Baudouin IV : le roi lépreux de Jérusalem

Roi de Jérusalem (1174-1185), lépreux dès l'enfance, Baudouin IV bat Saladin à Montgisard en 1177 et tient le royaume jusqu'à sa mort, à 24 ans.

Romain Croisade 5 min

Mis à jour le 1 novembre 2026

Un jeune roi au visage voilé, porté sur une litière à la tête de quelques chevaliers francs, face à une immense armée sarrasine, sous la Vraie Croix levée par un évêque

En bref

1161 - printemps 1185. Fils du roi Amaury Ier et d'Agnès de Courtenay ; roi de Jérusalem de 1174 à 1185, couronné à treize ans, lépreux. Vainqueur de Saladin à Montgisard (25 novembre 1177), battu à Marj Ayyun et au Gué de Jacob (1179), défenseur de Kérak (1183). Mort à vingt-quatre ans, sans enfant. Adversaire en miroir : Saladin ; conseiller fidèle : Raymond III de Tripoli.

Baudouin IV est le roi qui a tenu Jérusalem onze ans avec un corps qui se défaisait, et qui a repoussé Saladin quand tout semblait perdu. Son portrait, dans la liste des souverains de les rois de Jérusalem, tient en une ligne ; il mérite davantage, car peu de vies illustrent aussi bien ce que la vision chevaleresque veut dire.

Origines : un enfant qui ne sentait pas la douleur#

Baudouin naît en 1161, fils d'Amaury Ier et d'Agnès de Courtenay. Le mariage de ses parents est annulé en 1163 pour consanguinité, mais l'enfant reste héritier. Il est confié à Guillaume de Tyr, qui sera son précepteur puis son chroniqueur. C'est lui qui raconte la scène : des enfants jouent à se pincer le bras, Baudouin ne bronche pas. On l'examine, on comprend : c'est la lèpre, vers 1170. Guillaume ajoute qu'il était un garçon vif, bon cavalier, de mémoire excellente.

Ascension : roi à treize ans#

Amaury meurt en juillet 1174. Baudouin est couronné à l'église du Saint-Sépulcre le 15 juillet, à treize ans, sous la régence de son cousin Raymond III de Tripoli. À sa majorité, vers 1176, il gouverne seul, entouré de barons qui se disputent déjà la future succession. Sa sœur Sibylle doit être mariée ; en 1176, Guillaume de Montferrat l'épouse, et meurt en 1177. Le royaume est un pays de pèlerins et de marchands étiré sur la côte, dont Saladin, devenu maître de l'Égypte puis de Damas, resserre l'étau.

Le moment décisif : Montgisard, 25 novembre 1177#

À l'automne 1177, Saladin entre en Palestine par le sud. L'armée franque est partie vers le nord avec les meilleurs chevaliers ; Baudouin s'enferme à Ascalon avec quelques centaines de cavaliers, une troupe de Templiers menée par leur maître Eudes de Saint-Amand, et peu de fantassins. Saladin, confiant, laisse ses colonnes se disperser pour piller. Le roi sort d'Ascalon et le rattrape près de Montgisard, au passage d'un ruisseau, alors que l'armée musulmane est en marche.

Guillaume de Tyr dit que le jeune roi descend de cheval, se prosterne devant la Vraie Croix, porté par l'évêque de Bethléem, et prie en larmes pour la victoire. Puis il monte en selle et charge. Les Francs, qui ne sont qu'une poignée contre plusieurs milliers d'hommes, brisent la ligne ; l'armée de Saladin se disloque, et le sultan regagne l'Égypte au prix de longues pertes dans le désert. Le chiffre de 500 chevaliers contre 26 000 hommes, très répété, vient de sources tardives : disons que l'écart est immense et que c'est la victoire du sang-froid. Il a seize ans. Le récit détaillé : la bataille de Montgisard.

Les revers et les travaux#

La suite est moins heureuse. À Marj Ayyun, en juin 1179, Baudouin tombe dans une embuscade ; les Francs sont mis en déroute, le maître du Temple Eudes de Saint-Amand est pris, et le roi manque d'être capturé. Au Gué de Jacob, il a fait bâtir une forteresse, Chastellet, pour couvrir la route de Damas. Saladin l'assiège en août 1179, la prend et la rase ; plusieurs centaines de Francs y meurent. Le royaume sauve l'essentiel et obtient une trêve.

La maladie avance. En 1183, Baudouin n'a plus l'usage des mains et il est presque aveugle. Mais lorsque Renaud de Châtillon attaque la mer Rouge et que Saladin vient assiéger Kérak, où l'on célèbre les noces d'Isabelle de Jérusalem et d'Onfroy de Toron, le roi se fait porter en litière jusqu'au château. Saladin lève le siège. Le roi avait nommé son beau-frère Guy de Lusignan bailli de 1183, mais le jugeant trop hésitant à la guerre, il lui retire la régence et fait couronner son neveu Baudouin V, enfant de cinq ans. Raymond reprend la régence.

La fin#

Il meurt au printemps 1185, à vingt-quatre ans, au terme d'une longue agonie. Ses derniers actes sont des actes de gouvernement : régence confiée à Raymond de Tripoli, avertissements sur la succession, tentative de faire jurer aux barons qu'ils protégeront l'enfant roi. Il est enterré au Saint-Sépulcre, près de ses ancêtres. Deux ans plus tard, la défaite de Hattin donne à ses craintes toute leur mesure : Guy de Lusignan, qu'il avait écarté du pouvoir, y perd le royaume.

Le portrait par les chroniqueurs#

Guillaume de Tyr, qui l'a élevé, le peint courageux, patient, généreux avec ses amis, jusque dans le mal ; il souffre en continuant à régner. Ernoul le montre soucieux de la paix des barons. Du côté musulman, Imad ad-Din et Ibn al-Athir parlent d'un roi malade qui reste redoutable : la lèpre ne l'a pas privé de sa résolution. Aucune source du temps ne décrit de masque d'argent ; c'est une légende, belle, qui dit une vérité : la dignité d'un visage qu'on ne pouvait plus montrer.

Ce qui demeure#

Baudouin IV demeure comme la preuve que la chevalerie ne tient pas à la force du corps. Un adolescent malade a sauvé Jérusalem par la prière et par le courage, et il a continué de gouverner quand tout lui échappait ; il a accepté sans amertume que son mal le prive de descendance. Son souvenir est à Jérusalem, au Saint-Sépulcre, où il repose parmi les rois, et dans l'Ordre de Saint-Lazare, qui soignait les lépreux. La légende que le cinéma, avec Kingdom of Heaven, lui a faite reste fidèle à l'essentiel : un roi défiguré qui préférait son royaume à lui-même.

Pour aller plus loin. Son turbulent vassal d'Outre-Jourdain, de la mer Rouge à Hattin : Renaud de Châtillon, le seigneur brigand.

Sources

Guillaume de Tyr, Chronicon, XXI-XXIII (l'enfance, Montgisard, le Gué de Jacob, Kérak) · Ernoul et Bernard le Trésorier, Chronique · Imad ad-Din al-Isfahani, al-Fath al-qussi · Ibn al-Athir, Al-Kamil fi'l-ta'rikh. — Bernard Hamilton, The Leper King and His Heirs (2000) ; Steven Runciman, A History of the Crusades, t. II (1952) ; Jonathan Phillips, Saladin (2019).

Questions fréquentes#

De quelle maladie souffrait Baudouin IV ?

De la lèpre. Son précepteur Guillaume de Tyr remarqua vers 1170 que l'enfant ne sentait pas les pincements au bras ; le mal s'aggrava jusqu'à la cécité et à la paralysie des membres.

Baudouin IV a-t-il vraiment battu Saladin à Montgisard ?

Oui, le 25 novembre 1177. À seize ans, avec quelques centaines de chevaliers, dont des Templiers, il surprit l'armée de Saladin, très supérieure en nombre, et la mit en déroute.

Baudouin IV portait-il un masque d'argent ?

Les chroniqueurs parlent d'un visage défiguré, mais aucune source du temps ne décrit un masque d'argent : il vient surtout du cinéma, notamment de *Kingdom of Heaven*.

Qui a succédé à Baudouin IV ?

Son neveu Baudouin V, enfant de cinq ans couronné roi associé en 1183, mort en 1186. La couronne passa ensuite à Sibylle et à Guy de Lusignan.

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