Qu'est-ce qu'une croisade ? Définition, critères, débats

Une croisade est un pèlerinage armé, prêché par le pape, accompli sous vœu, marqué d'une croix et récompensé d'une indulgence. Définition, critères, débats.

Romain Croisade 18 min

Mis à jour le 14 octobre 2026

Dans une église romane, un évêque mitré remet une étoffe de croisé à un chevalier en cotte de mailles agenouillé, près d'un porte-croix, entre des moines tenant des cierges et une foule de fidèles

En bref

Définition : une guerre sainte chrétienne, menée comme un pèlerinage armé, prêchée ou autorisée par le pape. Première : appel d'Urbain II à Clermont, 27 novembre 1095. But originel : délivrer Jérusalem et le Saint-Sépulcre, secourir les chrétiens d'Orient. Quatre marques : l'autorité du pape, le vœu, la croix cousue sur l'épaule, l'indulgence — auxquelles s'ajoutent des privilèges juridiques. Le mot : tardif (croiserie vers 1205, croisade au XVe siècle). Le débat : traditionalistes (seules les expéditions vers Jérusalem) contre pluralistes (toute guerre prêchée avec vœu et indulgence, en Espagne, dans la Baltique ou contre les hérétiques).

Une croisade est un pèlerinage armé : une expédition prêchée ou autorisée par le pape, dont chaque participant prononce un vœu, coud une croix d'étoffe sur son vêtement et reçoit en échange une indulgence et la protection de l'Église. L'institution naît à Clermont en 1095, quand Urbain II appelle à délivrer Jérusalem ; elle se précise pendant tout le XIIe siècle et s'achève de se fixer avec Innocent III, au début du XIIIe. Cette page explique chacune de ses pièces — le vœu, la croix, l'indulgence, les privilèges, la prédication, l'argent — et le débat des historiens sur ce qui mérite le nom ; le récit des expéditions elles-mêmes se trouve dans notre guide complet des croisades.

La croisade en cinq lignes#

Le croisé est un pèlerin : il part pour un lieu saint, Jérusalem, et son voyage est une pénitence. Il est un soldat : il part en armes, pour combattre ceux qui tiennent ce lieu ou menacent les chrétiens d'Orient. Il est lié par un vœu, qu'il prononce publiquement en « prenant la croix » et dont seul le pape peut le relever. Il reçoit une indulgence : le voyage, fait « par dévotion seule », lui tient lieu de toute pénitence. Et il entre dans un statut : pendant son absence, ses biens, sa femme et ses enfants sont sous la garde de l'Église, ses dettes gelées, ses procès suspendus. Retirez une de ces pièces, on a une guerre, ou un pèlerinage ; réunissez-les, on a une croisade.

Le contexte : une idée neuve en 1095#

Avant 1095, la chrétienté connaît la guerre et connaît le pèlerinage ; elle ne les a jamais joints. La guerre, l'Église la tolère quand elle est juste, et impose au soldat qui a tué une pénitence, même après une bataille légitime. Le pèlerinage, elle l'encourage, mais le pèlerin voyage désarmé : il porte la besace et le bourdon, non l'épée. Ce qui est neuf à Clermont, c'est que le combat lui-même devient la pénitence. L'idée a été préparée par un siècle d'histoire — la paix de Dieu, la réforme grégorienne, les guerres d'Espagne, l'appel de Byzance, que raconte pourquoi les croisades ? —, mais c'est Urbain II à Clermont qui en fait une institution.

Elle n'est pas sortie achevée de la bouche du pape. Les croisés de 1096, ceux de la première croisade, ignorent encore beaucoup de ce que sauront ceux de 1217 : le vœu se précise sous Pascal II, les privilèges sous Eugène III en 1145, l'impôt sous Henri II et Philippe Auguste en 1188, le rachat du vœu sous Innocent III en 1213. Définir la croisade, c'est donc décrire une chose qui a grandi pendant plus d'un siècle, d'abord prêchée pour Jérusalem, puis étendue à d'autres fronts.

Le mot « croisade » : une invention tardive#

Les hommes de 1096 ne disaient pas « croisade ». Ils parlaient d'iter, le chemin, de peregrinatio, le pèlerinage, d'expeditio, puis, au XIIIe siècle, de passagium, le passage d'outre-mer ; en français, du « voyage » ou du « pèlerinage de Jérusalem ». Le participant, lui, est nommé plus tôt : à la fin du XIIe siècle, les chancelleries l'appellent crucesignatus, « marqué du signe de la croix ». Le mot croisade vient après : croiserie chez Robert de Clari, chevalier et chroniqueur de la quatrième croisade, vers 1205, cruzada dans une charte navarraise de 1212, crozada dans la Chanson de la croisade albigeoise, et enfin croisade chez Georges Chastellain avant 1475. Toute l'histoire de ces mots est racontée dans croisés, Francs, Sarrasins : d'où viennent ces mots ? Qu'un mot vienne tard ne veut pas dire que la chose n'existait pas : elle existait, et elle avait un signe, la croix.

Croisade et pèlerinage : une même route#

Le croisé se pense d'abord comme un pèlerin. Depuis le IVe siècle, des chrétiens d'Occident vont à Jérusalem prier au tombeau du Christ ; au XIe siècle, ils y vont par milliers, et le grand pèlerinage allemand de 1064-1065, conduit par l'évêque Gunther de Bamberg, compte plusieurs milliers de personnes. Le croisé emprunte au pèlerin presque tout : le vœu, la bénédiction du départ, le bâton et la besace, la protection de l'Église, la visite au Saint-Sépulcre qui accomplit son vœu. C'est pourquoi le but de la croisade n'est pas une terre à prendre mais un lieu à rejoindre — voir pourquoi le Saint-Sépulcre comptait-il tant ? La différence est une seule, mais elle change tout : ce pèlerin-là porte l'épée, et il a le droit de s'en servir.

Guerre juste et guerre sainte#

Comment une guerre peut-elle être une pénitence ? La réponse passe par deux idées. La guerre juste, d'abord, héritée de saint Augustin et rassemblée par Gratien dans son Décret vers 1140 : une guerre est permise si elle est déclarée par une autorité légitime, pour une cause juste — repousser une agression, recouvrer un bien injustement pris — et avec une intention droite, sans haine ni cupidité. La croisade coche les trois cases : le pape appelle, Jérusalem et les chrétiens d'Orient sont la cause, la dévotion est l'intention exigée par le canon de Clermont. La guerre sainte, ensuite, plus neuve : une guerre non seulement permise, mais méritoire, parce qu'elle est faite pour le Christ. C'est ce pas que franchit Urbain II. Ce raisonnement et ses limites sont développés dans les croisades étaient-elles justes ? et, sur le terme lui-même, dans les croisades étaient-elles une guerre de religion ?

Les bulles de croisade : l'autorité du pape#

Une croisade commence par une parole du pape, écrite dans une bulle. La première dont on ait le texte complet est Quantum praedecessores d'Eugène III, datée du 1er décembre 1145 et renouvelée le 1er mars 1146, qui lance la deuxième croisade après la chute d'Édesse : elle rappelle l'exemple des croisés de 1099, fixe l'indulgence et énumère les privilèges. Audita tremendi, promulguée par Grégoire VIII le 29 octobre 1187 au lendemain de Hattin, appelle à la troisième croisade sur le ton de la pénitence : si Jérusalem est tombée, c'est d'abord à cause des péchés des chrétiens. Quia maior, d'Innocent III, en avril 1213, prépare la cinquième croisade et réorganise tout le système, que le concile de Latran IV fixe en 1215 dans le décret Ad liberandam. Ces textes, lus en chaire dans toute l'Europe, sont la charte de chaque expédition.

La prédication : des sermons aux chansons#

Une bulle ne suffit pas : il faut que quelqu'un la porte aux fidèles. Urbain II prêche lui-même en France pendant neuf mois après Clermont, et des prédicateurs populaires, au premier rang desquels Pierre l'Ermite, entraînent des foules entières — c'est la croisade populaire de 1096, racontée dans les croisades populaires. En 1146, saint Bernard prêche à Vézelay le jour de Pâques, 31 mars, devant Louis VII ; on raconte que les croix préparées ne suffirent pas et qu'il dut tailler son propre habit. Au tournant du XIIIe siècle, Foulques de Neuilly prêche la quatrième croisade ; puis les franciscains et les dominicains font de la prédication de la croisade un métier, avec des recueils de sermons modèles comme celui de Jacques de Vitry, et le traité du dominicain Humbert de Romans sur la prédication de la croix, vers 1266-1268.

À côté des sermons, il y a les chansons. Chevalier, mult estes guariz, composée pour la deuxième croisade, est la plus ancienne chanson de croisade en français ; vers 1188, Conon de Béthune chante la dure séparation de la dame aimée (Ahi ! Amors, com dure departie) ; en 1239, Thibaut de Champagne, roi de Navarre, exhorte ses barons avant de partir lui-même. Ces chansons de croisade disent ce que les chartes taisent : l'adieu, la peur, l'honneur, et la certitude que Dieu rendra au centuple.

Prendre la croix : le rituel du départ#

On ne devient pas croisé en partant : on le devient en prenant la croix. À Clermont, Urbain II demande à ceux qui s'engagent de coudre une croix d'étoffe sur l'épaule ; l'évêque Adhémar de Monteil, futur légat de la croisade, est le premier à s'agenouiller. Le geste s'inspire de la parole du Christ : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. » Il devient vite un rite : à la fin du XIIe siècle, les pontificaux contiennent une bénédiction de la croix, jointe à celle de la besace et du bourdon du pèlerin, et le croisé la reçoit des mains d'un prêtre, souvent devant toute sa paroisse. La croix se porte à l'aller sur l'épaule ou la poitrine ; certains récits disent qu'au retour on la portait dans le dos, signe du vœu accompli.

Le vœu : ce à quoi l'on s'engageait#

Prendre la croix, c'est prononcer un vœu de croisade : une promesse faite à Dieu, devant témoins, d'aller jusqu'au Saint-Sépulcre — plus tard, jusqu'au terme fixé par la bulle. Ce vœu oblige. Les croisés de 1096 qui ont abandonné en chemin, comme Étienne de Blois, le comte de Chartres, rentré après la fuite d'Antioche, sont menacés d'excommunication par le pape Pascal II, et beaucoup repartent en 1101 pour l'accomplir ; Étienne y meurt à Ramla en 1102. Un vœu non accompli passe aux héritiers, ou doit être racheté. Seul le pape, ou son légat, peut le commuer ou le différer. C'est le vœu qui fait du croisé un pénitent et non un mercenaire : on ne s'engage pas envers un seigneur, mais envers Dieu.

L'indulgence : ce que promettait le pape#

Le cœur spirituel de la croisade est l'indulgence. Le canon de Clermont la formule en une phrase : quiconque partira pour délivrer l'Église de Dieu à Jérusalem « par dévotion seule, et non pour obtenir honneur ou argent », verra ce voyage compté pour toute pénitence. Le sens est précis : le pécheur qui s'est confessé doit encore une réparation, la pénitence ; la croisade, épreuve immense, en tient lieu. Ce n'est pas un pardon automatique — le repentir et la confession sont requis —, et c'est encore moins une licence de pécher. Eugène III parle en 1145 de « rémission des péchés » ; Innocent III, en 1213, accorde la « pleine rémission » au croisé qui part en personne, et l'étend à celui qui paie un remplaçant et, en partie, à ceux qui aident de leurs biens. Mourir en chemin, pour beaucoup de contemporains, c'était mourir en martyr. Le vœu et l'indulgence sont les deux faces d'un même engagement : l'un dit ce que le croisé donne, l'autre ce qu'il espère recevoir.

Les privilèges du croisé#

Le croisé entre aussi dans un statut juridique. Les privilèges du croisé, esquissés dès 1095 et fixés par Quantum praedecessores en 1145, le protègent pendant son absence : sa femme, ses enfants et ses biens sont placés sous la garde de l'Église ; aucun procès ne peut être engagé sur ses terres avant son retour ou la preuve de sa mort ; les intérêts de ses dettes sont suspendus ; il peut engager ses fiefs à une église ou à un autre fidèle pour financer son départ, même sans l'accord de son seigneur. Avec le temps s'ajoutent l'exemption de certains péages, le droit d'être jugé par un tribunal d'Église, et le moratoire sur le remboursement des dettes. Ces privilèges disent une chose simple : l'Église ne demande pas seulement à un homme de tout quitter, elle s'engage à garder ce qu'il laisse.

Financer sa croisade#

Partir coûtait plusieurs années de revenus : un chevalier devait payer son équipement, ses chevaux, ses serviteurs et son voyage, et nourrir sa suite pendant deux ou trois ans. Pour financer sa croisade, on vendait ou on engageait ses terres, souvent à une abbaye — les chartes de départ, où le seigneur dit partir pour son salut et celui des siens, sont la meilleure preuve de ce qu'ils croyaient. Godefroy de Bouillon engage son château de Bouillon à l'évêque de Liège ; Robert Courteheuse engage la Normandie à son frère, le roi d'Angleterre. Puis les rois et les papes inventent l'impôt : en 1188, la dîme saladine, levée en France et en Angleterre sur le dixième des revenus et des biens meubles de ceux qui ne partent pas, pour la troisième croisade ; en 1199, Innocent III impose le premier impôt direct sur l'Église entière, un quarantième des revenus du clergé ; en 1215, Latran IV le porte à un vingtième pendant trois ans. Les chiffres et les exemples sont réunis dans combien coûtait une croisade ?

Qui avait le droit de partir ?#

En principe, tout baptisé pouvait prendre la croix. En pratique, l'Église a tenté de filtrer. Urbain II demande que les clercs aient la permission de leur évêque, que les moines restent en leur cloître, que les jeunes mariés aient l'accord de leur épouse, et il déconseille le départ des vieillards, des infirmes et de ceux qui ne peuvent porter les armes. On ne l'a guère écouté : les foules de 1096 comptaient des femmes, des enfants, des pauvres, et toutes les grandes croisades ont emmené des femmes, de la reine Aliénor en 1147 à la reine Marguerite, qui accoucha à Damiette en 1250. Sur la composition réelle des armées, voir qui étaient les croisés ?

Le croisé qui ne part pas : rachat du vœu#

C'est Innocent III qui résout la question par un renversement. Dans Quia maior, en 1213, il invite tous les fidèles à prendre la croix, hommes et femmes, aptes ou non ; ceux qui ne peuvent combattre rachèteront leur vœu par une somme d'argent, qui servira à équiper des combattants. Le vœu devient ainsi le moyen d'associer toute la chrétienté à la croisade, et le rachat du vœu une source de financement. La mesure était sage ; elle avait ses dangers, et ses abus — la vente des rachats par des prédicateurs trop zélés — seront dénoncés dès le XIIIe siècle par les croisés eux-mêmes.

La croisade vue de la paroisse#

La croisade ne se fait pas seulement en Orient. Quia maior demande que, chaque mois, une procession soit faite dans chaque diocèse pour la délivrance de la Terre sainte ; qu'à chaque messe, après le baiser de paix, prêtres et fidèles se prosternent pendant qu'on chante un psaume pour Jérusalem ; et qu'un tronc soit placé dans chaque église pour recevoir les aumônes, fermé de trois clés. Pendant des siècles, la croisade a été pour la plupart des chrétiens une prière, un jeûne, une aumône, une procession : la croisade vue de la paroisse, celle des femmes, des vieillards et des pauvres qui ne sont jamais partis, mais qui ont porté ceux qui partaient.

L'idéal chevaleresque des croisés#

La croisade a donné à la chevalerie son idéal le plus haut. Vers 1130, saint Bernard écrit pour les Templiers l'Éloge de la nouvelle milice, où le chevalier du Christ n'a ni haine ni avidité et ne combat que pour défendre. L'idéal chevaleresque des croisés — courage, fidélité au vœu, protection du pèlerin et du faible, humilité devant Dieu — a été trahi souvent, et l'Église l'a dit. Mais il a été tenu aussi : par Godefroy de Bouillon refusant de porter une couronne d'or là où le Christ avait porté une couronne d'épines, par Baudouin IV, roi lépreux, chargeant à Montgisard en 1177, par Saint Louis captif refusant de jurer contre sa foi. C'est à cet idéal qu'on mesure ceux qui l'ont manqué.

Le débat : traditionalistes, pluralistes et les autres#

Reste la question des historiens : qu'est-ce qui mérite le nom de croisade ? En 2001, Giles Constable a classé les réponses en quatre écoles, et la classification s'est imposée. Les traditionalistes, comme Hans Eberhard Mayer, réservent le nom aux expéditions qui visent Jérusalem et la Terre sainte : pour eux, le but définit la croisade, et elle s'achève avec la chute d'Acre en 1291. Les pluralistes, dont Jonathan Riley-Smith et Norman Housley, la définissent par sa forme : une guerre autorisée par le pape, avec vœu, croix, indulgence et privilèges, quel que soit le front — Espagne, Baltique, Albigeois, adversaires politiques de la papauté, Turcs ottomans jusqu'à Lépante en 1571. Les généralistes, dans la lignée de Carl Erdmann et de Jean Flori, y voient l'une des formes de la guerre sainte chrétienne en général ; les popularistes, à la suite de Paul Alphandéry, mettent au centre l'élan populaire, prophétique et pénitentiel, celui des foules de 1096 et de 1212.

Ce débat entre pluralistes et traditionalistes n'est pas une querelle de mots : il décide du nombre des croisades — voir combien y a-t-il eu de croisades ? —, de leurs bornes — voir quand commencent et finissent les croisades ? — et de ce qu'on fait entrer dans le tableau, comme la Reconquista, dont croisades et Reconquista : quelle différence ? discute le cas. Ce site raconte d'abord les croisades de Terre sainte, parce que c'est là que l'idée est née et que tout le reste s'y réfère ; mais il traite aussi les autres fronts, parce que les papes et les croisés eux-mêmes les ont tenus pour des croisades. La forme pluraliste est exacte ; le cœur traditionaliste est juste : toute croisade se pensait comme une imitation du chemin de Jérusalem.

Ce qui demeure#

Il demeure une idée étrange pour notre temps et pourtant simple : qu'un homme puisse faire de son métier, même de son métier de soldat, un chemin de salut, s'il le met au service des autres et s'il en paie le prix. La croisade a demandé à des chevaliers de se faire pèlerins, de quitter leur terre, de suspendre leurs querelles et de mettre leur vie en jeu pour un tombeau qu'ils n'avaient jamais vu et pour des chrétiens qu'ils ne connaissaient pas. Elle a demandé aux autres de prier, de jeûner et de donner pour eux. On peut juger la manière, et l'Église l'a jugée ; on ne peut pas nier la grandeur de la demande.

Il demeure aussi des choses que l'on peut toucher : le mot, passé dans toutes les langues ; la croix d'étoffe devenue l'insigne des ordres qui en sont nés, de Malte au Saint-Sépulcre ; et, dans la liturgie, la vieille habitude de prier pour Jérusalem. Le croisé partait en se marquant du signe qui sauve. C'est encore la meilleure définition qu'on puisse en donner.

Pour aller plus loin#

Sources

Textes. Concile de Clermont (1095), canon 2, sur l'indulgence · Urbain II, lettres aux Flamands (décembre 1095) et aux Bolonais (septembre 1096) · Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana, I, 3-4 ; Robert le Moine, Historia Iherosolimitana, I, 2 · Eugène III, Quantum praedecessores (1er décembre 1145, renouvelée le 1er mars 1146) · Odon de Deuil, De profectione Ludovici VII in Orientem, I, pour Vézelay · Grégoire VIII, Audita tremendi (29 octobre 1187) · Innocent III, Quia maior (avril 1213) · Concile de Latran IV (1215), décret Ad liberandam · Humbert de Romans, De praedicatione sanctae crucis (vers 1266-1268). Historiens. Carl Erdmann, Die Entstehung des Kreuzzugsgedankens (1935) ; Paul Alphandéry et Alphonse Dupront, La Chrétienté et l'idée de croisade (1954-1959) ; Hans Eberhard Mayer, The Crusades (2e éd., Oxford, 1988) ; Jonathan Riley-Smith, What Were the Crusades? (1977, 4e éd. 2009) ; James A. Brundage, Medieval Canon Law and the Crusader (University of Wisconsin Press, 1969) ; Jean Flori, La Guerre sainte (Aubier, 2001) ; Giles Constable, « The Historiography of the Crusades », dans A. E. Laiou et R. P. Mottahedeh (dir.), The Crusades from the Perspective of Byzantium and the Muslim World (Dumbarton Oaks, 2001) ; Christopher Tyerman, The Invention of the Crusades (1998).

Questions fréquentes#

Quelle est la définition d'une croisade ?

Une croisade est une guerre sainte prêchée ou autorisée par le pape, dont les participants prononcent un vœu, portent une croix d'étoffe et reçoivent une indulgence ainsi que des privilèges juridiques. La première fut lancée par Urbain II à Clermont en 1095 pour délivrer Jérusalem.

Quels sont les critères d'une croisade ?

Les historiens retiennent en général quatre critères : l'autorité du pape, le vœu du croisé, l'indulgence (la rémission des peines dues aux péchés) et les privilèges qui protègent ses biens et sa famille. Les traditionalistes y ajoutent un cinquième : le but, Jérusalem.

Quelle différence entre une croisade et un pèlerinage ?

Le croisé est un pèlerin qui part en armes. Comme le pèlerin, il fait un vœu, se met en route vers un lieu saint et reçoit la protection de l'Église ; à la différence du pèlerin ordinaire, il part pour combattre ceux qui tiennent ce lieu ou menacent les chrétiens qui y vivent.

Le mot « croisade » est-il d'époque ?

Non. Les croisés de 1096 parlaient de voyage, de pèlerinage ou de passage. On trouve croiserie chez Robert de Clari vers 1205, cruzada en Navarre en 1212 ; la forme française « croisade » n'apparaît qu'au XVe siècle.

Les croisades contre les Albigeois ou dans la Baltique sont-elles de vraies croisades ?

Pour les historiens « pluralistes », oui : elles ont été prêchées par le pape avec vœu, croix et indulgence. Pour les « traditionalistes », seules les expéditions vers Jérusalem et la Terre sainte méritent le nom. Les deux définitions coexistent.

Le pape promettait-il le paradis aux croisés ?

Non, pas au sens d'un billet d'entrée. Le canon de Clermont promet que le voyage, fait par dévotion seule, tiendra lieu de toute pénitence : c'est la remise des peines dues aux péchés déjà confessés, qui suppose le repentir. La mort en chemin était regardée comme celle d'un pénitent, et souvent d'un martyr.

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