Qui étaient les croisés ? Chevaliers et pèlerins

Qui étaient les croisés ? Des chevaliers souvent chefs de famille, des sergents, des clercs, des pauvres et des femmes, liés par un vœu et partis à leurs frais.

Romain Croisade 7 min

Mis à jour le 12 octobre 2026

Une colonne de croisés en marche sur une route de campagne : un chevalier à cheval, des sergents à pied, un prêtre portant une croix, des pèlerins pauvres avec leur bâton et une femme menant un âne chargé

En bref

Qui : des chrétiens latins de toutes conditions ayant prononcé le vœu de croisade et pris la croix. Le noyau militaire : la chevalerie du XIe siècle, environ 6 000 à 7 000 chevaliers sur 50 000 à 60 000 partants en 1096. Les autres : écuyers, sergents à pied, clercs, pauvres, femmes. Les chefs : des princes de premier rang, Godefroy de Bouillon, Raymond de Saint-Gilles, Robert de Normandie, Bohémond. Financement : à leurs frais, en vendant ou engageant leurs terres. Mythe à écarter : les « cadets sans terre » venus chercher fortune. Les marges : les Tafurs, pauvres combattants de la première croisade.

Les croisés étaient des chrétiens d'Occident de toutes conditions — princes, chevaliers, sergents, clercs, pauvres et femmes — que réunissait un seul acte : le vœu d'aller délivrer Jérusalem, scellé par une croix d'étoffe cousue sur l'épaule. Leur cœur militaire était une chevalerie souvent établie et chargée de famille, qui partait à ses frais pour le salut de son âme. Leur histoire entière, de 1095 à 1291, se lit dans notre guide complet des croisades ; l'origine des mots « croisé », « Franc » et « Sarrasin » a son article à part : croisés, Francs, Sarrasins : d'où viennent ces mots ?

Des pèlerins liés par un vœu#

Ce qui fait le croisé n'est ni la naissance ni le métier des armes : c'est le vœu de croisade. Devant un prêtre, le fidèle s'engage à marcher jusqu'au Saint-Sépulcre ; il reçoit la croix, la coud sur son manteau, et devient crucesignatus, « marqué de la croix » — d'où notre mot, expliqué dans croisés, Francs, Sarrasins : d'où viennent ces mots ?. Il obtient en échange l'indulgence et la protection de l'Église sur ses biens et sa famille ; il s'expose à l'excommunication s'il ne part pas. Ce vœu est le même pour le duc et pour le bouvier : c'est ce qui fait de la croisade une guerre de foi, comme l'explique les croisades étaient-elles une guerre de religion ?

Le chevalier croisé, cœur de l'armée#

Urbain II, à Clermont, s'adresse d'abord aux chevaliers. La chevalerie du XIe siècle est un monde de guerriers à cheval, propriétaires d'un équipement coûteux — haubert, heaume, lance, deux ou trois montures —, que l'Église s'efforce depuis un demi-siècle de discipliner par la paix et la trêve de Dieu. La croisade lui offre un emploi de ses armes qui soit une pénitence au lieu d'un péché. En 1096, les armées princières de la première croisade comptent, selon les estimations modernes, 6 000 à 7 000 chevaliers pour 50 000 à 60 000 personnes : un combattant monté pour huit ou neuf partants. Le détail de ces chiffres est dans combien de croisés sont partis en 1096 ? Derrière eux marchent les écuyers et les sergents, fantassins, arbalétriers et archers qui tiennent les sièges.

À leur tête, des princes du premier rang : Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, le plus riche seigneur du Midi ; Godefroy de Bouillon, duc de Basse-Lotharingie ; Robert Courteheuse, fils aîné de Guillaume le Conquérant ; Bohémond de Tarente ; Hugues de Vermandois, frère du roi de France. Plus tard, des rois mêmes : Louis VII et Conrad III en 1147, Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste et Frédéric Barberousse en 1189-1190, Saint Louis en 1248 et 1270.

Des cadets sans terre ? Le mythe#

Une explication répandue au XXe siècle voulait que les croisés aient été des cadets sans terre, fils puînés privés d'héritage, partis chercher en Orient le fief que la coutume leur refusait. L'étude des chartes de départ, menée notamment par Jonathan Riley-Smith sur des centaines d'actes, ne la confirme pas. Les partants sont très souvent des aînés et des chefs de famille, et ils partent en lignage : frères, cousins et gendres d'une même parenté prennent la croix ensemble, de génération en génération. Surtout, la croisade coûtait plusieurs années de revenus : un homme sans terre n'avait rien à vendre pour la financer. L'immense majorité des survivants, enfin, est rentrée chez elle une fois le vœu accompli, sans rien garder de l'Orient. On ne fait pas fortune en marchant trois ans vers un tombeau.

Le prix du départ#

Le financement de la croisade reposait d'abord sur le croisé lui-même. Godefroy engage son château de Bouillon à l'évêque de Liège ; Robert Courteheuse engage son duché à son frère Guillaume le Roux pour 10 000 marcs d'argent. Les petits chevaliers vendent un moulin, une vigne, un droit de péage aux abbayes voisines, et les chartes conservent leurs raisons : le salut de leur âme, la délivrance du Sépulcre. Le détail de ces sommes, puis de l'impôt de croisade qui les relaie au XIIe siècle, est dans combien coûtait une croisade ?

Le peuple : pauvres, clercs, femmes et Tafurs#

Autour des combattants marche tout un peuple. Des clercs d'abord : le légat Adhémar de Monteil, évêque du Puy, des chapelains, des moines — c'est à eux que nous devons les chroniques. Des pauvres ensuite, les pauperes des sources, venus avec Pierre l'Ermite ou à la suite des princes, qui creusent les tranchées, servent de porteurs et meurent les premiers de faim à Antioche. Des femmes, enfin, bien plus nombreuses que ne le voudraient les prédicateurs : épouses de seigneurs, comme la comtesse Elvire qui suit Raymond de Saint-Gilles, pèlerines, lavandières ; Aliénor d'Aquitaine part en 1147, Marguerite de Provence tient Damiette en 1250.

Aux marges de l'armée, les chroniqueurs placent les Tafurs : une bande de pauvres armés de bâtons, de frondes et de couteaux, sous un « roi Tafur », que Guibert de Nogent décrit pieds nus et vêtus de sacs, et que la Chanson d'Antioche rend redoutables à l'ennemi. On leur prête les pires excès de la famine de Maarat, en décembre 1098 : la chanson de geste les en charge plus que les chroniqueurs, et l'historien doit faire la part de la légende. Leur existence, elle, dit une vérité : la première croisade fut aussi l'affaire des plus pauvres.

Les nuances à connaître#

Les motivations ne se lisent pas dans les cœurs, seulement dans les actes. Il y eut des aventuriers, des débiteurs fuyant leurs créanciers, des repris de justice à qui la croix servait d'asile, et des princes comme Bohémond, qui gagna une principauté. Mais ce sont des cas que les chroniqueurs signalent parce qu'ils détonnent. Le profil change aussi avec le temps : au XIIIe siècle, les croisades deviennent des expéditions royales, plus encadrées, payées par l'impôt, où les pauvres sont moins nombreux et où l'on peut racheter son vœu contre de l'argent. Enfin, tous les chiffres d'effectifs sont des estimations modernes : les chroniqueurs parlent de centaines de milliers, ce que l'intendance médiévale rend impossible.

Ce qui demeure#

Ce qui demeure des croisés, ce sont d'abord leurs noms, dans les cartulaires des abbayes : des centaines de petits seigneurs qui, avant de partir, ont donné une terre « pour le salut de mon âme et de celles de mes parents », et dont on ne sait rien d'autre. La plupart ne sont pas revenus. Ils n'étaient ni des saints ni des brigands, mais des hommes de leur siècle, qui ont pris au sérieux une parole du pape et une promesse du Christ, et ont mis en gage tout ce qu'ils possédaient pour aller prier à un tombeau vide. On peut discuter leurs fautes ; on ne peut pas leur retirer cela.

Pour approfondir#

Sources

Textes. Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana, I, 6-10 (le départ et la composition des armées) · Raymond d'Aguilers, Historia Francorum, pour les pauvres et Maarat · Guibert de Nogent, Dei gesta per Francos, VII, pour les Tafurs · La Chanson d'Antioche, éd. S. Duparc-Quioc (1977-1978) · chartes de départ éditées par H. Hagenmeyer, Epistulae et chartae (1901). Ouvrages de référence. Jonathan Riley-Smith, The First Crusaders, 1095-1131 (Cambridge, 1997) ; Jean Flori, La Première Croisade (Complexe, 1992) ; John France, Victory in the East (Cambridge, 1994) ; Alain Demurger, Croisades et croisés au Moyen Âge (Flammarion, 2006).

Questions fréquentes#

Qui étaient les croisés ?

Des chrétiens d'Occident, de toutes conditions, qui avaient fait vœu d'aller combattre pour Jérusalem et cousu une croix sur leur vêtement. Les chevaliers en étaient le cœur militaire, mais ils ne formaient qu'environ un dixième des troupes : le reste était fait de sergents, d'écuyers, de clercs, de pauvres et de femmes.

Qu'est-ce qu'un chevalier croisé ?

Un chevalier qui a prononcé le vœu de croisade et cousu la croix sur son vêtement. Guerrier à cheval, il emportait à ses frais un équipement coûteux — haubert, heaume, lance, deux ou trois montures — et se faisait suivre d'écuyers et de sergents. En 1096, on compte 6 000 à 7 000 chevaliers sur 50 000 à 60 000 partants : peu nombreux, ils formaient le cœur militaire de l'armée.

Les croisés étaient-ils des cadets sans terre ?

Pas d'abord. L'étude des chartes de départ montre que beaucoup étaient des aînés et des chefs de famille, qui vendaient ou engageaient leur terre pour partir : Raymond de Saint-Gilles, Robert de Normandie, Godefroy de Bouillon. Une croisade coûtait plusieurs années de revenus ; un homme sans terre ne pouvait guère la financer.

Les femmes participaient-elles aux croisades ?

Oui, en nombre. Épouses de seigneurs, pèlerines, servantes : elles marchaient avec les armées dès 1096. Aliénor d'Aquitaine accompagne Louis VII en 1147 et Marguerite de Provence tient Damiette en 1250 pendant la captivité de Saint Louis.

D'où venaient les croisés ?

Surtout du royaume de France, de Lotharingie, de Normandie, de Provence et de l'Italie normande au XIe siècle ; puis de toute la chrétienté latine, Allemands, Anglais, Flamands, Italiens, Scandinaves et Hongrois compris. Les Orientaux les appelaient tous « Francs ».

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