Combien de temps durait le voyage vers Jérusalem ?

Par terre, cinq mois pour un pèlerin et trois ans pour l'armée de 1096 ; par mer, deux à six semaines de Marseille ou de Venise à Acre, au printemps ou en été.

Romain Croisade 6 min

Mis à jour le 12 octobre 2026

Des croisés et des pèlerins embarquent sur une nef à voiles dans un port méditerranéen, tandis qu'une colonne de marcheurs s'éloigne sur une route de collines

En bref

Par terre : environ 4 000 km de la France à Jérusalem par la Hongrie, Constantinople et l'Anatolie ; quatre à cinq mois pour un pèlerin, deux ou trois ans pour une armée (1096-1099). Par mer : deux à six semaines de Marseille, Gênes, Venise ou Messine jusqu'à Acre ou Jaffa. Quand : deux départs par an, le passagium de printemps (vers Pâques) et celui de l'été (août-septembre) ; pas de navigation l'hiver. Le vrai délai : l'attente — de la flotte, du vent, de l'hiver passé en Sicile ou à Chypre. Exemples : Louis VII, Saint-Denis-Antioche, neuf mois (1147-1148) ; Richard Cœur de Lion, Vézelay-Acre, onze mois (1190-1191) ; Saint Louis, Aigues-Mortes-Chypre, trois semaines (1248).

Le voyage vers Jérusalem durait de quelques semaines à trois ans. Par mer, une nef partie de Marseille ou de Venise touchait Acre en deux à six semaines si le vent était bon ; par terre, un pèlerin marchait quatre à cinq mois, et l'armée de la première croisade mit près de trois ans, de 1096 à 1099. La place de ces routes dans l'histoire des expéditions se lit dans notre guide complet des croisades.

Ce qu'il faut retenir#

Avant les croisades, la route des pèlerins. Le Pèlerinage à Jérusalem n'attend pas 1095. En 1064-1065, l'évêque Gunther de Bamberg conduit plusieurs milliers d'Allemands par la Hongrie et Constantinople : partis à l'automne, ils sont au Saint-Sépulcre au printemps suivant, après quatre à cinq mois de marche, non sans avoir été assaillis par des Bédouins en Palestine. C'est cette route, de 25 à 30 kilomètres par jour, que suivront les premiers croisés ; on comprend, avec pourquoi le Saint-Sépulcre comptait tant, qu'on ait accepté de la faire à pied.

La première croisade : trois ans de marche. L'armée de Godefroy de Bouillon quitte la Lotharingie le 15 août 1096 et campe devant Constantinople le 23 décembre. Les princes se rassemblent devant Nicée au printemps 1097. Puis vient la Traversée de l'Anatolie : de la fin de juin au 21 octobre 1097, quatre mois sous la chaleur et la soif, par Dorylée et un plateau dévasté. Antioche retient l'armée huit mois de siège, et une année d'attente encore ; elle n'arrive devant Jérusalem que le 7 juin 1099. Une armée de 50 000 à 60 000 personnes — on en a fait le compte dans combien de croisés sont partis en 1096 ? — avance au pas des chariots et des pauvres, et doit trouver du blé chaque jour. Le récit est dans le pilier de la première croisade.

La mer, plus courte mais tenue par les saisons. Dès que les Francs tiennent la côte, au XIIe siècle, la voie de mer l'emporte. On n'y navigue pas l'hiver : les navires partent au Passagium de printemps, vers Pâques, ou à celui de l'été, en août-septembre. Les Ports d'embarquement sont Venise, Gênes, Pise et Marseille, puis Brindisi, Bari et Messine pour qui descend l'Italie à pied, et Aigues-Mortes, fondée par Saint Louis. Les marins comptaient quinze jours de Marseille à Acre par vent favorable ; en 1240, Richard de Cornouailles part de Marseille à la mi-septembre et débarque à Acre le 8 octobre. Le retour, contre les vents dominants, était souvent plus long.

Les croisades royales : l'attente plus longue que la route. Louis VII part de Saint-Denis le 11 juin 1147, atteint Constantinople le 4 octobre et n'arrive à Antioche, par mer depuis Attalia, que le 19 mars 1148, après le désastre du mont Cadmos : neuf mois, racontés dans la deuxième croisade. Richard Cœur de Lion quitte Vézelay le 4 juillet 1190, hiverne à Messine, conquiert Chypre en mai et touche Acre le 8 juin 1191 : onze mois, dont six d'hiver en Sicile (la troisième croisade). Saint Louis, parti d'Aigues-Mortes le 25 août 1248, est à Chypre dès le 17 septembre ; mais il y passe l'hiver pour rassembler vivres et vaisseaux, et ne débarque en Égypte qu'en juin 1249.

Les nuances#

Il n'y a pas « une » durée. Elle dépend de la route, de la saison, de la taille de la troupe et de l'accueil des pays traversés : Barberousse, parti de Ratisbonne le 11 mai 1189, est encore en Cilicie treize mois plus tard quand il se noie dans le Saleph. Les distances journalières que l'on donne ici sont des moyennes tirées des itinéraires ; une armée qui s'arrête pour négocier avec Byzance ou attendre ses retardataires peut rester des semaines au même camp. La mer n'est pas sans risques non plus : tempêtes, naufrages, pirates, calmes qui affament l'équipage. Les chiffres en semaines sont ceux d'un voyage réussi.

Ce qui demeure#

Pour un homme de 1100, Jérusalem est au bout du monde connu, et l'on s'y rend comme on entre en religion : en réglant ses dettes, en faisant son testament, en demandant pardon à ses voisins. Les mois de marche faisaient partie du pèlerinage ; la route elle-même était une pénitence, offerte pas à pas jusqu'au tombeau du Christ. Ce qui demeure de ces voyages, ce sont les chemins eux-mêmes — la via Egnatia, les ports de Venise et d'Aigues-Mortes, les hospices fondés pour les pèlerins — et l'idée, toujours vivante, que l'on ne va pas au Saint-Sépulcre comme on va ailleurs.

Pour approfondir#

Sources

Textes. Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana, I (l'itinéraire de 1096-1099) · Raymond d'Aguilers, Historia Francorum (la route d'Antioche à Jérusalem) · Annales Altahenses maiores, année 1065 (le grand pèlerinage allemand) · Eudes de Deuil, De profectione Ludovici VII in Orientem · Itinerarium peregrinorum et gesta regis Ricardi, II · Jean de Joinville, Vie de saint Louis (l'embarquement et la traversée de 1248). Ouvrages de référence. John H. Pryor, Geography, Technology and War: Studies in the Maritime History of the Mediterranean, 649-1571 (Cambridge, 1988) ; Pierre-André Sigal, Les Marcheurs de Dieu (Armand Colin, 1974) ; Jean Richard, Histoire des croisades (Fayard, 1996) ; John France, Victory in the East (Cambridge, 1994).

Questions fréquentes#

Combien de temps fallait-il pour aller à Jérusalem au Moyen Âge ?

Par mer, depuis Marseille, Gênes ou Venise, deux à six semaines selon les vents. Par terre, environ cinq mois pour une troupe de pèlerins qui marche sans s'arrêter, et beaucoup plus pour une armée : près de trois ans pour la première croisade, de 1096 à 1099.

Combien de temps a duré la marche de la première croisade ?

L'armée de Godefroy de Bouillon part le 15 août 1096, atteint Constantinople le 23 décembre 1096 et arrive devant Jérusalem le 7 juin 1099 : près de trois ans pour environ 4 000 kilomètres, dont huit mois de siège devant Antioche.

Pourquoi les croisés ne partaient-ils pas tous par la mer ?

Au XIe siècle, aucune flotte occidentale ne pouvait transporter des dizaines de milliers de personnes et leurs chevaux, et les ports de Syrie étaient aux mains des musulmans. La voie de mer ne l'emporte qu'au XIIe siècle, quand les Francs tiennent la côte et que Venise, Gênes et Pise louent leurs navires.

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