Saint Louis en Égypte : la septième croisade (1248-1250)

Damiette prise en un jour, la charge fatale de Mansourah, le roi captif puis racheté : le récit de la septième croisade de Saint Louis en Égypte, 1248-1250.

Romain Croisade 6 min

Mis à jour le 19 septembre 2026

Le roi Louis IX couronné, en armure, débarquant d'un navire devant Damiette, palmiers et minarets

En bref

Quand : départ d'Aigues-Mortes le 25 août 1248 ; débarquement à Damiette le 5 juin 1249 ; Mansourah le 8 février 1250 ; capture le 6 avril, libération le 6 mai 1250. Qui : Louis IX, roi de France, ses frères Robert d'Artois, Alphonse de Poitiers et Charles d'Anjou, environ 15 000 hommes dont 2 500 chevaliers ; face à eux, l'Égypte ayyoubide du sultan as-Salih Ayyoub puis de Turanshah, et ses mamelouks. Issue : échec militaire complet ; le roi captif puis racheté. Suite : quatre ans en Terre sainte (1250-1254).

Un roi de France prend l'Égypte en un jour, puis perd son armée en une charge et se retrouve enchaîné dans une maison de Mansourah. Ce qu'il fait alors — refuser de fuir, refuser de renier, marchander pour ses hommes et non pour lui — vaut à Louis IX, plus que toutes ses victoires, le nom de saint. Ce récit resserré suit la campagne d'Égypte ; le pilier La septième croisade (1248-1254) en donne toutes les étapes, du vœu de Pontoise aux quatre années en Terre sainte.

Avant : un vœu et quatre ans de préparation#

En décembre 1244, à Pontoise, Louis IX, vingt-neuf ans, est au bord de la mort ; on l'a cru passé. Revenu à lui, il demande la croix, contre l'avis de sa mère Blanche de Castille. La nouvelle vient d'arriver que Jérusalem, rendue aux Francs par traité en 1229, a été reprise et saccagée par les Khwarezmiens (23 août 1244) et que l'armée du royaume a été anéantie à La Forbie. Le roi ne fait pas un vœu de convalescent : il prépare l'expédition quatre ans durant. Il fait construire le port d'Aigues-Mortes, affrète des navires génois, accumule vivres et argent à Chypre, réforme l'administration du royaume pour la laisser saine à sa mère, régente.

Le 25 août 1248, il s'embarque avec la reine Marguerite de Provence, ses frères et le sénéchal de Champagne Jean de Joinville, qui racontera tout. L'armée passe l'hiver à Chypre. Le but est choisi : l'Égypte, cœur de la puissance ayyoubide, dont la prise ou l'échange rendrait Jérusalem pour longtemps.

Le déroulé#

5-6 juin 1249 : Damiette en un jour. Devant la plage de Damiette, à l'embouchure du Nil, l'armée débarque sous les flèches ; le roi, la lance à la main, saute dans l'eau jusqu'aux aisselles malgré ceux qui le retiennent. L'émir Fakhr ad-Din recule ; dans la nuit, la garnison et la population évacuent la ville, dont les croisés avaient mis dix-huit mois à s'emparer en 1219. Le 6 juin, Louis entre à Damiette et fait de la grande mosquée une cathédrale. Puis il attend cinq mois : la crue du Nil interdit toute marche avant novembre.

Novembre 1249 - février 1250 : le canal d'Achmoun. L'armée descend vers Le Caire et bute, face à Mansourah, sur un bras du Nil, le Bahr as-Saghir. Six semaines de travaux de chaussée sont ruinés par le feu grégeois des Égyptiens ; Joinville décrit ces « tonneaux de feu » qui traversent la nuit « comme un dragon volant ». Un Bédouin vend enfin le secret d'un gué. Dans le camp adverse, le sultan as-Salih Ayyoub est mort en novembre ; sa veuve Chajar ad-Durr cache sa mort en attendant l'héritier, Turanshah.

8 février 1250 : Mansourah. À l'aube, l'avant-garde passe le gué : Robert d'Artois, frère du roi, les Templiers et les Anglais de Guillaume Longue-Épée. Le plan est d'attendre le roi sur l'autre rive. Robert surprend le camp égyptien, tue Fakhr ad-Din au sortir de son bain, et, contre l'avis du maître du Temple Guillaume de Sonnac, poursuit à bride abattue dans les rues de Mansourah. Les mamelouks du sultan, menés par Baybars, referment les ruelles derrière lui : Robert d'Artois, Guillaume Longue-Épée et près de trois cents Templiers y meurent. Louis, passé à son tour, tient le champ de bataille toute la journée à force de charges ; Joinville le voit, « le plus beau chevalier qu'on vît jamais », la masse d'armes à la main. Mais l'armée a perdu sa cavalerie d'élite et n'ira pas plus loin.

Mars-avril 1250 : la retraite et la capture. Turanshah arrive et fait porter des bateaux à dos de chameau en aval du camp franc : le ravitaillement de Damiette est coupé. Le scorbut et la dysenterie ravagent l'armée — Joinville raconte les barbiers qui coupent les chairs mortes des gencives pour que les hommes puissent manger. Le 5 avril, la retraite commence ; le 6, à Fariskur, l'armée est encerclée. On presse le roi, malade au point de ne plus tenir en selle, de s'échapper en galère : il refuse d'abandonner son peuple. Tous sont pris.

Après : le roi captif#

Enchaîné, menacé de torture, Louis répond au sultan qu'il est son prisonnier et qu'il fera de lui ce qu'il voudra ; il récite chaque jour son office. Il négocie une rançon de 800 000 besants et la restitution de Damiette — pour ses hommes ; pour lui-même, dit-il, un roi ne se rachète pas, il rend une ville. Le 2 mai, les mamelouks assassinent Turanshah sous les yeux des captifs : la dynastie de Saladin s'éteint, celle des Mamelouks commence. Le 6 mai, Damiette rendue et la moitié de la rançon versée — Joinville a dû forcer le trésor des Templiers —, le roi est libre. La reine Marguerite, qui vient d'accoucher à Damiette d'un fils nommé Jean-Tristan, l'attend à Acre.

Contre l'avis de ses frères, Louis reste quatre ans en Terre sainte (1250-1254), rachète les captifs, refortifie Acre, Césarée, Jaffa et Sidon de ses mains, et ne rentre en France qu'à la mort de sa mère. Il reprendra la croix en 1267, pour mourir devant Tunis lors de la huitième croisade.

Ce qu'en disent les chroniqueurs#

Joinville, témoin et ami, ne cache rien : la faute de Robert d'Artois, la puanteur du camp, sa propre peur. C'est ce qui rend son portrait du roi crédible — un homme qui commande mal une campagne et se conduit parfaitement dans le désastre. Du côté égyptien, Ibn Wasil et al-Maqrizi s'étonnent de ce roi qui refuse de fuir et paie ce qu'il a promis. Aucun ne doute de sa foi.

Ce qui demeure#

La septième croisade est un échec militaire total, et l'une des plus grandes pages de sainteté de l'histoire de France. Ce que Louis n'a pas obtenu par les armes — Jérusalem —, il l'a cherché ensuite par la fidélité : quatre ans à réparer les murs des autres, une rançon payée jusqu'au dernier besant, un second départ à cinquante-six ans. L'Église l'a canonisé en 1297 ; Aigues-Mortes garde ses remparts, et Damiette, dans la mémoire chrétienne, le souvenir d'un roi qui sauta dans l'eau le premier.

Sources

Jean de Joinville, Vie de saint Louis, §§ 106-390 · Guillaume de Nangis, Gesta Ludovici IX · Lettre de Louis IX à ses sujets (août 1250) · Ibn Wasil, Mufarrij al-kurub · Al-Maqrizi, Kitab al-suluk. — Jacques Le Goff, Saint Louis (Gallimard, 1996) ; Jean Richard, Saint Louis, roi d'une France féodale (Fayard, 1983) ; Peter Jackson, The Seventh Crusade, 1244-1254: Sources and Documents (2007).

Questions fréquentes#

Pourquoi Saint Louis a-t-il attaqué l'Égypte et non Jérusalem ?

Parce que l'Égypte est le cœur de la puissance ayyoubide qui tient Jérusalem : la prendre, ou l'échanger, c'est reprendre la Ville sainte durablement. La cinquième croisade avait déjà tenté la même stratégie en 1218.

Comment Saint Louis a-t-il été fait prisonnier ?

Lors de la retraite de Mansourah vers Damiette, le 6 avril 1250, à Fariskur : l'armée, décimée par le scorbut et la dysenterie et coupée de son ravitaillement, est encerclée ; le roi, malade, refuse de fuir en bateau et se rend avec ses hommes.

Combien a coûté la rançon de Saint Louis ?

800 000 besants, soit 400 000 livres tournois — environ une année de revenus du royaume de France — plus la restitution de Damiette. La moitié fut payée avant la libération du roi, le 6 mai 1250.

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