Le traité de Jaffa (2 septembre 1192) : ce qui fut négocié

Le 2 septembre 1192, Richard Cœur de Lion et Saladin concluent une trêve de trois ans : la côte reste aux Francs, les pèlerins sans armes vont à Jérusalem.

Romain Croisade 4 min

Mis à jour le 26 octobre 2026

Un roi couronné, malade, assis sous une tente reçoit un émissaire enturbanné qui lui tend un parchemin scellé, un chevalier et un évêque à ses côtés, un port fortifié et la mer au loin

En bref

Quand : 2 septembre 1192 (accord conclu après la bataille de Jaffa). Où : camp de Richard près de Jaffa et Ramla. Parties : Richard Cœur de Lion et Henri de Champagne d'un côté, Saladin et son frère Al-Adil de l'autre. Contenu : trêve d'environ trois ans ; côte franque de Tyr à Jaffa ; Ascalon démantelée ; accès libre à Jérusalem pour les pèlerins sans armes. Issue : fin de la troisième croisade.

La troisième croisade s'achève non sur une prise de Jérusalem, mais sur une paix : le traité de Jaffa, conclu le 2 septembre 1192 entre Richard Cœur de Lion et Saladin. Il laisse aux Francs un royaume réduit à la côte, et il ouvre aux pèlerins le chemin du tombeau du Christ.

Avant : deux armées lasses#

Après la victoire d'Arsouf, Richard a relevé les places de la côte, mais deux marches vers Jérusalem, en 1191 puis en 1192, se sont arrêtées devant la ville : les chefs jugeaient qu'un siège, loin de la mer, ne pourrait être ni mené ni tenu. Saladin, de son côté, a vu son armée s'user ; ses émirs, en fin d'été, aspirent à rentrer. Puis vient Jaffa : le sultan prend la ville, Richard la reprend par la mer et repousse l'assaut contre son camp (voir la bataille de Jaffa). Aucun des deux ne peut espérer mieux. Richard, atteint de fièvre, sait aussi que son frère Jean et le roi de France menacent ses terres. Les pourparlers, déjà engagés, reprennent.

Déroulé : les négociations d'août-septembre#

Les discussions passent par Al-Adil, frère de Saladin, avec qui Richard avait déjà échangé en 1191 des projets d'alliance qui n'aboutirent pas. Les points durs sont Jérusalem, que Saladin refuse de rendre, la Vraie Croix, et Ascalon, que Richard avait relevée et que le sultan veut voir rasée. Au fil des échanges, Richard cède sur Ascalon, Saladin sur l'accès aux Lieux saints. Le 2 septembre, l'accord est arrêté ; Henri de Champagne, neveu du roi, prête serment pour les Francs, car Richard, malade, s'en remet à lui. Saladin, de son côté, fait jurer ses émirs et ses proches.

Après : ce que le traité dit#

Le texte, tel que le rapportent Baha ad-Din et l'Itinerarium, établit :

  • une trêve d'environ trois ans, valable pour les terres franques comme pour celles du sultan ;
  • aux Francs, la côte de Tyr à Jaffa, avec Acre et Jaffa ; la région de Lydda et de Ramla est partagée ;
  • Ascalon démantelée, au profit du sultan ;
  • la liberté de circuler pour les marchands et, surtout, pour les pèlerins sans armes, qui peuvent se rendre à Jérusalem et au Saint-Sépulcre.

Les pèlerins s'y précipitent. Hubert Walter, évêque de Salisbury, y mène un groupe et obtient de Saladin que des prêtres latins puissent desservir le Saint-Sépulcre, Bethléem et Nazareth. Richard quitte la Terre sainte début octobre 1192 ; sa capture en Autriche suit de près. Saladin meurt à Damas en mars 1193.

Ce qu'en disent les chroniqueurs#

Pour Baha ad-Din, témoin et conseiller du sultan, la trêve est une nécessité : l'armée est épuisée et il faut rouvrir les routes. L'Itinerarium peregrinorum, œuvre d'un clerc de l'entourage de Richard, y voit un compromis amer, mais salue les pèlerins qui entrent enfin dans la ville. Ambroise, lui, rapporte la joie de ceux qui avaient tant espéré atteindre Jérusalem. Les historiens modernes jugent le plus souvent le résultat honorable : peu après la perte de Jérusalem en 1187, les Francs ont gardé un royaume viable. Baha ad-Din montre aussi la mesure des deux chefs, qui ont négocié avec respect.

Ce qui demeure#

Le roi qui avait juré de délivrer le tombeau du Christ ne l'a pas libéré, mais il a obtenu que le pèlerin y entre en paix : c'est la grâce discrète de ce traité. Jérusalem restait musulmane, mais le Saint-Sépulcre n'était plus fermé aux fidèles, et le royaume franc, sauvé de la ruine, durerait encore un siècle. La vieille ville de Jaffa, avec son port, existe toujours : c'est là que, depuis 1192, les pèlerins débarquent pour monter vers la Ville sainte.

Pour aller plus loin#

Sources

Baha ad-Din Ibn Chaddad, Vie de Saladin (année 588 de l'hégire) · Itinerarium peregrinorum et gesta regis Ricardi, livre VI · Ambroise, L'Estoire de la guerre sainte · Ibn al-Athir, Al-Kamil. — Jean Richard, Histoire des croisades (Fayard, 1996) ; John Gillingham, Richard Cœur de Lion (Noesis, 1999) ; Jonathan Phillips, Holy Warriors (2009).

Questions fréquentes#

Que prévoyait le traité de Jaffa de 1192 ?

Une trêve d'environ trois ans : les Francs gardent la côte de Tyr à Jaffa, Ascalon est démantelée, et les pèlerins sans armes peuvent se rendre à Jérusalem et au Saint-Sépulcre.

Richard Cœur de Lion a-t-il repris Jérusalem ?

Non. Il s'est arrêté deux fois à quelques lieues de la Ville sainte, jugeant qu'on ne pourrait ni l'investir ni la tenir. Le traité obtient du moins l'accès des pèlerins.

Pourquoi Richard a-t-il signé si vite ?

Malade, privé de ses alliés, inquiet des nouvelles d'Angleterre et de France, il savait qu'il ne pourrait plus mener de campagne. Saladin, lui aussi, avait une armée lasse.

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