Clermont, 27 novembre 1095 : l'appel d'Urbain II

Le 27 novembre 1095, à Clermont, le pape Urbain II appelle la chevalerie à délivrer Jérusalem. Ce que l'on sait du discours, de l'indulgence et du départ.

Romain Croisade 5 min

Mis à jour le 14 octobre 2026

Le pape Urbain II prêchant la croisade devant la foule, en plein champ, à Clermont

En bref

Quand : 27 novembre 1095, dernier jour du concile de Clermont (18-28 novembre). Où : Clermont, en Auvergne, en plein champ hors de la ville. Qui : le pape Urbain II devant les évêques du concile et une foule de clercs, de chevaliers et de gens du peuple. Quoi : l'appel à marcher au secours des chrétiens d'Orient et à délivrer Jérusalem, avec la promesse d'une indulgence. Départ fixé : 15 août 1096, fête de l'Assomption.

Le 27 novembre 1095, un pape français parle en plein air devant une foule que la cathédrale ne peut contenir, et la chrétienté change de siècle. Nous n'avons pas ses mots exacts ; nous avons ce qu'ils ont produit : dans les neuf mois, des dizaines de milliers d'hommes et de femmes cousent une croix d'étoffe sur leur épaule et prennent la route de Jérusalem. C'est le premier acte de la première croisade.

Avant : un pape réformateur et un appel venu d'Orient#

Urbain II — Eudes de Châtillon, ancien prieur de Cluny, pape depuis 1088 — est l'héritier de la réforme grégorienne : une Église libre des princes, une chevalerie mise au service de la justice de Dieu. En mars 1095, au concile de Plaisance, il a reçu les ambassadeurs de l'empereur byzantin Alexis Comnène (qui a lancé les croisades ? fait la part de chacun), qui demandent des soldats contre les Turcs seldjoukides, maîtres de l'Anatolie depuis Manzikert (1071) et de Jérusalem depuis 1073. Les pèlerins qui reviennent d'Orient racontent des routes coupées et des sanctuaires humiliés.

L'été 1095, Urbain traverse les Alpes et parcourt la France du Sud : Le Puy, où il rencontre l'évêque Adhémar de Monteil, Saint-Gilles, où il voit sans doute le comte Raymond de Saint-Gilles, puis Cluny. Le concile de Clermont, convoqué pour le 18 novembre, doit d'abord traiter des affaires de l'Église : la paix de Dieu, la simonie, l'excommunication du roi Philippe Ier pour son adultère. L'appel à la croisade est réservé pour la fin. Les causes lointaines de cet appel — pèlerinages, Manzikert, la chute de Jérusalem aux mains des Turcs — sont rassemblées dans pourquoi les croisades ? Les causes expliquées.

Le 27 novembre : le discours#

Le dernier jour, la foule est trop nombreuse : on dresse une estrade hors des murs. Quatre chroniqueurs rapportent le discours — Foucher de Chartres, Robert le Moine, Baudri de Bourgueil, Guibert de Nogent — tous après la prise de Jérusalem, chacun avec ses accents. Les thèmes communs sont sûrs : les souffrances des chrétiens d'Orient et des pèlerins ; la honte d'une chevalerie qui s'entretue en Occident alors que le tombeau du Christ est aux mains des infidèles ; la promesse que celui qui partira pour Dieu, et non pour la gloire ou le butin, verra sa pénitence remise.

Selon Robert le Moine, la foule interrompt le pape d'un cri unanime : Deus le volt ! — « Dieu le veut ! ». Urbain en fait le cri de guerre de l'expédition et ordonne que chaque partant porte une croix cousue sur son vêtement. Adhémar de Monteil s'avance le premier et reçoit la croix ; le pape en fera son légat, chef spirituel de l'armée. Le lendemain, les envoyés de Raymond de Saint-Gilles annoncent que le comte de Toulouse partira avec tous ses hommes.

Après : neuf mois de prédication#

Le canon 2 du concile fixe la règle en une phrase : « Quiconque, par dévotion seulement, et non pour obtenir honneur ou argent, sera allé à Jérusalem pour libérer l'Église de Dieu, ce voyage lui sera compté pour toute pénitence. » Urbain précise sa pensée dans une lettre aux Flamands (décembre 1095) : il s'agit de délivrer les Églises d'Orient et Jérusalem, sous la conduite d'Adhémar ; le départ est fixé au 15 août 1096. Ce canon sera repris et précisé par tous ses successeurs, d'Eugène III à Grégoire X : on les retrouve dans les papes et les croisades.

Ceux qui ont reçu la croix d'étoffe sur l'épaule sont désormais « croisés » — d'où vient le mot. Le pape ne rentre pas à Rome. Il prêche pendant neuf mois : Limoges à Noël, Angers, Le Mans, Tours en mars 1096, puis Toulouse et Nîmes en juillet. Des prédicateurs relaient l'appel bien au-delà de ce qu'il avait prévu — Pierre l'Ermite en Berry et en Champagne — et le peuple se met en route avant les princes. Les grands seigneurs, eux, vendent ou engagent leurs terres : Godefroy de Bouillon cède son château à l'évêque de Liège, Robert de Normandie hypothèque son duché à son frère.

Ce qu'en disent les chroniqueurs#

Foucher de Chartres, qui était peut-être présent, insiste sur la paix entre chrétiens et le secours aux frères d'Orient. Robert le Moine, le plus lu au Moyen Âge, donne le discours le plus lyrique : Jérusalem « nombril du monde », les Francs « race élue ». Guibert de Nogent souligne le lien entre la croisade et la fin des temps. Aucun ne parle de conquête de terres pour les cadets : tous parlent de pénitence, de pèlerinage et du tombeau du Christ. Les chartes de départ, où les croisés expliquent pourquoi ils vendent leurs biens, disent la même chose.

Ce qui demeure#

Clermont n'a pas inventé la guerre sainte ; il a offert à des hommes de guerre un chemin de salut qui passait par le service des autres — les chrétiens d'Orient, les pèlerins, le tombeau vide de Jérusalem. Quatre ans plus tard, ceux qui ont tenu leur vœu entrent dans la Ville sainte (la prise de Jérusalem, 15 juillet 1099). Sur la place de la Victoire à Clermont-Ferrand, la statue d'Urbain II (1898) désigne encore l'Orient du doigt. C'est de cette journée que les historiens datent le début des croisades : quand commencent et finissent les croisades ?

Sources

Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana, I, 1-4 · Robert le Moine, Historia Iherosolimitana, I, 1-2 · Baudri de Bourgueil, Historia Jerosolimitana, I · Guibert de Nogent, Dei gesta per Francos, II · Canons du concile de Clermont et lettre d'Urbain II aux Flamands (déc. 1095), éd. H. Hagenmeyer, Epistulae et chartae. — Jean Flori, La Première Croisade (Complexe, 1992) ; Jonathan Riley-Smith, The First Crusade and the Idea of Crusading (1986).

Questions fréquentes#

Qu'a dit exactement Urbain II à Clermont ?

On ne le sait pas mot pour mot : aucun texte n'a été pris en dictée. Quatre chroniqueurs, dont Foucher de Chartres et Robert le Moine, en donnent des versions écrites après 1099 ; les canons du concile et la lettre du pape aux Flamands (décembre 1095) sont les sources les plus sûres.

Quelle récompense promettait le pape aux croisés ?

La remise de toute pénitence pour celui qui partirait « par dévotion seulement, et non pour gagner honneur ou argent » : c'est l'indulgence de croisade, inscrite au canon 2 du concile.

Qui a été le premier à prendre la croix ?

Adhémar de Monteil, évêque du Puy, dès la fin du discours. Il sera nommé légat du pape pour l'expédition. Le lendemain, les envoyés du comte Raymond de Saint-Gilles annoncent le départ de leur maître.

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