Que reste-t-il des croisades aujourd'hui ?
Des châteaux encore debout, l'Ordre de Malte qui soigne toujours, les Franciscains au Saint-Sépulcre depuis 1342, des mots et des images : l'héritage vivant.
Mis à jour le 12 octobre 2026

En bref
Des pierres : le Krak des Chevaliers (patrimoine mondial depuis 2006), Acre, Césarée, Kérak, la façade du Saint-Sépulcre consacrée en 1149, l'église Sainte-Anne. Des institutions vivantes : l'Ordre de Malte (13 500 membres, relations avec plus de 100 États), l'Ordre teutonique (Vienne), l'Ordre du Saint-Sépulcre (environ 30 000 chevaliers et dames), la Custodie franciscaine de Terre sainte (1342), le patriarcat latin de Jérusalem (rétabli en 1847). Des mots : assassin, et une poignée de termes du commerce. Des images : la croix de Jérusalem, la Jérusalem délivrée du Tasse, les salles des Croisades de Versailles (1843). Et une garde : le tombeau du Christ, toujours connu, toujours visité.
Il reste des croisades des châteaux encore debout, des églises où l'on prie toujours, et surtout des institutions vivantes : l'Ordre de Malte qui soigne, les Franciscains qui gardent le Saint-Sépulcre depuis 1342, l'Ordre du Saint-Sépulcre qui soutient les chrétiens de Terre sainte. Le reste — mots, symboles, œuvres — est plus diffus, mais bien réel. Le bilan historique, lui (Byzance, commerce, impôt), est traité dans quelles ont été les conséquences des croisades ? ; le fil des deux siècles, dans notre guide complet des croisades.
Des pierres encore debout : les lieux à visiter#
Les lieux à visiter sont la trace la plus tangible. Le Krak des Chevaliers, tenu par les Hospitaliers de 1142 à 1271, domine toujours la trouée de Homs ; il est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2006, avec le château de Saladin (Saône). En Israël, Acre conserve sous la ville ottomane les grandes salles voûtées de l'Hôpital ; Césarée garde les douves et l'enceinte élevées par Saint Louis en 1251. En Jordanie, Kérak et Montréal surveillent encore la route du désert. À Jérusalem, l'église Sainte-Anne, bâtie par les Francs dans les années 1130-1140, est l'un des plus purs édifices romans d'Orient ; et la façade du Saint-Sépulcre est celle que les croisés ont élevée et consacrée le 15 juillet 1149, cinquante ans jour pour jour après la prise de la ville.
Hors de Terre sainte, les Hospitaliers ont semé leurs pierres sur la route de leur repli : la rue des Chevaliers à Rhodes, avec ses auberges des « langues » nationales ; La Valette à Malte, ville entière fondée par l'ordre après le grand siège de 1565.
Des institutions vivantes : les ordres et la garde des Lieux saints#
C'est l'héritage le plus singulier : des institutions nées des croisades qui n'ont jamais cessé de fonctionner.
L'Ordre de Malte descend en ligne directe de l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem. Chassé d'Acre, de Rhodes puis de Malte par Bonaparte en 1798, il siège aujourd'hui à Rome, compte environ 13 500 chevaliers et dames, 80 000 volontaires et plus de 20 000 salariés, en majorité soignants, et entretient des relations diplomatiques avec plus de cent États. Sa devise, Tuitio fidei et obsequium pauperum — la défense de la foi et le service des pauvres —, est celle des Hospitaliers du XIIe siècle.
L'Ordre teutonique, fondé à Acre en 1190, a quitté la Terre sainte pour la Prusse ; devenu en 1929 un ordre purement religieux, il a son siège à Vienne et tient des œuvres de charité en Europe centrale. Les Templiers, eux, n'ont pas survécu à 1312 : les « Templiers » d'aujourd'hui sont des associations modernes sans lien avec l'ordre médiéval.
La garde des Lieux saints, enfin, n'a jamais été interrompue. Par deux bulles de 1342, Clément VI confie aux Franciscains la Custodie de Terre sainte, qui prie et officie au Saint-Sépulcre depuis près de sept siècles. Pie IX rétablit en 1847 le patriarcat latin de Jérusalem, créé en 1099 ; l'Ordre équestre du Saint-Sépulcre, qui compte environ 30 000 membres, finance ses écoles et ses paroisses.
Des mots : ce que la langue a gardé#
Les mots arabes venus par les croisades sont moins nombreux qu'on ne le dit, mais il en est un qui porte sa date : assassin. Les chroniqueurs francs, Guillaume de Tyr en tête, désignent ainsi la secte ismaélienne des hachichiyyin, les Assassins du « Vieux de la Montagne », et le mot entre dans les langues d'Europe avec le sens de meurtrier. D'autres termes — sucre, coton, douane, amiral, arsenal — ont voyagé avec le commerce méditerranéen de l'époque, souvent par l'Italie ou l'Espagne plutôt que par la Terre sainte elle-même. Les échanges Orient-Occident ont laissé des produits et des mots, rarement des livres.
Des images : la croix, les poèmes, les tableaux#
La croix de Jérusalem — une grande croix potencée cantonnée de quatre croisettes, armes des rois latins — est restée l'emblème de l'Ordre du Saint-Sépulcre et de la Custodie. Les récits des croisades ont nourri la littérature d'Europe, de la Chanson d'Antioche à la Jérusalem délivrée du Tasse (1581), qui a fait de Godefroy de Bouillon un héros épique pour trois siècles. En France, Louis-Philippe consacre au sujet les salles des Croisades du château de Versailles, ouvertes au public en mai 1843 : plus de cent vingt tableaux, les blasons des croisés, et la porte en cèdre de l'hôpital des chevaliers de Rhodes, offerte par le sultan Mahmoud II en 1836. Les grandes figures de ces deux siècles — de Godefroy à Saladin — sont réunies dans les 20 personnages des croisades.
Nuances#
Trois précautions. D'abord, tout n'est pas « héritage des croisades » : la science arabe est passée en Occident par Tolède et la Sicile, non par Jérusalem. Ensuite, beaucoup de pierres ont souffert récemment : le Krak a été endommagé pendant la guerre de Syrie, et plusieurs sites ne se visitent qu'avec prudence. Enfin, la mémoire des croisades n'est pas la même partout : côté arabe, le mot même de « croisades » ne s'impose qu'au XIXe siècle, et la figure de Saladin y a été réinvestie à l'époque moderne.
Ce qui demeure#
Ce qui demeure le plus sûrement n'est ni un château ni un mot : c'est une fidélité. Les croisés étaient partis pour que le tombeau du Christ soit gardé et visité ; il l'est toujours, chaque matin, par des frères en bure brune qui ont pris la relève sans épée — pourquoi ce lieu comptait tant explique ce qu'ils gardent. Et dans un hôpital de campagne ou une ambulance de l'Ordre de Malte, quelque part dans le monde, des héritiers des Hospitaliers soignent encore « nos seigneurs les malades », comme le voulait la règle de Jérusalem.
Pour approfondir#
- Les croisades (1095-1291) : le guide complet — les deux siècles entiers.
- Quelles ont été les conséquences des croisades ? — le bilan historique, de Byzance au commerce italien.
- Le Krak des Chevaliers — le plus beau château des croisades, toujours debout.
- Les Hospitaliers — de Jérusalem à Malte, l'ordre qui a tout traversé.
- La fin des États latins (1260-1291) — ce qui a disparu, et ce qui a été sauvé.
- Croisades et Reconquista : quelle différence ? — la seule guerre sainte médiévale qui ait gardé ce qu'elle avait repris.
Sources
Sources anciennes. Guillaume de Tyr, Chronique, XX, 29-30 (les Assassins) · Clément VI, bulles Gratias agimus et Nuper carissimae (1342), fondatrices de la Custodie de Terre sainte · Règle de Raymond du Puy (vers 1120-1160), pour le service des « seigneurs malades ». Ouvrages et références. Jean Richard, Histoire des croisades (Fayard, 1996) ; Jonathan Riley-Smith, Hospitallers: The History of the Order of St John (Hambledon, 1999) ; Denys Pringle, The Churches of the Crusader Kingdom of Jerusalem (Cambridge, 1993-2009) ; Paul Deschamps, Les Châteaux des croisés en Terre sainte (Geuthner, 1934-1977) ; Ordre souverain de Malte, site officiel ; Château de Versailles, les salles des Croisades.
Questions fréquentes#
Quelles traces concrètes les croisades ont-elles laissées ?
Des forteresses encore debout au Proche-Orient, du Krak des Chevaliers à Château-Pèlerin ; des églises franques à Jérusalem, dont la façade du Saint-Sépulcre ; et des institutions toujours actives, l'Ordre de Malte, l'Ordre teutonique, l'Ordre du Saint-Sépulcre et la Custodie franciscaine de Terre sainte.
Existe-t-il encore des ordres de chevalerie nés des croisades ?
Oui. L'Ordre souverain de Malte, héritier direct des Hospitaliers, compte environ 13 500 membres et entretient des relations diplomatiques avec plus de cent États. L'Ordre teutonique survit comme ordre religieux, siège à Vienne. Le Temple, lui, a été supprimé en 1312.
Peut-on visiter des lieux des croisades ?
Oui : Acre et ses salles des Hospitaliers, Césarée, Château-Pèlerin de loin, le Saint-Sépulcre et l'église Sainte-Anne à Jérusalem, Rhodes et La Valette pour les Hospitaliers après la Terre sainte, et en France les salles des Croisades du château de Versailles.