Les Hospitaliers, de Jérusalem à Malte (1099-aujourd'hui)
Né d'un hospice pour pèlerins à Jérusalem, l'ordre de Saint-Jean devient une armée, tient le Krak, puis Rhodes et Malte, et existe encore aujourd'hui.
Mis à jour le 7 octobre 2026

En bref
Nom : ordre de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem. Origine : un hospice fondé vers 1070-1080 près du Saint-Sépulcre par des marchands d'Amalfi. Reconnaissance : bulle Pie postulatio voluntatis de Pascal II, 15 février 1113. Fondateur : le bienheureux Gérard (mort en 1120) ; militarisation sous Raymond du Puy (1120-1160). Sièges successifs : Jérusalem, Acre (1191), Chypre (1291), Rhodes (1310), Malte (1530), Rome (1834). Signe : la croix blanche à huit pointes sur fond noir (rouge en campagne).
Avant d'être des chevaliers, les Hospitaliers ont été des infirmiers. C'est la seule institution des croisades qui existe encore aujourd'hui, et elle fait toujours ce qu'elle faisait en 1100 à Jérusalem : soigner « nos seigneurs les malades », sans regarder leur religion.
Origines : l'hospice de Saint-Jean#
Vers 1070, des marchands d'Amalfi fondent près du Saint-Sépulcre un hospice pour les pèlerins latins, dédié à saint Jean-Baptiste. Quand les croisés entrent dans Jérusalem en 1099, son responsable, un frère nommé Gérard, les accueille et met sa maison au service des blessés. Godefroy de Bouillon puis Baudouin Ier le comblent de dons ; les pèlerins guéris, rentrés chez eux, lui donnent des terres en Provence, en Italie, en Espagne. Le 15 février 1113, le pape Pascal II reconnaît l'Hôpital comme ordre religieux indépendant, sous la seule autorité de Rome : c'est l'acte de naissance.
L'hôpital de Jérusalem impressionne tous les visiteurs. Le pèlerin Jean de Wurzbourg, vers 1165, y compte deux mille lits ; on y sert de la viande et du vin blanc aux malades, on y accueille les femmes en couches, on y nourrit les enfants abandonnés ; des médecins sont salariés et les frères font le lit des malades de leurs mains. Chrétiens, juifs et musulmans y sont admis — la règle le dit expressément.
Organisation#
Le deuxième maître, Raymond du Puy (1120-1160), donne à l'ordre sa règle et sa seconde vocation : à partir des années 1130, l'Hôpital reçoit des châteaux à garder et lève des chevaliers, sur le modèle des Templiers. Comme eux, il compte des frères chevaliers, des frères sergents et des chapelains, gouvernés par un maître élu à vie et un chapitre général ; comme eux, il tire ses revenus de commanderies réparties en Occident, groupées par langues — Provence, Auvergne, France, Italie, Aragon, Angleterre, Allemagne, puis Castille. Mais il n'abandonne jamais sa première mission : partout où l'ordre s'installe, il ouvre un hôpital, et le frère infirmier a la préséance sur le frère soldat.
Face aux croisades#
En 1142, le comte Raymond II de Tripoli donne aux Hospitaliers le Krak des Chevaliers, qu'ils transforment en la plus formidable forteresse d'Orient (voir le Krak des Chevaliers) ; suivent Belvoir en Galilée (1168), Marqab au nord (1186), Bethgibelin face à Ascalon. L'ordre tient ainsi des secteurs entiers de la frontière que le royaume n'a plus les moyens de garder. Ses chevaliers combattent à Ascalon (1153), en Égypte avec Amaury Ier, à la source de Cresson où meurt le maître Roger des Moulins, à Hattin où les prisonniers sont exécutés avec les Templiers, à Arsouf où leur charge décide de la bataille. Belvoir résiste dix-huit mois à Saladin après Hattin.
À la chute d'Acre, le maréchal Mathieu de Clermont meurt en combattant dans les rues ; le maître Jean de Villiers, blessé, est embarqué de force par ses frères. L'ordre se replie à Chypre et, contrairement au Temple, comprend qu'il lui faut une base à lui.
Déclin, ou plutôt : trois vies#
Entre 1306 et 1310, les Hospitaliers conquièrent Rhodes sur les Byzantins et deviennent une puissance navale : leurs galères harcèlent les Turcs, prennent Smyrne en 1344, participent à toutes les ligues chrétiennes. En 1312, ils reçoivent les biens du Temple supprimé. Rhodes repousse le sultan mamelouk en 1444 et Mehmed II en 1480 sous Pierre d'Aubusson, mais capitule devant Soliman le Magnifique le 20 décembre 1522, après six mois de siège : les survivants partent avec les honneurs le 1er janvier 1523.
En 1530, Charles Quint leur cède Malte contre un faucon par an. En 1565, le grand maître Jean de La Valette, soixante-dix ans, y tient quatre mois contre quarante mille Ottomans : le Grand Siège, dont la levée fait sonner les cloches de toute l'Europe. Six ans plus tard, les galères de Malte sont à Lépante. L'ordre gouverne l'île, bâtit La Valette et un hôpital de cinq cents lits, jusqu'à ce que Bonaparte, en route vers l'Égypte, s'en empare sans combat le 12 juin 1798.
Ce qui demeure#
Réfugié à Rome en 1834, l'ordre a retrouvé sa vocation première : l'Ordre souverain de Malte est aujourd'hui une entité de droit international reconnue par plus d'une centaine d'États, forte de 13 500 membres et de dizaines de milliers de volontaires, présente dans les hôpitaux, les camps de réfugiés et les catastrophes du monde entier. Le Krak, Rhodes et La Valette sont classés au patrimoine mondial. De tous les fruits des croisades, c'est le plus visible et le plus durable : une maison née pour laver les pieds des pèlerins, il y a neuf siècles, et qui n'a jamais fermé.
Pour aller plus loin#
- Les Hospitaliers : histoire complète de l'ordre — Gérard, l'hôpital de deux mille lits, les forteresses, Rhodes, le Grand Siège de Malte et l'ordre aujourd'hui, en détail.
- Le Krak des Chevaliers — la forteresse de l'Hôpital.
Sources
Bulle Pie postulatio voluntatis (1113) et Cartulaire général de l'ordre des Hospitaliers, éd. J. Delaville Le Roulx (1894-1906) · Jean de Wurzbourg, Descriptio Terrae Sanctae · Guillaume de Tyr, Chronicon, XVIII, 3-8 · Règle de Raymond du Puy. — Alain Demurger, Les Hospitaliers, de Jérusalem à Rhodes (Tallandier, 2013) ; Jonathan Riley-Smith, The Knights Hospitaller in the Levant, c. 1070-1309 (2012) ; Bertrand Galimard Flavigny, Histoire de l'ordre de Malte (Perrin, 2006).
Questions fréquentes#
Quelle est la différence entre Templiers et Hospitaliers ?
Les Templiers sont nés soldats, pour protéger les routes ; les Hospitaliers sont nés infirmiers, pour soigner les pèlerins, et n'ont pris les armes que vers 1130-1140. Les Hospitaliers ont survécu à la suppression du Temple (1312) et en ont reçu les biens.
Pourquoi les Hospitaliers sont-ils appelés chevaliers de Malte ?
Chassés de Terre sainte (1291) puis de Rhodes (1522), ils reçoivent l'île de Malte de Charles Quint en 1530 et la gouvernent jusqu'en 1798. L'ordre porte encore ce nom.
L'ordre de Malte existe-t-il toujours ?
Oui : l'Ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, siégeant à Rome, compte environ 13 500 membres et mène des œuvres médicales et humanitaires dans plus de 120 pays.