Montgisard (25 novembre 1177) : Baudouin IV bat Saladin
Le 25 novembre 1177, à Montgisard près de Ramla, le roi lépreux Baudouin IV, seize ans, disperse avec quelques centaines de chevaliers l'armée de Saladin.

En bref
Quand : 25 novembre 1177. Où : Montgisard (Mons Gisardi), sur la plaine entre Ramla et Ibelin, en Palestine. Belligérants : le royaume de Jérusalem (roi Baudouin IV, Templiers, barons) contre l'armée de Saladin. Forces : environ 375 chevaliers, 80 Templiers et quelques milliers de fantassins contre une armée ayyoubide très supérieure. Issue : déroute de Saladin, qui regagne l'Égypte presque seul.
Un roi de seize ans, rongé par la lèpre, sort d'une ville assiégée et brise l'armée du plus puissant prince de l'Orient. Montgisard est la plus belle victoire du royaume latin, et celle qui fait le mieux comprendre ce que valait Baudouin IV, le roi lépreux. Pour la replacer parmi les autres combats, voir toutes les batailles des croisades.
Contexte : l'Égypte attaque un royaume dégarni#
En 1177, Saladin est maître de l'Égypte et de Damas. Il n'a pas encore réuni la Syrie du Nord, mais il veut en finir avec les Francs de la côte. Le royaume, lui, est fragile : le roi est un adolescent lépreux, la régence est disputée, et l'on attend un secours d'Occident. À l'été, le comte Philippe de Flandre débarque, refuse la régence et l'expédition d'Égypte, et part au nord avec une partie de la chevalerie, en même temps que Raymond III de Tripoli et Bohémond III.
Saladin saisit l'occasion. En novembre, il quitte l'Égypte avec une grande armée et marche vers Ascalon. Rien ne l'arrête : le gros des forces franques est loin, au siège d'Harenc.
Forces en présence#
Baudouin IV se jette dans Ascalon, la ville côtière qui commande la route de l'Égypte, avec ce qu'il a : environ 375 chevaliers selon Guillaume de Tyr, des sergents, des fantassins levés à la hâte. Le maître du Temple, Eudes de Saint-Amand, sort de Gaza avec environ quatre-vingts frères chevaliers, qui parviennent à le rejoindre. Parmi les barons présents figure Renaud de Châtillon, libéré l'année précédente de sa captivité d'Alep (voir son portrait), ainsi que les sires d'Ibelin.
En face, Saladin dispose de plusieurs dizaines de milliers d'hommes, dont des milliers de cavaliers réguliers : les chiffres des chroniqueurs varient, et l'on s'en tient à un rapport d'un contre plusieurs. L'armée n'est cependant pas en ordre : Saladin la croit sans adversaire.
Déroulé#
Novembre : le piège d'Ascalon. Saladin ne prend pas la peine d'assiéger la place : il laisse devant Ascalon une partie de ses forces, passe, puis envoie ses colonnes piller la plaine et marcher sur Ramla, Lydda et Jérusalem. Ses cavaliers se dispersent pour ravager villages et vergers. Il pense que les Francs, bloqués derrière leurs murs, ne bougeront pas.
La sortie. Baudouin ne bouge pas, en effet, tant que l'ennemi est groupé. Quand l'armée ayyoubide s'étire et se divise, il sort par la côte avec ses chevaliers et ses Templiers, évite le contact et remonte vers Ibelin, sur les arrières de l'ennemi. Guillaume de Tyr raconte que, voyant les ennemis, le roi descendit de cheval, se prosterna devant la Vraie Croix et pria en pleurant que Dieu donne la victoire à son peuple, avant de remonter en selle.
Le 25 novembre : la charge. À Montgisard, l'armée de Saladin est en train de franchir un cours d'eau sous la pluie, ses colonnes mêlées aux bagages. Les Francs chargent en ordre serré, sans attendre l'infanterie. L'avant-garde ayyoubide est submergée, l'armée tourne bride avant d'avoir pu se former, et le désastre devient poursuite. Saladin lui-même s'enfuit, par une route de désert, avec une poignée d'hommes : la fuite dure plusieurs jours, sous le harcèlement des Bédouins, et nombre de fuyards meurent de faim ou de froid.
Pourquoi cela a tourné ainsi#
Par la surprise et par le moment. Saladin avait éparpillé son armée pour piller et n'avait pas de protection sur ses arrières ; le roi a laissé passer la menace jusqu'à ce que la dispersion lui offre l'occasion de frapper un adversaire en marche, sous la pluie, avec des chevaux et des archers gênés par la boue. La charge franque, compacte et décidée, fait le reste ; la présence des Templiers donne au corps du roi la discipline de professionnels. Le courage compte, mais il s'appuie sur un choix tactique : attendre, puis frapper d'un coup.
Conséquences#
Saladin perd une grande partie de son armée et une part de son prestige : c'est l'un des revers les plus lourds de sa carrière, et il lui faut regagner l'Égypte puis y rétablir son autorité. Le royaume gagne deux ans de répit. Baudouin fait bâtir en 1178 le château du Gué de Jacob, sur le Jourdain, mais la forteresse inachevée sera prise et détruite par Saladin en août 1179, et la défaite de Marj Ayyun (juin 1179) coûtera cher aux Francs. En 1180, une trêve est signée. La victoire de Montgisard n'a pas été exploitée : sans l'armée de Flandre, sans la flotte byzantine, l'Égypte restait hors de portée, et Saladin reviendra.
Ce qui demeure#
Montgisard montre qu'un petit royaume peut tenir contre un empire par la foi, le sang-froid et l'unité de commandement. Un adolescent condamné par la maladie, qui prie à terre devant la Croix avant de monter à cheval, a laissé l'image la plus pure de la chevalerie franque : celle d'un chef qui n'a rien pour lui que son devoir. Dix ans plus tard, à Hattin, le royaume perdra ce que le roi lépreux avait sauvé. La plaine de Ramla porte toujours son nom, et la mémoire du jeune roi demeure parmi celles que les chroniqueurs des deux camps ont honorées.
Sources
Guillaume de Tyr, Chronicon, XXI, 22-26 · Chronique d'Ernoul et de Bernard le Trésorier · Imad ad-Din al-Isfahani, Al-Fath al-qussi · Ibn al-Athir, Al-Kamil, année 573 · Baha ad-Din Ibn Chaddad, Vie de Saladin. — Malcolm Barber, The Crusader States (2012) ; Bernard Hamilton, The Leper King and His Heirs (2000) ; Anne-Marie Eddé, Saladin (Flammarion, 2008). Voir aussi l'histoire complète des Templiers.
Questions fréquentes#
Qui a gagné la bataille de Montgisard ?
Le royaume de Jérusalem, conduit par le roi Baudouin IV, seize ans et lépreux, le 25 novembre 1177. Saladin, qui avait envahi le royaume avec une armée très supérieure en nombre, s'enfuit vers l'Égypte avec les débris de ses troupes.
Combien de chevaliers Baudouin IV avait-il à Montgisard ?
Guillaume de Tyr parle d'environ 375 chevaliers, auxquels se joignent environ 80 Templiers venus de Gaza et quelques milliers de fantassins. Les effectifs ayyoubides sont bien plus nombreux, mais leur chiffre exact reste incertain.
Où se trouve Montgisard ?
Sur la plaine côtière, près de Ramla, au pied du Tell Jezer, à une quarantaine de kilomètres de Jérusalem. Le lieu exact du combat reste discuté entre historiens.