les villes et les châteaux ; les fouilles et les chartes étudiées par Ronnie Ellenblum ont montré qu'ils s'étaient aussi établis à la campagne, dans des villages neufs, surtout là où la population était chrétienne. Foucher de Chartres l'écrit vers 1124, en substance : « Nous qui étions Occidentaux, nous sommes devenus Orientaux ; celui qui était Romain ou Franc est devenu Galiléen ou Palestinien. »
Les Poulains, Francs nés en Orient#
Dès la deuxième génération, on appelle Poulains les Francs nés outre-mer, parfois de mère arménienne ou syrienne. Le mot, d'abord neutre, devient sous la plume des nouveaux venus un reproche : Jacques de Vitry, évêque d'Acre à partir de 1216, les décrit amollis par le luxe et trop accommodants avec les infidèles. Mais ce sont des Poulains — Guillaume de Tyr, les Ibelin, Raymond III de Tripoli — qui connaissent le pays, sa langue et ses adversaires, et qui donnent au royaume ses meilleurs juristes et ses meilleurs historiens.
Vivre à Acre en 1250#
Après 1191, Acre est la capitale de fait du royaume : quelques dizaines de milliers d'habitants, un port fermé par une chaîne, le palais du roi, le patriarche, les couvents des Templiers, des Hospitaliers et des Teutoniques, des dizaines d'églises, des communes étrangères ayant chacune son quartier. Quand Saint Louis y séjourne de 1250 à 1254, la ville est la plus grande place commerciale de la Méditerranée orientale latine : soieries, épices, sucre, pèlerins. C'est aussi une ville divisée, où chaque ordre et chaque commune a ses tours, ce que sa chute en 1291 fera payer cher.
Les quartiers marchands : Venise, Gênes, Pise#
Sans les flottes italiennes, pas de ports conquis : en échange, les villes maritimes reçoivent des quartiers avec églises, fours, bains, marchés et tribunaux propres. Par le pacte de 1123, Venise obtient le tiers de Tyr avant même sa prise ; à Acre, Vénitiens, Génois et Pisans ont chacun leur rue fortifiée. Ces communes apportent le commerce, les bateaux de pèlerins et l'argent ; elles apportent aussi leurs rivalités, qui finiront en guerre ouverte.
Les chrétiens orientaux sous les Francs#
La majorité des habitants des campagnes de Palestine et de Syrie du Nord sont chrétiens : Syriens melkites de rite grec mais de langue arabe, jacobites, Arméniens, Maronites du Liban, qui reconnaissent l'autorité de Rome vers 1182 selon Guillaume de Tyr. Les Francs les ont trouvés là, et souvent délivrés d'une domination musulmane ; ils les laissent à leurs évêques et à leurs rites, tout en installant une hiérarchie latine au-dessus. Les Arméniens donnent au royaume deux de ses reines, et les Syriens ses médecins, ses scribes et ses interprètes.
Les musulmans sous les Francs#
Dans les campagnes de la côte, beaucoup de villages restent musulmans. Ibn Jubayr, qui traverse le pays en 1184, en témoigne : les paysans livrent la moitié de leur récolte et paient une capitation d'un dinar et cinq qirats, mais gardent leurs maisons et leurs biens. Il s'en inquiète, car ces musulmans, dit-il en substance, vivent mieux sous les Francs que leurs frères sous certains princes musulmans. Les mosquées des villes conquises sont en général changées en églises ; la prière musulmane reste tolérée dans quelques lieux, comme en témoigne Oussama.
Les juifs des États latins#
Les communautés juives ont beaucoup souffert de la prise de Jérusalem en 1099, et la ville leur est ensuite fermée comme lieu de résidence. Elles subsistent à Tyr, à Acre, à Tibériade ; Benjamin de Tudela, vers 1170, signale quelques familles de teinturiers à Jérusalem. Au XIIIe siècle, Acre accueille des rabbins venus de France et d'Angleterre, puis le grand Nahmanide en 1267. Sur l'ensemble des relations entre croisades et juifs, voir les croisades et les juifs.
L'esclavage en Outremer#
Comme dans tout l'Orient médiéval, chrétien ou musulman, la guerre produit des captifs, et les captifs deviennent esclaves : prisonniers musulmans employés aux travaux des ordres et des seigneurs, chrétiens vendus sur les marchés d'Alep et du Caire. Les Assises distinguent l'esclave du serf ; l'Église pousse au baptême, qui ne vaut pas toujours affranchissement, et les rachats de captifs sont une œuvre de piété.
Mariages mixtes et métissage#
Foucher de Chartres rapporte que certains Francs ont épousé des Syriennes, des Arméniennes, voire des Sarrasines reçues au baptême. Les rois donnent l'exemple : Baudouin Ier épouse l'Arménienne Arda, Baudouin II l'Arménienne Morphia de Mélitène, mère de la reine Mélisende. Le mariage avec une non-chrétienne non baptisée reste impossible ; c'est la foi, non l'origine, qui fait la frontière.
Les langues d'Outremer#
Le français est la langue des barons, des cours et des lois ; le latin celle de l'Église et des chartes ; l'italien celle des quartiers marchands. Autour d'eux on parle l'arabe, le grec, l'arménien, le syriaque. Quelques Francs apprennent l'arabe, comme Renaud de Sidon ; les autres passent par des drogmans, interprètes professionnels. Détails dans quelle langue parlaient les croisés en Orient ?
La cuisine d'Outremer#
Les Francs gardent leur pain, leur vin et leur porc, mais découvrent l'huile d'olive en abondance, le riz, les agrumes, les dattes, les épices et le sucre. Les marchés d'Acre et de Jérusalem vendent aussi des plats cuits, vendus dans la rue comme dans toute ville d'Orient. Voir que mangeaient les croisés ?
Le sucre, or blanc des États latins#
Autour de Tyr, d'Acre, de Jéricho, les Francs développent les plantations de canne et les moulins à sucre ; les ordres militaires et les seigneurs en tirent de grands revenus. Le sucre de Tyr est réputé dans tout l'Occident : c'est par les États latins que l'Europe en prend le goût, longtemps avant les îles atlantiques.
La médecine en Outremer#
Les Francs consultent volontiers les médecins syriens, juifs ou musulmans, et ont aussi les leurs. Oussama Ibn Munqidh raconte, pour s'en moquer, un médecin franc qui fait trancher à la hache la jambe d'un chevalier et lui cause la mort ; mais il rapporte aussi un remède franc efficace contre les écrouelles. La grande œuvre médicale du royaume est l'hôpital des Hospitaliers.
Les campagnes : casaux, raïs et paysans#
La terre est organisée en casaux, villages dont les revenus sont attribués à un seigneur, une église ou un ordre. Chaque village garde son chef indigène, le raïs, qui répartit les charges et rend la justice courante. Blé, orge, olives, vignes, fruits : les Francs ne changent guère l'agriculture, mais fondent des villages neufs, comme Magna Mahomeria près de Jérusalem, peuplés de colons latins attirés par des franchises.
Le pèlerin en Terre sainte#
Chaque printemps et chaque fin d'été, les « passages » amènent par mer des milliers de pèlerins à Jaffa ou à Acre. Des guides écrits — l'higoumène russe Daniel vers 1106, Jean de Wurtzbourg et Théodoric dans les années 1160-1170 — décrivent les lieux saints, les distances, les dangers. Sur la route elle-même, voir combien de temps durait le voyage vers Jérusalem.
Hôtelleries et hôpitaux#
Pour recevoir ces foules, le royaume se couvre d'hospices. Le plus grand, celui de Saint-Jean à Jérusalem, accueille vers 1170, selon Jean de Wurtzbourg, quelque deux mille malades, hommes et femmes, soignés « à très grands frais » ; Théodoric y compte plus de mille lits. Les malades y sont reçus comme les « seigneurs » des frères, selon la règle de l'ordre, quelle que soit leur origine.
La justice en Outremer#
Chacun est jugé selon son état. Les nobles relèvent de la Haute Cour ; les bourgeois latins de la cour des bourgeois, dont les coutumes sont rédigées dans le Livre des Assises des bourgeois ; les marchés ont la cour de la fonde, où siègent des jurés syriens et latins ; la cour de la chaîne juge les affaires de mer. Les communautés indigènes gardent leurs propres juges pour les affaires internes.
Le vêtement en Outremer#
Le climat impose sa loi : étoffes légères, soieries, turbans et voiles contre le soleil, que les chroniqueurs d'Occident trouvent trop orientaux. Les chevaliers portent sur la cotte de mailles la cotte d'armes de toile, qui protège du soleil autant qu'elle porte les couleurs. Ibn Jubayr, à Tyr en 1184, décrit une mariée franque vêtue de soie brodée d'or, couronnée et voilée, menée en cortège jusqu'à l'église.
Les bains, un héritage oriental adopté#
Les Francs reprennent les bains publics des villes conquises et en construisent. Oussama en a laissé l'anecdote la plus célèbre : un chevalier franc entré au bain de Maarat avec sa femme, aussi surpris des usages que le baigneur l'est des siens. Les bains restent l'un des lieux où les communautés se croisent au quotidien.
L'enluminure d'Acre#
Jérusalem a son chef-d'œuvre, le psautier de la reine Mélisende (vers 1135), où travaillent ensemble des artistes latins, byzantins et arméniens. Au XIIIe siècle, Acre devient un centre d'enluminure : la Bible dite de l'Arsenal, réalisée vers 1250-1254, sans doute pour Saint Louis, unit la manière française et l'art byzantin. C'est l'un des plus beaux fruits de cette société.
L'architecture religieuse des croisés#
Les Francs rebâtissent le Saint-Sépulcre, consacré le 15 juillet 1149, cinquante ans jour pour jour après la prise de la ville ; ils élèvent Sainte-Anne de Jérusalem, encore intacte, la cathédrale de Tortose, et des dizaines d'églises romanes. À Bethléem, la basilique de la Nativité reçoit en 1169 des mosaïques financées en commun par le roi Amaury Ier et l'empereur Manuel Comnène : Latins et Grecs y signent ensemble.
La guerre de Saint-Sabas (1256-1270)#
À Acre, un litige sur une propriété du monastère de Saint-Sabas, entre quartiers vénitien et génois, tourne à la guerre civile : barricades, machines de siège dans la ville, batailles navales. Les Génois, chassés en 1258, se replient sur Tyr. Ordres, barons et communes prennent parti ; le royaume s'épuise dans cette querelle au moment où Baybars commence ses conquêtes.
Les femmes dans la société franque#
Le droit d'Outremer laisse les filles hériter des fiefs et des couronnes, faute de fils ; de là le poids des reines — Mélisende, Sibylle, Isabelle — et des grandes héritières, souvent remariées plusieurs fois parce qu'un fief devait être servi. Les femmes défendent des places, comme Eschive à Tibériade en 1187, et tiennent les maisons pendant que les hommes sont à l'ost ou en captivité.
Séismes, famines et épidémies#
La terre tremble souvent en Orient : en 1114, en 1157, le 29 juin 1170, le 20 mai 1202, des séismes ruinent villes et châteaux, que les Francs rebâtissent à grands frais. Les famines suivent les mauvaises années et les ravages de la guerre. Les épidémies frappent surtout les armées et les nouveaux venus, peu faits au climat : le siège d'Acre en 1189-1191 en est la pire mémoire.
Les grands témoins : Oussama et Ibn Jubayr#
Oussama Ibn Munqidh (1095-1188), émir de Chayzar, a fréquenté les Francs toute sa vie. Dans son Livre de l'enseignement par l'exemple, il raconte avec humour les médecins, les bains, les ordalies, et cette scène : priant à al-Aqsa, il est bousculé par un Franc nouveau venu, et ce sont les Templiers, ses « amis », qui le protègent et s'excusent. Ibn Jubayr, pèlerin andalou, passe en 1184 par Acre et Tyr ; il y décrit les impôts, les marchés et même une noce franque à Tyr, avec une précision d'observateur. Les deux disent, de leur côté, ce que fut cette société ; on lit aussi comment les musulmans appelaient les croisés.
Ce qui demeure#
Cette société n'était pas un modèle de « vivre-ensemble » avant la lettre, ni un apartheid : c'était une chrétienté de frontière, qui savait de quelle foi elle vivait et laissait chacun prier selon la sienne. Elle a soigné les malades de toutes origines à Saint-Jean, rebâti le tombeau du Christ, uni dans une même église les mosaïstes grecs et les rois latins, et donné à l'Occident le sucre, les étoffes et quelques livres admirables.
Il en demeure des pierres et des noms. Sainte-Anne de Jérusalem chante encore la messe sous ses voûtes du XIIe siècle ; la Nativité garde ses mosaïques de 1169 ; Acre montre sous ses rues les salles des Hospitaliers. Il demeure surtout cette leçon des Poulains : on peut aimer une terre étrangère au point d'y vivre et d'y mourir, sans rien renier de ce que l'on est.
Pour aller plus loin#
- Le royaume de Jérusalem (1099-1291) : le guide complet — les rois, les institutions et l'Église de cette société.
- Les Hospitaliers : histoire complète — l'ordre de l'hôpital de Saint-Jean.
- Les châteaux des croisés — les forteresses qui protégeaient villes et casaux.
- Croisés, Francs, Sarrasins : l'origine des mots — le vocabulaire de l'Outremer.
- La fin des États latins — comment cette société a disparu.
- Toute la catégorie États latins.
Sources
Chroniqueurs et témoins. Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana, III, 37, sur les Francs devenus Orientaux ; Guillaume de Tyr, Chronicon, XXII, sur les Maronites ; Jacques de Vitry, Historia orientalis, sur les Poulains et Acre ; Livre des Assises des bourgeois ; Jean de Wurtzbourg et Théodoric, descriptions des lieux saints (vers 1165-1172) ; Benjamin de Tudela, Itinéraire ; Oussama Ibn Munqidh, Kitab al-I'tibar (trad. André Miquel, Des enseignements de la vie, 1983) ; Ibn Jubayr, Rihla (trad. Maurice Gaudefroy-Demombynes, Voyages). Historiens. Joshua Prawer, Histoire du royaume latin de Jérusalem (CNRS, 1969-1970) ; Ronnie Ellenblum, Frankish Rural Settlement in the Latin Kingdom of Jerusalem (Cambridge, 1998) ; Jean Richard, Le Royaume latin de Jérusalem (PUF, 1953) ; Christopher MacEvitt, The Crusades and the Christian World of the East (2008) ; Jaroslav Folda, Crusader Art in the Holy Land (Cambridge, 2005).
Questions fréquentes#
Qui vivait dans les États latins d'Orient ?
Une minorité de Francs venus d'Occident ou nés sur place (les Poulains), des marchands italiens, et une majorité d'habitants indigènes : chrétiens orientaux (syriaques, grecs, arméniens, maronites), musulmans et quelques communautés juives.
Combien de Francs vivaient en Outremer ?
On ne dispose d'aucun recensement. Les historiens estiment la population franque du royaume de Jérusalem à un peu plus de cent mille personnes à son apogée, vers 1180, sur une population totale plusieurs fois supérieure.
Que veut dire « Poulains » ?
C'est le nom donné aux Francs nés en Orient, parfois de mère syrienne ou arménienne. Les nouveaux venus d'Occident l'employaient souvent avec mépris, leur reprochant des mœurs trop orientales.
Comment les musulmans vivaient-ils sous les Francs ?
Surtout comme paysans dans les villages, sous l'autorité de leur chef (le raïs). Le voyageur andalou Ibn Jubayr note en 1184 qu'ils livraient la moitié des récoltes et payaient une capitation, mais gardaient leurs maisons et leurs biens.
Les Francs d'Orient adoptaient-ils les coutumes locales ?
En partie : bains publics, médecins syriens, vêtements légers, cuisine aux épices, sucre et agrumes. Foucher de Chartres le résume vers 1124 : les Occidentaux sont devenus des Orientaux. Ils gardaient pourtant leur langue, leur droit et leur foi.
Quelle était la capitale de la société franque au XIIIe siècle ?
Acre, de 1191 à sa chute le 18 mai 1291 : port, siège du roi, du patriarche et des grands ordres, avec ses quartiers vénitien, génois et pisan, ses hôpitaux et son atelier d'enluminure.