Saint Louis, le roi croisé : portrait de Louis IX
Louis IX (1214-1270) prend la croix deux fois : Égypte en 1248, captif à Mansourah, puis Tunis en 1270 où il meurt. Portrait du roi canonisé en 1297.

En bref
25 avril 1214 (Poissy) - 25 août 1270 (Tunis). Roi de France dès 1226, sous la régence de Blanche de Castille ; époux de Marguerite de Provence (1234). Croisé deux fois : septième croisade (1248-1254) — Damiette prise (6 juin 1249), défaite de Mansourah (février 1250), roi captif puis racheté, quatre ans de fortifications en Terre sainte — et huitième croisade (1270), morte devant Tunis. Canonisé en 1297. Adversaires : les sultans ayyoubides puis mamelouks d'Égypte ; chroniqueur : Joinville.
Louis IX n'a ni conquis Jérusalem ni gagné sa guerre, et il est pourtant le roi que la chrétienté a retenu comme le modèle du prince croisé. Le récit de ses campagnes est fait dans la septième croisade (récit détaillé en Égypte) et la huitième ; ici, c'est l'homme qui compte, parmi les chefs des croisades.
Origines : un roi enfant, une mère de fer#
Louis naît le 25 avril 1214 à Poissy, quelques mois avant Bouvines, petit-fils de Philippe Auguste. Son père Louis VIII meurt en 1226 : il est sacré à Reims à douze ans. Sa mère, Blanche de Castille, gouverne en son nom, tient tête aux grands barons révoltés et l'élève dans une piété exigeante — la tradition lui prête le mot qu'elle le préférerait mort plutôt que coupable d'un péché mortel ; la phrase est rapportée par Joinville et Geoffroi de Beaulieu, au moins « en substance ». En 1234, il épouse Marguerite de Provence, qui le suivra en Égypte et lui donnera onze enfants.
Ascension : le roi bâtisseur de la chrétienté#
Majeur, Louis règne en roi de paix : il fait juger sous le chêne de Vincennes selon la tradition, envoie des enquêteurs corriger les abus de ses officiers, bat une monnaie stable. Il obtient surtout de l'empereur latin de Constantinople, Baudouin II, endetté, la couronne d'épines (1239) et d'autres reliques de la Passion, qu'il accueille pieds nus, en chemise, en 1239 puis 1241, avant de les abriter dans la Sainte-Chapelle, consacrée en 1248. Le roi qui garde à Paris la couronne du Christ ne peut rester indifférent au sort du tombeau du Christ : Jérusalem vient de retomber en 1244, prise par les Khwarezmiens. Pour le contexte du moment, voyez la sixième croisade qui l'a précédée.
Le moment décisif : prendre la croix, puis la perdre à Mansourah#
Tombé si gravement malade en décembre 1244 qu'on le croit mort, Louis fait vœu de croisade dès qu'il recouvre la parole. Il résiste aux supplications de sa mère et de ses conseillers et tient quatre ans de préparatifs. Il embarque à Aigues-Mortes le 25 août 1248, débarque à Damiette le 6 juin 1249 et la prend presque sans combat.
Puis vient l'Égypte et le Nil. Le 8 février 1250, à Mansourah, son frère Robert d'Artois désobéit aux ordres, charge dans la ville et y meurt avec une partie des Templiers. L'armée, décimée par le scorbut et la dysenterie, doit battre en retraite : le roi, malade lui-même, est pris à Fariskur le 6 avril 1250. Joinville, présent, le montre refusant de quitter ses hommes malgré la fièvre et la faiblesse, et traitant avec dignité avec les émirs. Il obtient sa liberté contre la reddition de Damiette et une rançon de 400 000 livres — à régler en deux versements — et libère aussi des milliers de captifs.
Il ne rentre pas en France : de 1250 à 1254, il reste en Terre sainte, relève et agrandit les murailles de Jaffa, Césarée, Sidon et Acre, rachète des prisonniers, négocie avec les Mamelouks nouvellement installés. Il comprend en 1251 qu'il n'a pas les forces de prendre Jérusalem et de la tenir, et il y renonce ; c'est la décision d'un chef qui accepte de ne pas faire ce qui lui serait le plus cher. La mort de Blanche de Castille, fin 1252, le rappelle en France en 1254.
La fin : Tunis, 1270#
De retour, il réforme (la grande ordonnance de 1254), arbitre l'Europe — traité de Paris avec l'Angleterre en 1259, Mise d'Amiens en 1264 — et soutient sans cesse la Terre sainte, dont la situation se dégrade sous les coups de Baybars. En 1267, il reprend la croix, contre l'avis de beaucoup et malgré une santé déclinante. L'expédition, soutenue par son frère Charles d'Anjou, roi de Sicile, met le cap sur Tunis plutôt que sur l'Égypte. Le roi y débarque en juillet 1270 ; la dysenterie (ou le typhus) ravage le camp, emporte son fils Jean-Tristan puis le roi, le 25 août 1270. Selon les récits, il serait mort en prononçant le nom de Jérusalem ; c'est une tradition édifiante, pas une certitude. Ses ossements sont ramenés à Saint-Denis, son cœur et ses entrailles restent en Sicile, à Monreale. Pour le détail de la campagne, voir la huitième croisade.
Le portrait par les chroniqueurs#
Jean de Joinville, sénéchal de Champagne, compagnon du roi en Égypte et en Terre sainte, écrit sa Vie de saint Louis vers 1305-1309, à plus de quatre-vingts ans : il y raconte un roi simple, qui s'assied par terre pour rendre la justice, qui rit, qui s'emporte contre les jurons, qui aime « les preudommes ». Guillaume de Saint-Pathus et Geoffroi de Beaulieu, ses confesseurs, insistent sur la prière, le jeûne et le soin des pauvres, dans le cadre du procès de canonisation. Du côté musulman, le récit d'Ibn Wasil ou de Maqrizi décrit un adversaire courageux, loyal à sa parole, et un roi qui impressionne même ses geôliers. Tous s'accordent sur un point : aucune ambition personnelle ne le meut.
Ce qui demeure#
Louis IX est canonisé le 11 août 1297 par Boniface VIII : c'est le seul roi de France reconnu saint. La Sainte-Chapelle, dont la couronne d'épines est aujourd'hui conservée à Notre-Dame de Paris, se dresse encore au cœur de la capitale ; à Aigues-Mortes, les remparts et la tour de Constance rappellent le port d'où il a embarqué. Ses deux croisades ont échoué sur le terrain. Mais il laisse l'image qu'avait voulue la chevalerie : un souverain qui mêle justice, humilité et courage, qui rachète ses hommes plutôt que de les abandonner, et qui est mort pour la garde du tombeau du Christ en laissant plus d'exemples que de victoires. Parmi les grandes figures du temps : les 20 personnages à connaître ; son adversaire en miroir, un siècle plus tôt, fut Saladin.
Sources
Jean de Joinville, Vie de saint Louis · Geoffroi de Beaulieu, Vita Ludovici noni · Guillaume de Saint-Pathus, Vie de saint Louis · Guillaume de Nangis, Gesta Ludovici IX · Ibn Wasil, Mufarrij al-kurub (récit musulman de 1249-1250). — Jacques Le Goff, Saint Louis (Gallimard, 1996) ; Jean Richard, Saint Louis (Fayard, 1983) ; Alain Demurger, Croisades et croisés au Moyen Âge (Flammarion, 2006).
Questions fréquentes#
Pourquoi Saint Louis est-il parti en croisade ?
Gravement malade en décembre 1244, il fait vœu de prendre la croix s'il guérit. Il guérit, et part en 1248 pour l'Égypte, clef de la Terre sainte, après avoir fait venir à Paris la couronne d'épines.
Combien de croisades Saint Louis a-t-il faites ?
Deux : la septième croisade (1248-1254), en Égypte puis en Terre sainte, et la huitième (1270), à Tunis, où il meurt de maladie le 25 août 1270.
Saint Louis a-t-il vu Jérusalem ?
Non. Il a séjourné quatre ans en Terre sainte mais a renoncé à marcher sur la Ville sainte en 1251, faute de moyens pour la tenir ; il est resté pèlerin de cœur.
Quand Louis IX a-t-il été canonisé ?
Le 11 août 1297, par le pape Boniface VIII, vingt-sept ans après sa mort, à la suite d'une enquête sur sa vie et ses miracles.