Quand commencent et finissent les croisades ?

Les croisades vont du concile de Clermont, le 27 novembre 1095, à la chute d'Acre, le 18 mai 1291 : cent quatre-vingt-seize ans.

Romain Croisade 7 min

Mis à jour le 12 octobre 2026

D'un côté un évêque bénissant une colonne de chevaliers croisés quittant une ville, de l'autre les derniers chevaliers embarquant sur une galère devant une forteresse ruinée au bord de la mer

En bref

Début retenu : 27 novembre 1095, appel d'Urbain II au concile de Clermont ; départ fixé au 15 août 1096. Fin retenue : 18 mai 1291, chute d'Acre — le siège d'Acre 1291 clôt la présence latine en Terre sainte. Durée : 196 ans. Épilogues : Ruad en septembre 1302, suppression du Temple en 1312. Après : les croisades tardives contre les Ottomans (Nicopolis 1396, Varna 1444, Lépante 1571, Vienne 1683) prolongent l'idée hors du cadre. Avant : la Reconquista espagnole et le projet de Grégoire VII (1074) en préparent la forme.

Les croisades commencent le 27 novembre 1095, jour où le pape Urbain II lance l'appel au concile de Clermont, et finissent le 18 mai 1291, jour où Acre, dernière grande ville franque de Terre sainte, tombe aux mains des Mamelouks. Cent quatre-vingt-seize ans. Ces deux bornes sont des conventions d'historiens : elles sont solides, mais elles ne racontent pas tout. Le fil complet de ces deux siècles est dans notre guide complet des croisades.

Pourquoi 1095 ?#

Parce que ce jour-là, pour la première fois, un pape ordonne à la chevalerie d'Occident de marcher vers Jérusalem et lui promet que ce voyage comptera pour toute pénitence. Le concile de Clermont siège du 18 au 28 novembre 1095 ; l'appel est prêché le 27, en plein champ, hors des murs. Le départ est fixé au 15 août 1096, fête de l'Assomption ; les bandes populaires, elles, partent dès le printemps. Le récit : Clermont, 27 novembre 1095.

On peut préférer d'autres dates de départ, et chacune dit quelque chose. 1096, quand les armées de la première croisade se mettent réellement en route. 1099, quand Jérusalem est prise et que l'entreprise devient une possession à défendre. Mais c'est bien 1095 qui fait la coupure : avant, il y a des guerres saintes ; après, il y a une croisade — un pèlerinage armé, prêché, voué, indulgencié. Qui a lancé les croisades ? détaille la part du pape, celle de Byzance et celle du projet antérieur de Grégoire VII.

Ce qu'il y avait avant#

Rien ne naît de rien. Depuis le VIIIe siècle, les chrétiens d'Espagne reconquièrent pied à pied leur péninsule, et la papauté encourage cette Reconquista : l'expédition internationale qui prend Barbastro en 1064 est parfois appelée « proto-croisade », car des chevaliers de toute la chrétienté y combattent avec l'appui de Rome — les fragments de bulles d'Alexandre II accordant une indulgence aux combattants d'Espagne sont traditionnellement rattachés à cette campagne, d'autres historiens les datant de celle d'Ébles de Roucy en 1073. En 1074, Grégoire VII forme le projet de conduire lui-même une armée au secours des chrétiens d'Orient. La paix de Dieu, enfin, avait déjà appris aux évêques à encadrer la violence des chevaliers.

Tous ces éléments existent avant Clermont ; ce qu'Urbain II fait, c'est les nouer en un seul acte et les orienter vers le tombeau du Christ.

Pourquoi 1291 ?#

Parce qu'à partir du 18 mai 1291, il n'y a plus de terre franque en Terre sainte. Le sultan mamelouk al-Ashraf Khalil met le siège devant Acre le 5 avril avec une armée immense ; six semaines plus tard, l'assaut général emporte la ville. Tyr, Sidon, Beyrouth, Tortose et Château-Pèlerin sont évacués avant la fin de l'été. Le récit : La chute d'Acre, 18 mai 1291, et le démantèlement entier dans La fin des États latins (1260-1291).

Là encore, la borne a des voisines. 1270 : la croisade de Tunis est la dernière expédition numérotée, et la mort de Saint Louis sur la cendre ferme l'âge des rois croisés. 1302 : l'îlot de Ruad, au large de Tortose, tenu par une garnison templière, est le tout dernier poste chrétien devant la Terre sainte ; il tombe en septembre. 1312 : le concile de Vienne supprime l'ordre du Temple, né pour garder des routes qui n'existent plus. Mais c'est 1291 qui est la date de la chose elle-même : après, on peut encore prêcher, on ne peut plus défendre.

Et après ? Les croisades tardives#

L'idée, elle, ne s'arrête pas. Les papes continuent de prêcher, les traités de reconquête s'écrivent — Pierre Dubois, Marino Sanudo —, les croisades tardives se succèdent contre les Ottomans : Nicopolis en 1396, Varna en 1444, Belgrade en 1456, Lépante en 1571, Vienne en 1683. En Espagne, la Reconquista s'achève à Grenade en 1492 ; en Baltique, les Teutoniques mènent leurs campagnes jusqu'au XVe siècle. Les Hospitaliers prennent Rhodes en 1310, passent à Malte en 1530 et y tiennent jusqu'au 12 juin 1798, quand Bonaparte s'en empare en route vers l'Égypte : ce sont les derniers moines-soldats en exercice. Leur histoire est racontée dans Les Hospitaliers, de Jérusalem à Malte.

Aucune de ces expéditions ne porte de numéro, aucune ne vise Jérusalem. C'est pourquoi on les range à part : la fin des croisades en Terre sainte est une date, la fin de l'esprit de croisade en est une autre, et elle est floue.

Les nuances à connaître#

Trois. D'abord, aucun contemporain ne savait qu'il vivait « pendant les croisades » : le mot français croisade n'apparaît qu'au XVe siècle, on disait alors le voyage, le passage, le pèlerinage de Jérusalem. Les bornes sont posées après coup, comme l'est la numérotation en huit croisades.

Ensuite, les historiens ne s'accordent pas. Les « traditionalistes » réservent le nom de croisade aux expéditions dirigées vers Jérusalem, et bouclent l'affaire en 1291. Les « pluralistes », dont Jonathan Riley-Smith et Norman Housley, définissent la croisade par sa forme juridique — prêchée par le pape, avec vœu, croix et indulgence —, ce qui inclut l'Espagne, la Baltique, les croisades contre les hérétiques et les guerres antiottomanes, et fait courir le mouvement sur sept siècles. Les deux comptes sont défendables ; ils ne mesurent simplement pas la même chose.

Enfin, une date de fin n'est pas une date de mort. En 1309, dix-huit ans après Acre, des foules de pauvres prennent encore la croix en Flandre et en Rhénanie pour descendre demander des navires au pape (les croisades populaires). L'idée a survécu longtemps à la dernière place forte.

Ce qui demeure#

Deux bornes, deux jours de novembre et de mai, séparés par près de deux siècles : c'est le temps qu'une génération transmet à sept autres. Ce que l'on tient rarement, c'est cette durée-là — non pas l'élan d'un homme, mais l'obstination d'une chrétienté qui, à chaque génération, a renvoyé des fils vers un tombeau que la plupart ne verraient jamais. Et la fin n'est pas une disparition : le Saint-Sépulcre est toujours là, la Custodie franciscaine en garde les Lieux saints depuis 1342, l'Ordre de Malte soigne encore. La date de 1291 ferme une entreprise militaire ; elle ne ferme pas ce pour quoi elle avait été entreprise.

Pour approfondir#

Sources

Chroniqueurs et actes. Canons du concile de Clermont, canon 2, et lettre d'Urbain II aux Flamands (décembre 1095), éd. H. Hagenmeyer, Epistulae et chartae ad historiam primi belli sacri spectantes · Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana, I, 1-4 · le Templier de Tyr, dans les Gestes des Chiprois, et l'Excidium Aconis, pour le siège de 1291 · Abou-l-Fida, Livre des annales, pour Acre et Ruad · Registre de Grégoire VII, lettres de 1074. Ouvrages de référence. Jonathan Riley-Smith, What Were the Crusades ? (4e éd., 2009) et The First Crusade and the Idea of Crusading (1986) ; Norman Housley, The Later Crusades, 1274-1580 (1992) ; Jean Richard, Histoire des croisades (Fayard, 1996) ; Alain Demurger, Croisades et croisés au Moyen Âge (Flammarion, 2006).

Questions fréquentes#

En quelle année commencent les croisades ?

En 1095 : le concile de Clermont s'achève le 27 novembre par l'appel d'Urbain II. Le départ effectif est fixé au 15 août 1096 ; les premières bandes populaires partent dès le printemps de cette année-là.

En quelle année finissent les croisades ?

En 1291, avec la chute d'Acre le 18 mai : la dernière grande ville franque de Terre sainte tombe et la présence latine continentale disparaît. Le tout dernier poste, l'îlot de Ruad, est perdu en septembre 1302.

Combien de temps les croisades ont-elles duré ?

Cent quatre-vingt-seize ans, de novembre 1095 à mai 1291. La conquête a pris quatre ans, la défense un siècle, le démantèlement mamelouk trente et un ans.

Pourquoi certains historiens font-ils durer les croisades jusqu'au XVIIIe siècle ?

Parce qu'ils définissent la croisade par sa forme juridique — une expédition prêchée par le pape, avec vœu, croix cousue et indulgence — et non par sa destination. Dans ce cas, le mouvement court jusqu'à Lépante (1571), Vienne (1683), voire 1798, quand Bonaparte prend Malte aux Hospitaliers.

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