Les femmes des croisades : reines, pèlerines, combattantes

Mélisende, Sibylle, Aliénor, Marguerite de Provence, Chajar ad-Durr : reines, régentes, pèlerines et combattantes des croisades, de 1096 à 1291.

Romain Croisade 16 min

Une reine couronnée, un livre d'heures à la main, se tient sur le rempart d'une ville d'Orient avec ses dames et une pèlerine au bourdon, tandis que des chevaliers à l'écu croisé gardent le pied des murailles

En bref

Période : 1096-1291. Qui : cinq reines de Jérusalem (Mélisende, Sibylle, Isabelle Ire, Marie de Montferrat, Isabelle II) ; des princesses d'Antioche (Alix, Constance) ; des régentes (Agnès de Courtenay, Alix de Champagne, Plaisance d'Antioche) ; des dames de forteresse (Étiennette de Milly à Kérak, Eschive à Tibériade) ; des reines venues d'Occident (Aliénor d'Aquitaine, Bérengère de Navarre, Marguerite de Provence) ; des pèlerines et des combattantes anonymes ; et, en face, la sultane Chajar ad-Durr. Pourquoi elles comptent : en Outremer, la couronne et les fiefs passent par les filles ; plus d'un roi de Jérusalem l'a été par sa femme. Ce qui demeure : le psautier et le tombeau de Mélisende, Damiette tenue par une reine en couches, et des milliers de pèlerines sans nom.

Les femmes des croisades sont partout dans les sources, de 1096 à 1291 : pèlerines marchant avec les armées, épouses de croisés, reines qui ont porté la couronne de Jérusalem, régentes qui ont tenu le royaume entre deux rois, dames qui ont défendu des forteresses. Cinq reines ont régné de plein droit à Jérusalem, et deux reines de France ont fait le voyage. Cette page les présente toutes, groupe par groupe ; le cadre général se lit dans notre guide complet des croisades.

Les femmes des croisades en cinq lignes#

Elles ont pris la croix dès le premier appel, malgré les réticences des prédicateurs, et elles ont marché, souffert et péri avec les armées. En Orient, faute de fils, le droit franc donnait aux filles les fiefs et la couronne : d'où un royaume où les reines règnent et où chaque mariage royal est une affaire d'État. Elles ont gouverné, négocié, bâti des églises, défendu des remparts. Elles ont aussi été l'enjeu des querelles de succession qui ont affaibli le royaume. Et c'est une femme, en Égypte, qui ouvre en 1250 l'ère des Mamelouks.

Contexte : qui avait le droit de partir en croisade ?#

La croisade est un pèlerinage, et le pèlerinage a toujours été ouvert aux femmes. Mais une expédition armée n'est pas un voyage ordinaire : Urbain II, dans sa lettre aux Bolonais de septembre 1096, demande aux clercs de ne pas partir sans la permission de leur évêque, aux jeunes mariés de ne pas partir sans l'accord de leur femme. Le vœu engage le couple : le mari part, la femme garde la terre, et la papauté place ses biens sous sa protection. Les prédicateurs voudraient des combattants ; ils voient venir des familles entières.

Le droit de partir en croisade est fixé en 1213 par Innocent III, dans la bulle Quia maior : chacun peut prendre la croix, hommes et femmes, sans le consentement du conjoint ; le vœu pourra ensuite être racheté en argent, commué ou accompli par un remplaçant. Beaucoup de femmes, et beaucoup de veuves, choisissent ainsi de financer un chevalier. D'autres partent en personne, comme on le voit dans qui étaient les croisés.

Dans les armées : pèlerines, lavandières et combattantes#

Les femmes dans les armées croisées#

Les femmes dans les armées croisées sont des épouses de barons, comme la comtesse Elvire qui suit Raymond de Saint-Gilles et accouche en Orient, des servantes, des pèlerines pauvres, des lavandières. L'auteur anonyme des Gesta Francorum raconte qu'à Dorylée, le 1er juillet 1097, les femmes apportaient de l'eau aux combattants et les encourageaient sous les flèches. Au siège d'Acre, en 1190, une femme qui aidait à combler le fossé, frappée à mort, demande, selon l'Itinerarium, que son corps y soit jeté pour servir encore ; les chroniqueurs de Saladin, Imad ad-Din et Baha ad-Din, décrivent des Franques armées parmi les prisonniers. Quand l'armée doit marcher vite, les chefs renvoient les femmes : Richard Cœur de Lion, en 1191, ne garde, dit-on, que les lavandières.

Ida d'Autriche, disparue en 1101#

Margravine d'Autriche, veuve de Léopold II et mère de Léopold III, Ida d'Autriche prend la croix pour la croisade de 1101 et part avec ses propres troupes, aux côtés du duc Welf de Bavière et de Guillaume IX d'Aquitaine. En septembre 1101, l'armée est anéantie par Kilij Arslan près d'Héraclée, en Anatolie. Ida disparaît. Le chroniqueur Ekkehard d'Aura la croit tuée ; d'autres la disent emmenée captive dans un harem, et une légende tardive fait d'elle la mère de Zengi — impossible, Zengi étant né vers 1085. Elle reste la plus haute dame à avoir conduit un contingent croisé.

Marguerite de Beverley, défenseure de Jérusalem en 1187#

Marguerite de Beverley, Anglaise du Yorkshire, est en pèlerinage à Jérusalem quand Saladin assiège la ville en septembre 1187. Elle monte aux remparts, porte l'eau et les pierres, coiffée faute de casque d'une marmite, et une pierre de mangonneau la blesse. Après la capitulation, elle est réduite en esclavage, rachetée, reprend la route au milieu d'une Syrie en guerre, et rentre en Occident en 1191. Elle finit ses jours moniale cistercienne à Montreuil-sous-Laon. Son frère, le moine Thomas de Froidmont, a écrit son histoire : c'est le récit le plus précis que nous ayons d'une femme dans la guerre sainte.

Les reines de Jérusalem : la couronne par les femmes#

La succession au trône de Jérusalem#

La succession de Jérusalem suit le droit féodal d'Outremer : à défaut de fils, la fille hérite. Le mari de l'héritière est roi par elle, jure uxoris ; si elle meurt, il peut perdre la couronne, comme Guy de Lusignan en 1190 ou Jean de Brienne en 1225. La Haute Cour des barons discute et parfois impose ces mariages. Ce système n'a jamais laissé le trône vide, mais il a nourri les crises de 1186 et des années 1190 ; on le lit en détail dans la liste complète des rois de Jérusalem et dans le guide du royaume de Jérusalem.

Mélisende, reine de Jérusalem#

Fille de Baudouin II et de l'Arménienne Morphia, Mélisende est la première reine régnante. Mariée en 1129 à Foulques d'Anjou, elle est couronnée avec lui et leur fils le 14 septembre 1131 au Saint-Sépulcre. Foulques tente de l'écarter ; après la révolte d'Hugues du Puiset (1134), il ne décide plus rien sans elle, dit Guillaume de Tyr. Veuve en 1143, elle gouverne au nom de Baudouin III, accueille la deuxième croisade et voit consacrer le Saint-Sépulcre reconstruit le 15 juillet 1149. En 1152, son fils l'assiège dans la tour de David ; elle cède et se retire à Naplouse, sans perdre son influence. Elle meurt le 11 septembre 1161 et repose au tombeau de la Vierge, dans la vallée de Josaphat. Son psautier, enluminé à Jérusalem vers 1135, est à la British Library.

Sibylle de Jérusalem#

Sœur de Baudouin IV, Sibylle épouse en 1176 Guillaume Longue-Épée de Montferrat, mort l'année suivante en lui laissant un fils, le futur Baudouin V, puis en 1180 Guy de Lusignan. À la mort de son fils, en 1186, les barons exigent qu'elle se sépare de Guy pour régner ; elle accepte, selon les continuateurs de Guillaume de Tyr, à condition de choisir librement son nouvel époux — puis, couronnée au Saint-Sépulcre, elle pose la couronne sur la tête de Guy. Un an plus tard, c'est Hattin. Sibylle obtient de Saladin la libération de son mari en 1188 et le suit au siège d'Acre, où elle meurt en 1190 avec ses deux petites filles, emportées par l'épidémie du camp.

Isabelle Ire, quatre fois mariée#

Demi-sœur de Sibylle, fille d'Amaury Ier et de la Byzantine Marie Comnène, Isabelle Ire épouse à onze ans Onfroy de Toron, à Kérak, en novembre 1183, pendant que Saladin assiège le château. En 1190, devenue héritière, elle est séparée d'Onfroy pour épouser Conrad de Montferrat, le défenseur de Tyr ; Conrad est assassiné le 28 avril 1192, et huit jours plus tard elle épouse Henri de Champagne, neveu de Richard Cœur de Lion et de Philippe Auguste. Henri meurt en 1197, tombé d'une fenêtre de son palais d'Acre ; elle épouse alors Amaury de Lusignan, roi de Chypre, et meurt en 1205. Trois rois l'ont été par elle : chacun de ses mariages a été un acte de gouvernement, voulu par le royaume pour avoir un chef de guerre.

Marie de Montferrat, la reine enfant#

Fille posthume de Conrad, Marie de Montferrat hérite du royaume à treize ans, en 1205 ; son oncle Jean d'Ibelin, le « vieux sire de Beyrouth », gouverne pour elle. Le roi de France choisit son époux : Jean de Brienne, chevalier champenois, qui l'épouse le 14 septembre 1210 et est couronné avec elle à Tyr le 3 octobre. Elle meurt en 1212, à vingt ans, peu après avoir mis au monde une fille, Isabelle. Son règne est court ; il a donné au royaume le roi de la cinquième croisade.

Isabelle II (Yolande de Brienne), impératrice à quatorze ans#

Reine au berceau, Isabelle II, que l'on appelle aussi Yolande de Brienne, est mariée par procuration à Acre en août 1225, couronnée à Tyr, puis conduite en Italie, où elle épouse le 9 novembre 1225, à Brindisi, l'empereur Frédéric II. Il prend aussitôt le titre de roi de Jérusalem et écarte son beau-père. Elle meurt au printemps 1228, quelques jours après la naissance de son fils Conrad, sans avoir revu l'Orient. C'est par elle que Frédéric part pour la sixième croisade et récupère Jérusalem par traité en 1229.

Mères et régentes#

Agnès de Courtenay, mère de Baudouin IV#

Fille du comte d'Édesse Josselin II, Agnès de Courtenay épouse vers 1157 le futur Amaury Ier, qui doit s'en séparer en 1163 pour être couronné, les barons invoquant la parenté. Elle reste la mère de Sibylle et de Baudouin IV. Quand son fils devient roi, en 1174, elle revient à la cour et y pèse : on lui prête le mariage de Sibylle avec Guy de Lusignan et l'élection du patriarche Héraclius en 1180, contre Guillaume de Tyr, qui ne le lui a pas pardonné. Son portrait est noirci par ses adversaires ; elle fut d'abord une mère attachée à un fils lépreux. Elle meurt vers 1184, peu avant lui.

Alix de Champagne, régente de Jérusalem#

Fille d'Isabelle Ire et d'Henri de Champagne, Alix de Champagne épouse le roi Hugues Ier de Chypre et gouverne l'île pour son fils de 1218 à 1232 ; elle revendique un temps la Champagne elle-même. En 1243, l'empereur Frédéric II absent et son fils Conrad devenu majeur sans venir en Orient, la Haute Cour d'Acre la proclame régente du royaume, avec son mari Raoul de Soissons. Sous sa régence, les barons reprennent Tyr aux hommes de l'empereur ; elle meurt en 1246, peu après la perte définitive de Jérusalem et le désastre de La Forbie.

Plaisance d'Antioche, régente#

Fille du prince Bohémond V, Plaisance d'Antioche épouse en 1250 le roi Henri Ier de Chypre, qui meurt en 1253 en lui laissant un fils d'un an. Régente de Chypre, elle vient à Acre en février 1258, escortée par son frère Bohémond VI, en pleine guerre de Saint-Sabas entre Vénitiens et Génois, et se fait reconnaître régente de Jérusalem. Elle tient les deux royaumes jusqu'à sa mort en 1261, au moment où les Mamelouks de Baybars commencent à grignoter les côtes, comme le raconte la fin des États latins.

Antioche : deux princesses#

Alix d'Antioche, la princesse rebelle#

Deuxième fille de Baudouin II, Alix d'Antioche épouse Bohémond II, tué en 1130. Elle veut garder la principauté pour elle, au détriment de sa fille Constance. Guillaume de Tyr rapporte qu'elle envoie à Zengi un palefroi blanc ferré d'argent pour solliciter son appui ; le messager est intercepté, et son père vient reprendre la ville. Exilée à Lattaquié, elle revient en 1135, croit qu'on lui destine le nouveau prince, Raymond de Poitiers, et le voit épouser sa fille. Elle se retire alors pour de bon. Le récit des princes d'Antioche est dans les États latins du Nord.

Constance d'Antioche#

Née en 1127, princesse à trois ans, Constance d'Antioche est mariée à neuf ans à Raymond de Poitiers. Veuve en 1149, quand Raymond tombe à Inab face à Nour ad-Din, elle refuse tous les époux que lui proposent le roi de Jérusalem et l'empereur Manuel Comnène, et choisit en 1153 un chevalier sans terre, Renaud de Châtillon. Quand Renaud est capturé en 1160, elle tente de gouverner seule ; les barons lui préfèrent son fils Bohémond III. Sa fille Marie épouse l'empereur Manuel en 1161. Elle meurt vers 1163.

Dames de forteresse#

Étiennette de Milly, dame du Kérak#

Héritière de la seigneurie d'Outre-Jourdain, avec les châteaux de Kérak et de Montréal, Étiennette de Milly épouse successivement Onfroy III de Toron, Miles de Plancy, assassiné en 1174, puis Renaud de Châtillon. En novembre 1183, quand Saladin assiège Kérak pendant les noces de son fils Onfroy avec Isabelle, elle envoie au sultan des plats du festin ; Saladin demande, selon la chronique d'Ernoul, quelle tour abrite les jeunes mariés, et fait épargner celle-là. Après Hattin, veuve et mère d'un captif, elle offre ses châteaux contre la liberté de son fils ; la garnison refuse de les livrer, et Kérak ne tombe, affamé, qu'à la fin de 1188.

Eschive de Tibériade#

Princesse de Galilée, épouse de Raymond III de Tripoli, la comtesse Eschive tient en juillet 1187 la citadelle de Tibériade, assiégée par Saladin. C'est pour la secourir que l'armée royale quitte les sources de Séphorie et marche vers Hattin, contre l'avis de son propre mari. Après le désastre, elle capitule et Saladin la laisse partir pour Tripoli avec ses gens et ses biens.

Les reines venues d'Occident#

Aliénor d'Aquitaine en croisade#

Duchesse d'Aquitaine et reine de France, Aliénor d'Aquitaine prend la croix à Vézelay le 31 mars 1146 avec Louis VII et part en 1147 avec ses vassaux poitevins. À Antioche, en mars 1148, elle soutient le plan de son oncle Raymond de Poitiers contre celui de son mari, qui l'emmène de force à Jérusalem ; le couple ne s'en remet pas, et le mariage est annulé à Beaugency en 1152. Les « amazones » de Vézelay, la reine en armure à la tête de ses dames, sont une légende tardive, née d'une phrase de Nicétas Choniatès sur des cavalières de l'armée allemande. En 1191, à près de soixante-dix ans, Aliénor franchit les Alpes pour conduire à son fils Richard sa fiancée. Le récit complet est dans la deuxième croisade.

Bérengère de Navarre, mariée à Chypre#

Fille du roi Sanche VI de Navarre, Bérengère de Navarre rejoint Richard Cœur de Lion à Messine en mars 1191. Sa nef, jetée par la tempête devant Limassol, manque d'être retenue par le maître de Chypre, Isaac Comnène : c'est l'une des causes de la conquête de l'île par Richard, que l'on lit dans la troisième croisade et dans Chypre et les autres États latins. Le 12 mai 1191, Richard l'épouse à Limassol, et elle y est couronnée reine d'Angleterre. Elle suit la croisade jusqu'à Acre. Veuve en 1199, elle fonde l'abbaye cistercienne de l'Épau, près du Mans, où elle repose.

Marguerite de Provence à Damiette#

Épouse de Saint Louis, Marguerite de Provence s'embarque avec lui en 1248. Restée à Damiette pendant la marche sur Le Caire, elle apprend la capture du roi en avril 1250 et accouche trois jours plus tard d'un fils qu'elle nomme Jean-Tristan, pour la tristesse. Elle fait promettre au vieux chevalier qui la garde de la tuer plutôt que de la laisser prendre ; puis, au lendemain de ses couches, elle convainc les Pisans et les Génois de ne pas abandonner la ville en achetant tous les vivres à ses frais. Sans elle, il n'y avait plus de Damiette à rendre, ni de rançon possible : Joinville le raconte, et le récit est dans la septième croisade et Saint Louis et la septième croisade.

En face : Chajar ad-Durr, sultane d'Égypte#

Ancienne esclave turque devenue l'épouse du sultan as-Salih Ayyoub, Chajar ad-Durr (« l'Arbre de perles ») est à Mansourah quand il meurt, le 22 novembre 1249, face à l'armée de Saint Louis. Elle cache sa mort, gouverne en son nom avec deux fidèles et fait venir son fils Turanshah. Après le meurtre de celui-ci par les mamelouks, le 2 mai 1250, elle est proclamée sultane : c'est sous son autorité que Damiette est rendue et le roi de France libéré. Le calife de Bagdad refusant de reconnaître une femme, elle épouse au bout de quatre-vingts jours l'émir Aybak, qui règne à sa place. En 1257, elle le fait tuer, et périt à son tour, battue à mort. Seule femme à avoir régné sur l'Égypte musulmane, elle a ouvert l'ère des Mamelouks, qui prendront Acre ; son mausolée est toujours debout au Caire. Ses contemporains sont présentés dans les grands chefs musulmans face aux croisés.

Ce qui demeure#

Il demeure d'abord des visages. Mélisende repose toujours dans la crypte du tombeau de la Vierge, à Jérusalem, au pied du mont des Oliviers, et l'on peut feuilleter son psautier, où les peintres latins, grecs et arméniens ont travaillé ensemble pour une reine. Il demeure une scène que Joinville a gravée pour toujours : une reine de France en couches, dans une ville menacée, qui fait vivre une armée captive par sa seule fermeté.

Il demeure surtout la foule de celles dont on ne sait pas le nom : les femmes qui portaient l'eau à Dorylée, celles qui comblaient les fossés d'Acre, les veuves qui ont vendu leur dot pour armer un chevalier, les mères qui ont vu partir un fils et ne l'ont pas revu. La croisade n'a pas été l'affaire des seuls chevaliers ; elle a été celle de familles chrétiennes entières, et le sacrifice des femmes, qui ont gardé la terre, prié et attendu, en fait partie. Pour toutes les figures de l'époque, voir aussi les 20 personnages à connaître et la rubrique femmes des croisades.

Pour aller plus loin#

Sources

Chroniqueurs latins : Gesta Francorum, livre III (Dorylée) ; Guillaume de Tyr, Chronique, livres XIII-XIV (Mélisende, Alix d'Antioche) et XXI-XXII (Agnès de Courtenay, Sibylle) ; Chronique d'Ernoul et de Bernard le Trésorier (couronnement de Sibylle, noces de Kérak) ; Itinerarium peregrinorum et gesta regis Ricardi, livres I et II (siège d'Acre, mariage de Limassol) ; Ekkehard d'Aura, Chronicon (croisade de 1101) ; Thomas de Froidmont, Hodoeporicon et percale Margarite Iherosolimitane ; Jean de Joinville, Vie de Saint Louis, § 397-400 (Marguerite à Damiette). Chroniqueurs musulmans : Imad ad-Din al-Isfahani et Baha ad-Din Ibn Shaddad (siège d'Acre) ; Ibn Wasil et al-Maqrizi (Chajar ad-Durr), dans Francesco Gabrieli, Chroniques arabes des croisades, Sindbad, 1977. Historiens : Natasha Hodgson, Women, Crusading and the Holy Land in Historical Narrative, Boydell, 2007 ; Helen J. Nicholson, Women and the Crusades, Oxford University Press, 2023 ; Bernard Hamilton, « Women in the Crusader States: the Queens of Jerusalem », Studies in Church History, 1978 ; Persée — revues d'histoire médiévale.

Questions fréquentes#

Des femmes sont-elles parties en croisade ?

Oui, par milliers : épouses de seigneurs, pèlerines, servantes et lavandières suivaient les armées dès 1096. Des reines ont pris la croix, comme Aliénor d'Aquitaine en 1146 et Marguerite de Provence, qui accompagna Saint Louis en 1248.

Des femmes ont-elles combattu pendant les croisades ?

Rarement en rase campagne, souvent dans les sièges : elles portaient l'eau aux combattants à Dorylée en 1097, comblaient les fossés devant Acre en 1190, défendaient des remparts comme Marguerite de Beverley à Jérusalem en 1187 ou des citadelles comme la comtesse Eschive à Tibériade.

Y a-t-il eu des reines de Jérusalem ?

Oui, cinq reines ont régné de plein droit : Mélisende (1131-1152), Sibylle (1186-1190), Isabelle Ire (1190-1205), Marie de Montferrat (1205-1212) et Isabelle II (1212-1228). Leurs maris étaient rois par elles.

Qui était la reine la plus puissante des États latins ?

Mélisende, fille de Baudouin II : couronnée en 1131, elle gouverna avec son mari Foulques d'Anjou puis au nom de son fils Baudouin III jusqu'en 1152, et présida à la reconstruction du Saint-Sépulcre, consacré en 1149.

Une femme a-t-elle gouverné l'Égypte face aux croisés ?

Oui : Chajar ad-Durr, veuve du sultan as-Salih Ayyoub, cacha sa mort en novembre 1249 pendant la croisade de Saint Louis, puis fut proclamée sultane le 2 mai 1250. Elle régna environ quatre-vingts jours avant d'épouser l'émir Aybak.

Les femmes avaient-elles le droit de prendre la croix ?

Oui. Urbain II demandait seulement qu'un homme marié ne parte pas sans l'accord de son épouse ; en 1213, Innocent III permit à tous de faire le vœu, quitte à le racheter ou à envoyer un remplaçant, ce que firent beaucoup de femmes.

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