Bataille de Hattin (4 juillet 1187) : le désastre
Le 4 juillet 1187, Saladin anéantit l'armée du royaume de Jérusalem aux Cornes de Hattin : le roi Guy captif, la Vraie Croix perdue, Jérusalem sans défense.
Mis à jour le 10 octobre 2026

En bref
Quand : 3-4 juillet 1187. Où : les Cornes de Hattin, deux collines volcaniques entre Séphorie et Tibériade, en Galilée. Belligérants : le royaume de Jérusalem (roi Guy de Lusignan, Raymond III de Tripoli, Renaud de Châtillon, Templiers et Hospitaliers) contre l'armée de Saladin. Forces : environ 20 000 Francs dont 1 200 chevaliers ; environ 30 000 hommes du côté ayyoubide. Issue : anéantissement de l'armée franque, roi captif, Vraie Croix perdue.
En un seul jour, le royaume fondé par les compagnons de Godefroy perd son armée, son roi et sa relique la plus sainte. Hattin n'est pas seulement une défaite : c'est le moment où tout ce que quatre-vingt-huit ans de sacrifices avaient bâti se retrouve sans défenseurs. Pour la replacer parmi les autres combats du siècle, voir toutes les batailles des croisades.
Contexte : un royaume divisé face à un sultan uni#
Depuis 1174, Saladin a réuni sous sa main l'Égypte, Damas puis Alep : pour la première fois, les Francs ont un seul adversaire au nord, à l'est et au sud. En face, le royaume sort d'une crise de succession. À la mort de l'enfant-roi Baudouin V (1186), Sibylle a fait couronner son mari Guy de Lusignan contre l'avis d'une partie des barons ; le comte Raymond III de Tripoli, seigneur de Tibériade par sa femme, a même conclu une trêve séparée avec Saladin.
La rupture vient de Renaud de Châtillon, seigneur du Kérak, qui pille une caravane égyptienne malgré la trêve et refuse de rendre le butin. Saladin proclame la guerre. Le 1er mai 1187, à la source de Cresson, un détachement de Templiers et d'Hospitaliers est taillé en pièces par une colonne ayyoubide : le maître de l'Hôpital, Roger des Moulins, y meurt (voir l'histoire complète des Hospitaliers), et le choc pousse Raymond à se réconcilier avec le roi.
Forces en présence#
Guy convoque l'arrière-ban : toutes les garnisons du royaume, les ordres militaires, des mercenaires payés avec le trésor envoyé par Henri II d'Angleterre. Environ 20 000 hommes se rassemblent aux sources de Séphorie, dont 1 200 chevaliers et plusieurs milliers de sergents à cheval et de Turcopoles. L'évêque d'Acre porte la Vraie Croix. C'est la plus grande armée jamais levée par le royaume — et les châteaux sont vides.
Saladin a franchi le Jourdain le 26 juin avec environ 30 000 hommes, dont 12 000 cavaliers réguliers : Kurdes, Turcs, Égyptiens, la garde des mamelouks et des milliers d'archers montés. Le 2 juillet, il attaque Tibériade : la ville tombe, la comtesse Eschive, femme de Raymond, tient la citadelle. C'est un appât.
Déroulé#
Nuit du 2 au 3 juillet : le conseil. Raymond III, dont la propre femme est assiégée, conseille de ne pas bouger : Saladin ne peut nourrir son armée longtemps devant Tibériade, et Séphorie a de l'eau. Le roi l'écoute d'abord ; puis, dans la nuit, le maître du Temple Gérard de Ridefort et Renaud de Châtillon le persuadent qu'attendre serait lâcheté. À l'aube, l'ordre est donné de marcher.
3 juillet : la marche sans eau. Vingt-cinq kilomètres de plateau calcaire, en juillet, sous le harcèlement continu des archers montés qui frappent l'arrière-garde des Templiers. À la mi-journée, l'armée n'a pas atteint les sources ; le soir, elle campe sur le plateau près du village de Meskenah, assoiffée, autour du puits sec des Cornes de Hattin. Saladin, lui, fait monter des outres du lac et met le feu aux broussailles sèches pour que la fumée dérive vers le camp franc.
4 juillet : l'encerclement. À l'aube, l'armée ayyoubide entoure le plateau. L'infanterie franque, folle de soif, grimpe vers les Cornes et refuse de redescendre malgré les ordres du roi et des évêques. Privés de leur mur de fantassins, les chevaliers chargent par vagues ; Saladin ouvre ses rangs devant Raymond III et les referme derrière lui — le comte, Balian d'Ibelin et Josselin de Courtenay s'échappent vers Tyr. Le roi fait dresser sa tente rouge sur la corne sud ; les Templiers et les Hospitaliers chargent une dernière fois. Quand la tente tombe, tout est fini. Al-Afdal, fils de Saladin, raconte que son père descendit de cheval et se prosterna en pleurant.
Pourquoi cela a tourné ainsi#
L'eau. Tout le reste en découle : une armée qui quitte ses sources pour une marche d'un jour en juillet livre la bataille à l'heure et au lieu que l'adversaire a choisis. La tactique franque — le mur d'infanterie qui protège les chevaux des flèches, puis la charge décisive — exige des hommes qui tiennent debout ; assoiffés depuis vingt-quatre heures, ils ne le pouvaient plus. S'y ajoutent la division des chefs et le pari, perdu, que la seule grande armée du royaume pouvait tout risquer d'un coup — une fragilité structurelle que l'on retrouve derrière chaque défaite franque : voir pourquoi les croisades ont-elles échoué ?
Conséquences#
Le roi Guy, Renaud, Gérard de Ridefort et la plupart des barons sont captifs. Saladin fait asseoir le roi et lui offre de l'eau glacée ; quand Guy tend la coupe à Renaud, Saladin fait remarquer qu'il n'a pas offert à boire à cet homme-là, lui propose l'islam et, sur son refus, le tue de sa main : il avait juré sa mort. « Un roi ne tue pas un roi », dit-il à Guy. Le lendemain, quelque deux cents Templiers et Hospitaliers prisonniers sont exécutés, sauf le maître du Temple, Gérard de Ridefort, dont le rôle dans le désastre est retracé dans l'histoire complète des Templiers. Les captifs ordinaires sont vendus : à Damas, le prix d'un homme tombe à trois dinars.
Le royaume n'a plus d'armée. Acre se rend le 10 juillet, puis Nazareth, Séphorie, Jaffa, Sidon, Beyrouth, Ascalon. Jérusalem, défendue par Balian d'Ibelin avec une poignée de chevaliers, capitule le 2 octobre 1187. Tyr, où Conrad de Montferrat arrive par hasard, tient. En Occident, la nouvelle et la perte de la Vraie Croix provoquent la bulle Audita tremendi et la troisième croisade : Richard Cœur de Lion en tirera la revanche d'Arsouf.
Ce qui demeure#
Hattin est la leçon que les Francs d'Orient n'oublieront plus : ne jamais livrer bataille sans eau ni sans nécessité. Mais c'est aussi le jour de plusieurs fidélités : les chevaliers qui chargèrent trois fois autour de la tente du roi alors que tout était perdu, l'évêque d'Acre mort en portant la Croix, Renaud de Châtillon choisissant la mort plutôt que le reniement. Et de la grandeur d'un adversaire : Saladin, qui tint parole envers le roi et pleura sa propre victoire. Les Cornes de Hattin dominent toujours le lac de Tibériade ; le puits y est encore à sec. La place de cette journée parmi les autres : les 10 batailles décisives des croisades.
Sources
Chronique d'Ernoul et de Bernard le Trésorier, ch. XVI · Continuation de Guillaume de Tyr (« Eracles »), XXIII · Lettre du Templier Terric aux princes d'Occident (été 1187) · Imad ad-Din al-Isfahani, Al-Fath al-qussi · Ibn al-Athir, Al-Kamil, année 583 · Baha ad-Din Ibn Chaddad, Vie de Saladin, ch. 36-38. — Benjamin Z. Kedar, « The Battle of Hattin Revisited », dans The Horns of Hattin (1992) ; Malcolm Barber, The Crusader States (2012) ; Anne-Marie Eddé, Saladin (Flammarion, 2008).
Questions fréquentes#
Qui a gagné la bataille de Hattin ?
Saladin, sultan d'Égypte et de Syrie, sur l'armée du royaume de Jérusalem commandée par le roi Guy de Lusignan, le 4 juillet 1187.
Pourquoi les croisés ont-ils perdu à Hattin ?
Parce qu'ils ont quitté leur position bien arrosée de Séphorie pour marcher un jour entier sans eau, en plein été, sous le harcèlement des archers montés ; encerclés et assoiffés, l'infanterie s'est débandée et la cavalerie a chargé sans appui.
Que s'est-il passé après Hattin ?
Sans armée, les villes du royaume tombent l'une après l'autre : Acre le 10 juillet, puis Jaffa, Sidon, Beyrouth, Ascalon, et Jérusalem le 2 octobre 1187. Seule Tyr résiste. La nouvelle déclenche en Occident la troisième croisade.