Jérusalem sous les Francs : la ville transformée
De 1099 à 1187, Jérusalem est une ville latine : Saint-Sépulcre rebâti, Templum Domini, Hôpital, Tour de David, jusqu'à la reddition de Balian à Saladin.
Mis à jour le 27 octobre 2026

En bref
Lieu : Jérusalem, Terre sainte (Israël-Palestine actuels, 31°46′ N, 35°14′ E). Possession franque : 15 juillet 1099 – 2 octobre 1187. Bâtisseurs : rois de Jérusalem, patriarches, chanoines du Saint-Sépulcre, Templiers, Hospitaliers. Grand œuvre : le Saint-Sépulcre réunifié et consacré le 15 juillet 1149. Fin : siège du 20 septembre au 2 octobre 1187, reddition négociée par Balian d'Ibelin. Ce qui reste debout : l'église du Saint-Sépulcre, Sainte-Anne, des éléments de la citadelle et du Muristan.
Entre 1099 et 1187, Jérusalem devient une ville latine et le cœur d'un royaume. Pendant quatre-vingt-huit ans, les croisés ne la tiennent pas comme une place forte parmi d'autres, mais comme un sanctuaire à garder, à orner et à rendre accessible aux pèlerins. Elle est la capitale du royaume de Jérusalem ; voici ce qu'ils en firent, et ce qu'il en reste.
Pourquoi cette ville ?#
Jérusalem n'a aucun avantage militaire : pas de fleuve, pas de port, un site de collines sèches, loin de la côte. Si les croisés l'ont voulue, c'est pour ce qu'elle contient : le Calvaire et le tombeau vide du Christ. On l'a dit dans pourquoi le Saint-Sépulcre comptait tant : c'est l'adresse de l'Incarnation et de la Résurrection. Des siècles de pèlerinage avant 1095 avaient fait de la ville le but de tout chrétien.
Au lendemain de la prise de Jérusalem en 1099, la ville est vidée et meurtrie, après un massacre que les sources latines et arabes rapportent avec des chiffres très différents. Le premier problème des Francs est simple : la repeupler et la défendre. Vers 1115, Baudouin Ier y fait venir des chrétiens syriens d'Outre-Jourdain ; les Latins s'installent surtout autour du Saint-Sépulcre et dans le quartier du patriarche. Musulmans et Juifs n'ont plus le droit d'y résider durablement, mais les chrétiens d'Orient, Grecs, Arméniens, Syriaques, y gardent leurs clergés.
Comment la ville a-t-elle été transformée ?#
Le Saint-Sépulcre reconstruit. Les croisés trouvent une église morcelée, restaurée à la hâte après la destruction de 1009. Ils la réunissent sous un même toit : la rotonde de l'Anastasis, le chœur roman, le Golgotha, un clocher. Le 15 juillet 1149, jour anniversaire de la prise de la ville, le patriarche la consacre. Les chanoines réguliers du Saint-Sépulcre y chantent l'office.
Le Templum Domini et al-Aqsa. Le Dôme du Rocher, couronné d'une croix, devient une église, le Templum Domini, confiée à des chanoines augustins. La mosquée al-Aqsa, le Templum Salomonis, sert d'abord de résidence royale ; vers 1120, Baudouin II la cède à Hugues de Payns et à ses compagnons, qui deviennent les chevaliers du Temple. Leur maison mère est là : lisez Les Templiers et leur histoire complète.
La citadelle. À l'ouest, la Tour de David, protégée par la porte de Jaffa, abrite le roi puis la garnison ; c'est le point fort de la ville, que les Francs renforcent au XIIe siècle.
L'Hôpital. Au sud du Saint-Sépulcre, dans le quartier appelé aujourd'hui le Muristan, les frères de l'Hôpital de Saint-Jean soignent les pèlerins pauvres et les malades. Les récits de pèlerins du XIIe siècle parlent de plusieurs centaines de lits, jusqu'à deux mille selon Jean de Wurtzbourg (vers 1165), sans distinction d'origine : c'est l'idéal chevaleresque le plus pur. Voyez Les Hospitaliers et leur histoire complète.
Les églises. Sainte-Anne, bâtie au début du siècle au lieu traditionnel de la naissance de Marie, Saint-Jacques des Arméniens, Sainte-Marie-Latine, des couvents de femmes comme Saint-Lazare de Béthanie, fondé par la reine Mélisende : la ville se couvre de clochers.
Quels sièges a-t-elle connus ?#
| Date | Événement | Issue |
|---|---|---|
| 7 juin – 15 juillet 1099 | Siège de la première croisade | Prise par les croisés |
| 20 sept. – 2 oct. 1187 | Siège de Saladin | Reddition négociée |
| 1192 | Richard Cœur de Lion s'arrête à la vue de la ville | Traité de Jaffa, libre accès aux pèlerins |
| 1229 – 1244 | Rétrocession par traité (Frédéric II, sixième croisade) | Pillage des Khwarizmiens en 1244 |
Comment la ville est-elle tombée en 1187 ?#
Récit complet : le siège de Jérusalem par Saladin.
Après Hattin, le 4 juillet 1187, le royaume n'a plus d'armée. Le 20 septembre, Saladin paraît devant Jérusalem. Dans la ville, ni roi ni chevaliers, mais des milliers de réfugiés et le patriarche Héraclius. Balian d'Ibelin, venu de Tyr avec la permission de Saladin pour chercher sa famille, accepte de prendre la défense : il arme une cinquantaine d'hommes en les faisant chevaliers et lève les bourgeois.
Les assauts du côté de la porte de Damas échouent, puis les sapeurs ouvrent une brèche au nord. Balian négocie. Les chrétiens obtiennent la vie sauve contre rançon : dix dinars par homme, cinq par femme, un par enfant. Il est difficile d'en connaître le détail exact, car les sources arabes (Imad ad-Din, Ibn al-Athir) et latines divergent sur les captifs restés faute de rançon. Saladin accorde des libérations gratuites, comme son frère al-Adil, et la ville est rendue le 2 octobre 1187. À la différence de 1099, il n'y eut pas de massacre. Les croix sont ôtées du Dôme du Rocher et d'al-Aqsa, rendus au culte musulman ; Sainte-Anne devient une école. Le Saint-Sépulcre est laissé aux clergés orientaux, ouvert aux pèlerins contre taxe.
Ce qui demeure#
Le Saint-Sépulcre que l'on visite aujourd'hui est, pour son plan, son portail et son clocher, celui de 1149 : le geste des Francs a été de réunir le Calvaire et le tombeau sous un seul toit. Sainte-Anne, offerte à la France en 1856, se visite presque intacte. Dans le Muristan, des vestiges rappellent l'Hôpital ; la citadelle porte ses couches successives, dont les assises franques. Et surtout demeure ce pour quoi ils étaient venus : un tombeau vide, connu, visité, où l'on prie encore, et que des hommes ont payé de leur vie pour qu'il ne fût pas oublié.
Sources
Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana (fondation et repeuplement) ; Guillaume de Tyr, Historia rerum in partibus transmarinis gestarum, livres VIII et XXIII (fondation du Temple, siège de 1187) ; Jean de Wurtzbourg, Descriptio Terrae Sanctae (vers 1165, l'Hôpital) ; Imad ad-Din al-Isfahani et Ibn al-Athir (reddition de 1187, côté arabe) ; Baha ad-Din Ibn Chaddad, Vie de Saladin. Historiens : Steven Runciman, A History of the Crusades ; Jonathan Riley-Smith, The Crusades: A History ; Denys Pringle, The Churches of the Crusader Kingdom of Jerusalem ; Jean Richard, Le Royaume latin de Jérusalem.
Questions fréquentes#
Combien de temps Jérusalem est-elle restée aux Francs ?
Quatre-vingt-huit ans, du 15 juillet 1099 au 2 octobre 1187. Elle revient brièvement aux chrétiens de 1229 à 1244 par le traité de Frédéric II, puis passe définitivement aux musulmans après le sac des Khwarizmiens.
Que sont devenus le Dôme du Rocher et al-Aqsa sous les Francs ?
Le Dôme du Rocher, surmonté d'une croix, devient le Templum Domini, desservi par des chanoines. La mosquée al-Aqsa sert d'abord de palais royal, puis est confiée vers 1120 aux chevaliers du Temple, qui y installent leur maison mère.
Que fit Saladin des églises de Jérusalem en 1187 ?
Il fit ôter les croix des sanctuaires du Haram, rendit le Dôme du Rocher et al-Aqsa au culte musulman et transforma quelques églises, comme Sainte-Anne. Il laissa en revanche le Saint-Sépulcre ouvert aux pèlerins, sous la garde des clergés orientaux, contre une taxe.
Que reste-t-il des Francs à Jérusalem aujourd'hui ?
Surtout le Saint-Sépulcre dans son plan consacré en 1149 (façade à double portail, clocher, Calvaire), l'église Sainte-Anne presque intacte, des pans de la citadelle et du quartier de l'Hôpital dans le Muristan.