Qui a lancé les croisades ?
Le pape Urbain II, le 27 novembre 1095 au concile de Clermont, après l'appel au secours de l'empereur byzantin Alexis Comnène.
Mis à jour le 14 octobre 2026

En bref
Qui lance l'appel : le pape Urbain II, le 27 novembre 1095, au concile de Clermont. Qui l'a demandé : l'empereur byzantin Alexis Comnène, par ambassade au concile de Plaisance en mars 1095. Qui l'avait pensé avant : le pape Grégoire VII, dès 1074. Qui le répand : Urbain II lui-même pendant neuf mois de prédication, les évêques, et des prédicateurs populaires comme Pierre l'Ermite. Qui part : aucun roi, mais les grands princes d'Occident, sous l'autorité du légat Adhémar de Monteil.
Les croisades ont été lancées par un pape : Urbain II, le 27 novembre 1095, au concile de Clermont. Il répondait à une demande de secours de l'empereur de Constantinople, Alexis Comnène, et reprenait un projet formé vingt ans plus tôt par Grégoire VII. Aucun roi n'est à l'origine de l'expédition : l'appel est romain, la réponse est chevaleresque. Pour le fil complet des deux siècles qui suivent, voyez notre guide complet des croisades.
Urbain II, l'homme de l'appel#
Urbain II — Eudes de Châtillon, ancien prieur de Cluny, pape du 12 mars 1088 au 29 juillet 1099 — est le seul à pouvoir faire ce qu'il fait : ordonner à la chevalerie d'Occident de marcher, et lui promettre que ce voyage vaudra pour toute pénitence. Au dernier jour du concile de Clermont (18-28 novembre 1095), devant une foule que la cathédrale ne contient pas, il prêche en plein champ. Nous n'avons pas ses mots exacts — quatre chroniqueurs les rapportent, tous après 1099 —, mais nous avons le canon 2 du concile, sa lettre aux Flamands de décembre 1095 et la date de départ qu'il fixe : le 15 août 1096.
Il ne s'arrête pas là. Pendant neuf mois, il parcourt la France du Sud et de l'Ouest — Limoges à Noël, Angers, Le Mans, Tours en mars, Toulouse et Nîmes en juillet — pour répéter l'appel et organiser le départ. Il désigne un chef spirituel, l'évêque du Puy Adhémar de Monteil, et interdit aux clercs de partir sans l'accord de leur évêque. Il meurt le 29 juillet 1099 sans savoir que Jérusalem est tombée quinze jours plus tôt. Le récit détaillé de cette journée : Clermont, 27 novembre 1095.
Alexis Comnène, celui qui a demandé du secours#
L'appel ne naît pas dans le vide. Depuis la défaite byzantine de Manzikert (1071), les Turcs seldjoukides tiennent l'Anatolie ; Jérusalem leur est passée en 1073. L'empereur Alexis Comnène, monté sur le trône en 1081, reconstruit son armée et cherche des combattants là où il y en a : en Occident. Au concile de Plaisance, au début de mars 1095, ses ambassadeurs exposent devant le pape et les évêques la situation des chrétiens d'Orient et demandent de l'aide. Urbain II les écoute et encourage les fidèles présents à jurer d'aller secourir l'empereur.
Il faut être exact sur ce point, car c'est là que se joue la moitié des malentendus sur les croisades : Alexis demandait des contingents de soldats à solder et à commander lui-même, pas une expédition autonome de dizaines de milliers de pèlerins en armes marchant sur Jérusalem. Ce qu'il a reçu l'a dépassé et inquiété — c'est la source de toutes les tensions entre Francs et Byzantins, à Constantinople en 1096-1097 comme un siècle plus tard.
Grégoire VII, le projet d'avant#
Vingt ans avant Clermont, un autre pape y avait déjà pensé. Grégoire VII, l'homme de la réforme dite grégorienne, écrit le 2 février 1074 à plusieurs princes pour leur demander le secours militaire qu'ils doivent à saint Pierre, puis le 1er mars une lettre circulaire « à tous ceux qui veulent défendre la foi chrétienne ». Le 7 décembre 1074, il confie à l'empereur Henri IV qu'il se dit prêt à marcher en personne jusqu'au tombeau du Christ, à la tête d'une armée qu'il évalue à cinquante mille hommes.
Rien n'en sortit : la querelle des investitures avec ce même Henri IV a consumé son pontificat. Mais l'idée était formulée — porter secours aux chrétiens d'Orient, aller jusqu'à Jérusalem, sous la conduite du successeur de Pierre — et Urbain II, qui avait servi Grégoire VII comme cardinal-évêque d'Ostie, savait exactement de quoi il héritait.
Ceux qui ont fait passer l'appel#
Un appel, même papal, n'atteint pas cinquante mille hommes tout seul. Il descend par les évêques, qui prêchent dans leurs diocèses ; par les abbayes clunisiennes, réseau spirituel de l'Europe ; par les princes qui prennent la croix les premiers et entraînent leur maisonnée — Adhémar de Monteil dès la fin du discours, le comte Raymond de Saint-Gilles dès le lendemain, puis Godefroy de Bouillon, qui engage son château à l'évêque de Liège pour financer son départ.
Et il déborde. Des prédicateurs itinérants, dont Pierre l'Ermite en Berry et en Champagne, portent l'appel à un peuple qu'Urbain II n'avait pas convoqué : le résultat est le départ prématuré du printemps 1096, sans chefs ni vivres, et les massacres de Juifs en Rhénanie que les évêques de Spire, Worms et Mayence tentent d'empêcher. Rien de cela n'était dans l'appel de Clermont ; tout cela en est sorti. Nous le racontons dans les croisades populaires.
Les nuances à connaître#
Trois, pour répondre juste. D'abord, « lancer les croisades » au pluriel n'a de sens que pour la première : chaque expédition suivante a son prédicateur et sa bulle — saint Bernard pour la deuxième (1146), Grégoire VIII pour la troisième (1187), Innocent III pour la quatrième (1198). Ensuite, Urbain II n'a pas inventé la guerre sainte : la Reconquista espagnole, la paix de Dieu et les indulgences pour la défense de l'Église existaient avant lui. Son acte propre est d'avoir noué le pèlerinage et l'expédition armée en un seul vœu, sanctionné par une indulgence. Enfin, l'appel de Clermont ne dit pas de conquérir des terres : il dit de secourir les chrétiens d'Orient et de délivrer le tombeau du Christ. Les chartes par lesquelles les croisés vendent leurs biens disent la même chose, et c'est la meilleure source que nous ayons sur leurs motifs.
Ce qui demeure#
Un appel lancé en plein air dans un champ d'Auvergne, par un vieux pape qui n'a aucune armée, a mis en marche des dizaines de milliers d'hommes vers une ville qu'ils n'avaient jamais vue, à trois mille kilomètres de là. Aucun d'eux n'y était forcé ; la plupart y ont laissé leur fortune ou leur vie. Sur la place de la Victoire, à Clermont-Ferrand, la statue d'Urbain II (1898) désigne encore l'Orient du doigt : c'est le geste qu'il faut retenir. Il montrait le tombeau vide.
Pour approfondir#
- Les croisades étaient-elles une guerre de religion ? — pourquoi l'appel d'un pape fait de la croisade une guerre de foi.
- Clermont, 27 novembre 1095 : l'appel d'Urbain II — le récit de la journée, le discours et l'indulgence.
- Les papes et les croisades — d'Urbain II à Nicolas IV, les successeurs qui ont relancé l'appel pendant deux siècles.
- Les croisades (1095-1291) : le guide complet — les deux siècles entiers, croisade après croisade.
- Les croisades résumées en 5 minutes — l'essentiel pour comprendre vite.
- La première croisade (1095-1099) — celle que cet appel a mise en route, de Clermont à Jérusalem.
- Quand commencent et finissent les croisades ? — les deux bornes, 1095 et 1291, et ce qui déborde de chaque côté.
- Combien y a-t-il eu de croisades ? — huit, neuf ou plusieurs dizaines : d'où vient le compte.
- Les croisades populaires — ce que l'appel a déclenché hors du plan du pape.
Sources
Chroniqueurs et actes. Canons du concile de Clermont, canon 2, et lettre d'Urbain II aux Flamands (décembre 1095), éd. H. Hagenmeyer, Epistulae et chartae ad historiam primi belli sacri spectantes · Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana, I, 1-4 · Robert le Moine, Historia Iherosolimitana, I, 1-2 · Guibert de Nogent, Dei gesta per Francos, II · Bernold de Constance, Chronicon, pour le concile de Plaisance (mars 1095) · Anne Comnène, Alexiade, X, pour le point de vue byzantin · Registre de Grégoire VII, lettres du 2 février, du 1er mars et du 7 décembre 1074. Ouvrages de référence. Jean Flori, La Première Croisade. L'Occident chrétien contre l'Islam (Complexe, 1992) et Pierre l'Ermite et la première croisade (Fayard, 1999) ; Jonathan Riley-Smith, The First Crusade and the Idea of Crusading (1986) ; Jean Richard, Histoire des croisades (Fayard, 1996).
Questions fréquentes#
Quel pape a lancé la première croisade ?
Urbain II, pape de 1088 à 1099. Il prêche l'appel le 27 novembre 1095 au concile de Clermont, puis parcourt la France pendant neuf mois pour le répéter. Il meurt le 29 juillet 1099, deux semaines après la prise de Jérusalem, sans en avoir appris la nouvelle.
Qui a demandé la croisade au pape ?
L'empereur byzantin Alexis Ier Comnène, dont les ambassadeurs réclament des soldats occidentaux contre les Turcs seldjoukides au concile de Plaisance, en mars 1095. Il attendait des mercenaires : il verra arriver des armées entières de pèlerins armés.
Le roi de France a-t-il lancé la première croisade ?
Non. Aucun roi ne part en 1096 : Philippe Ier de France est excommunié, Henri IV d'Allemagne est en conflit avec la papauté, Guillaume le Roux d'Angleterre reste chez lui. L'expédition est conduite par des princes — Godefroy de Bouillon, Raymond de Saint-Gilles, Bohémond — sous l'autorité du légat Adhémar de Monteil.
L'idée de croisade est-elle plus ancienne que 1095 ?
Oui. Le pape Grégoire VII voulait déjà, en 1074, conduire lui-même une armée au secours des chrétiens d'Orient jusqu'au tombeau du Christ. La querelle des investitures l'en a empêché ; Urbain II, son ancien collaborateur, a repris le projet vingt ans plus tard.