Tous les sièges des croisades (1096-1291)
De Xerigordon (1096) à Acre (1291) : les 31 grands sièges des croisades en Orient, dans l'ordre, avec dates, assiégeants, issue et conséquence de chacun.

En bref
Période : de Xerigordon (automne 1096) à Acre (18 mai 1291). Combien : 31 grands sièges en Orient, retenus parmi des centaines de blocus et d'assauts. Trois âges : les sièges de conquête (1097-1153, de Nicée à Ascalon), la guerre d'Égypte et la reconquête de Saladin (1167-1191), les sièges mamelouks (1244-1291). Plus long : Tripoli, 1102-1109. Plus décisifs : Antioche (1098), Jérusalem (1099), Jérusalem (1187), Acre (1191), Acre (1291). Armes : blocus, engins de jet, trébuchet à contrepoids à partir de la fin du XIIe siècle, tour de siège, sape et mine. Bilan : les Francs prennent la côte au XIIe siècle et la perdent au XIIIe ; leurs ports tombent un à un, avec Acre le dernier.
Entre 1096 et 1291, la guerre des croisades a été d'abord une guerre de sièges : voici la liste des 31 grands sièges d'Orient, dans l'ordre, de la soif de Xerigordon à la chute d'Acre. Chacun tient en un paragraphe — dates, assiégeants, issue, ce qu'il change — et renverra à son article détaillé au fil de leur publication. Pour situer chaque siège dans son expédition, gardez sous la main notre guide complet des croisades et la liste des batailles, qui en est le pendant.
Les sièges des croisades en cinq lignes#
- Combien ? Des centaines de blocus et d'assauts ; 31 ont changé le cours des choses.
- Qui assiège ? Les Francs jusqu'en 1153, puis les deux camps tour à tour jusqu'en 1191 ; au XIIIe siècle, ce sont presque toujours les Mamelouks.
- Le plus long ? Tripoli, sept ans (1102-1109) ; puis Acre, près de deux ans (1189-1191).
- Le plus célèbre ? Jérusalem, 15 juillet 1099.
- Le dernier ? Acre, 18 mai 1291.
Pourquoi tant de sièges ?#
On l'a dit pour les batailles : une armée franque détruite ne se remplaçait qu'avec la croisade suivante, et l'on évitait de risquer en un jour ce qu'on avait mis vingt ans à bâtir. Le pays, lui, se tenait par ses villes et ses châteaux. Prendre la côte, c'était recevoir les flottes d'Occident ; tenir les forteresses de l'intérieur, c'était fermer les routes de Damas et du Caire. D'où une guerre de murailles, que l'historien R. C. Smail a décrite le premier : quelques batailles décisives, et autour d'elles des dizaines de sièges, de blocus et de raids contre les récoltes.
Les moyens ont peu changé en deux siècles, mais ils se sont perfectionnés. On affame d'abord : la plupart des places tombent par la faim ou par la soif, ou sur une capitulation négociée. On bat ensuite le mur à coups de pierres, avec des pierrières à traction humaine puis, à partir de la fin du XIIe siècle, avec le trébuchet à contrepoids, capable de lancer des boulets de plus de cent kilos. On roule contre la muraille une tour de siège, plus haute que le rempart, couverte de peaux fraîches contre le feu ; on bat les portes au bélier. On creuse enfin sous les tours : c'est la sape et la mine, galeries étayées de bois qu'on incendie pour faire s'effondrer la maçonnerie. Et toujours, en dernier recours, la ruse ou la trahison : une porte ouverte la nuit, une fausse lettre, une promesse de vie sauve.
Le tableau des 31 sièges#
| # | Siège | Dates | Assiégeant | Issue |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Xerigordon | fin sept.-oct. 1096 | Turcs de Kilij Arslan | Croisés populaires vaincus par la soif |
| 2 | Nicée | 14 mai-19 juin 1097 | Croisés et Byzantins | Ville rendue à Byzance |
| 3 | Antioche | 20 oct. 1097-3 juin 1098 | Croisés | Prise par trahison d'une tour |
| 4 | Maarat al-Nouman | 27 nov.-12 déc. 1098 | Croisés | Prise d'assaut, famine |
| 5 | Arqa | 14 févr.-13 mai 1099 | Croisés | Siège levé |
| 6 | Jérusalem | 7 juin-15 juill. 1099 | Croisés | Prise d'assaut |
| 7 | Césarée | mai 1101 | Baudouin Ier et Génois | Prise d'assaut |
| 8 | Tripoli | 1102-12 juill. 1109 | Comtes de Toulouse | Prise, naissance du comté |
| 9 | Beyrouth et Sidon | mai et déc. 1110 | Baudouin Ier | Deux ports pris |
| 10 | Tyr | févr.-7 juill. 1124 | Francs et Vénitiens | Capitulation |
| 11 | Édesse | 28 nov.-24 déc. 1144 | Zengi | Ville perdue |
| 12 | Damas | 24-28 juill. 1148 | Deuxième croisade | Échec |
| 13 | Ascalon | 25 janv.-22 août 1153 | Baudouin III | Capitulation |
| 14 | Alexandrie | avril-août 1167 | Amaury Ier | Saladin tient, trêve |
| 15 | Damiette | 25 oct.-19 déc. 1169 | Francs et Byzantins | Échec |
| 16 | Gué de Jacob | fin août 1179 | Saladin | Château rasé |
| 17 | Kérak | nov.-déc. 1183 | Saladin | Secours royal, siège levé |
| 18 | Tibériade | 2-5 juill. 1187 | Saladin | Capitulation après Hattin |
| 19 | Jérusalem | 20 sept.-2 oct. 1187 | Saladin | Reddition contre rançon |
| 20 | Tyr | nov. 1187-1er janv. 1188 | Saladin | Échec devant Conrad |
| 21 | Belvoir | 1187-5 janv. 1189 | Saladin | Capitulation honorable |
| 22 | Acre | 28 août 1189-12 juill. 1191 | Troisième croisade | Capitulation |
| 23 | Constantinople | juill. 1203-13 avril 1204 | Quatrième croisade | Prise et sac |
| 24 | Damiette | mai 1218-5 nov. 1219 | Cinquième croisade | Prise |
| 25 | Jérusalem | 11 juill.-23 août 1244 | Khwarezmiens | Ville saccagée |
| 26 | Damiette | 5-6 juin 1249 | Saint Louis | Ville abandonnée |
| 27 | Safed | 13 juin-23 juill. 1266 | Baybars | Garnison massacrée |
| 28 | Antioche | 14-18 mai 1268 | Baybars | Ville détruite |
| 29 | Krak des Chevaliers | 3 mars-8 avril 1271 | Baybars | Capitulation |
| 30 | Tripoli | 25 mars-26 avril 1289 | Qalawun | Ville prise d'assaut |
| 31 | Acre | 5 avril-18 mai 1291 | Al-Ashraf Khalil | Fin du royaume |
Le chapitre de Damiette 1218-1219 a deux articles dans notre plan, l'un sur l'ensemble du siège, l'autre en récit ; et trois chapitres techniques — le trébuchet, la tour de siège et le bélier, la sape et la mine — accompagnent la liste.
1096-1099 : les sièges de la première croisade#
Siège de Xerigordon (automne 1096). Une bande de croisés allemands de la croisade populaire s'empare de ce fort au nord-est de Nicée. Les Turcs du sultan Kilij Arslan l'encerclent vers la Saint-Michel : le fort n'a pas de source. Après huit jours de soif, rapportent les Gesta Francorum, le chef Renaud se rend ; ceux qui refusent d'apostasier sont tués. Quelques semaines plus tard vient Civetot — voir les croisades populaires.
Siège de Nicée (14 mai-19 juin 1097). Premier siège des barons, devant la capitale du sultan seldjoukide. Les croisés repoussent l'armée de secours de Kilij Arslan, mais la ville est ravitaillée par le lac Ascanius ; l'empereur Alexis Comnène fait transporter des bateaux par voie de terre pour le fermer. Nicée se rend secrètement aux Byzantins, au grand dépit des croisés privés de pillage. Récit d'ensemble : la première croisade.
Siège d'Antioche (20 octobre 1097-3 juin 1098). Huit mois devant des murailles de plus de dix kilomètres, un hiver de famine et de désertions. Bohémond de Tarente obtient d'un officier de la garnison, Firouz, l'ouverture d'une tour : la ville est prise dans la nuit du 3 juin. Les croisés y sont assiégés à leur tour par Kerbogha de Mossoul jusqu'à la sortie victorieuse du 28 juin.
Siège de Maarat al-Nouman (27 novembre-12 décembre 1098). Raymond de Saint-Gilles et Bohémond prennent d'assaut cette ville de Syrie à l'aide d'une tour de siège. La famine qui suit a laissé l'une des pages les plus sombres de la croisade : Raoul de Caen et Foucher de Chartres rapportent que des croisés affamés mangèrent des cadavres. Les chroniqueurs latins le disent eux-mêmes, avec horreur.
Siège d'Arqa (14 février-13 mai 1099). Raymond de Saint-Gilles s'obstine trois mois devant cette place du futur comté de Tripoli, qu'il voudrait pour lui ; Anselme de Ribemont y est tué, Pierre Barthélemy y subit l'ordalie du feu pour prouver l'authenticité de la Sainte Lance. Le siège est levé : les pèlerins veulent Jérusalem.
Siège de Jérusalem (7 juin-15 juillet 1099). Moins de quinze mille hommes devant une ville fatimide bien gardée. Le bois des tours de siège vient en partie des navires génois de Jaffa ; après une procession pieds nus autour des murs, l'assaut est donné le 13 juillet et la tour de Godefroy de Bouillon touche le rempart le vendredi 15 juillet, vers l'heure de la Passion selon les chroniqueurs. Le massacre qui suit est rapporté par les deux camps. Récit complet : la prise de Jérusalem en 1099.
1100-1153 : prendre la côte#
Siège de Césarée (mai 1101). Le roi Baudouin Ier et une flotte génoise prennent d'assaut le port en quelques semaines. Les Génois emportent dans leur part de butin un vase de verre vert, vénéré à Gênes comme le Sacro Catino, plat de la Cène selon la tradition.
Siège de Tripoli (1102-1109). Le plus long siège des croisades. Raymond de Saint-Gilles élève devant la ville le château du Mont-Pèlerin et y meurt en 1105 sans l'avoir prise ; son fils Bertrand, arrivé avec une flotte génoise, obtient la capitulation le 12 juillet 1109. Le comté de Tripoli est né, quatrième État latin.
Sièges de Beyrouth et Sidon (1110). Beyrouth tombe le 13 mai 1110 après deux mois et demi de siège. À l'automne, le roi Sigurd de Norvège, arrivé en pèlerin avec sa flotte, aide Baudouin Ier à prendre Sidon, qui capitule le 4 décembre. Il ne reste aux musulmans, sur la côte, que Tyr et Ascalon.
Siège de Tyr (février-7 juillet 1124). Le roi Baudouin II est captif ; le royaume assiège quand même, sous la conduite du patriarche Gormond, avec une grande flotte vénitienne qui a d'abord détruit l'escadre égyptienne. Après cinq mois, la ville affamée capitule, et les habitants qui le veulent partent avec leurs biens. Venise y gagne un tiers de la ville.
Siège d'Édesse (28 novembre-24 décembre 1144). Zengi, atabeg de Mossoul, profite de l'absence du comte Josselin II pour attaquer la capitale du premier État latin. Ses sapeurs ouvrent une brèche par la mine ; la ville tombe la veille de Noël, l'archevêque latin Hugues est tué dans la foule. La chute d'Édesse provoque la deuxième croisade.
Siège de Damas (24-28 juillet 1148). Louis VII, Conrad III et Baudouin III attaquent par les vergers de l'ouest, puis se déplacent vers la plaine de l'est, sans eau ni abri. Quatre jours plus tard, l'armée se retire. L'échec le plus amer du siècle, qui laisse aux Francs une méfiance durable envers leurs alliés de Syrie.
Siège d'Ascalon (25 janvier-22 août 1153). La dernière place fatimide de la côte, « fiancée de la Syrie », tient la route de l'Égypte. Le jeune Baudouin III l'assiège sept mois avec toute la force du royaume. Le 16 août, une brèche s'ouvre : le maître du Temple Bernard de Tremelay s'y jette avec une quarantaine de frères, qui sont tués. La ville capitule quelques jours plus tard. Le royaume est complet ; la côte est franque d'Antioche à Gaza.
1167-1191 : l'Égypte, Saladin et Acre#
Siège d'Alexandrie (avril-août 1167). Pendant la course pour l'Égypte, le roi Amaury Ier et le vizir fatimide Chawar assiègent Alexandrie, tenue par un jeune émir kurde : Saladin, neveu de Chirkuh. Avec un millier d'hommes, il tient trois mois, jusqu'à la trêve conclue au début d'août. Le futur sultan s'est fait connaître des Francs.
Siège de Damiette (25 octobre-19 décembre 1169). Grande entreprise commune d'Amaury et de l'empereur Manuel Comnène, dont la flotte apporte vivres et engins. La ville, renforcée par Saladin devenu vizir, résiste ; pluies, disette et mésentente entre Grecs et Latins font lever le siège. L'Égypte ne sera plus jamais menacée par les deux chrétientés réunies.
Le Gué de Jacob (fin août 1179). Les Templiers élèvent depuis 1178 un château sur le Jourdain, à une journée de Damas. Saladin l'attaque avant qu'il soit achevé ; ses mineurs creusent sous le mur, qui s'effondre en quelques jours. La garnison est tuée ou emmenée captive, le château rasé ; l'armée royale arrive trop tard. Voir les châteaux des croisés.
Siège de Kérak (novembre-décembre 1183). Saladin assiège la forteresse de Renaud de Châtillon pendant les noces d'Onfroy de Toron et d'Isabelle de Jérusalem ; selon Ernoul, la mère du marié envoie au sultan des plats du festin, et il fait épargner la tour des époux. Le roi Baudouin IV, porté en litière, vient délivrer la place : Saladin lève le siège.
Siège de Tibériade (2-5 juillet 1187). Saladin prend la ville basse ; la comtesse Eschive, femme de Raymond III de Tripoli, s'enferme dans la citadelle. C'est pour la secourir que l'armée royale quitte Séphorie et marche vers Hattin. Après le désastre, Eschive se rend et Saladin la laisse partir avec les siens.
Siège de Jérusalem (20 septembre-2 octobre 1187). Balian d'Ibelin, qui n'était entré dans la ville que pour en ramener sa femme, en prend la défense à la prière des habitants, arme les bourgeois et adoube des écuyers. Quand la brèche est ouverte, il négocie : les habitants rachètent leur liberté, les pauvres sans rançon sont en partie libérés par Saladin et son frère al-Adil, les autres réduits en servitude. La ville se rend le 2 octobre, anniversaire du voyage nocturne du Prophète. Sur ce qui s'est joué là, voir pourquoi le Saint-Sépulcre comptait tant.
Siège de Tyr (novembre 1187-1er janvier 1188). Seule grande ville franque à résister : Conrad de Montferrat, débarqué par hasard en juillet, en organise la défense. Saladin l'assiège sept semaines ; sa flotte est battue dans le port le 30 décembre, et il lève le siège au premier jour de l'an. Tyr sera la tête de pont de la troisième croisade.
Siège de Belvoir (1187-5 janvier 1189). Le château hospitalier qui domine le Jourdain tient un an et demi de blocus après Hattin. Les frères ne se rendent qu'au cœur de l'hiver 1189, avec les honneurs : Saladin les laisse partir pour Tyr.
Siège d'Acre (28 août 1189-12 juillet 1191). Le roi Guy de Lusignan, libéré, vient avec une petite troupe assiéger Acre ; Saladin l'assiège à son tour. Deux ans de siège double, de famine et d'épidémies, où meurent le patriarche, la reine Sibylle et des milliers de croisés. Les trébuchets de Philippe Auguste — dont la « Malvoisine » — et de Richard Cœur de Lion abattent enfin les murs ; la ville capitule le 12 juillet 1191. Voir la troisième croisade.
1203-1249 : Constantinople et l'Égypte#
Siège de Constantinople (juillet 1203-13 avril 1204). La quatrième croisade, détournée, assiège deux fois la capitale chrétienne de l'Orient : en juillet 1203 pour y rétablir Alexis IV, puis en avril 1204 contre l'usurpateur Murzuphle. Le 12 avril, les ponts volants des nefs vénitiennes atteignent les tours de la Corne d'Or ; le lendemain, la ville est livrée à un sac de trois jours. Innocent III l'a condamné dans les termes les plus durs.
Siège de Damiette (mai 1218-5 novembre 1219). La cinquième croisade assiège le port du Nil. Le 24 août 1218, une tour de siège flottante conçue par l'écolâtre Olivier de Cologne, dressée sur deux navires liés, enlève la tour de la Chaîne. La ville, décimée par la maladie, est prise le 5 novembre 1219 ; entre-temps, en septembre, saint François d'Assise a traversé les lignes pour prêcher au sultan al-Kamil.
Sac de Jérusalem (11 juillet-23 août 1244). Rendue aux chrétiens par traité en 1229 puis en 1241, la ville n'a pas de vraies murailles. Les cavaliers khwarezmiens, alliés du sultan d'Égypte, y entrent en juillet ; la tour de David capitule le 23 août. Les chrétiens qui partent pour Jaffa sont rattrapés et massacrés en grand nombre, le Saint-Sépulcre profané. Jérusalem ne sera plus chrétienne avant 1917.
Damiette (5-6 juin 1249). Le siège attendu n'a pas lieu. Saint Louis débarque de vive force le 5 juin, saute le premier dans l'eau, l'oriflamme devant lui ; la garnison s'enfuit dans la nuit et les croisés entrent le lendemain dans une ville vide. Damiette sera rendue en 1250 pour la rançon du roi. Voir Saint Louis et la septième croisade.
1266-1291 : les sièges mamelouks#
Siège de Safed (13 juin-23 juillet 1266). Le grand château templier de Haute-Galilée résiste aux assauts et aux mines de Baybars, qui sème la discorde entre frères et soldats syriens de la garnison. Les Templiers se rendent sur promesse de vie sauve ; le sultan les fait décapiter sur une colline voisine. Selon la tradition latine, les frères ont préféré la mort à l'apostasie.
Siège d'Antioche (14-18 mai 1268). Le prince Bohémond VI est à Tripoli ; la ville, mal gardée, est prise d'assaut en quatre jours. Massacre et captivité en masse : la plus grande ville de l'Orient franc, qui avait coûté huit mois aux croisés de 1098, n'existe plus. Baybars en fait part au prince dans une lettre restée célèbre pour sa cruauté.
Siège du Krak des Chevaliers (3 mars-8 avril 1271). Les Hospitaliers tiennent un mois. Les mineurs ouvrent la tour d'angle sud-ouest, l'enceinte extérieure tombe ; les frères réfugiés dans la citadelle capitulent, selon la tradition, sur une fausse lettre du grand maître leur ordonnant de se rendre. Ils obtiennent la vie sauve et gagnent Tripoli. Voir le Krak des Chevaliers.
Siège de Tripoli (25 mars-26 avril 1289). Le sultan Qalawun assiège la ville de Raymond de Saint-Gilles avec une puissante artillerie. Les Vénitiens et les Génois s'embarquent les premiers ; la ville est prise d'assaut et rasée, et une nouvelle Tripoli est rebâtie plus loin de la mer.
Siège d'Acre (5 avril-18 mai 1291). Le sultan al-Ashraf Khalil, fils de Qalawun, conduit devant la capitale du royaume la plus grande armée de siège de l'époque ; les chroniqueurs musulmans parlent de plusieurs dizaines d'engins. Les mineurs font tomber la tour du Roi et la tour Maudite ; l'assaut général du 18 mai emporte la ville. Le maître du Temple Guillaume de Beaujeu meurt sur la brèche ; la maison du Temple tient jusqu'au 28 mai. Récit complet : la chute d'Acre en 1291, et pour la suite la fin des États latins.
Les armes du siège#
Le trébuchet. Les croisés de 1097 n'ont que des pierrières à traction, tirées par des équipes d'hommes. Le trébuchet à contrepoids apparaît dans les deux camps à la fin du XIIe siècle : à Acre en 1191, il abat les murs ; à Acre en 1291, il se retourne contre les Francs. Il fait de la guerre de siège une affaire d'ingénieurs et de charpentiers.
La tour de siège et le bélier. Maarat, Jérusalem, Ascalon, Damiette : la tour roulante, plus haute que le rempart, permet de jeter un pont sur la muraille. Il faut du bois — rare en Palestine, souvent apporté par les flottes italiennes —, des peaux trempées contre le feu grégeois et des jours de comblement du fossé.
La sape et la mine. C'est l'arme des musulmans, plus que celle des Francs : à Édesse, au Gué de Jacob, à Safed, au Krak, à Acre, une galerie étayée de bois est creusée sous une tour, puis incendiée ; la tour s'effondre dans la brèche. Les défenseurs y répondent par la contre-mine, et l'on se bat sous la terre.
Ce qui demeure#
La liste raconte un renversement. Au XIIe siècle, les Francs prennent des villes que les géographes croyaient imprenables, avec une poignée d'hommes et l'aide des flottes d'Italie et de Norvège ; au XIIIe, ils perdent leurs places une à une devant un adversaire plus nombreux, mieux équipé, maître de l'intérieur. Mais le renversement n'efface pas la manière : les assiégés de Jérusalem en 1187, de Belvoir, du Krak et d'Acre ont tenu jusqu'au bout sans espoir de secours, parce qu'ils gardaient ce qui leur avait été confié.
Il demeure des hommes et des pierres. Balian armant les bourgeois de Jérusalem pour obtenir la vie des habitants ; Bernard de Tremelay et ses frères sur la brèche d'Ascalon ; les Templiers de Safed refusant d'abjurer ; Guillaume de Beaujeu à la tour Maudite. Il demeure aussi les murailles : le Krak, Belvoir, la citadelle de Jérusalem, les remparts d'Acre se visitent encore, et l'on y voit, mieux que dans les livres, ce qu'il a coûté de garder la route du Saint-Sépulcre pendant deux siècles.
Pour aller plus loin#
- Toutes les batailles des croisades — le pendant de cette liste, en rase campagne.
- Les châteaux des croisés : le guide complet — les places qu'on assiégeait, et leur histoire.
- La prise de Jérusalem en 1099 — le siège qui a fondé le royaume.
- La chute d'Acre en 1291 — le dernier siège.
- Le Krak des Chevaliers — la forteresse parfaite, et sa chute en 1271.
- La chronologie complète des croisades — pour replacer chaque siège dans son temps.
- La carte des croisades — pour situer chaque ville.
- Toute la catégorie Batailles et sièges.
Sources
Chroniqueurs. Gesta Francorum, I-X, pour Xerigordon, Nicée, Antioche et Jérusalem ; Raymond d'Aguilers, Historia Francorum, pour Arqa et Jérusalem ; Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana, I-II, pour Maarat, Césarée et les ports de 1110 ; Raoul de Caen, Gesta Tancredi ; Guillaume de Tyr, Chronicon, XI-XXII, de Tripoli au Gué de Jacob ; Chronique d'Ernoul pour Kérak et Jérusalem en 1187 ; Ambroise, L'Estoire de la guerre sainte, pour Acre ; Geoffroi de Villehardouin et Robert de Clari pour Constantinople ; Olivier de Cologne (de Paderborn), Historia Damiatina ; Jean de Joinville, Vie de saint Louis ; le Templier de Tyr, Gestes des Chiprois, pour Tripoli et Acre. Côté musulman : Ibn al-Qalanisi ; Ibn al-Athir, Al-Kamil fi-l-ta'rikh ; Baha ad-Din Ibn Chaddad et Imad ad-Din al-Isfahani pour Saladin ; Ibn Abd al-Zahir, Abu l-Fida et al-Maqrizi pour Baybars, Qalawun et al-Ashraf. Historiens. R. C. Smail, Crusading Warfare 1097-1193 (Cambridge, 1956) ; Randall Rogers, Latin Siege Warfare in the Twelfth Century (Oxford, 1992) ; Christopher Marshall, Warfare in the Latin East 1192-1291 (Cambridge, 1992) ; Jean Richard, Histoire des croisades (Fayard, 1996) ; Hugh Kennedy, Crusader Castles (Cambridge, 1994).
Questions fréquentes#
Combien y a-t-il eu de sièges pendant les croisades ?
Des centaines, si l'on compte chaque château et chaque blocus. Notre liste retient les 31 grands sièges qui ont décidé du sort de l'Orient latin, de Xerigordon (1096) à Acre (1291).
Quel est le plus long siège des croisades ?
Celui de Tripoli : Raymond de Saint-Gilles l'investit en 1102 depuis son château du Mont-Pèlerin et la ville ne tombe que le 12 juillet 1109, sept ans plus tard. Le siège d'Acre de 1189-1191 dure près de deux ans.
Quel est le siège le plus célèbre des croisades ?
La prise de Jérusalem le 15 juillet 1099, au terme de la première croisade. Suivent le siège d'Antioche (1097-1098), celui d'Acre (1189-1191) et la chute d'Acre le 18 mai 1291, qui marque la fin des États latins.
Comment prenait-on une ville au temps des croisades ?
Par la faim, par la brèche ou par la ruse : blocus, engins de jet (pierrières puis trébuchets à contrepoids), tours de siège roulées contre le mur, mines creusées sous les tours, ou trahison d'un défenseur, comme à Antioche en 1098.
Quel est le dernier siège des croisades en Terre sainte ?
Celui d'Acre, du 5 avril au 18 mai 1291 ; la tour du Temple tient jusqu'au 28 mai. Tyr, Sidon, Beyrouth et Château-Pèlerin sont ensuite évacués sans combat au cours de l'été.
Les croisés ont-ils perdu plus de sièges qu'ils n'en ont gagné ?
Au XIIe siècle, ils prennent presque toutes les villes de la côte ; à partir de 1187 puis sous Baybars et Qalawun, ce sont eux qui sont assiégés et ils perdent leurs places une à une. La liste se lit comme l'histoire d'un renversement.